• 8. Le miroir aux alouettes

     

     

    VIII.  Le miroir aux alouettes - "Eau trouble ne fait pas de miroir" *

     

                 L'affaire Robert Lemaire aurait pu s'arrêter là où je l'avais laissée mais il n'en fut rien.  Il n'en fut rien parce que Robert Lemaire n'était pas le fils de n'importe qui.

     

    8.

     

          Il n'en fut rien parce que Robert Lemaire était le fils du maire sortant, Georges Lemaire.

     

    8. Le miroir aux alouettes

     

                 Il n'en fut rien parce que nous étions en période pré-électorale.  

            Il n'en fut rien parce que les politiques donnèrent à manger aux journalistes, qui se jetèrent sur mon histoire plutôt que sur les chiffres désastreux de gestion de la cité. 

          Lorsque j'avais lancé que je méritais une médaille pour le sauvetage de Robert Lemaire, je plaisantais et n'avais jamais imaginé me retrouver sous les projecteurs d'une ville en émoi.

               J'avais eu beau expliquer à Grigri, à la grand-mère Lemaire que je ne m'étais pas lancée dans le vide pour sauver Robert Lemaire, qu'à aucun moment, je n'avais commis un acte héroïque, il était entendu que le prix de ma rédemption passait aussi par ma capacité à jouer le jeu.  

     

    8.

     

              Je me croyais libre, je ne l'étais pas, ma condamnation courait toujours et je me demandai soudain si un jour, j'en aurais fini de payer ma dette à la société pour "le crime abominable que j'avais commis." (sic). Juste retour des choses, penseront certains et je ne peux les en blâmer.

              C'est ainsi que je dus accepter une séance photo avec le père Lemaire, accessoirement le maire de la ville qui voulait immortaliser ses remerciements éternels, montrer à la communauté l'image de ce père aimant qu'il était, un père qui s'inquiétait autant de ses citoyens que de son fils.  Soit, je n'avais pas le choix. 

                Je retrouvai donc Lemaire, le Maire, en compagnie d'une journaliste blonde attablés devant des saucisses (alors qu'on n'était pas dimanche) sur mon terrain de bon matin.  Le gars devait profiter de ne pas être en compagnie de sa mégère pour s'empiffrer de mes pains saucisses au petit déjeuner.  Et ma foi, ça discutait ferme sur l'angle de vue que devrait prendre cette jeune journaliste et sur le contenu de son papier.

     

    8.

     

            Lemaire ne manqua pas de me faire des ronds de jambe, de donner dans le "je vous suis infiniment reconnaissant d'avoir sauvé notre fils.  Croyez bien que ma reconnaissance va bien au-delà de ces quelques mots" et blablabla...  

     

    8. 

     

                   Je n'avais sauvé personne, moi.  Et ce mensonge qu'il voulait me faire partager me mettait plus mal à l'aise à chaque seconde qui passait.  J'avais beau savoir que tout ce baratin était plus destiné à la journaliste qu'à moi, je savais que ces mots-là se retrouveraient dans la presse locale du matin et que ma foi, si les paroles sont du vent, les écrits, eux, restent. 

                 Ne pas faire de vagues, telle était ma devise, et je me pliai donc à la séance photo, sans trop de mauvaise grâce.

     

    8.

    8.

     

                    J'aurais dû me méfier...  

     

     

    8. Le miroir aux alouettes

     

             Et bien bravo, M'sieur le Maire: joli travail de communication...  Apparemment, vous n'avez pas été suffisamment explicite sur l'angle de vue que vous vouliez donner à votre mensonge.

     

    8. 

     

               Me voici devenue "héros" et "star" malgré moi en trente secondes chrono...  Bonjour, le "profil bas", le "pas de vague" et "fais-toi oublier Ermila"... nom d'un cochon pendu, je m'étais faite avoir comme une bleue.

                Mes pauvres petits rouges-caboches...  nous n'avions vraiment pas besoin de cette publicité.

                Ô farfadets, dormez-vous?

     

     (à suivre...)

     

    *"Eau trouble ne fait pas de miroir [Proverbe occitan]

     

     

    « 7. Ne t'en fais pas9. La mauvaise réputation »
    Pin It

  • Commentaires

    2
    Vendredi 29 Mai 2015 à 18:39

    je me suis régalée comme une enfant devant une glace à la cerise, c'est piquant, et doux à la fois tous les chapitres sont beaux, tes images laissent la place au texte j'aime ta verve et les rouge cabosses, j'attends la suite, un épisode avec un plus Ne t'en fais pas, l'ajout de la musique et des sentiments posés, Merci Eulaline pour ce magnifique instant♥

    1
    Pythonroux
    Vendredi 29 Mai 2015 à 13:24

    j'aime beaucoup et oui, Ermila, quelque fois, il vaut mieux tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler... ;)

    tu aurais mieux fait de garder ton "envie" de médaille pour toi ^^

    courage aux petits rouges caboches et à toi Ermila pour survivre suite à cet article

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :