• 6. Malédiction

     

     

                Ce jour que j'attendais avec tant d'impatience arriva enfin.  Je l'avais espéré magnifique, intense et grandiose, mais, comme je l'ai déjà dit, il se transforma pour moi en calvaire.  De cela, je n'aime toujours pas me souvenir. 

     

    6. Amande amère 

     

             En toute humilité, il me faut reconnaître que j'ai compris tout de suite que rien ne se passait comme je l'avais imaginé.

     

    6. Amande amère 

     

                 Une porte au fond de moi s'est claquée violemment, verrouillée et j'en perdis la clé sans l'avoir jamais réellement possédée.  Mon essence, mon être disparaissait tandis qu'une muraille infranchissable s'érigeait tout autour de mon âme, me laissant à bout de souffle de l'autre côté, seulement consciente d'avoir perdu ma raison d'être.

                       Au détour d'une étincelle, en pleine ronde des âges, je ne trouvai plus l'accès à ma magie. J'étais devenue comme ceux que je raillais: un être sans pouvoir, une pauvre chose emplie de haines et de jalousies.  Les souvenirs de mes exploits s'estompaient déjà, comme si je n'avais jamais été plus qu'un bambin ordinaire.  L'enfance m'avait arraché mon plus précieux trésor et mes rêves s'envolaient, s'enflammaient, me laissant pantelante à même moi-même, vide et seule.  

     

    6. Amande amère 

     

                   A cette époque, je me voyais comme une sorcière déchue, condamnée par des forces occultes à ressembler aux bourreaux de ma race.  Je cherchais au fond de moi l'erreur que j'avais commise pour qu'il en soit ainsi.  J'échafaudais mille théorie, tentais en vain de retrouver le chemin de mon pouvoir.

                    Il aurait suffi qu'elle me dise la vérité: que les enfants de mon peuple avaient été abattus à Masmala, les mains libres de tout lien, au bord de la fosse, parce que, eux, - contrairement aux adultes et adolescents, retrouvés les bras liés dans le dos - n'avaient pas accès à la magie.  Cela n'était ni punition, ni déchéance.  C'était ainsi que les choses étaient.  Tout simplement.  Le temps de l'enfance est le temps de l'innocence et la sorcellerie n'y a pas sa place.

                       Je me battais contre des moulins à vent et elle, aveugle à ma douleur, se démenait contre ses démons qui la rongeaient chaque jour un peu plus, la précipitant vers l’abîme qu'elle désirait avec toute la force du désespoir.

     

    6. Amande amère 

     

                     J'aurais pu, moi aussi, me laisser rouler comme une pierre au fond d'un lac.  Et forcée, je dois reconnaître y avoir couru, toutes voiles dehors, sous un ciel de plomb et une pluie battante.  Je me voyais déjà les poumons gorgés d'eau, m'étouffant dans d'atroces souffrances.  Je me disais que c'était mon seul espoir de forcer les murailles et la porte verrouillée.  La magie me sauverait ou je mourrais.  C'était ce que je désirais.

     

    6. Amande amère

    6. Amande amère

     

                     Ce ne fut pas la magie qui me sauva mais mon aptitude exceptionnelle à survivre.  Je me mis à nager contre mon gré, moi qui ne savais pas nager.  Ce fut un requin qui me ramena vers la rive.

     

    6. Amande amère

    6. Amande amère

     

                  J'étais - et je l'avais oubliée - une survivante de Masmala.  Nul tatouage sur ma peau pour en témoigner, et pourtant, ce miracle, malgré tout, imprégnait chaque cellule de mon être.  Je compris alors que la mort par suicide me serait refusée tant que je vivrai.  Je devais faire avec.  C'était sans doute un des points communs que je partageais avec ma mère.  Notre malédiction, finalement.

     

    6. Amande amère

     

                 Certaine que telle malédiction m'avait frappée, j'appris à Clic-Clac, mon amie, ce soir-là, que j'abandonnais fées, elfes et gobelins dont j'avais tant rêvés, bambin, et devenais comme l'avait tant souhaité ma tendre mère, cette petite fille ordinaire, qui suivrait le même chemin barbant et bien tracé que suivent tous les enfants de l'univers - y compris ceux des bourreaux de ma race: le chemin de la haine, de la peur et de la jalousie.

     

    6. Amande amère 

     

                Clic-clac ne répondit rien - elle est muette Clic-clac (forcément) - se contentant de faire claquer ses mandibule et maxillaire.  Je pris ce signe pour un assentiment de sa part, même si j'aurais préféré un simple hochement de crâne.

     

     

    (à suivre...)

     

     

     

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  • Commentaires

    4
    Jeudi 13 Août 2015 à 00:53

    Merci beaucoup, Kaon.  C'est vrai que je joue beaucoup moins au sims3, d'où le temps infini qu'il me faut pour publier la suite de mes histoires. :/  Je suis d'autant plus touchée de lire ton commentaire ici.

    3
    Mardi 11 Août 2015 à 21:36

    Ta plume est toujours aussi belle, Eulaline. Je suis contente de voir que tu publies encore sur les sims 3, même très peu, c'est toujours un régal que de te lire. 

    Sinon la petite est très mignonne. Elle est aussi dépressive que sa mère, c'est dommage, elle n'en ait qu'au début de son existence, la petite. 

    2
    Vendredi 7 Août 2015 à 23:46

    Ton message me touche beaucoup, surtout venant de toi; moi qui apprécie tant ta plume. :)  Du coup, je ne sais plus que dire.  Alors juste infiniment merci.

    1
    Vendredi 7 Août 2015 à 19:35

    Wouaouh ! Juste wouaouh ! :O ça faisait quelque temps que je ne t'avais pas lu, et en me replongeant dans cette histoire (qui en plus se passe dans mon monde préféré des Sims 3), je viens juste de retomber sous le charme de ton écriture ! :)

    Tant de sensibilité, tant de délicatesse et de poésie, c'est beau ! Et en même temps, ta petite sorcière est bien triste, la pauvre ! J'espère que le temps estompera le poids de sa malédiction ! Après tout, une vie normale, ça n'est pas si mal, non ?

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