• 2. Là où tu erres, j'erre

    Le lilas, toujours, refleurit

    2. Là où tu erres, j'erre 

     

    Léna respire doucement, les yeux mi-clos.  Elle observe Hugo, endormi à ses côtés.  Elle voit ses pupilles bouger au travers de ses paupières.  Il doit encore faire un cauchemar.  Toujours le même cauchemar, depuis des semaines, des mois, elle en est sûre, même s'il ne lui dit rien, même s'il ne lui en parle pas.

    Léna soupire et se force à ne pas emprisonner dans la sienne la main douce de Hugo, à ne pas poser ses lèvres sur sa joue rugueuse, à ne pas emmêler ses jambes dans les siennes, à ne pas presser sa poitrine contre la sienne.  Hugo est sans doute l'homme le plus fort et le plus doux qu'elle connaisse.  Il est le plus beau aussi et le plus gentil et le plus buté... et le plus désirable.  Léna sourit. Peut-être pourrait-elle juste glisser ses doigts sous t-shirt et caresser son ventre sans le réveiller, ensuite elle glisserait vers le haut de sa poitrine, caresserait chaque centimètres carrés de son torse, approcherait ses lèvres des siennes?

    "Mon amour, où tu erres, j'erre.  Ouvre-moi la porte de tes rêves."

    Douloureusement, Léna entend Hugo gémir.  Elle voit l'instant où en sursaut, il va revenir à elle.  Le temps passe et aussi surprenant que cela puisse paraître, l'amour de Léna pour Hugo qu'elle a pensé plus d'une fois être à son apogée, ne cesse de croître.

    L2. Hugo

    Dans un soupir, Léna ferme les yeux.  Juste profiter de l'instant, du désir qui grandit en elle, de Hugo, endormi à ses côtés, comme elle en a tant rêvé.  Hugo et elle, c'était toute une histoire, c'était son histoire à elle, celle qu'elle raconterait à ses petits-enfants, c'est sûr, un jour. Un sourire se dessine sur le cœur amoureux de Léna qui avec émotion, comme souvent, se plonge dans ses souvenirs. 

    Léna a rencontré Hugo, elle disait avoir seize ans, il n'en avait guère plus.

    2. Hugo

    2. Hugo

    D'amour il fut vite question plus que d'amitié.  Deux adolescents solitaires se trouvaient, s'enlaçaient, fusionnaient. C'était l'oasis au cœur du désert aride de leur destinée.

    2. Hugo

    2. Hugo

    2. Hugo

    2. Hugo

    Les premières bagarres, les premières ivresses, les premiers joints, les premières manifs, les premières fugues, les premiers larcins, ils furent les amoureux des premiers, ensemble.  Toujours ensemble.  

    2. Hugo

    Lorsque, au seuil de sa majorité, Hugo annonça à Léna qu'il entrait dans l'armée, Léna faillit le quitter.  Son ventre d'anarchiste se retourna; mais son cœur à jamais lié à Hugo prit sa priorité et piétina sans état d'âme les poings levés et les révoltes de la gamine qu'elle était pourtant encore.

    2. Hugo

    2. Hugo

    2. Hugo

     

    "Là où tu erres, j'erre"

    2. Hugo

    Léna se trouva perdue de quartier militaire en quartier militaire, ses foyers voyageant au rythme des promotions de Hugo, jusqu'à se retrouver dans le quartier d'officiers, à boire des cappuccino avec les épouses des gradés que Léna méprisait chaque jour un peu plus.  Lorsque Léna se retrouvait entourée de ces femmes, Léna, épouvantée, les écoutait discourir sur les familles royales, les grands couturiers, les derniers films à effets spéciaux ex-tr-a-or-di-nai-res qu'elles avaient vus, les people et leurs histoires d'amour et de rupture.
    Léna les regardait et ne voyait en ces femmes que des moutons, psalmodiant des tirades de philosophes ou des vers de grands poètes ou des citations de films, marchant au pas, le sourire aux lèvres, l'air ravi de marcher vers l'abattoir, leurs maris et Hugo à leurs côtés, pour servir de chair à canon à quelques nantis de cette société que Léna continuait à haïr du profond de son âme.

    Dans ces réunions, Léna se faisait violence pour ne pas se mettre debout, lever sa tasse au ciel et comme la faisait son père porter un toast :

    "A la santé des cochons payeurs! qui servilement offrent leur bras, leur sang, leur argent pour que ces quelques uns se retrouvent le cul dans le beurre et que les autres crèvent de misère!  Du pain, des jeux pour nous, pauvres cons!"

    2. Hugo

    Hugo partait, régiment d'élite oblige, dans des pays dont Léna ne connaissait ni la prononciation ni même l'orthographe.

    Elle s'éteignait loin de lui.  Comme la fée clochette, elle se vidait de toutes ses forces lorsque Hugo quittait son espace vital.  Lorsqu'il réapparaissait, elle reprenait vie pour faner sitôt son regard quittait le sien.

    Quand Hugo et Léna se sont rencontrés, Léna racontait qu'elle avait seize ans et Hugo n'en avait guère plus.  Ils s'aimèrent comme des grands, et comme des loubards, ils firent de leur couple une meute.

    Léna aima Hugo dès le premier regard et il en fut de même pour lui.

    Ils s'aimèrent et se promirent de s'aimer toujours. 

    2. Hugo  

    2. Hugo

    2. Hugo

    2. Hugo

    2. Hugo

    Lorsque Hugo annonça à Léna, que l'armée, c'était terminé pour lui, le cœur de Léna manqua un battement et elle voulut y croire.  Léna pensa que le moment tant attendu était arrivé et que Hugo, plus jamais, ne la laisserait seule à la maison pour partir en mission, que plus jamais elle ne tremblerait à l'idée qu'il ne revienne pas.

    2. Hugo  

    Léna se jeta au cou de Hugo et la passion de son baiser n'eut d'égal que tout cet espoir qu'elle mettait en sa nouvelle vie.

    2. Hugo

    Mais le regard de Léna se troubla vite lorsqu'elle comprit que même si Hugo ne partait plus dans des pays dont elle ne connaissait ni la prononciation, ni même l'orthographe, Hugo malgré tout, affecté à la sécurité intérieure participerait encore à des missions dont elle ne saurait rien et qui mettrait en danger son aimé.

    2. Hugo

    2. Hugo

    "Avec ma prime de départ, nous allons enfin avoir cette maison dont tu rêves, Léna.  Et mon salaire couvrira largement toutes les dépenses.  Nous pourrons même partir en vacances.  Toi, moi, Amaury.  Ensemble, toujours ensemble." 

    Léna hésita, faillit refuser tout net et poser un ultimatum à Hugo:

    "Ou tu quittes définitivement et réellement l'armée, ne me prends pas pour une idiote, ou je pars."

    Mais le cœur de Léna, à jamais lié à celui de Hugo se révolta et hurla et piétina l'instinct de cette mère et épouse qu'elle était alors et voulait protéger sa famille.

    2. Hugo

    2. Hugo  

    2. Hugo

    "Arrête de regarder mon fils comme ça, je vais finir par être jaloux..."

    2. Hugo

    2. Hugo

    2. Hugo

    Le jour où Hugo annonça à Léna qu'il quittait son commandement pour une autre affectation, Léna faillit perdre Hugo à jamais, elle le sait.  Mais son cœur à jamais lié à celui de Hugo se révolta, hurla et piétina ses instincts de mère qui lui disait de protéger sa famille.

    Amaury avait à peine deux ans.

    Léna murmura à Hugo, serré contre elle:

    "Là où tu erres, j'erre."

    Et leur amour en cascade exulta.

    2. Hugo

    Comme prévu, Léna changea d'écrin mais l'attente revint et l'angoisse aussi que Hugo, définitivement, lui soit enlevé.

    2. Hugo

    2. Hugo

    Et le temps passa, Amaury grandit, Erwen s'annonça et l'angoisse resta.

    2. Hugo

    2. Hugo

    2. Hugo

    2. Hugo

    Lorsque Léna rencontra Hugo, elle racontait avoir seize ans et Hugo n'en avait guère plus.  S'ils s'étaient jurés de s'aimer toujours, c'est parce qu'ils le croyaient, tout comme ils pensaient qu'ils feraient toujours tout ensemble et n'auraient jamais à s'attendre.

    2. Hugo

    Lorsque Léna rencontra Hugo, elle racontait avoir seize ans et Hugo n'en avait guère plus.  Ils n'étaient encore que des enfants.

    2. Hugo

    2. Hugo

    2. Hugo

    Aujourd'hui, encore, Léna attend Hugo avec angoisse, chaque jour, chaque soir.  

    2. Hugo

    Aujourd'hui, alors que Léna n'est plus une enfant depuis longtemps, elle continue à aimer Hugo de tout son cœur, de toute son âme.

    2. Hugo

    2. Hugo

    "Là où tu erres, j'erre."

    2. Hugo

     "Dis-moi quels sont tes tourments, mon amour.  Cette peur nouvelle qui ne fait que grandir, cette haine que je ressens et  qui te ressemble si peu."

    2. Hugo

     "Parle-moi."

    2. Hugo

     En soupirant, Léna glisse les jambes hors du lit.  Elle a entendu du bruit au rez de chaussée.  Cela doit être sa marmaille, sans aucun doute.  Léna aime tellement ses fils, Amaury et Erwen, ses petits princes.

    "Tu es déjà levé, ma petite bouille d'amour?"

    2. Hugo

    2. Hugo

    Léna serre fort son fils contre elle, écoute Erwen lui raconter le vilain cauchemar qui l'a tiré par la pieds, oui, oui, hors du lit et file à la cuisine pour préparer le petit déjeuner lorsqu'elle voit son fils aîné, Amaury sortir en trombe de sa chambre.

    "Bonjour, mon amour, tu as bien dormi?"
    "Oui, super.  Et toi, maman?"
    "Comme une pierre, j'ai dormi comme une pierre."

    Ils rient tous les deux.  Amaury aime le rire de sa maman, sa voix toute douce et sa façon bien à elle de le regarder comme s'il était le petit garçon le plus précieux du monde.

    2. Hugo

    "Salut, frangin!"
    "Bonjou', Mau-mau."
    "On dit A-mau-ry, têtard, pas Mau-mau."
    "Oui, Mau-mau."

    2. Là où tu erres, j'erre

    "Amaury, je n'aime pas quand tu ennuies et insultes ton petit frère."

    La voix de Léna parvient à travers la porte de la salle de bains, un gargouillis lui répond. 

    2. Là où tu erres, j'erre

    Le gargouillis devient audible lorsque le petit garçon apparaît à l'entrée de la cuisine.

    "C'est vrai, je n'aurais pas dû le traiter de têtard, mais imagine qu'il se mette à m'appeler Mau-mau devant mes potes.  C'tteuh gêne, maman, t'imagines?"
    "Euh oui, j'imagine.  Dis, Amaury, à ce propos, j'aimerais bien rencontrer tes amis puisqu'on en parle."

    2. Là où tu erres, j'erre

    "Ouiep, t'inquiète, je sais, un jour p'têt bien."
    "Ce n'est pas toujours toi qui dois aller chez les gens, Amaury.  De temps en temps, ce serait bien que tu rendes la pareille, tu vois."
    "Ouiep, je te dis."

    2. Là où tu erres, j'erre

    "J'y vais, maman.  Passe une belle journée."
    "Toi aussi, mon amour.  Merci.  Mais oh, attends!  Tu n'as pas pris ton petit déjeuner, Amaury."
    "T'inquiète, maman, je mangerai en chemin."

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    "Mais où tu files comme ça, mon fils? Tu ne manges pas non plus avec maman, c'est ça?" 

    2. Là où tu erres, j'erre  

    "Bon, alors, c'est moi qui viens à toi.  On se fait les télésims, mon cœur?"
    "Lala..." s'écrie le bambin, se hissant dans le fauteuil.

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    "Pfff... E'wen veut danser comme Lalla."
    "Mais tu danses déjà dix fois mieux que Lala, mon chéri."
    "Ah oui?"
    "Oh oui!  Oh dis, j'ai une idée... et si on s'inventait un petite chorégraphie, toi et moi?"

    2. Là où tu erres, j'erre

    "E'wen pas comp'is..."
    "Une petite danse.  Toi et moi, ça te dit?"

    Erwen frappe dans ses mains et un oui chantant résonne dans la pièce.

    Léna allume la radio et Erwen, qui ne fait jamais les choses à moitié, se met à se déhancher très concentré et appliqué en rythme, avec en écho le rire doux de sa maman qui l'accompagne. 

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    "Oh mais que vois-je?  Qu'entends-je ici?  Ambiance boîte de nuit à huit heure trente du matin, dis donc!"

    Léna rit doucement, en entendant la voix et les pas de Hugo dans l'escalier.

    2. Là où tu erres, j'erre

    "Tu nous rejoins?"

    2. Là où tu erres, j'erre

     Mais Hugo n'a pas le temps de répondre, le petit Erwen, telle une fusée lancée plein pot s'est jeté sur son papa, qui a juste le temps de le réceptionner au travers de ses babillages d'enfant.  Erwen lui raconte aussi le vilain cauchemar qui l'a tiré par les pieds, oui, oui, du lit, ce matin.  

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    "Oh mon petit cœur, papa est tellement fier de toi.  Comme tu as été courageux avec ce vilain cauchemar!  T'es un vrai petit soldat, toi.  Tu sais dompter ta peur."
     "S'il te plaît, Hugo, ne dis pas ça à mon fils..."

    Hugo ne relève pas mais Erwen se plante droit comme i, piqué au vif, tout contre son père, s'agrippant à la jambe de pyjama de ce dernier et pleurniche:

    "Si!  E'wen est soldat comme papa!  E'wen sè't et p'otège comme papa!"

    2. Là où tu erres, j'erre

     "Hugo!  Dis à ton fils que tu n'es plus soldat.  Dis à ton fils ce que c'est la guerre!  Dis-lui ce qu'est un soldat!"
    "E'wen, soldat.  Quoi p'oblème?"
    "Non, Erwen!... Tu ne seras pas soldat!"

    Hugo soupire très fort, entendant claquer le déshabillé de soie de Léna comme un fouet sous les coups des frissons qui l'agitent.

    2. Là où tu erres, j'erre

    "Ne le prends pas à cœur comme ça, Léna.  Le petit dit ça comme ça."
    "Comme ça?  Il dit ça comme ça?  Tu connais beaucoup de petit garçon de deux ans qui racontent qu'ils sont nés pour mourir?"
    "Ce n'est pas ce qu'il dit, Léna."
    "Je sais qu'on naît tous pour mourir mais pas pour servir de chair à canon. Mon fils ne sera pas soldat...!"
    "Léna, arrête, tu fais peur au petit."

    Léna se tourne vers son fils, installé sur son trône:

    "Erwen, c'est vrai, maman te fait peur?"

    Le petit, concentré sur sa petite affaire, grogne comme un petit phoque:

    "Non, E'wen pas peu' de maman."

    2. Là où tu erres, j'erre

     Déjà Hugo a contourné la petite table, saisit la main de Léna et accroché son regard:

    "Cela fait dix minutes, mademoiselle, que je vous observe depuis le fond de la pièce et je me disais que vous pourriez faire de moi, le plus heureux des hommes.  Mademoiselle, accepteriez-vous de valser avec l'humble soldat de l'amour que voilà?"

    Erwen continue à grogner.

    "C'est E'wen qui danse! C'est Ewen, le soldat de l'amou'!"

    Léna se détend, sourit même.  Hugo a raison, Erwen est bien trop petit pour comprendre tout ce qu'il dit.

    "Monsieur, je ne sais si..."

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    "C'est ainsi que vous valsez, Monsieur?"
    "C'est ainsi que valse un soldat de l'amour, mademoiselle, oui."

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    Hugo inspire, calme les battements de son cœur affolé.

    "Je pars dans un quart d'heure, si tu veux aller prendre ta douche, profites-en maintenant."

    Léna sourit:

    "C'est une façon bien délicate de me dire que je ne sens pas la rose."

    Hugo rigole.

    "Ce n'est une façon très délicate de te dire que tu devrais arrêter de te pavaner à la maison en déshabillé, si tu ne veux pas que je te saute dessus."

    Léna glousse:

    "C'est plutôt toi qui aurais besoin d'une bonne douche froide, il me semble.  C'est c'lui qui dit qui est!"

    "File", rigole de plus belle Hugo.

    Et Léna obéit, file à la salle d'eau. 

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    "Léna, ça va?"
    "Oui-oui."

    2. Là où tu erres, j'erre  

    "Tu vas me manquer, Hugo."
    "Toi aussi...
    Je dois y aller, Léna.  Il faut encore que je me change."
    "Oui, oui, bien sûr."
    "Je t'ai dit comme je te trouvais belle dans cette petite robe?"

    Lénit sourit encore.

    "Dépêche-toi, tu vas vraiment finir par être en retard."

    Hugo serre très-très fort Léna contre lui.  Trop fort peut-être?  Mais ça fait du bien.

    2. Là où tu erres, j'erre

    "J'y vais.  Je ne rentre pas tard aujourd'hui.  Je devrais être là en même temps qu'Amaury."

    Léna acquiesce.  

    "N'ouvre à personne que tu ne connais pas, ok?  Tu ne dois pas sortir aujourd'hui, n'est-ce pas?"
    "Non, ne t'inquiète pas.  A tout à l'heure, mon amour.  Je t'aime."
    "Je t'aime aussi.  Et ferme bien la porte derrière moi."

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre  

    "Ne t'inquiète pas"? Bien sûr que Hugo s'inquiète.  Léna le sent et ne comprend pas.  Cela fait environ cinq ou six mois que ça dure, en même temps que les cauchemars de son compagnon sont apparus.

    Bien sûr que Hugo s'inquiète et Léna ne comprend pas pourquoi.  Sans doute cela a-t-il à voir avec son travail?  Cela ne peut avoir à faire qu'avec son travail parce que Hugo sait que Léna n'aime que lui, qu'elle n'a jamais regardé un autre homme que lui, qu'il est sa moitié, son tout, que loin de lui elle s'éteint et se fane.

    Léna soupire.

    "Dis donc, mon petit nageur, tu as décidé de jouer les fontaines aujourd'hui?"
    "Tempête!..." rigole Erwen en aspergeant de mousse sa maman.
    "Rooh... mon fils est le dieu éole?  Gare à vous les humains, il souffle et tempête, le dieu Eole."
    "Non, E'wen pas éole!  'ptune."
    "Oula...  Neptune!  Gare à ton trident, Neptune!  C'est Zeus qui te parle..."rugit Léna, faisant rire aux larmes le petit et remuer l'eau dix fois plus.
     

