• 6. Robert Lemaire

     

    VI. Robert Lemaire -  Il vaut mieux prendre ses désirs pour des réalités que prendre son slip pour une tasse de café*.

     

               Mes amis, je crois que je mérite une médaille!  La médaille du mérite, oui!  Un de sauvé, ça compte!  Je vous raconte.

     

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          Un petit jour de congé, c'est toujours bon à prendre.  Grigri avait raison, le travail, ça vous change la vie : même plus que je pleure quand mes mômes partent  à l'école.  Même que je sifflote gaiement au moment de m'occuper de mon potager d'amooooûuuur qui m'aurait trop manqué en prison, si j'avais eu la chance d'en avoir un avant d'y aller.  Bref, je me comprends et avoir des "si", je serais reine du monde.

     

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           Et là, nom d'un cochon pendu pas rendu, mon instinct se mit à jouer des castagnettes.  Pour sûr, je sentais une pression immense peser sur mes frêles épaules.

     

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           Un gamin m'observait derrière ses lunettes noires d'espion.

     

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         Je tentai de la jouer dégagée.  Je ne voulais pas vexer le gamin et signaler que j'avais repéré sa présence.  A cet âge-là, c'est vite offusqué.  Puis, avec un peu de chance, si je me concentrais fort, il finirait pas disparaître, me disais-je.

           Que nenni!  Et plus fort que tout, l'espion en herbe me suivit même jusque dans mes toilettes.  Je n'avais plus le choix, apparemment, il ne jouait pas à l'espion.  Je grommelai à la Clint Eastwoodsims:

            "Allez, Moustique, on va régler ça dehors, seul à seule, de mouflet à bonne femme."

              Ça sentait vraiment trop mauvais dans mes toilettes.

     

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        Il me suivit sans rechigner.  Je dirais même qu'il avait plutôt l'air sûr de lui.  Au premier abord, j'avoue, il me plaisait, ce petit.  

             "Alors?  Moustique?  Qu'est-ce que tu me veux?  Pourquoi tu n'es pas à l'école, comme tout le monde, touè?  Et comment tu t'appelles?"

             "Je m'appelle Robert Lemaire, Madame, mais ce sera comme vous voudrez, Madame!  Je veux que vous m'adoptiez."

             "T'adopter, Robert Lemaire? Mais pourquoi donc?  'y a un souci avec ton vieux?  Il te fait la misère?"

              Et voilà qu'il fondit en sanglots.  

     

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            Non mais qu'il est sensible, c'lui-là!  Une telle sensiblerie ne pouvait être que graine de diablotin, voilà ce que la vie m'avait appris et ce n'était pas des lunettes de frimeur qui allaient me faire changer d'avis!  Il faut toujours se méfier des gamins qui sanglotent comme des fillettes.

              "Pose tes fesses, Robert Lemaire, on va discuter."

               Il m'obéit: bon point pour lui.

               "Je veux une maman comme vous, Madame!"

                Ça, je pouvais comprendre, je suis quand même une super maman.  

     

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                         "Dis- m'en plus, Robert Lemaire."

                 "Mes parents sont toujours sur mon dos: Fais ci, fais ça, viens ici, pas par là, tes devoirs, débarrasse, où étais-tu? qui est cette fille? va dormir, va te laver, ...tes dents! je ne compte que cinq slips, Robert, dans la lessive de la semaine peux-tu m'expliquer ça...?

                        Moi, ce que je veux, c'est une maman comme vous qui s'en fiche, qui laisse ses enfants libres de faire ce qu'ils veulent, d'aller dormir ou pas, de faire leurs devoirs ou  pas, de ramener du monde à la maison, de jouer jusqu'à pas d'heure...  Bref, je veux que vous m'adoptiez.  Vous êtes trop cool comme maman."

                  C'est vrai que je suis une maman cool.

                   "Dites oui, quatre ou cinq enfants, pour vous, ça ne change pas grand'chose."

                  "Oula, Robert Lemaire, je ne vais pas me mettre à adopter tous les enfants du quartier quand même juste parce que je suis une maman cool.  Il m'en faut un peu plus que cela... si encore tu étais orphelin, ça aurait peut-être pu se discuter mais là... Moi, je n'ai jamais entendu dire que je pouvais adopter un enfant qui avait toujours ses parents.  Tu vois où ça coince?"

                     "Euh ça, ça pourrait s'arranger!  Vous pourriez les liquider! ou me montrer comment faire!"

