• Chapitre V : Que vienne la nuit

     

     

     

    Chapitre V :  

     

       "Mais dis-moi, Elizabeth, ma femme serait-elle passée par là?  Tu ressembles à une jolie poupée comme ça!"

        La petite fille soupire.

     

    Chapitre V :

     

       "Votre femme m'a expliqué ce matin que le noir ne convient pas du tout à une petite fille, que si je voulais que les gens fassent "waouwww..." en me voyant, je devais absolument changer de look."

        Elizabeth grimace.

       "J'ai décidé de ne pas doucher son enthousiasme et je l'ai laissée me déguiser en ... - comment dites-vous? -  "jolie poupée"."

        Elle prend un air taquin et balance:

        "A présent que je vois votre réaction, je me demande si j'ai eu raison."

     

     Chapitre V :  

     

         "Tu as eu raison, tu es très élégante, très jolie, un vrai petit coeur!

          File prendre ton petit déjeuner, le car pour l'école ne devrait plus tarder!"

     

    Chapitre V :

     

      Apparemment, Éléonore n'en a pas fini avec la fillette et celle-ci manque s'étouffer lorsque ma compagne lui dit : 

     "Le week-end prochain, nous pourrions aller faire du shopping toutes les deux, puis aller chez le coiffeur et l'esthéticienne...  Faire des trucs de fille, quoi.  Ce sera amusant."

      Elizabeth me jette le regard du condamné à mort qui grimpe au gibet, mais sa voix tout mignonne répond:

       "Avec grand plaisir, ma chère Éléonore."

       Moi-même je manque de m'étouffer dans mes pancakes.

      C'est en volant plus que courant qu'Elizabeth se sauve de la maison pour s'écrouler dans le bus qui l'emmène vers l'école.  "Ouf, sauvée", doit-elle penser.

     

    Chapitre V :

     

        En fait, je donnerais bien un sou ou deux pour connaître ses pensées à ce moment-là.

         Et je donnerais quelques sous de plus pour éviter ce qui m'attend, d'ailleurs.  J'ai la poitrine tellement enserrée d'angoisse que j'ai des difficultés à respirer.  

        Je regarde ma femme.  A chaque fois, c'est comme si je la découvrais.  "Blonde" est bien sûr le premier qualificatif qui vient à l'esprit lorsqu'on la voit pour la première fois.  Ensuite, on est frappé par sa beauté - enfin, moi, je le suis.  

        Vénus la qualifiait de bijou de pacotille.  S'il était besoin c'est bien la preuve de son manque total de sensibilité.  Ma femme est bien plus profonde et complexe que ne le sera jamais un diamant.  Elle a beaucoup souffert dans son enfance et ne doit qu'à elle-même ce qu'elle est aujourd'hui.

     

    Chapitre V :  

     

         "Chérie, je voudrais te poser une question."

        "Bien-sûr, je t'écoute mais si tu veux me demander si j'ai changé d'avis et voudrais un enfant, ma réponse est toujours non."

     

    Chapitre V :  

     

        Je souris, elle est de bonne humeur.  Tant mieux ou plutôt tant pis, je n'ai pas le choix, je veux savoir, quitte à faire disparaître ce joli sourire.

     

    Chapitre V :  

     

           J'hésite encore sur la façon d'aborder le sujet.  Je soupire et me lance.

           " Je voudrais...  enfin..."

          Je me racle la gorge.

           "Éléonore, connaissais-tu Vénus Lol?"

           "Bien sûr, tout le monde connaissait Vénus Lol ..." 

     

    Chapitre V :

     

          "Ce n'est pas cela que je te demande, Eléonore."

           Mon ton de voix s'est durci sans que je ne le souhaite vraiment.

         "Ce que je voudrais savoir c'est si tu as rencontré Vénus Lol, si vous vous connaissiez toutes les deux autrement que par ouïe dire ou de vue."

     

    Chapitre V :  

     

          "Qui t'a parlé de ça?  C'est cette maudite gamine, c'est ça?"

          Je ne sais pas pourquoi mais sans y penser, très vite, je mens.

        "Bien sûr que non.  Comment l'aurait-elle su?  Sa mère l'a abandonnée, elle n'était encore qu'un bambin!"

         "Cette idée t'est venue, comme ça, de nulle part?"

         "Pourquoi ne m'en as-tu jamais parlé, Éléonore?"

       

    Chapitre V :  

      

         "Pourquoi l'aurais-je fait, Harrold?"  

         Elle s'approche doucement.  

        "Harrold, si tu tiens à moi, arrête tout ça.  Renvoie cette gamine; elle est aussi malfaisante que sa mère.  Elle va finir par nous détruire.  En as-tu seulement conscience?"

     

    Chapitre V :

     

        Je m'écarte doucement d'elle.  Je n'aime pas quand elle se sert de mes sens pour me déstabiliser.

     

    Chapitre V :  

     

        "Éléonore, que les choses soient claires, je n'abandonnerai pas cette petite fille, je ne la renverrai pas chez elle.  Je veux au moins essayer de l'aider.  

        Si tu penses qu'il serait mieux pour toi et pour nous que tu t'absentes quelque temps, que tu t'éloignes de la maison,  je ne te retiendrai pas."

        "Comment oses-tu...?"

         Elle s'étrangle et perd tout contrôle:

     

    Chapitre V :  

     

         "Je t'aime plus que moi-même, plus que ma vie, je ferais n'importe quoi pour toi, je mourrais, je tuerais pour toi...  Et toi?  Que fais-tu?  Tu veux me chasser de ma propre maison!  Tu choisis une gosse que tu connais d'hier plutôt que moi, ta femme?!!!  J'ai tout quitté pour toi, Harrold!  J'ai abandonné ma famille, mon boulot, mes amis pour toi!"

          Je soupire.

        "Si c'était pour me le reprocher sans arrêt, tu aurais mieux fait de ne pas me le proposer, Éléonore, et de rester à Moonlight Falls!"

        Le cri qui s'échappe de sa gorge ressemble à un grondement d'animal enragé.

        "Je l'ai fait pour nous sauver, Harrold!!  Et je ne te laisserai pas tout détruire.  Ah non!  Je ne te laisserai pas faire!

       Ton obsession passe d'une Lol à l'autre!  Cette famille est maudite.  Tu es sous leur emprise.  Si tu ne te débarrasses pas d'elle, je le ferai pour toi."

      

    Chapitre V :

      

         "Éléonore, si tu t'avises de blesser Elizabeth, par un mot, un geste...  Si tu la maltraites, si tu touches à un seul cheveu de cette enfant..." 

         Je suis interrompu par la sonnerie de mon téléphone.  Je dois répondre, c'est le père d'Elizabeth.  

          Lorsque je raccroche, Éléonore a disparu.

     

    Chapitre V :

     

         Éléonore a disparu, mais mes angoisses, elles, sont encore là et plus vives encore.  Je tremble de la tête aux pieds.  Je suis désemparé.  Je ne sais plus que penser, comment agir... 

     

    Chapitre V :  

     

          Je me  dirige vers mon cabinet; mes consultations vont bientôt débuter.  Je prends place derrière mon bureau, comme presque chaque jour.

         Est-il imaginable comme je suis en train de le penser depuis plusieurs heures que ma femme, la volcanique Éléonore, pour me protéger (?) ait assassiné Vénus et qu'elle menace à présent Elizabeth?

        Heureusement, mon premier patient arrive, puis le suivant... Et lorsque quitte mon bureau le dernier patient de l'après-midi, je me sens si las que je me coucherais volontiers sur le sol jusqu'au lendemain.  

        Lorsque j'étais enfant, je pensais que toutes les réponses se trouvaient dans les livres.  Si seulement, c'était vrai!

     

    Chapitre V :

     

        Je sursaute en entendant un bruit derrière moi.  Le sujet de mes pensées, Éléonore, s'est assise face à mon bureau sans que je l'aie entendue entrer.

     

    Chapitre V :  

     

          Éléonore ne vient jamais dans mon bureau.  C'est une première.

          "Harrold, je ne supporte pas qu'on se dispute."

          Ses épaules frissonnent.

         "Je te demande pardon, mon amour, je n'aurais pas dû m'emporter ainsi.  Oh tu sais, je ne suis pas habile avec les mots, je préfère toujours agir que discuter."