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre  

    "Ne t'inquiète pas"?  Bien sûr que Hugo s'inquiète et Léna ne comprend pas.  Elle ne comprend pas pourquoi Hugo s'inquiète pour elle.  
    Cela ne peut avoir affaire qu'avec son travail, Léna en est sûre.  Mais quelle affaire?
    Léna n'a pas beaucoup d'informations sur le boulot de Hugo.  Elle sait qu'il est chargé de la protection de personnes. Pourquoi?  Comment?  Elle n'en sait rien.  Elle sait juste qu'il dirige une équipe et veille au bien-être des personnes qu'il a sous sa surveillance pour une période plus ou moins longue.  En filigrane, elle a compris qu'il assurait le transport aussi de certains témoins ou condamnés; ce sont les missions les plus courtes qu'il ait.

    "Ne t'inquiète pas"?  Bien sûr que Hugo s'inquiète et Léna se sent triste de ne pouvoir mettre des mots sur cette inquiétude.  Nul qu'elle ne sait mieux à quel point c'est douloureux de s'inquiéter pour la personne qu'on aime.

    "Allez, Neptune, il est temps de sortir du bain...  Waaah!  T'es beau comme un dieu, mon fils, c'est vrai."
    "Maman, belle..."

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    "E'wen veut un jus."
    "On ne dit pas "je veux", Erwen.  On dit "je voudrais" et on ajoute la petite formule magique "s'il te plaît".

    Erwen, pas contrariant pour un sou, obéit gentiment la tête fourrée contre le bras de sa maman:

    "'voud'ait un jus, s'i' plaît, maman."
    "Bonne idée, mon loulou.  Moi, aussi, je me boirais bien un petit jus!"

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    "'aconte histoi'e du c'apaud t'op beau, maman, plaît."
    "Tu veux l'histoire du crapaud trop beau?  D'accord... Où en étais-je?"
    "'a'ive à la clai'iè'"

    2. Là où tu erres, j'erre

     "Ah oui, c'est cela.  Notre crapaud trop beau, après avoir bondi pendant des heures et des heures pour échapper au bec du vilain perroquet trop laid, caché par le couvert des arbres de la forêt touffue d'animaucity, arrive à la plus belle clairière qu'il n'a jamais vue.  Des milliers de moustiques s'ébattent dans les airs et... mais oui, mais oui, c'est un petit étang recouvert de nénuphars qu'il voit là-bas et lui tend les bras.  "Ici, je n'aurai jamais faim" s'écrie de sa grosse voix de crapaud trop beau, notre ami, et en sautillant gaiement parce qu'il lui reste des forces dans ses petites pattes, il bondit jusqu'à l'étang et s'étend, sur une feuille de nénuphar, les pattes toute étendues, la bouche ouverte vers le ciel.  Il n'a qu'à ouvrir la bouche, les moustiques s'y glissent et notre gros crapaud trop beau, très vite, ne sent plus la faim qui quelques minutes plus tôt encore lui tordait son petit ventre dodu."
    "c'apaud tout beau doit se méfier!"

    Léna gonfle les joues et avec la voix du crapaud s'écrie:"

    "Comment?  Erven?  Je devrais me méfier?  Pourquoi devrais-je me méfier?"

    Erwen, comme il est coutume, rentre dans le jeu et répond très sérieusement au crapaud.

    "Tu dois te méfier, c'apaud t'op beau.  S'il y a plein moustiques, il y a pas d'autres c'apauds ici.  Pou'quoi?"
    "Ouiii, pourquoi, petit homme?"
    "Pa'ce que clai'iè'e intè'dite..."
    "Tut tut..."reprend, Léna, les joues toutes gonflées d'air, "petit humain, aucune clairière ne peut être interdite aux crapauds!  Nous, crapauds, nous bondissons, nous dormons, nous rêvons partout où on veut.  Rien n'est interdit aux crapauds, petit d'homme."
    "Si!"  s'écrie Erwen. "'tention!"
     

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    Léna sait que Erwen, contrairement à Amaury au même âge, aime bien quand les choses sont compliquées pour le petit crapaud; alors prenant sa voix sculpturale, elle fait sursauter le petit:

    "C'est alors qu'une voix résonne dans la clairière, rebondit contre les bords, comme surgie du ciel :"Qui trouble mon repos?"
    "Vite, 'apaud!  Fuis!"

    Léna obéit:

    "Notre gros crapaud tout beau, au son de cette voix, sursaute et son courage légendaire se déploie au plus profond de sa poitrine.  N'écoutant que lui, notre ami, notre crapaud tout beau saute dans l'eau..."

    Léna ménage le suspens puis reprend un octave en-dessous.

    "Tout est noir sous l'eau, bizarrement celle-ci s'accroche à notre gros crapaud trop beau, comme si c'était plus de l'huile que de l'eau.  Une huile si graisseuse et grossière que notre crapaud tout beau se sent attiré vers les fonds."

    Erwen applaudit, le regard brillant.

    "Et alo's, maman?"

    Léna sourit, un rien taquine, elle tend les mains tout autour d'elle.

    "Et c'est là, Erwen, que tout au fond, droit devant lui, notre gros crapaud tout beau aperçoit une lumière, une lumière d'abord faible mais au fur et à mesure que crapaud trop beau s'approche, cette lumière devient plus vive, un peu bleu ... ou orange?  oh non, jaune plutôt."

    Léna se frappe le front du plat de la main.

    "Tu ne devineras jamais, Erwen, ce qui se cache dans cette eau noire, huileuse, crasseuse..."

    Erwen, effectivement, secoue sa petite tête, la bouche ouverte.

    "Crapaud tout beau n'en revient pas lui non plus, plus il s'approche plus il se sent curieux et amusé... Un arc'en-ciel, Erwen!  Le plus beau de tous les arcs en ciels, posé là.  Oui, c'est le bien le pied d'un arc en ciel que voit notre crapaud tout beau!"

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    "Enco', maman!"
    "Demain, mon trésor.  Je dois préparer le goûter pour Mau-mau."

    Erwen cache sa petite bouche en pouffant:

    "Pas Mau-mau, maman!"

    Léna exagère la prononciation du prénom de son fils aîné.