                      Heink... 

     

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                       "T'es un vrai petit rigolo, toi, Robert Lemaire!  Robert Lemaire, c'est vilain-pas beau de tuer ses parents parce qu'ils s'occupent de toi et s'inquiètent de ton avenir.  Tu comprends ça?  On ne tue pas ses parents ou on ne demande pas à quelqu'un de tuer ses parents juste parce qu'on préférerait être libre comme l'air et faire des âneries à longueur de journée.  Tu peux comprendre ça, Robert Lemaire?"

                         Et voilà le fou-rire... ooooouhhh... qu'il est bon de rire!

     

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                       Il fallait que je raconte ça à Grigri.  Je sautai sur mon portable.

     

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                           Et là, qu'est-ce que j'apprends dès que je cite le nom de Robert Lemaire?  Que la gamin a fugué, que les parents sont désespérés, que la police le recherche dans toute la ville...  Mais comment j'aurais pu le savoir, moi?  Je n'ai ni radio ni télé, je m'occupais de mon potager, moi, quand il a débarqué le Robert Lemaire.  Petit salopiaud, va!  Pour un peu, il faisait coffrer  pour enlèvement sa future mère qu'il voulait...  Quel fils indigne, si j'avais voulu, il aurait fait!...  Evidemment, je l'occupe en attendant sa grand-mère.  Bien sûr, je ne lui dis rien, il ne faudrait pas qu'il se sauve à nouveau.  Elle sait qu'elle peut compter sur moi, Grigri, et sur ma discrétion.  Je raccrochai et :

                          "Ecoute, Robert Lemaire, je ne vais pas te mentir.  Ta grand-mère va arriver et tu vas repartir avec elle.  Mais je vais te promettre quelque chose, Robert Lemaire, je vais lui expliquer les choses et j'irai voir tes parents et je leur expliquerai aussi: je leur dirai que je veille sur toi et qu'ils ont intérêt à t'écouter quand tu leur parles, que tu as le droit d'avoir les amis que toi tu choisis, que tu as le droit de ne pas être d'accord avec ce qu'ils t'imposent et qu'ils doivent t'écouter.  S'ils n'obéissent pas, tu reviendras me trouver et ils le regretteront.  Marché conclu?  En revanche, pour tes slips, là, je ne peux rien faire, tu dois en changer tous les jours, Robert Lemaire.  C'est cra-cra-boudin de ne pas changer de dessous tous les jours.  Même moi, ça me dégoûte."  

     

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                            Et voilà: emballé, pesé.  Marché conclu, cochon pendu qui s'en dédit, câlin et retour à la grand-mère.   Il avait juste besoin de quelqu'un qui l'écoute, ce petit diablotin. 

     

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                  Et évidemment comme promis, je mis au parfum sa grand-mère sur la nouvelle façon d'élever le fameux Robert Lemaire. 

     

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                                Bien plus tard, lorsque je racontai à mes rouges-caboches  comment j'avais sauvé un garçon perdu, je précisai que - confidentialité oblige - j'avais pris soin de ne pas reconnaître la grand-mère qui se trouve être une de mes collègues et surtout, je n'avouai jamais et n'avouerai jamais que si je n'avais à aucun moment envisagé de l'adopter, ce petit gars, c'est surtout parce qu'il n'avait pas la bonne couleur de caboche.  Je n'aurais voulu en aucun cas contrarier les  farfadets qui veillent sur nous.

                              

    6. Robert Lemaire

     

         "Minuit, c'est l'heure où dansent les farfadets sur la lande.  Minuit, c'est l'heure où il ne fait pas bon traîner sur la lande.  Minuit, c'est l'heure où il ne fait pas bon traîner sur la lande parce que dansent les farfadets.  Un cri?  Des pleurs troublent la danse des farfadets.  C'est Rouge-caboche..."

     

            - Bonne nuit, mes petits rouges caboches.  Les farfadets veillent sur vous...

            - Et sur toi aussi, maman.

     

    (à suivre...)

     

     

     

     

    * "Il vaut mieux prendre ses désirs pour des réalités que prendre son slip pour une tasse de café" Pierre Dac

     

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  • Commentaires

    1
    Pythonroux
    Vendredi 22 Mai 2015 à 19:22

    oh, le coquinou de Robert, il devrait avoir honte ;)

    j'aime toujours autant sa façon d'agir à ton héroïne ^^

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