• Chapitre V : Grenouilles, amitié et premier amour.

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    Le premier effet de surprise passé, j'attendis que le deuxième se termine et entamai ma phase de remise à niveau de mon compteur émotionnel qui oscillait entre le 0 et le milliard.  Pour ce faire, j'inspirai d'abord profondément.  Que pouvais-je retenir du message de ma sœur?

    D'abord, le positif:

    - Lilou allait bien.

    - Zabou allait bien.

    - Mon père allait bien.

    C'était l'essentiel.  J'en étais sincèrement ravie. J'expirai tout doucement.

    Ensuite, le négatif.  Il me fallait bien avouer qu'il n'y en avait pas vraiment: 

    - Lilou aimait sa nouvelle maison, avait un meilleur ami, était entourée de personnes qui l'aimaient.

    - Mon père avait une nouvelle amoureuse, était entouré de personnes qui l'aimaient.

    - Zabou était devenue une jolie bambine entourée de personnes attentives qui s'occupaient bien d'elle.

    Que rêver de plus?

    Le pincement que je ressentais tout près de mon petit coeur n'était-il en fait que de la jalousie?

    Ce n'est pas beau, la jalousie.  Je m'admonestai.

    Troisième point: Que devais-je faire de ce message?

    Y répondre bien sûr.

    Quant à savoir si je devais en parler à quelqu'un, c'était une autre histoire.  Je préférais ne pas me décider pour l'instant.

    Je m'occupai donc du point a : répondre à Lilou. 

     

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    Quel plaisir d'avoir de tes nouvelles. Je me réjouis de te savoir en bonne santé et si heureuse dans ta nouvelle maison.  

    Est-ce que tu as parlé de mon message à papa?

    Est-ce que papa t'a dit s'il allait venir nous voir bientôt ou si nous pourrions venir? 

    J'ai très envie, moi, de te revoir parce que  tu me manques terriblement. 

    Je t'embrasse comme je t'aime. 

    Ta Lou" 

    Ci-fait, je ne me sentais pas encore totalement relaxée alors je me décidai à partir en balade et j'embarquai Annette avec moi.  "Allez, roulez, jeunesse... c'est parti mon kiki... vvvrrrouuummmm"

     

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    Annette, elle n'a pas d'instinct de survie, ce fut une évidence lorsqu'elle descendit de mon engin lancé à pleine vitesse pour ramasser le linge qui traînait à peine par terre.  N'importe quoi... et en plus, c'était dangereux, je dus faire une embardée de la mort qui tue pour l'éviter.  Et bien, bravo, Annette... 

     

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    Il était plus prudent que je stoppe mon bolide et justement, sur le bas-côté, j'aperçus maman.

    J'en profitai pour mettre en oeuvre l'idée que j'avais derrière la tête depuis la lecture de la réponse de Lilou. 

    - "Maman, cela te dirait que ce week-end, nous allions au parc nous faire des amis?  Et après, si tu veux, nous irons boire un thé?" 

     

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    Dans mon imaginaire, à cette évocation, maman me signait à la façon des surfeurs.

    Mais dans la réalité, maman me signa à la façon maman. 

     

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     Je dois dire que j'aime bien la façon maman.  Cela ne me dérangea donc pas qu'elle ne soit pas aussi fêtarde et déjantée que papa.  

    Maman est douce et tendre et voilà... c'est maman, quoi. 

    Et ce week-end, oui, nous irions au parc et nous nous ferions des amis.  Et ça, je me réjouissais déjà de le raconter à Lilou, surtout que Babou s'enthousiasma malgré la fatigue et déclara qu'elle nous accompagnerait!! Hip hip hip hourra!!! 

     

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    Cette nuit-là, je m'endormis apaisée, sachant qu'au même moment, ma jumelle, elle aussi, dormait paisiblement. 

     

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    Et le lendemain matin, je montai dans le car de l'école sans appréhension.  La pince qui me serrait le ventre depuis ma séparation d'avec la moitié de ma famille s'était détendue.  Je respirais mieux, je me donnai le droit de profiter un peu des autres. 

     

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     Le vendredi soir arriva enfin: la veille du week-end, la veille du grand jour où maman, Babou et moi allions rencontrer des nouveaux meilleurs amis.

    J'étais un peu surprise de ne pas avoir eu des nouvelles de Lilou à mon message; celui-ci portait pourtant le statut "lu".  Mais je décidai de ne point m'en inquiéter et profitai de ma soirée, de ma soeur et de sa dextérité au jeu skate.

     

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    Vers les 21 heures, maman déboula à fond de train, furibarde; elle avait dû courir tout le long du chemin depuis son travail. 

     

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    Elle était à bout de souffle mais surtout suffocante d'indignation. 

    Babou avait sûrement eu l'espoir que sa petite blague de fin de semaine ne fut pas rapportée à maman; malheureusement, de toute évidence, maman était au courant: Babou avait libéré toutes les grenouilles du cours de sciences, s'était faite surprendre et ramener manu militari à la maison. 

    - "Cela ne va pas se passer comme ça, jeune fille!!  Non mais, à quoi pensais-tu?  Je t'ai déjà demandé cent fois de te conduire correctement, de ne pas te faire remarquer, Babou?!!  Tu resteras ici - pas de sortie entre amis, pas de soirée pyjama, pas de bal de fin d'année - rien - jusqu'à ce que tu sortes du lycée et je te conduirai à l'école tous les matins et Annette viendra te chercher tous les jours après les cours.  Voilà ce que tu as gagné." 

    Zut...  Rester à la maison, ça veut dire que nous n'irons pas au parc demain?  Je n'ai pas osé poser la question, je n'avais jamais vu maman aussi en colère, je me suis contentée de le penser. 

     

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    - "Mais, maman, je n'ai pas pu supporter l'idée que toutes ces petites grenouilles allaient mourir la semaine prochaine.  Le prof de sciences voulaient nous les faire disséquer la semaine prochaine.  Il fallait que je fasse quelque chose...Oh maman, s'il te plait... c'était idiot, je m'en rends compte et surtout inutile puisque je me suis fait prendre."

    - "En fait, tu regrettes surtout de t'être fait surprendre, c'est ça?  Je comprends bien ce que tu me dis?"

     

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    - "Si tu veux la vérité, oui, maman, en fait, je regrette de ne pas avoir été assez maligne pour mener à bien mon projet.  Je voulais libérer les grenouilles, je voulais leur rendre leur liberté et au lieu de ça..." 

    Un sanglot s'échappa de la gorge de Babou et elle ajouta:

    - "Je hais la science, je hais les expériences scientifiques.  Sous prétexte de la science avec un grand "S", les scientifiques dans leurs petits laboratoires s'arrogent le droit de manipuler les gênes, les gens, les animaux et quand cela ne les arrange plus, il les tuent ou les renient ou les diabolisent.  C'est à ça que nous préparent ces fameux cours de science.  Dois-je te citer le nom de toutes les races qui ont disparu ces quinze ou vingt dernières années après qu'elles aient été créées par ces fameux docteurs honoris causae de rien du tout: les fées, les végésims, ..."

    - "Et tu penses qu'en libérant les petites grenouilles de ton cours de sciences, tu empêcheras tout ce gâchis?" 

    Je tendis l'oreille parce que le ton de maman changea.  Il prit une intonation que je ne connaissais pas.  C'était comme le crissement d'un ongle qui raie un tableau noir.

    Babou reprit: 

    - "Je t'en prie, maman, pardonne-moi.  Non, je ne pense pas qu'en libérant les petites grenouilles de mon cours de sciences, j'aurais pu mettre un terme à ce gâchis.  Mais ce que je veux que tu saches c'est que ce n'était pas juste une mauvaise blague que je voulais faire.  En agissant de la sorte je voulais montrer à quel point je hais notre société soi-disant scientifique et en progrès, tournée vers l'avenir.  C'est vers la barbarie que nous allons, maman, je ne cesserai jamais de dire et de montrer mon désaccord envers des comportements qui annihilent tout respect aux autres et à leurs spécificités.  J'ai le respect de la vie, c'est pour le respect de la vie que j'ai fait ce que j'ai fait." 

    Son discours était enflammé, je n'avais jamais entendu Babou parler aussi sérieusement.

    Maman réfléchit un moment, son regard s'adoucit soudain. 

     

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    - "Je comprends, Babou." 

     

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    Et là survint le câlin façon maman mais maman qui avait l'air bouleversée, quand même.  J'ai vu ses mains trembler dans le dos de Babou. 

     

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    - "Je ne peux pas punir une idéologie.  Je lève la punition.  Mais je t'en prie, Babou, tant que tu vis sous mon toit avec ta soeur, ne te fais plus remarquer, plus d'arrestation, plus de vague, s'il te plait." 

    Babou acquiesça parce que comme moi, elle était troublée autant par la demande de maman que par le ton qui s'était fait suppliant.

    La tension était palpable.  Maman semblait hésiter à ajouter quelque chose.  J'étais presque suspendue à ses lèvres, Babou aussi.  Puis un ange passa, les épaules de maman se libérèrent d'un fardeau invisible et elle déclara: 

     - "Tout le monde au lit, demain nous allons au parc!" 

    Et un doux sourire vint illuminer son beau visage.  Nous lui répondirent toutes deux et obéirent dans la seconde.

    Le samedi matin, après mon passage obligé sur mon ordinateur - toujours pas de réponse de Lilou - un bon petit déjeuner, nous sommes parties toutes les trois pour le parc. 

     

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    J'étais excitée comme une petite puce.  Je me réjouissais trop de rencontrer ma nouvelle ou mon meilleur ami. 

    En fait, cela ne se passa pas du tout comme je l'avais espéré. 

     Je rencontrai effectivement une petite fille comme moi; mais il est évident que je l'ennuyai presque tout de suite et elle, elle m'ennuya immédiatement.  Sa voix me vrillait les nerfs et son attitude amorphe me donnait envie de la secouer.  En jetant un coup d'oeil par-dessus mon épaule, je repris espoir, un monsieur, apparemment, venant de rencontrer sa nouvelle meilleure amie. 

     

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    Mais non, maman s'installa à son clavier, soi-disant inspirée par le lieu.  

     

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    En même temps, que pouvais-je espérer d'une femme qui passait son temps à s'occuper de son potager: 

     

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    Une femme qui passait des heures à tenter de faire des ricochets: 

     

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    Une femme qui prenait la majorité de ses repas debout, en culotte au milieu de la cuisine, en vitesse et en regardant par la fenêtre. 

     

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    Une femme qui auraient aimé passer toutes ses journées à pêcher:

     

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    De toute façon, maman avait déjà fait emménager ses meilleurs amis chez nous: 

     

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    Je m'éloignai donc de mon ex-meilleure amie et écoutai la musique de maman. 

     

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    En revanche, Babou semblait, elle, mieux se débrouiller que nous.  Je la découvris en grande conversation avec Kheng, un beau jeune homme de terminal, dans son lycée.

    Il ne semblait pas insensible au charme de ma grande soeur.  Il accepta même son invitation à la suivre jusque la maison. 

     

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    Je les trouvai en conversation romantique dans le hall. Apparemment, ma soeurette avait décidé de tourner à gauche sur le grand chemin de l'amitié, elle filait droit vers son premier amour.  

    J'aimais bien Kheng, moi aussi.  Je lui parlai de mon humiliation au parc avec Steffi, la petite fille.  Il me fit un grand sourire et me rassura d'un : 

    - "Cette fille ne sait pas ce qu'elle perd.  Cela se voit tout de suite que tu aurais fait une chouette amie.  Moi, je veux bien être ton ami, si tu veux." 

    Cela, c'était vraiment gentil.

    Babou le dévorait des yeux, je décidai de ne pas les déranger plus. 

     

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    Ils étaient trop mignons, tous les deux.

    Finalement, la journée ne s'était pas si mal passée.  

    Babou avait trouvé un amoureux.

    Et moi, j'allais terminer ma journée de la meilleure des façons: par une histoire racontée par ma maman.

    Et avec un petit peu de chance, elle voudrait peut-être bien que je dorme dans son lit. 

    Mais où était maman? 

     

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    Je m'installai près de la porte, avec Libellule.  C'était vrai, j'avais oublié que moi aussi, ma meilleure amie habitait déjà avec moi.

    Maman rentra peu après, elle était allée boire - seule - le thé que je lui avais promis.  Oups!  J'avais complètement oublié. 

    La soirée se termina comme je l'avais souhaité: 

     

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    Le lendemain, Babou me surprendrait encore, un message de Lilou m'attendrait; mais cela je ne le savais pas encore.  Là, je rêvais de chaussures rouges, de courses à travers les odorants et verts paysages d'Hidden Springs, tenant ma jumelle par la main, poursuivie par son doux parfum de cannelle pendant que ma mère, elle, rêvait à son amoureux, son musicien, mon père, qui lui disait en silence le plus beau des "je t'aime".

     

     

     

    (à suivre) 

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