    "Amaury... oui, tu as raison, Erwen!   Tu ne lui diras pas hein?"
    "Ah mais non, maman!  Evidemment!"

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre "

    "Maman!  Tu n'avais pas fermé la porte derrière papa.  Il ne serait pas content, papa, s'il s'en rend compte."
    "..."
    "Maman, tu dois fermer la porte derrière le dernier qui sort, tu le sais, ça!  N'importe qui pourrait entrer sinon."
    "..."
    "Ce n'est pas prudent, maman, papa te l'a dit."
    "..."
    "Maman!  Oh oh tu m'entends?"
    "..."

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    Amaury fronce les sourcils, soupire et lâche l'affaire.

    "Ok, pardon, maman.  Bonjour, maman."
    "Oh bonjour, mon fils!  Ta journée s'est bien passée?  Tu as bien travaillé?... oh mais attends, que vois-je?... Ne bouge pas surtout!" 

    2. Là où tu erres, j'erre

    "Ah mais oui... là, derrière l'oreille...  Une pièce de monnaie dis donc!  Je le savais, je le savais que tu étais mon petit coq aux œufs d'or, si précieux."
    "Maman!  Arrête, les coqs ne pondent pas des œufs.  Et tu sais comment elle a fini la petite poule aux oeufs d'or?"
    "Ah mais non, Amaury!  Dans mon histoire, il n'arrive rien à mon petit coq.  Il vit encore, très heureux, d'ailleurs, aujourd'hui, au bord de sa rivière, allant à petit train aux côtés de sa petite poule, petite aile dans petite aile se promener le long de la rivière." 

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre 2. Là où tu erres, j'erre

     Amaury rigole.

    "Ok, ok, maman.  Il rentre à quelle heure, papa?"
    "Il ne devrait plus tarder.  Il m'a dit qu'il ne rentrerait pas tard."
    "Cool, j'ai un projet en sciences pour demain et je suis nul en sciences."
    "Tu n'es pas nul en sciences, Amaury, tu sais que les coqs ne pondent pas des oeufs."
    "Mouiais..."
    "Et tu l'as depuis quand ton projet de sciences?"
    "Évitons les sujets qui fâchent, maman."

    Léna soupire.

    "Amaury... Ce n'est pas sérieux."
    "Oui, je sais.  Je ne le ferai plus, maman."
    "C'est ce que tu me dis à chaque fois, Amaury.  Je vais devoir faire comme lorsque tu avais six ans et vérifier tous les soirs ton journal de classe, ton cahier de correspondance?  C'est ça?"
    "Maman, s'il te plaît.  Je suis désolé.  J'ai plein de trucs en tête."
    "Et bien, tu ferais bien d'organiser un peu mieux tout ça, Amaury, si tu ne veux pas que je le fasse."
    "D'accord.  Promis."

    2. Là où tu erres, j'erre

    "T'es pas fâchée, hein, maman?"
    "Pas trop trop... Viens là, mon fils." 

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    "Ah voilà, papa!"
    "Papa, papa, il faut que je te demande quelque chose!"
    "Les toilettes sont par là, fils, ça a l'air urgent."

    2. Là où tu erres, j'erre

    "Non, non, papa, ce n'est pas ça.  Enfin, si ... mais je voulais te demander si tu voulais bien m'aider pour mon projet en sciences, je dois faire une volcan."
    "C'est pour quand?"
    "Demain."

    La voix de Hugo grogne.

    "Amaury, ne me dis pas que Madame t'a donné ce travail aujourd'hui."
    "Non, évidemment non, je ne vais pas te dire ça.  Alors, c'est oui, tu veux bien m'aider?  Je n'y arriverai jamais seul."

    2. Là où tu erres, j'erre

    "Papa, mon petit papa, s'il te plaît..."

    2. Là où tu erres, j'erre

    "Papa, mon petit papa, je te promets que je rangerai ma chambre ce week-end, si tu m'aides."

    2. Là où tu erres, j'erre

    "Dis oui, dis oui, mon petit papa..."
    "D'accord.  Mais file aux toilettes, d'abord, tu vas finir par uriner sur le tapis."
    "Oui- oui , trop bien, merci, papa."

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    "Tu as l'air fatiguée, Léna."
    "Non, ça va bien."
    "Tu n'avais pas fermé, la porte, Léna.  Je voudrais que tu le fasses, s'il te plaît.  C'est important.  Quand je pars, tu fermes derrière moi, tu tires le verrou et tu laisses les clés sur la porte, s'il te plait, Léna."

    2. Là où tu erres, j'erre

     "Hugo, ce n'est pas comme ça que je vis.  Si quelqu'un a besoin de rentrer chez nous, il doit pouvoir entrer."
    "Léna, c'est rare les gens qui ont besoin d'entrer quelque part..."
    "Justement, tu comprends dans quelle urgence ces gens pourraient être?"
    "Léna, c'est rarement par besoin que les gens veulent entrer.  Ceux qui veulent entrer..."

    Léna le coupe, agacée:

    "Hugo, tu sais comme moi que quelqu'un de malveillant qui veut entrer, entrera, ce n'est pas une porte fermée qui l'en empêchera."
    "Léna, il ne s'agit pas que de toi.  Il y a les enfants aussi..."
    "Ah non, Hugo.  Ne m'inclus pas, ne m'implique pas et surtout n'inclus pas et n'implique pas les enfants dans ta paranoïa.  Cette conversation est close, Hugo."

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

     Hugo regarde Léna monter à l'étage.  Sans aucun doute, Léna est allée se calmer à l'étage.  Il sait que quand elle est énervée, elle a besoin de s'isoler pour laisser retomber la pression.

    "Ça va, mon fils?  C'est bon?" 

    Erwen répond, la bouche pleine:

    "Délicieux!  Plus ta'd, E'wen se'a cuisinier."
    "C'est une bonne idée, ça."

    2. Là où tu erres, j'erre  

    "E"wen a plein bonnes idées. Et ta jou'née, mon petit papa, s'est bien passée?"
    "Oui.  Et toi?"
    "C'apaud tout beau a t'ouvé un pied a'c en ciel."
    "Un pied arc-en-ciel?  C'est super!"

    Amaury, sorti des toilettes, jette un œil sur l'écran et lance un:

    "Papa, tu viens?"

    2. Là où tu erres, j'erre

     "Papa!"
    "Deux secondes, Amaury, je parle avec ton frère."

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    "Amaury, évite de mettre les doigts en bouche après avoir manipulé des produits chimiques, tu me feras plaisir."
    "Hein?  Quoi?"

    2. Là où tu erres, j'erre  

    "Dis-moi, Amaury, est-ce que je pourrais te demander quelque chose?"
    "Oui, papa, bien sûr."
    "Lorsque tu rentres de l'école, si maman n'a pas fermé la porte à clé et mis le verrou, tu pourrais le faire?"
    "Je le fais déjà, papa.  Mais maman repasse derrière moi et rouvre."
    "..."
    "Bah, tu sais, elle a peur qu'il y ait un accident, quelque chose, que quelqu'un ait besoin de se réfugier chez nous.  So-li-da-ri-té!  Tu vois quoi."
    "Oui, je vois."
    "Tu sais, c'est parce que maman doit s'occuper de nous sinon, elle passerait son temps à la soupe populaire, je suis sûr que notre maison ressemblerait à un refuge pour sans domicile fixe.  Tu vois ce que je veux dire?"
     

    2. Là où tu erres, j'erre

    Hugo acquiesce.  Il fait plus qu'imaginer, il se souvient de l'époque où il était convoqué régulièrement pas son chef de corps, lorsqu'ils habitaient encore dans le quartier militaire, et que lui était fait reproche "des gens qui traînaient dans le quartier", que Léna ramenait surtout.

    "Tenez votre femme, Sergent."

    Tenir Léna?  Léna est aussi intenable qu'indomptable.  C'est sans doute ce qui peut le plus agacer Hugo et aussi la raison pour laquelle il l'aime à en mourir.

    "C'est pour ça que tu ne ramènes jamais d'amis chez nous?  Tu as peur qu'elle ait pitié d'eux et décide de les adopter tous?"

    Amaury aurait dû rire, Hugo, lui, s'était trouvé très drôle mais le petit garçon se tortille et hop, son doigt retourne à la bouche.

    2. Là où tu erres, j'erre

    "Euh non, ça, c'est peut-être à cause de ce que j'ai raconté."
    "Ah oui?  Et qu'as-tu raconté?"

    Amaury se tortille d'une fesse sur l'autre.

    "J'ai peut-être raconté que tu étais capable de dévisser la tête de n'importe lequel de mes amis si l'envie te prenait.  Ouiep, je crois que c'est à cause de toi qu'ils ne veulent pas venir."

    2. Là où tu erres, j'erre

    "Dévisser la tête de tes camarades de classe.  Mais enfin, Amaury, pourquoi tu as raconté ça?"

    2. Là où tu erres, j'erre

    Hugo est mort de rire.

    2. Là où tu erres, j'erre

    "Bah, je ne sais pas, ça m'est venu comme ça.  Sur le moment, je n'ai pas réfléchi.  Puis c'est vrai, non?"
    "Enfin, Amaury, tu as vraiment de drôles d'idées!"
    "Mais tu pourrais le faire, hein papa?"
    "Oui, techniquement, sans doute ...mais..."
    "Ah tu vois, je n'ai pas menti et mes amis ont raison de se méfier."
    "Mais je ne ferais jamais ça, Amaury!"
     

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    "Jamais quoi?"

    Hugo et Amaury sursautent de concert et répondent d'une même voix:

    "Rien-rien."
    "Rien-rien?  Vraiment?"

    "Non, rien-rien, sauf qu'on papotait chimie, hein papa?"
    "Tout à fait, mon fils."
    "Je peux vous donner un coup de main, peut-être?" 
    "Avec plaisir, hein, papa."

    "Bien sûr."

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    "Attention, magiiiie!"

    2. Là où tu erres, j'erre  

    Mais la petite famille n'a pas le temps de se réjouir, le téléphone portable de Hugo vibre.

    "Ah papa a un appel."

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

     "Je vais devoir m'absenter."
    "Tu en as pour longtemps?"
    "Normalement non."

    Léna soupire.

    "Je te garderai une assiette..."
    "D'accord, à tout à l'heure."

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    "Mmmh, maman, ça sent drôlement bon.  On va se régaler!"
    "Je l'espère, mon chéri."

    2. Là où tu erres, j'erre

     

      Hugo est arrivé très rapidement sur les lieux de son rendez-vous.  Après vérification d'usage, il s'est installé sur un petit banc, ses pensées, toutes tournées et uniques, vers sa mission, la mission qui l'occupait depuis presque six mois, maintenant: retrouver Miranda Lol et sa fille.

    Ce soir, si les choses se goupillaient à son vœu, cette mission allait prendre un tournant que Hugo jugeait décisif.

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    Philibert Foy, le chef de la section de Hugo au ministère de la défense, arrive lui aussi sur le lieu de rendez-vous et repère rapidement Hugo assis, à l'attendre.

    "Bonjour, Hugo."
    "Monsieur..."
    "Répétez-moi, Hugo, où vous en êtes."
    "Nulle part, Monsieur, je vous l'ai dit et tant que je n'aurai pas l'autorisation que j'ai demandée il y a déjà plus de trois mois, je ne pourrai pas accomplir ce à quoi je me suis engagé.  Si la réponse est non, je préfère, Monsieur, être honnête avec vous, nous n'arriverons à rien.  Miranda Lol est planquée, elle ne sortira pas de son trou et elle ne nous laissera pas la trouver."
    "Voyons, Hugo, vous surestimez cette femme, son niveau de vigilance ne peut que diminuer avec le temps qui passe.  Elle va relever sa garde et vous la chopperez pile à ce moment."

    Hugo sent ses joues picoter et à grande peine, il refoule le fou-rire qui lui monte aux lèvres.

    "Non, monsieur.  Le niveau de vigilance de Miranda Lol ne baissera pas avec le temps."

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    "Mon cher Philibert, bonsoir.  Commandant, bonjour... Restez assis, je vous en prie.  Je suis ravi de vous rencontrer enfin,... Hugo... Me permettez-vous de vous appelez Hugo?"
    "Commandant, ça ira très bien, Monsieur de LaHauteVolée."
    "Soit, Commandant, donc.  Alors, dites-moi, vous et votre équipe n'avez toujours pas mis la main sur cette Miranda Lol, dois-je vous décharger de vos autres dossiers afin que vous y mettiez plus de cœur, dites-moi."
    "Monsieur, pardon d'intervenir, mais il est impossible de confier les autres dossiers à une autre équipe: le manque de moyen d'abord, ensuite moins les données confidentielles sont partagées, moins elles ont de chance de nous échapper.  Puis Miranda Lol, officiellement, il s'agit juste, dirais-je, d'une brebis égarée.  Elle ne peut devenir prioritaire officiellement, sous peine de..."
    "C'est bon, Philibert, j'ai compris."

    Hugo ajoute:

    "Ce n'est pas de temps à dégager à mon équipe, Monsieur, qu'il me manque.  C'est comme je l'ai dit un moyen supplémentaire dont j'ai besoin.  Il me faut un accord ferme et définitif concernant ce civil dont j'ai parlé à Monsieur Foy."

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre  

    "Il n'y a donc, selon vous, pas d'autres manières de neutraliser Madame Lol?"
    "Je connais Miranda, Monsieur.  Si elle pense qu'il est menacé, elle se montrera."
    "Pourquoi?  Dites-moi, Commandant, pourquoi?  L'amour?"

    Hugo fronce les sourcils.  Est-ce que ce gars-là, tout droit sorti de la cuisse de jupiter peut comprendre comment fonctionne Miranda?  Il faut un dixième de seconde à Hugo pour répondre à cette question.  Non, évidemment non, Monsieur de LaHauteVolée, tout frais moulu de son argent, de ses manières, de sa famille d'aristocrates, ne peut pas comprendre comment fonctionne Miranda.

    2. Là où tu erres, j'erre

    "Le pourquoi n'est pas important, Monsieur de LaHauteVolée.  C'est comme ça, c'est tout."
    "D'accord, d'accord, Commandant.  Ne croyez pas que je remette en cause vos qualités même si nous avouons que le temps qu'il vous faut à neutraliser une simple jeune femme et sa fillette ne joue pas en votre faveur."

    Hugo prend l'insulte pour ce qu'elle est et se contente de sourire, comme il convient.

    2. Là où tu erres, j'erre

     Avec grâce, l'homme en blanc fait quelques pas, se pose avec majesté sur le bord de la fontaine, ne quittant pas des yeux Hugo.
    "C'est d'accord, Commandant, vous avez notre feu vert.  Quoi qu'il arrive à Julien Clove, nous vous couvrirons."
    "Parfait."

    "Inutile de faire de rapport, Hugo."
    "Bien sûr, Monsieur." 

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

     

     

    « 1. Cassie - retour au bercail3. Toujours ensembles »
    Pin It

  • Commentaires

    16
    GGO
    Mercredi 21 Juin à 15:27

    Mais au fait... C'est qui le père de Mia ? C'est Hugo ou pas ? On avait l'impression quand même dans le précédent Lilas... Mais là on doute...

      • Mercredi 21 Juin à 16:46

        GGO,

        Il n'y a que Miranda qui sache qui est le père de Mia :) pour l'instant :p

    15
    nicolasB
    Lundi 19 Juin à 19:31

    Bon, ben toi quand tu raccroche un perso, tu ne le fais pas a moitié :D

    Hugo, quel personnage attachant, drôle d’ambiguïté, prévenir Miranda qu'il la surveille pour qu'elle parte, et obligé par ses patrons pour s'en débarrasser. 

    Cette histoire va mal finir pour Hugo, si il obéit Miranda va se venger, si il n'obéit pas, il va être mis dans la même catégorie que Miranda.

    Bref comme dirais certain chic chic chic du rififi dans l'air :D

     

    Ce couple est choupinet, la dualité de Léna entre son amour et sa vie. Bref ils me feraient presque oublier Karine et Walter ... NAN pas moyen :)

     

    Bon super chapitre, on sent le dernier pack à mort !! mais c'est très drôle.

     

    Aller il ne manque plus qu'un vivement la suite, mais fait pas trop bobo à Julien il a déjà bien mangé, il est un peu simplet mais pas méchant ;-)

      • Lundi 19 Juin à 19:51

        Nicolas,

        Et les ordres contradictoires qui arrivent et que Hugo, à aucun moment, ne semble mettre en doute.  Tu as raison, c'est bizarre.

        Clairement, la mission de Hugo dérange, on ne voit pas comment il pourrait y  échapper, et d'ailleurs, en a-t-il vraiment envie? :/

        Léna n'est pas aussi douce que ne l'est Carine ♥  Et Hugo est bien moins gentil que Walter.  Forcément, je ne pense pas que ce nouveau couple puisse supplanter Carine♥Walter :)

        Le nouveau pack s'intègre particulièrement bien dans la vie de famille que je voulais illustrer, donc forcément, il y en a foison :D

        Et tut tut tut : Julien n'est pas simplet du tout :gggrrr

        Et merci merci merci de me lire ♥♥

    14
    Lamé
    Lundi 19 Juin à 14:02

    Quel surprise d'avoir à nouveau un chapitre.  On voit que tu t'es amusée avec le dernier gamepack :

    J'aime beaucoup l'histoire qui tourne autour de Léna et Hugo.  La façon dont ils se sont connus, ce premier amour qui dure ...  On ressent que Léna s'est beaucoup sacrifiée par amour.  Elle a tu beaucoup de ses principes, de sa philosophie de vie pour continuer à suivre l'homme qu'elle aime.  Et plus ça avance, plus on ressent que cela la pèse.  Elle a raison quand elle dit que quelqu'un de malveillant rentrera s'il veut rentrer, porte fermée ou pas. 

    Hugo qui veut utiliser Julien .. Aïe ... Autant pour notre Juju, mais aussi pour Hugo ...  Miranda serait bien capable de s'attaquer à la famille d'Hugo pour lui faire payer ça.  Et Cassie risque encore de souffrir de tout ça.  J'aimerais vraiment que Hugo envoie bouler ce travail et qu'il prenne un nouveau départ pour lui et sa famille.  Mais bon ... Je pense que c'est peine perdue.  Du moins, je me permets d'espérer ^^

      • Lundi 19 Juin à 14:19

        Lamé,

        Oui, Léna a fait beaucoup de sacrifices, c'est vrai :)  Par amour pour Hugo.

        Evidemment, on ne voit sa vie que du côté de Léna, on ne sait pas ce qu'il en est du côté de Hugo.  Peut-être y a-t-il eu des renoncements aussi de son côté?  Probablement, comme dans toute vie de couple :)

        Effectivement,  Hugo devrait laisser tomber sa mission, renoncer à débusquer Miranda, voire changer de boulot.  Cela mettrait un terme à ses cauchemars et lui permettrait de mettre en sécurité sa famille, comme il en rêve.  C'est une question qui mérite qu'il se pose.  L'a-t-il fait?  Le fera-t-il?  On verra.

        Et un grand merci merci merci ♥♥♥

    13
    Lundi 19 Juin à 09:26

    Quel beau portrait de couple tu nous a fait là. J'ai beaucoup aimé la genèse de leur histoire, à Hugo et Léna. Même si je trouve que Léna, pour garder à tout prix son amour, se tait bien trop souvent et étouffe sa nature profonde. Je me demande si elle avait donné un ultimatum à Hugo au moment où il était sorti de l'armée, s'ils n'auraient pas eu une autre vie ? 

    Quand aux dernières lignes, outch ! la douche froide. lls ne vont quand même pas s'en prendre à Julien quand même ? Si ?... Ouille. Mais je me demande s'ils ne jouent pas avec le feu, tout ces gens là. Miranda avait montré qu'elle avait de la ressource et qu'elle n'était jamais pris par surprise.

    La guimauve n'est pas restée longtemps... ^^. Et en même temps, cela ne m'étonne pas puisqu'il s'agit du Lilas.

    Je serre les dents et j'attends la suite... En esperant que tu ne malmènes pas trop tes personnages.

    (tes images de la vie familiale avec les enfants sont adorables. ♥♥♥)

      • Lundi 19 Juin à 10:03

        Agathe,

         

        Merci ♥

        Léna pense que si elle avait posé l'ultimatum à Hugo, il serait parti.  Je pense comme elle.  Alors oui, ils auraient eu une autre vie.

        Et sinon, si, je confirme: Hugo a bien l'intention de se servir de Julien pour débusquer Miranda :/

        Je prends mon temps pour la suite, mais je fais quand même au plus vite.

        et encore merci merci merci ♥♥♥

    12
    Pythonroux
    Lundi 19 Juin à 00:39

    yes yes yes, du rififi :D

    mais je ne pense pas que ce soit une bonne idée mon cher Hugo. Tu risques de ramener des problèmes à la maison ;) et de perdre ta gentille famille...

     

    il est vraiment coriace et l'armée l'a super bien formé. il n'a qu'un seul but, finir la mission qu'on lui a donné et il est prêt à tout pour cela.

     

    très jolie histoire entre Léna et Hugo, celle-ci est totalement sous le contrôle d'Hugo ^^ et elle est complètement folle de lui depuis son premier regard ;)

     

    Et pour finir, je crois que tu vas très vite perdre ton petit sourire mon cher Hugo :( désolé pour toi... mais tu cherches les ennuis aussi

      • Lundi 19 Juin à 09:57

        Pythonroux,

        C'est sûr que ce n'est pas forcément la meilleure idée qu'a eue Hugo s'il voulait préserver la paix dans son foyer.  En même temps, je crois qu'on sent que l'armée, son travail, ça reste le plus important pour lui.  Il n'est donc pas si étonnant qu'il se concentre sur Miranda plus que sa famille :/

        Pour Léna, elle a fait beaucoup de sacrifice pour Hugo.  Espérons qu'elle ne le regrette pas.

        Clairement, le sourire de Hugo risque de s'effacer :gggrrr

         

        Et merci merci merci ♥♥♥

    11
    GGO
    Lundi 19 Juin à 00:05

    Ah oui et...

     

    Ouh qu'il est beau Hugo :3

      • Lundi 19 Juin à 09:54

        GGO,

        Moi aussi, je le trouve beau, Hugo :p

    10
    GGO
    Lundi 19 Juin à 00:02

    NAN MAIS QQQUUUOOOUUUAAAA ? Le Lilas reprend et on me dit rien ?!

     

    Nostalgique, je repassais par ici et voilà ! Je suis fâchée :p

     

    La vache. C'est génial. Au premier sens du terme. C'est tellement fort ! 

     

    Je suis quand même un peu frustrée par le côté secret de Cassie. Elle me donne l'impression d'une savonnette qui échappe constamment des mains... 

     

    Par contre, ce chapitre sur Hugo et Léna... Seigneur... Tu ne nous ménages pas !  Et ce que tu nous prépares a l'air bien sombre, encore... Oh la la ! On vibre ici ! Encooooooorreee ! <3

      • Lundi 19 Juin à 09:54

        GGO,

        Pardon, oui, une petite suite pour le lilas :/

        L'image que tu choisis pour Cassie est vraiment celle que je voulais donner.  Jadore ♥

        Et merci.  Pour la suite, je prends mon temps mais elle arrivera, bien sûr.

        Merci merci ♥♥

    9
    L'arbre en boule
    Dimanche 18 Juin à 23:22

    *je reprends ma respiration*

    Je pense que si Hugo s'en prend à Julien pour faire sortir Miranda de sa cachette, il fait une énorme erreur qu'il regrettera toute sa vie.

    Parce que s'il ignore où se cache Miranda, j'ai la certitude qu'elle sait exactement où il vit et qu'elle a toujours un œil sur lui. D'ailleurs, il le dit lui-même : le temps qui passe n'émoussera jamais sa vigilance.

    Je crois que si Hugo tente de piéger Miranda, il risque de provoquer un effet boomerang qu'il se prendra en pleine tronche, parce que Miranda ne foncera pas tête baissée : elle flairera le danger et n'hésitera pas à s'en prendre à Léna, ainsi qu'aux enfants.

    Léna trouve qu'il est devenu parano et elle n'a pas tout à fait tort, la pauvre... :/ Et c'est elle qui risque de se retrouver en première ligne, avec les deux petits.

    C'est bien sombre, tout ça... mais qu'est-ce que ça me plaît ! ;)

      • Dimanche 18 Juin à 23:34

        L'arbre en boule ♥

        Je suis certaine aussi que s'en prendre à Julien est la pire des idées que pouvait avoir Hugo; mais effectivement, la seule qui puisse faire sortir Miranda de son trou :/

        et merci merci merci ♥♥

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :