• Chapitre IX : Jour J - 14

     

     

    Les orphelins de l'Apocalypse

     

     

    Chapitre IX : Jour J -14

     

    Chapitre IX :

     

        Hidden Springs avait, aux premiers jours de l'été, ouvert ses portes, aux cinq enfants présumés rescapés d'un naufrage, le naufrage d'un bateau nommé l'Apocalypse.  On les avait appelés "Evy, Bertrand, Sophie, Cyril et Carl".

     

    Chapitre IX :  

     

        La communauté, instinctivement réticente, avait accueilli en son sein ces cinq réfugiés, surgis de nulle part et que personne, ni père, ni père, ni état ne revendiquaient. 

      L'enquête quant aux origines de ces enfants était au point mort, comme l'étaient les investigations au sujet de cette étrange embarcation "l'Apocalypse", inconnue en toutes terres et tous ports.

        Les plus sages, les plus jeunes et les plus illuminés de la ville d'Hidden Springs avaient craint que ces orphelins ne soient le présage d'un drame dépassant tout entendement.  

         De drame, il n'en avait pas été question.  A peine y avait-il eu cette pauvre assistante sociale, Alexa Bulle, victime d'un surmenage alors qu'elle était en charge des enfants.  Rien de plus, rien de notable, rien à signaler, rien qui ne vaille qu'on se saisisse de torches et de faux.

     

    Chapitre IX :

     

         Comme c'est souvent le cas, les consciences s'étaient peu à peu apaisées et les voix s'étaient tues.  Dorénavant, les plus sages, les plus jeunes et les plus illuminés de la communauté regardaient passer ces enfants dans leurs rues sans plus les voir.

          Oui, les orphelins de l'apocalypse s'étaient fondus dans le paysage et plus personne ne semblait se préoccuper d'eux.

           Et pourtant...  pourtant Harrold était nerveux.  Harrold était fatigué et nerveux.  Harrold était bougon, fatigué et nerveux.   Harrold était inquiet, bougon, fatigué et nerveux parce que clairement, il y avait quelque chose qu'il sentait,  qu'il ne comprenait pas et qui concernait ces enfants.  De tous temps, Harrold avait toujours détesté ne pas comprendre.  Toute sa vie, il s'était battu contre l'ignorance.  Et là... là... ça lui échappait, comme un poisson humide au creux de sa main, ce qui se tramait lui échappait.

     

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            Rageusement, il lança plus fort un galet au loin.  Évacuer sa colère, respirer, se concentrer, trouver une solution à cette oppression qui pesait sur lui et l'empêchait de comprendre.

     

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         Sans cesse, il pensait aux derniers événements, ou plutôt au non-événements.  S'il avait dû répertorier les faits qui le contrariaient, ils n'auraient pas pu clairement les énumérer.  C'était un ensemble flou, rien qui vaille la peine de se prendre la tête et pourtant... pourtant, Harrold se sentait oppressé, mal à l'aise, en suspens.

             La veille, il entretenait le potager, histoire encore de se relaxer.  Elizabeth Lol s'était jointe à sa tâche et il avait senti la pression qui pesait sur les épaules de la jeune fille.  Il n'était même pas besoin de lever les yeux sur elle pour sentir qu'elle bouillonnait d'angoisse et de peur.  Pourquoi cette peur?  Comme toujours, comme souvent, il avait attendu qu'elle vienne à lui.  Le silence est toujours le plus sûr moyen d'obtenir des informations.

     

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              Effectivement, elle avait fini par venir à lui.

             -  Harrold, tu penses que je suis amoureuse de toi?

     

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           Désamorcer une angoisse, il savait comment faire.  Il sourit:

           -  Bien sûr!  Toutes les jeunes filles, les jeunes dames, dames et vieilles dames d'Hidden Springs sont amoureuses de moi.  C'est normal, tu as vu le corps que j'ai?  Je suis un homme tellement séduisant. Tu es forcément comme les autres: folle de moi.

     

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           Elizabeth Lol ne sourit pas.

          - Sérieusement, Harrold, c'est une question sérieuse que je te pose. 

           

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        Harrold aurait pu rire, lui parler de Raoul, son amoureux.  Il aurait pu discuter du référent masculin qu'elle trouvait en lui, de tous ces moments douloureux et heureux qu'ils avaient traversés ensemble et qui semaient probablement la confusion dans son esprit d'adolescente.  Au lieu de cela, Harrold posa la seule question qui lui parut avoir un sens.

         -  Qu'est-ce qui te fait croire que tu es amoureuse de moi, Elizabeth?

         Et là, Elizabeth déballa tout.  Elle était montée au grenier tout à l'heure, elle s'était approchée du miroir dont Madame Alexa avait parlé, elle avait regardé au travers et avait vu une petite fille.   

     

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        C'était elle qui lui avait parlé de cet amour caché qu'Elizabeth ressentirait pour Harrold et c'était elle qui l'avait menacée de tourments si elle n'apportait pas un effet personnel appartenant à l'un des orphelins de l'Apocalypse.

        Harrold avait recueilli les confidences de la jeune fille sans coup faillir, totalement imperturbable, le cœur battant au rythme clair d'un chant d'hiver.

     

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         Harrold, s'il pouvait croire en la force des rêves, ne croyait ni au paranormal, ni au surnaturel, ni aux sciences occultes, ni aux miracles, ni aux miroirs, ni aux enfants qui apparaissaient dans les miroirs.  Cependant, Harrold croyait en Elizabeth et il savait que l'adolescente ne mentait pas.  Elizabeth ne lui mentait jamais parce qu'elle avait confiance en lui.  C'était ainsi.  Il ne chercha dès lors pas à démonter l'histoire qu'elle lui avait livrée, il ne tourna pas en dérision le récit, il se contenta de lui promettre dès le lendemain de monter avec elle au grenier et d'affronter avec elle à nouveau le miroir.

     

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          Ainsi fut dit et ainsi Elizabeth rentra auprès des siens. 

        Harrold ne dormit pas cette nuit-là.  En boucle, les paroles d'Elizabeth tournaient dans les airs, entremêlés aux images de son propre rêve, celui qu'il ne cessait de revivre chaque soir lorsque le sommeil l'appelait.  C'était le même rêve que faisait Elizabeth, le même hormis les mots de l'enfant, qu'elle lui avait raconté, un jour pas si lointain que cela.

            "Je suis Amarice", disait l'enfant.  

     

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             "Je suis de ceux que vous appelez Carl, Cyril, Bertrand, Sophie et Evy.  Aidez-moi.  S'il vous plaît, aidez-moi."

     

             Elizabeth n'attendit pas pour réapparaître au manoir, le lendemain, elle arriva avant même le début des cours, tenant à ce que Harrold tienne sa promesse sans tarder: monter au grenier et affronter le reflet.

     

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               Harrold la suivit, comme promis et s'approcha du miroir.  Le miroir ne se brouilla pas, le miroir se contenta de refléter sa propre image.

     

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     Rien ne se passait, rien n'apparaissait, rien ne se brouillait.  Qu'avait donc cru voir Elizabeth?  Il n'y avait rien ici qu'un miroir ordinaire et poussiéreux.  

     

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             Soudain, Harrold et Elizabeth sursautèrent...  

     

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        Une voix très en colère, des sons suraigus percèrent leurs tympans:

           "Eloignez vous immédiatement de ce miroir!!!"

     

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           C'était Evy, folle de rage, qui vociférait, mélangeant le simlich et d'étranges vocalises qui semblaient surgir d'un langage si ancien et si désuet qu'elles n'en paraissaient pas réelles.

     

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            Face aux eaux calmes et bleues, Harrold s'énervait.  Cette crise de panique à laquelle il avait assistée impliquait qu'effectivement, il y avait un souci avec le miroir.  Mais lequel, bon sang?!

     

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        Dans un élan irrationnel, il fit demi tour et remonta quatre à quatre l'escalier qui menait au grenier.  Il était seul au manoir. A nouveau, il se planta devant le miroir.  Il eut beau faire le beau diable,

     

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            il n'attira nul démon.

     

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            Un picotement entre les omoplates, un autre au creux des reins, il lui sembla qu'un nœud se resserrait autour de sa nuque, alors Harrold tourna doucement la tête.  Il n'avait pas prêté attention à ce qui l'entourait.  Il jura: un établi de jeune chimiste, un chevalet, une guitare, une longue-vue, une radio, une télévision... et une station d'alchimie.  Pourquoi une station d'alchimie?  Que faisait-elle là?  Harrold n'en avait jamais vue de pareille.  Il plissa les yeux et s'approcha.  Un livre ancien trônait sur l'établi, il se pencha et lut : "Elixir de soin puissant si vous en avez assez d'être maudit, non humain ou mort-vivant, buvez ceci".  Le nez d'Harrold se retroussa.

     

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              Quel charlatan avait encore laissé son empreinte?!  Harrold frissonna, un léger dégoût lui serrant l'estomac.

     

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          Cependant, ce fut plus fort que lui et Harrold doucement se mit à feuilleter les feuilles jaunies, poussiéreuses, annotées d'une main ici et là par une autre, complétées souvent, biffées parfois. Enfant, Harrold croyait dur comme fer que toutes les solutions aux problèmes se trouvaient dans les livres.  Depuis, il avait déchanté à maintes reprises mais n'avait pas tout à fait perdu son âme d'enfant.  Harrold s'oublia donc dans la lecture de ce manuscrit et le temps passa sans même qu'il en ait conscience.

     

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            D'autres que lui avaient la même soif d'apprendre,

     

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          ...même si Evy n'attendait qu'une occasion, celle d'aborder Bertrand.

     

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        Il fallait qu'elle lui parle de sa confrontation avec Harrold devant le miroir. Elle avait tenté de ne pas porter attention aux dires de Bertrand, d'occulter le fait que le petit garçon lui avait raconté qu'il avait vu Amarice dans le miroir. Mais lorsqu'Evy avait compris que le psy et Elizabeth montaient au grenier, son ventre s'était serré et elle les avait suivis.  Son intuition avait été juste et sans réfléchir, angoissée, elle s'était mise à hurler, craignant que leur secret ne soit dévoilé.  Qu'Alexa, l'assistante sociale soit passée pour folle, oui, mais qu'il advienne pareille mésaventure à deux autres personnes au manoir ne pouvait donner lieu qu'à de terribles conséquences pour les enfants.

          Enfin l'occasion se présenta, Evy plus ou moins discrètement attira Bertrand à l'écart. 

         

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         Evy savait que Bertrand lui en voulait de son comportement des derniers jours.  Elle l'avait tout bonnement snobé et laissé macéré dans son jus après ses confidences au sujet du miroir.  Néanmoins, Evy comptait sur l'attachement que ressentait pour elle Bertrand.  Elle n'avait pas tort à ce sujet; dès qu'Evy raconta au jeune garçon l'objet de son inquiétude, celui-ci l'enlaça doucement.

     

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             "Ne t'inquiète pas, il n'est pas près de comprendre ce qui se passe et il ne comprendra sans doute jamais.  L'important, c'est de rester soudés, unis."

     

    Chapitre IX :  

     

        Evy ajouta d'une voix un peu raffermie par la réaction de Bertrand.

        "Et puis, nous ne sommes pas sûrs que c'était vraiment Amarice que tu as vu dans le miroir et ce n'est pas sûr non plus que l'histoire de Madame Alexa, frappée à travers le miroir soit vraie."

     

    Chapitre IX :

     

       Bertrand se força à ne pas grimacer et se fit violence pour ne pas gifler Evy. Evidemment qu'il était sûr que c'était Amarice qu'il avait vu et évidemment que ce n'était pas une coïncidence ce qui était arrivé à Madame Alexa! Bertrand devait rassurer Evy, ne pas laisser son amour-propre et son orgueil l'emporter sur ce seul objectif.  Il ferma un moment les yeux et calma sa respiration.

     

    Chapitre IX :

     

             "Rentrons", dit Bertrand simplement.  "Ce soir est un soir important pour Cyril, toi et moi.  Ne nous laissons pas surprendre par la nuit.  Il est déjà tard."

     

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        De retour à la maison, ils trouvèrent Harrold, enfermé dans sa chambre. Ils supposèrent qu'il était en train de travailler.  En fait, comme à son habitude, Harrold réunissait les informations dont il disposait pour résoudre un problème.

     

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        Les enfants montèrent, sans mot dire et sans bruit, au grenier, le cœur battant.  L'instant ne tarderait plus.  Et effectivement, l'instant vint.  Tout alla très vite et le changement eut lieu tout aussi rapidement: d'abord pour Cyril, ensuite Evy et enfin Bertrand.

     

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                Immédiatement le changement accompli, les trois jeunes adolescents vérifièrent que tout s'était bien déroulé, tel qu'il était écrit.

                  

    Chapitre IX :

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              L'essai fut concluant pour les trois adolescents.  La seconde phase de l'entrainement pouvait débuter pour eux.  Quant à Sophie et Carl, il leur faudrait patienter jusqu'au lendemain.

                Ce soir-là, Carl hésita un long moment à se coucher, semblant encore sur le point de mettre le feu au manoir ou de fuir à toutes jambes.   

     

    Chapitre IX :

     

                Carl était tétanisé.  Il savait, il avait compris, lorsqu'il avait vu Bertrand jouer de son pouvoir, que tout espoir était perdu.  Il était condamné, c'était ainsi.

     

    Chapitre IX :

     

     

            Ils étaient tous condamnés, condamnés à leur destin, condamnés aux larmes et au sang.  C'était ainsi.  Il n'y avait plus rien à tenter, plus rien à espérer.  C'était la fin.

     

    (à suivre...)

     

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  • Commentaires

    5
    Samedi 6 Septembre 2014 à 22:07

    Il faut croire que les choses sérieuses commencent réellement maintenant. Entre le comportement de plus en plus étrange des orphelins, les confidences d'Elizabeth et le gros manoir d'alchimie, je comprends qu'Harold soit légèrement perdu. En tout cas, avec Elisabeth, ils se retrouvent au milieu d'un sacré nid à problèmes.

    Je suis de plus en plus curieuse de découvrir la suite et de voir si Amarice et Eunice ont aquis les mêmes dons que Cyril, Evy et Bertrand et surtout ce qu'ils vont en faire de ces drôles de pouvoir.

     

     

    4
    Samedi 6 Septembre 2014 à 03:39

    oh non :( ce que voit Car n'est absolument pas rassurant pour la suite.... En voila 3 devenus ado, les autres suivront le lendemain, on en découvre un peu plus sur eux.. Je pense que c'est maintenant que les choses serieuses vont commencer, car il est certain que ces jeunes enfant (maintenant ado) ont un pouvoir, un but, mais lequel?

    Harold et Elisabeth l'on bien compris au fond d'eux, il le ressentent :( jâte de savoir comment tout ça vas se derouler .

    Sinon Harold et Elisabeth, pourquoi pas :) en esperant qu'il n'arrivera rien de facheux a l'un ou l'autre.

    (harold devant le miroir looool )

    Une belle suite comme d'habitude qui a le don de nous captiver ♥ merci Eulaline.

    3
    Vendredi 5 Septembre 2014 à 08:11
    Sylvania

    Oh le petit bijou !
    J'aime quand les événements se précisent, que le voile se soulève enfin... un peu.

    Les enfants sont donc des sorciers. Voilà qui répond à l'une de mes nombreuses questions les concernant. Reste à savoir quel sera leur destin, pourquoi ils ont été envoyés à Hidden Springs, dans quel but, les choix qu'ils feront, ou seront contraints de faire...
    Pourquoi le miroir se refuse-t-il à Harrold alors qu'il continue de voir Amarice dans ses rêves ? Est-ce Eunice qui le contrôle ?

    Encore tellement de questions !
    Vivement la suite, les prochains anniversaires, les prochains événements !
    J'adore 

    2
    Jeudi 4 Septembre 2014 à 21:51

    Des sorciers ! ... Mais quel est leur but ? Asservir la ville ? La détruire.

    Elizabeth et Harold là dedans, que vont-ils devenir, pourront-ils s'opposer à cette force qui monte ? Avec l'aide de Carl ?

    Que de questions ! Vite la suite !

     

    1
    Jeudi 4 Septembre 2014 à 11:24

    Une suite surprenante que j'attendais depuis un moment. Elisabeth est amoureuse ça crève les yeux, Harold quand à lui est très proche d'elle même un peu trop est_ce de l'amour ? Les enfants pense qu'ils ne trouvera rien moi je pense le contraire et les voir tous passer à l'âge ado me rend soucieuse pour l'avenir, se ne sont plus des enfants innocent...

    Belle suite toujours aussi captivant bravo <3

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