         Oui, je le sais et c'est bien cela aussi qui m'effraye, je dois le dire, mais je préfère me taire.  

     

    Chapitre V :  

     

         "Ne sois pas fâché contre moi, s'il te plait, Harrold...  Tu voulais que je te dise et bien je te raconte, si tu veux toujours le savoir... 

        "Oui, je voudrais savoir, Éléonore, je voudrais savoir pourquoi tu ne m'as jamais dit que tu connaissais personnellement Vénus Lol."

     

    Chapitre V :  

     

          Je l'encourage d'un geste un peu nerveux.

       Froide et distance, elle entame son discours, qu'elle a préparé toute la journée, j'en suis certain!

       

    Chapitre V :

     

        "J'ai rencontré Vénus à l'école, nous étions dans la même classe.  Tout le monde tournait autour de Vénus et tentait de la séduire.  C'était une Lol et tout le monde voulait l'approcher.  J'étais comme les autres, Harrold.  J'étais fascinée par elle.  Elle semblait et était différente des autres.  Son argent et la renommée de sa famille faisait d'elle un être à part auquel nous voulions tous ressembler."

     

    Chapitre V :

     

          "Ado, je ne sais quel miracle fit qu'elle sembla s'intéresser à moi.  Je la vis plus d'une fois calquer son attitude sur moi.  C'était bizarre.  Je me suis sentie importante pour elle.  Un jour après l'école, elle me proposa de venir à la maison.  J'étais réticente, mon père était, tu le sais, un alcoolique, violent qui nous battait.  Je n'invitais jamais  personne à la maison.

        Bref, je n'aurais pas dû faire exception à la règle mais j'étais tellement honorée de recevoir Vénus que j'ai accepté.  

         Malheureusement, ce n'était pas le bon soir.  Mon père est rentré alors que nous faisions nos devoirs, complètement saoul.  Nous étions seules à la maison.  Sans crier gare, il m'a attrapée par les cheveux et m'a traînée jusque la cuisine. Vénus n'a pas bougé.  Je ne sais même pas si elle a relevé le nez de ses bouquins.  La rouste fut violente, mon père finit par m'oublier pour une bouteille de vodka.  Lorsque je suis revenue à moi, Vénus était partie.

         Le lendemain, j'étais à la fois terrifiée que Vénus raconte ce qu'elle avait vu et en même temps pleine d'espoir.  Peut-être était-ce la fin de mon cauchemar?  Peut-être en avait-elle parlé à son père?  Anatole Lol avait les moyens de nous tirer de la misère et de la souffrance dans lesquelles nous vivions ma mère, mon frère et moi."

         Son visage se froisse. 

     

    Chapitre V :

     

          "Et bien non, Harrold.  Elle s'est comportée comme s'il ne s'était rien passé, comme si elle n'avait rien vu, comme si elle n'avait pas capté la souffrance qui était la mienne tous les jours depuis toujours.  Comment est-ce possible d'être à ce point insensible, indifférente aux autres et à leur souffrance?

          Cette indifférence-là m'a été plus douloureuse que tous les coups que mon père a pu me porter, Harrold." 

            "Oh, mon amour..."

         Je me lève et la serre très fort contre moi, tellement navré de toute cette douleur qui fut sienne, tellement navré que Vénus ait été ce qu'elle était.  

     

    Chapitre V :  

     

           Elle s'écarte.

     

    Chapitre V :   

     

         "Lorsque je l'ai vue un soir sortir de ton cabinet, c'est une joie immense qui m'a saisie.  La grande, l'intouchable Vénus Lol était soit alcoolo, soit droguée...  Elle souffrait au point de venir te consulter.  J'étais transportée de bonheur ...  Mais j'ai vite déchanté:  Je t'ai vu changer, on ne peut que changer à son contact.  Je pouvais deviner rien qu'à ton humeur qu'elle avait pris rendez-vous, que cette date approchait et je mesurais ton emballement lorsque tu l'avais vue ainsi que ta déception, immense, lorsque le rendez-vous pris n'était pas respecté."

          Elle secoue la tête.  

        "Lorsque, enfin, j'ai cru en être débarrassée, ça a été de mal en pis. Morte, elle te faisait plus de mal encore que de son vivant.  

         Harrold, je t'aime.  Je t'aime infiniment.  J'ai pensé te perdre.  Je ne veux pas te perdre.  Je pensais que nous pouvions redémarrer à zéro, je pensais que c'était fini...  "

         Sa voix se brise.

         Je ne sais que dire.   

         "Harrold, j'ai assez souffert... Epargne-moi cela, je t'en prie." 

     

    Chapitre V :

     

      Ma main la touche. 

     

    Chapitre V :  

     

          Mon corps l'enserre.  

     

    Chapitre V :

     

            Elle caresse très doucement mon visage.

     

    Chapitre V :

     

           Je tente d'oublier qu'à aucun moment, elle n'a répondu à ma question.

     

    Chapitre V :

       

           Et je lui dis ce qu'elle veut entendre : 

         "Je t'aime, Éléonore, je ne laisserai personne nous séparer.  Tant que nous sommes tous les deux, rien ne peut t'arriver."

       

    Chapitre V :

     

         Tant qu’Éléonore se sent en sécurité, Elizabeth est en sécurité.  A cet instant, c'est tout ce que je suis capable de penser, que ce soit raisonnable ou non cette pensée se répète à l'infini et son écho me fait frissonner.

            Dès demain, j'engage un domestique à demeure.  J'éviterai ainsi de laisser seule la petite avec ma femme lorsque je suis éloigné d'elles.

             En parlant d'Elizabeth...  Elle a dû rentrer de l'école...

        Je conseille à Éléonore d'aller se reposer un peu et je me mets à la recherche de la petite.

           Je la trouve assise sur un banc, sur la terrasse, en train de lire le journal.  

           Je m'approche.

     

    Chapitre V :

     

          Je m'installe en silence à ses côtés et patiente qu'elle ait terminé sa lecture.

     

    Chapitre V :

     

           Elle replie le journal et me dit sans me regarder:

           "Je prends des nouvelles de la famille de maman."

     

    Chapitre V :  

     

         Cette petite est vraiment ...  zut, je ne trouve pas le qualificatif qui convient.  Il est sûr qu'il y a toujours des nouvelles des Lol dans le journal.  Il n'y a pas un jour sans que l'on parle d'eux dans la presse.

          "Tu fais bien... Et comment vont-ils?"

         Elle me jette un regard en coin afin de vérifier que je ne me moque pas d'elle.   Une fois qu'elle a  confirmation de mon sérieux, elle me répond.

     

    Chapitre V :

     

         "Ils vont plutôt bien.  Les cousines de maman prennent soin de notre fortune et mes cousines sont proches de devenir jeunes adultes.  Il se prépare, parait-il, une méga fête en leur honneur.  Vous voyez de qui je veux parler?  Vous savez les jumelles d'Arnaud, le frère de maman...?"

         Elle me lance un doux sourire.

     

    Chapitre V :  

     

         "Oui, je vois, ta maman m'en avait parlées.  Ce sont les deux petites filles que leur mère avait abandonnées le jour de leur naissance..."

         "Oui, c'est ça, abandonnées comme moi par leur maman.  Mais moi, j'ai eu la chance que mon papa m'ait récupérée. Elles, leur papa était mort. " 

         Je lui souris gentiment et elle me regarde tout aussi gentiment.

         "Et vous, vous avez été récupéré par qui?"

          Mais comment sait-elle cela?  Je secoue la tête.

         "Si cela ne t'ennuie pas trop, Elizabeth, je préfère que nous n'en parlions pas ce soir.  Une autre fois si tu veux bien, je te raconterai mon histoire."

       Son regard se perd un moment dans les étoiles qui commencent à éclairer une après l'autre ce si joli ciel d'été.

            

    Chapitre V :

     

          Peu après, elle revient à moi, interrogative, curieuse. 

          "Cela vous fait mal quand vous en parlez?" 

         "Beaucoup moins maintenant que j'ai compris pourquoi."

         "Moi, je ne sais pas si je comprends le pourquoi mais ça ne me fait vraiment rien de parler de tout ça."

     

    Chapitre V :

     

          Elle pose sa petite main délicate sur son cœur.

     

    Chapitre V :

     

           J'en fais autant.

     

    Chapitre V :  

       

          "Ton cœur t'a parlé aujourd'hui, Elizabeth?"

         "Non, sans doute n'a-t-il pas encore compris que je voulais l'écouter.  Et le vôtre?"

         "Beaucoup trop.  C'est un bavard, mon cœur à moi."

        "On pourrait se les échanger?!  Cela vous ferait un peu de repos et moi, je saurai enfin ce que ça fait d'avoir un cœur qui parle." 

         "Hé!  Mais ça, c'est vraiment une chouette idée!"

         Je ris doucement et elle me sourit encore.  

     

    Chapitre V :

     

          Le silence s'installe.

         "Tu as eu du succès à l'école aujourd'hui?  Ton nouveau look a plu?"

          Elle glousse.

        "J'ai rencontré quelques personnes, j'ai noté leur nom dans mon carnet, si vous voulez, je vais le chercher."

          "Plus tard, si tu veux..."

          Elle acquiesce.

        "C'est toujours facile pour moi, vous savez, Docteur.  La maîtresse ou la voisine ou le boulanger disent "je vous présente Elizabeth LOL" et paf! tout le monde est au taquet et veut devenir mon ami.  Je n'ai pas besoin d'une jolie robe ou d'une jolie coiffure...  Je suis une Lol.  Je croyais vous l'avoir dit ce matin, c'était juste pour ne pas déplaire à Éléonore que j'ai accepté."

         "Tu ne me l'as pas dit comme ça mais je l'avais effectivement compris ainsi."

     

    Chapitre V :

     

          Je me racle la gorge.

        "Elizabeth, j'ai eu ton papa au téléphone ce matin.  Il voulait savoir si tu allais bien.  Il t'a laissé plusieurs messages sur ton portable.  Tu ne lui as pas répondu et il s'inquiétait." 

       A l'inquiétude, Elizabeth a toujours la même question: 

        "Pourquoi?"

       "Il s'inquiète parce qu'il tient à toi.  Comme il tient à toi, il se demande si tu vas bien, ce que tu fais, ... enfin, tu vois, des choses comme ça.  Il a envie d'entendre ta voix ou au moins lire un petit texto que tu lui enverrais ou un message sur son mail."

      "D'accord, je ne savais pas qu'il fallait faire comme ça.  Je le ferai dorénavant.  Mais en attendant, vous avez pu lui dire que je n'étais pas malade, que j'étais à l'école... enfin vous voyez quoi, toutes ces choses que je fais."

        Elle m'adresse un sourire en coin.

      "Tu ne te demandes pas, toi, s'il va bien?  Il ne te manque pas, même un petit peu?"

      "Je ne crois pas qu'il me manque. Comme on sait que quelqu'un nous manque?  Quel est le signe?"

       "Je dirais un creux, un vide dans l'estomac quand on pense à cette personne."

      

    Chapitre V :  

     

           Elle hausse les épaules.

           "Alors non, je n'ai pas de creux dans l'estomac quand je pense à papa."

          "Tu ressens quoi quand tu penses à lui?"

           "Rien."

            Je décide de ne pas insister.

          "Il a proposé que nous allions le voir ce weekend à Hidden Springs.  Ainsi, je pourrai faire sa connaissance."

         "Vous n'aimerez pas mon père et il ne vous aimera pas.  C'est mieux que nous n'y allions pas."

         Elle se lève comme si la discussion était terminée et s'installe pour s'atteler à ses devoirs.

     

    Chapitre V :  

     

        J'en profite pour me relaxer un peu.  Ce ne sera pas long, cette enfant-là a de sacrées capacités, j'en suis persuadé.

       Lorsqu'elle se relève, je l'intercepte d'un bond.

       "Elizabeth, j'ai une idée, on le joue à "pierre-papier-ciseaux", si je gagne, nous allons tous les deux à Hidden Springs samedi."

      Cette idée semble la plonger dans une certaine perplexité et ensuite elle s'écrie:

      "OK, Grand Chef!  Préparez votre mouchoir, dans deux minutes, vous allez chouiner après votre mère..."

     

    Chapitre V :

     

           J'éclate de rire mais reprends tout aussitôt mon sérieux.  

          "Le moment est grave, Gamine!  Fourbis tes armes..."

        Nous prenons tous deux nos positions de duel.  Je lui conseille d'un ton paternel : 

          "Ne perds jamais ton ennemi des yeux, Elizabeth..."

      Elizabeth prend la dégaine et la voix d'un cow-boy:

         "Quand tu viens tuer un homme, tire, ne raconte pas ta vie, Fiston!"

    [Ndlr : librement inspiré  d'un dialogue de "Le bon la brute le truand"]

     

    Chapitre V :  

     

         "Et qui remporte la victoire???  Moi... !  Je suis trop fort!  Elizabeth : 1 - Harrold 2!!!!  Un bisou pour le vainqueur?"

            "Sûrement pas!  Vous avez triché!"

            Je ris de bon coeur.

           "Disons plutôt que je suis le maître incontesté et incontestable de la pierre, du papier et des ciseaux."

          Je respire un grand coup et prend un ton cérémonieux:

        "Ceci dit, Mademoiselle Lol, tout maître a besoin d'un apprenti, je devine en vous de grandes capacités...  Ne dites pas non...  Je vous nomme dès à présent mon apprentie!  Avec beaucoup de patience et un zeste d’espièglerie, un jour, vous pourrez, peut-être, pareillement exceller en ce domaine."

     

    Chapitre V :

        

           Son rire éclate en un son si joyeux que mon cœur s'emballe.  Je n'ai jamais entendu mélodie plus réjouissante et chaude que celle-là.

          Mais déjà il est l'heure du repas.  La petite Elizabeth se dirige vers la cuisine afin de ne pas contrarier Éléonore qui nous appelle de sa voix chaude:

          "Les amis, à table!!!!"

         Nous nous exécutons sans tarder, riant encore tous deux sous cape, sous le regard intrigué d’Éléonore qui ne comprend pourquoi il y a tant de bonne humeur à sa table mais ne s'en plaint pas, ma foi et elle s'exclame:

         "Mais vous allez m'expliquer, à la fin, ce qui se passe, que je puisse rire moi aussi?"

            

    Chapitre V :  

     

           Je m'exécute sous le regard attentif et amusé d'Elizabeth.

           Ainsi la soirée se termine.  

     

    Chapitre V :  

     

       J'effectue un petit détour par la chambre qu'Elizabeth a choisie cette nuit et que je réserverai dès demain à la gouvernante.

       Je me penche doucement.

     

    Chapitre V :

     

     

         Ses grands yeux s’entrouvrent.

         Je lui  chuchote:

         "Merci, Elizabeth, pour cette excellente soirée."

         "Merci à vous, Docteur."

         Sa petite main chaude cherche la mienne, la serre doucement et dans un demi sourire, elle me glisse:

         "Maman a écrit, peu de temps après votre premier entretien: "S'il m'était donné d'en décider, ce serait cet homme-là que je voudrais aimer."

            Elle ajoute: 

           "Je la comprends."

        Mes doigts s'emmêlent aux siens, ma bouche se penche doucement vers son oreille et je lui murmure:

         "Il ne fait aucun doute que c'est parce que tu n'étais pas encore née à ce moment-là que ta maman a écrit cela, sans quoi tu aurais lu que tu étais cette personne, Elizabeth, qu'elle aurait tant voulu aimer."

       Ses yeux se referment, sa bouche s'étire en un petit sourire taquin et elle souffle, du rire dans la voix:

       "On va dire ça..."

       Sa respiration se fait plus régulière et elle s'endort.

       Cette nuit-là, lorsque je me couche auprès de ma femme endormie qui se blottit et que je serre fort contre moi, au moment de fermer les yeux, c'est le regard doux et rêveur de Vénus qui me suit, son odeur de miel qui me fait frissonner et ces quelques mots murmurés d'une voix éraillée, un jour, en un autre lieu, à une autre époque: 

       "S'il m'était donné de choisir, Docteur, ce serait vous que je voudrais savoir aimer."

     

    Chapitre V :   

     

          Le sommeil et l'oubli m'emportent.

     

    (à suivre)

     

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  • Commentaires

    9
    Samedi 15 Mars 2014 à 22:31

    Dure l'enfance d'éléonore :( Je comprend qu'elle déteste celle qui n'a pas bougé un cil pour lui venir en aide... Je me demande si elle l'a vraiment tuer.

    J'adore la relation qui commence à se nouer entre le doc et élizabeth très touchant.

    8
    Jeudi 27 Février 2014 à 09:56

    Merci à toutes.  Je suis très touchée que vous soyez toujours présentes et que  vous ayez apprécié cette suite.

    Leilan,

    Pour les photos, j'essaie de m'améliorer parce que franchement, avant ce n'était pas ça.  A présent, j'ai "gimp" qui m'aide bien même si j'avoue que ce n'est pas encore aussi joli que je le voudrais.

    Ptitmu,

    Merci.  Je suis d'autant plus touchée que tu sais comme j'aime tes récits que je trouve toujours si bien menés dans le rythme et le changement de rythme, justement.

    Et me voilà avec une pression énorme, dis donc.  J'espère que l'épisode prochain ne te décevra pas.

    Angie,

    Je trouve aussi Elizabeth attachante.  Quant à Harrold et Éléonore, c'est un couple particulier, comme le sont finalement tous les couples.  A voir...  Je préfère ne pas trop en dire.

    Arya,

    Merci, tes compliments me touchent.  Je prends beaucoup de plaisir à écrire cette histoire et à l'illustrer.  Je suis très touchée, d'autant plus que je trouve que justement tu es toujours toi-même particulièrement juste sur les images et les mots dans ton blog.

    Ladymoon,

    Je suis contente que tu aies accroché à mon histoire.  J'espère que tu aimeras la suite.

    Marie,

    Woaouw...  Merci!

    J'aime beaucoup ta plume aussi, tu le sais.  Et tes personnages sont si vivants.  Je suis touchée que tu aimes les miens.

     

    Nanou,

    Ton commentaire me touche tout particulièrement.  Je n'ai pas de mots pour t'en remercier plus en détail.  Merci beaucoup.

     

    Merci encore  à vous de me suivre dans cette nouvelle histoire.

    7
    Mercredi 26 Février 2014 à 18:43

    Tout simplement un plaisirs de lire, tout est si fort, si puissant que l'on se sent proche de ton

    univers... C'est une suite très bien écrite, des mots touchants, parfois même douloureux.

    Les photos sont magnifiques... J'ai adoré, vivement la suite

    6
    Mercredi 26 Février 2014 à 17:48

    quel super épisode, très émouvant! j'ai adoré.

    La vie de Eleonor n'a pas été facile du tout, on comprend pourquoi elle est si inquiète à propos de la venue d'Elisabeth dans leur vie...je me pose quand même des question sur ce cher docteur en fait ^^ ( bon ok, je n'ai pas tout rattrapé encore donc peut-être est-ce-normal^^

    Sinon je trouve qu'il est vraiment gentil avec la petite, et je ne pense pas que ce soit uniquement à cause de ce quelle sait... et la petite à l'air de commencer à bien l'apprécier ce cher docteur..bref pleins de questions dans ma tête lol

    vraiment une belle suite, et une superbe plume..bisous ♥

    5
    Mercredi 26 Février 2014 à 15:55

    J'ai adoré le chapitre ^.^

    Vivement la suite :)

    4
    Mercredi 26 Février 2014 à 13:35

    Je n'ai pas pu attendre jusqu'à ce soir, je viens de tout lire d'une traite. Et bien sûr j'ai adoré. Je n'ai qu'une hâte, en savoir plus....

    J'apprécie de plus en plus la qualité de ton écriture, et les images "collent" parfaitement. Bravo et merci pour ce bon moment

     

    3
    Mercredi 26 Février 2014 à 13:09

    Toujours aussi captivant, je commence à l'aimer cette petite Elisabeth, pauvre Eleonor sa vie n'a pas du être simple. Mais je ne pense pas qu'elle puisse avoir tuer Venus. En tout cas notre cher docteur s'attache a sa petite protégée. Vivement la suite. Bisous

    2
    Mercredi 26 Février 2014 à 13:06

    Oh, ton épisode est magnifique, émouvant, tendre, triste et amer, et radieux à la fois. C'est sûrement un de tes meilleurs. Attention, tu mets la barre très haut pour le prochain !

    1
    Mercredi 26 Février 2014 à 12:59

    Superbe épisode, j'ai adoré.

    Et tes photos sont sublimes, hâte de voir la suite :)

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