• Chapitre VI : Viens, que nos cœurs s'éprennent!

           Lorsque je m'endors sous le regard doux et rêveur de Vénus, le jour n'arrive jamais comme il le devrait.

              L'incompréhension plus que la colère ou la culpabilité me ronge.  

            Il y a tant de questions qui s'entremêlent.  A quel moment toute cette histoire aurait-elle dérapé?  Qu'avais-je loupé?  Que n'avais-je pas vu?

             Ne suis-je pas en train de commettre la même erreur avec Elizabeth?

             Et si Éléonore avait raison?

          Je devrais tout arrêter.  Je ne dois rien à personne.  Qu'y a-t-il dans ce journal qui puisse m'incriminer dans la disparition de Vénus?  Rien, il ne peut rien y avoir, je voudrais tellement m'en convaincre.

           Je prends la clé USB, je l'insère et ma gorge se noue.  Vénus est là, elle me hante, son absence m'habite et je ne comprends pas.  Cette incompréhension m'est insupportable. 

     

    Chapitre VI :

     

                Je voudrais m'en défaire mais j'y reviens sans arrêt.  Je me roule dans la fange, déroule mon lit d'aubépines et m'y couche et m'y blesse sans cesse.

          Ces derniers mots qu'elle aurait laissés me deviennent à nouveau obsession: "Je vous aime".  Je vous aime?  Quel sens, quelle ironie pourrais-je donner à ce mot d'adieu?  

               Un coup léger puis un deuxième plus lourd me font sursauter.  C'est la domestique que je voulais engager.

                A quoi bon?  Je dois mettre un terme à tout cela.  Éléonore a raison, je dois couper tout contact avec les Lol, renvoyer cette gamine, Elizabeth, et recommencer - encore et encore - à oublier.

                C'est fort de cette idée que je fais entrer "Jacqueline" puisque tel est son nom.

     

    Chapitre VI :

     

              Il faut croire que si femme varie, Harrold varie aussi puisque deux minutes plus tard, je me retrouve aux côtés de ma nouvelle gouvernante qui me distille ses bons conseils, après avoir noté que tout ce que je souhaite d'elle c'est qu'elle soit particulièrement attentive à Elizabeth et m'apporte tous les livres, journaux, carnets qu'elle pourra trouver éparpillés ou cachés dans la maison.

     

    Chapitre VI : 

     

             En jetant plus tard un coup d'oeil par la fenêtre, je constate que ma femme a repris avec plus ou moins de sérénité son travail d'artisan et prépare sa collection de bijoux dont toutes les femmes de la cité seront bientôt parées. 

     

    Chapitre VI : 

     

                Je me souviens encore du jour où je l'ai vue pour la première fois.  Elle accompagnait son frère à une de mes séances.  Celui-ci avait été condamné à suivre une thérapie après la mort de leur père.  Il revendiquait l'assassinat de son père et il avait écopé d'une peine de détention assez légère au vu des circonstances particulières qui avaient mené à cet "homicide involontaire".

           Nous travaillions ensemble la gestion de sa colère. Je n'ai jamais été persuadé de sa culpabilité ni même de l'utilité de nos séances. Ce garçon était la douceur incarnée et ce malgré l'enfer qu'il avait vécu pendant des années.

            J'avais immédiatement adressé ce jeune homme à un de mes confrères et invité la belle Éléonore à sortir avec moi.  Je peux parler de coup de foudre en ce qui me concerne.  Elle m'avait ensorcelé et six mois plus tard, nous étions mariés.

            Je souris.

           Je sors de ce bureau dans lequel j'ai l'impression d'étouffer.  Elizabeth doit être sur le chemin du retour.  Ce matin, je voulais la renvoyer chez elle et cet après-midi, il me tarde de contempler sa petite bouille.  Allez comprendre...

     

    Chapitre VI : 

     

           Je l'accueille d'un grand sourire, la regarde manger son goûter, lui propose de l'aider pour ses devoirs.

          Elle a l'air ravi de constater qu'aujourd'hui ce sera jour de relâche.  Il n'y a aucune grande conversation sérieuse au programme et c'est avec enthousiasme qu'elle se soumet à mes velléités toutes paternelles.

     

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             Ci-fait, elle me défie au jeu vidéo.  Cela fait des années que je n'ai plus touché à une manette et je m'empresse d'accepter.  M'amuser ne peut pas me faire de tort.  

     

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            Mais voilà qu'arrive Éléonore, le visage fermé.

     

    Chapitre VI : 

     

                Elle s'installe à mes côtés et sourit soudain.

           "Oulà, cela fait des années que nous n'avons plus jouer, mon amour.  Voyons si c'est comme le vélo...  "

     

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                 On pourrait presque croire que nous formons une vraie famille!

                 Et comme pour conforter mon idée, au moment d'aller au lit, Elizabeth se jette dans mes bras et c'est un peu gauchement que je la serre contre moi.

     

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                      Une fois la petite endormie, je rejoins mon épouse dans notre chambre.

                   "Mais dites-moi, Monsieur Harrold Denoël, vous me semblez bien amoureux, ce soir?"  rit-elle tout miel et sucre en se serrant contre moi.  "N'auriez-vous pas une idée derrière la tête?" 

     

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                   Je lui souris doucement.

                 "Je ne me souviens plus très bien comment un mari est sensé honorer son épouse, Madame Éléonore Denoël...  C'est un peu cette idée qui me turlupine depuis quelques heures...  Je dois l'avouer.  Vous lisez en moi comme dans un livre ouvert, jolie dame de mon cœur.  Pourriez-vous me rafraîchir la mémoire?" 

     

    Chapitre VI :

     

                 Son rire fuse comme étincelle  et me ravit l'âme.  

                 "Embrasse-moi, Idiot."

                 Je ne me fais pas prier. 

     

    Chapitre VI :

     

               Lorsque nos corps se mêlent, lorsque nos baisers se font plus passionnés encore, je la serre très fort contre moi, à me faire mal, à lui faire mal et un cri rauque s'échappe de ma poitrine.

                    "Eléonore, je t'aime tellement."

                     Elle répond à mon étreinte avec force et murmure:

                  "Oh, Harrold, moi aussi, je t'aime ... infiniment, follement, pour toujours et à jamais.  N'en doute jamais."

                 Cette nuit-là est une nuit sans rêve qui me tend les bras et ce sont les caresses de ma femme qui m'y suivent.  Que les dieux en soient remerciés.  

     

    Chapitre VI :

     

     

                   Le jour où Elizabeth est arrivée, j'ai dit et je m'en souviens très bien: "Avec un peu d'intelligence, tout peut bien se passer."

                   Mais alors que font donc ces deux femmes à l'entrée de mon terrain? puis assises dans mon salon en grande conversation avec ma femme?

     

    Chapitre VI :

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                        A première vue, vous pourriez imaginer qu'il s'agit de deux clientes venues admirer et acheter les bijoux fabriqués par mon épouse.

                           A seconde vue, évidemment, on reconnait celles qui font la une des journaux trois jours sur cinq: Linéva Lol et sa soeur Lucie Lol, les cousines de la très chère disparue Vénus Lol.

                         Partagé entre colère et admiration, je m'avance doucement vers mon épouse qui m'avait promis il y a peu qu'elle me débarrasserait d'Elizabeth.  Voilà donc quel était son plan...  Je soupire.  Quelle femme surprenante que la mienne.

     

    Chapitre VI :                     

                    Je soupire et dans un murmure glacial et glacé:

                    "Je ne suis pas dupe, Eléonore, je sais que c'est à toi que je dois la visite de ces deux femmes..."

                       Elle me répond sur un ton aussi glacial et glacé:

                       "Tu ne m'as pas laissé le choix, Harrold.  Je nous sauverai malgré toi s'il le faut."

     

    Chapitre VI :

     

                           Je n'ai pas le temps d'approfondir notre différend, je suis convoqué par les deux sœurs dans mon bureau.    

                            La blonde avec toupet s'installe à ma place.  C'est la meneuse à n'en pas douter.

                      N'ayant pas grandi à Moonlight Falls, je n'ai pas la même fascination pour les Lol que bien d'autres, même si je connais leur histoire.

                                                                

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                        Un changement de chaise ne signifie pas un changement de comportement.  Comme à mon habitude, j'attends que l'une ou l'autre brise le silence.  Il n'est jamais de bon ton de débuter ce genre de conversation.

                      Je pensais que la blonde Linéva prendrait la parole.  Je suis presque surpris que ce soit sa soeur, Lucie, qui entame cette conversation.

     

    Chapitre VI : 

     

                           Elle déclare avec enthousiasme:                                       

                     "Nous sommes venues récupérer notre petite Elizabeth.  Il est temps qu'elle regagne son foyer."

                    "Son père me l'a confiée, il n'est pas question que je vous remette Elizabeth sans son accord et celui d'Elizabeth."

                    Je me lève, la conversation est close, elles peuvent rentrer chez elles.  Linéva, la blonde, suit d'un mouvement félin mon déplacement et sa voix charmante me rappelle à l'ordre:

                 "Hop-hop-hop, Monsieur Denoël.  Pas si vite...  Vous ne pouvez évidemment pas mesurer l'enjeu de cette conversation.  Veuillez s'il vous plait, accepter de nous écouter plus avant."

     

    Chapitre VI :

     

                  "Monsieur Denoël, pouvez-vous imaginer le scandale qui pourrait exploser si les paparazzi venaient à découvrir que le psy qui s'est occupé de Vénus Lol s'occupe également de sa fille?"

                       J'imagine effectivement les conséquences que pourrait avoir cette découverte mais cela m'indiffère totalement.

                  "Votre venue ici, Mesdames, menace bien plus ce secret.  Monte Vista est la ville de la seconde chance, ses habitants s'ils sont heureux d'accueillir une Lol parmi leur communauté ne sont en aucun cas enclin à voir débarquer les paparazzi.  N'ayez crainte, Elizabeth est à l'abri ici de la presse."

                     Lucie rit doucement:

                    "La presse n'est pas notre principale préoccupation, Monsieur Denoël.  Elizabeth a besoin d'amour, d'une famille qui l'entoure, d'apprendre ce que doivent apprendre les jeunes filles de son rang..."

     

    Chapitre VI : 

                                     

                        Lucie enchaîne, presque exaltée par son propre discours:

                    "Elle en a été privée trop longtemps, déjà.  C'est une opportunité pour elle, une chance.  

                    Son père, Monsieur Denoël, n'est pas l'homme de la situation.  La preuve en est qu'il vous l'a abandonnée sans même vous connaitre.  Si vous le désirez, si Elizabeth le désire, il est bien évident que nous vous l'amènerons autant qu'il sera utile afin qu'elle continue sa thérapie."

                       Nous sommes interrompus par l'entrée de Jacqueline.

                      "Monsieur, votre patient de quatorze heures vient d'arriver.

                       J'ai fait préparer les chambres d'ami pour ces dames.                  

                   Puis-je vous proposer, Mesdames, de vous y mener afin que vous ayez tout loisir de prendre un peu de repos après ce long voyage..."

                 Quelle perle, cette Jacqueline!  Quelle idée de génie fut la mienne lorsque je décidai de l'engager.  Je souris. 

     

    Chapitre VI :

      

                             Sans un mot, les deux femmes suivent ma gouvernante et je m'installe, la tête vide, prêt à recevoir mon fameux patient de quatorze heures.

     

     Chapitre VI :

     

                   Lorsque Elizabeth rentre de l'école, un seul regard lui suffit à comprendre ce qui se trame dans mon salon.

                         Il est important avant que j'intervienne que je saisisse la position de la petite dans cette affaire.

     

    Chapitre VI : 

                               

                C'est Linéva, la blonde qui part à la rencontre d'Elizabeth sous le regard attentif de Lucie.

              Le visage fermé à toute émotion d'Elizabeth lui fait face.   Elle l'écoute lui parler de Moonlight Falls, de leur magnifique demeure, de tous ces gens qui l'attendent et qui l'aiment; de la seule solution qui s'offre à elle d'être heureuse: les accompagner parce que sans mentir, il est certain que c'était cela qu'aurait voulu Vénus.

     

    Chapitre VI :

     

                 C'est à ce moment que je me permets d'intervenir.

                "C'est à son père que Vénus a confié Elizabeth pas à vous."

                La blonde me répond du tac au tac:

               "C'est parce qu'à cet instant, Vénus était en détresse.  

              Monsieur Denoël, on ne peut qu'être en détresse lorsqu'on fait le choix d'abandonner son enfant.  Dois-je vous rappeler d'ailleurs la fin de ma cousine, Monsieur?  Celle-ci a fini suicidée!  

               Avez-vous besoin d'une autre preuve de sa détresse que celle-là?  Vous, probablement mieux que quiconque devez savoir à quel point la maman d'Elizabeth était perdue..." 

     

    Chapitre VI :

                                   

          Une pointe fine et acérée pénètre mon cœur et la rancœur trouve le chemin de ma bouche.

                        "Si je devais convenir d'une telle allégation, Madame, vous devrez également consentir que Vénus avait bien des raisons de se méfier de vous."

                         Éléonore met fin à notre joute verbale en appelant à table.

                     Elizabeth n'a dit mot depuis qu'elle est rentrée de l'école et son repas se passe dans le même silence buté.

     

    Chapitre VI :

     

                       Je cherche désespérément un moment pour me retrouver seul avec elle.  Il faut que je lui parle.  Elle doit se sentir perdue.

                         Je trouve ce moment lorsque Jacqueline invite les autres à prendre le café au salon.

                             "Elizabeth, je voudrais te présenter mes excuses.  Je n'aurais pas dû laisser Linéva parler ainsi de ta mère et je n'aurais pas dû me laisser emporter à jouer le même jeu qu'elle..."

     

    Chapitre VI :

     

                      Je suis interrompu par un drôle de petit sourire qui se dessine sur ses lèvres rouges.  Son regard se fait moqueur.

     

    Chapitre VI : 

     

                   "Ne vous inquiétez pas, Docteur, lorsqu'elles auront compris qu'elles ne trouveront pas ici le journal de maman et que je ne le leur donnerai pas même si je les suis, elles partiront."

                     Je fronce les sourcils.

                    "Le journal de ta mère?"

                    Elle acquiesce.

                   "Evidemment!  Si ce journal était rendu public, elles perdraient de leur superbe, croyez-moi..."

     

    Chapitre VI :                       

                       "Vénus à nu n'est pas qu'un journal intime, c'est un journal de bord que maman tenait depuis son adolescence.  

                    Rendez-vous compte, il est structuré de telle façon que chaque page au minimum est consacré aux personnes qu'elle rencontrait.  Ces pages évoluent et se complètent au fur et à mesure du temps.  Il y a tout ce qui concerne tout ce monde que maman côtoyait: tout est répertorié, disséqué...                    Bref, il n'y a pas beaucoup de personnes qui puissent sortir grandies de ce genre d'écrits.  Et là-dedans, tout est vrai!"

                      Elle soupire.

                      "Je suis fatiguée, je vais dormir.  Bonne nuit, Docteur."

                       Comme la veille elle se serre contre moi.

     

    Chapitre VI :

     

                    Je réponds à son étreinte sans réfléchir.  Elle se dégage doucement et ajoute: 

                  "Tant que nous sommes à discuter de ce fameux journal, vous pouvez dire à Jacqueline d'arrêter de le chercher.  Elle ne le trouvera pas."

                    Et d'un pas nonchalant, elle s'éloigne.

                    J'en reste bouche bée.  

                  Ma soirée et ma nuit se déroulent mornement et c'est épuisé qu'au matin, je suis saisi d'un mauvais pressentiment.  Je saute du lit et en pyjama traverse le jardin à toute allure.

     

    Chapitre VI :

     

                       Mon instinct ne m'a pas trompé.  Je trouve Linéva occupée à mon ordinateur et Lucie à lire mes notes.

     

    Chapitre VI :

                                         

                    Confronté à ce spectacle, j'explose, fou de colère.  

               "Je n'en crois pas mes yeux!!!  Mais que faites-vous?  Tous mes dossiers sont confidentiels!!!  Mais que cherchez-vous, bon sang?!!!  Vous vous croyez où?"

                     Toutes les deux sursautent et se lèvent précipitamment. 

     

    Chapitre VI : 

     

                "Vous allez immédiatement repartir d'où vous venez, votre attitude est totalement inadmissible et vous avez déjà beaucoup de chance que je ne prévienne pas les autorités!!!"

                 Lucie grommelle:

                "Ce sont les dossiers de Vénus et d'Elizabeth qui nous intéressent..."

               Elles me prennent vraiment pour un lapin de six semaines!  Evidemment que seuls ces dossiers-là les intéressent!   Je ne suis pas complètement crétin!

              Je respire profondément, prêt à reprendre sur un ton plus posé mais une petite voix m'interrompt.

              "Oh!  Tout le monde se calme ici!"

          Sans doute alertée par les éclats de voix, Elizabeth se trouve dans l'embrasure de la porte.

     

    Chapitre VI :

     

               Elle entre doucement dans la pièce.  Elle nous observe, chacun, tour à tour, avec ce regard sans âge qui lui est propre et ce petit sourire moqueur qui surprend moins qu'il n'agace.

     

    Chapitre VI :

     

                "Nous allons mettre les points sur les "i" et les barres sur les "t", Chères cousines de ma très chère mère.  

                  Comme je vous l'ai déjà expliqué et cela n'a pas évolué, comme mon père vous l'a déjà expliqué avant de vous mettre à la porte de chez nous, je ne vous suivrai pas, je ne souhaite pas vivre avec vous." 

     

    Chapitre VI :

     

                    "Je ne vous donnerai pas le journal de ma mère, vous ne le trouverez pas non plus ici.  Si le docteur a conservé le dossier de ma mère, ce n'est ni au milieu des autres dossiers papiers, ni sur son ordinateur, ..."

                      Elle me glisse un regard en coin.

                   "Je le sais, Docteur, j'ai déjà vérifié, peu après mon arrivée ici. J'ai assez rapidement trouvé votre mot de passe pour accéder à vos dossiers y compris ceux qui sont archivés."

                                       

    Chapitre VI : 

     

                  Je réprime à grande peine le "Sale gosse... " qui me monte à la gorge.

                      Les deux sœurs, elles, tentent le charme pour amadouer la fillette.

                     "Mais voyons, que vas-tu imaginer, Elizabeth?  Ce n'est pas du tout ce que tu penses.  Nous, nous ne pensons qu'à ton bien-être.  

                      Le journal de ta mère ne nous intéresse pas du tout, tu le sais.  Ce qui nous inquiète c'est que des journalistes tombent dessus...  Vois-tu, cela mettrait à mal nos affaires, tes affaires, Elizabeth.  Lorsque nous pensons à nous, nous pensons à toi."

     

    Chapitre VI :

                             

                        Elizabeth soupire.

                   "Je me doute que ce serait vraiment problématique que ce journal tombe entre de mauvaises mains.  Vos magouilles éclateraient au grand jour.

                      D'ailleurs, maman le souhaitait, elle s'apprêtait à le faire lorsqu'elle a disparu.  Cela vous arrange bien qu'elle soit morte, disons les choses simplement et il me semble évident que si ce journal tombe entre les mains d'un journaliste, c'est une idée qui ne pourrait que lui traverser la tête et amener bien des questions."

                     "Tais-toi, Elizabeth!"

                    Lucie et Linéva me fixent, comme si je pouvais ne pas avoir entendu ce que disait Elizabeth.

                    "Oh, je me tais, ne craignez rien.  Nous nous sommes dit l'essentiel, de toute façon.   Je vous souhaite un bon voyage de retour.  Je suppose que vous ne serez plus là lorsque je rentrerai de l'école."

                     Et comme il devient habituel, elle se jette dans mes bras, me serre fort en riant :

                     "Passez une bonne journée, Docteur!"

                     Et elle file vers le car scolaire qui l'attend à l'entrée de notre terrain.

     

    Chapitre VI : 

     

               Elizabeth a à peine pris place dans le bus, que déjà les deux sœurs, Lucie et Linéva ont disparu de mon bureau.  Je respire.  Je suis certain que la petite a raison et qu'elles vont libérer la place.  Ouf!  Une Lol à la maison, c'est rude mais trois, c'est atroce!

          Effectivement, alors que douché et rasé, je prends mon petit déjeuner, Éléonore m'informe que Lucie et Linéva quitteront notre foyer dans la matinée sans Elizabeth.

     

    Chapitre VI : 

     

                Sans doute, Éléonore attend-elle de moi une réaction, un mot, un début de dispute...?  Je préfère me taire, je n'ai rien à dire.  Je ne suis même pas en colère contre elle.

                 "Tu m'en veux, n'est-ce pas?  Je suis désolée mais j'ai vraiment cru que Elizabeth serait mieux dans sa famille..."

                   Éléonore a beaucoup de qualités mais elle n'est pas très perspicace, c'est le moins que l'on puisse dire.  Je précise donc: 

                  "Je ne suis pas fâché, Éléonore, je ne t'en veux pas.  Je te comprends même.  Excuse-moi mais mon premier patient va arriver.  Tu souhaiteras un bon voyage de ma part à tes deux invitées."

               J'embrasse machinalement le haut de son front en me levant et me dirige vers mon bureau.

            Sitôt la porte passée, je constate que Jacqueline, ma gouvernante m'attendait.  Je lui souris.

                 "Que puis-je faire pour vous, Jacqueline?"

     

    Chapitre VI :

     

                         "Rien, Monsieur, il n'y a rien que vous puissiez faire pour moi.  En revanche, Monsieur, je pense que ceci devrait vous intéresser."

                           Elle me tend une clé USB.

                          "Je me suis permise de faire un double de la clé que j'ai trouvée par hasard dans les affaires de Madame Linéva."

                             Elle sourit.

                            Je ne sais quelle contenance avoir ou adopter.  Je décide de la remercier, tout simplement. 

                           Lorsque la fin de mes consultations arrive, j'hésite un très long moment devant mon ordinateur.

     

    Chapitre VI :

     

                     Que contient cette clé?  Dois-je l'insérer?  Que vais-je découvrir?  Les comptes de la société Lol?  Du courrier personnel?  Une liste de personnes corrompues?

                   Je soupire.  La curiosité est un vilain défaut, certes; mais si je n'avais jamais eu aucune soif de savoir, je ne serais pas qui je suis aujourd'hui.

                       Je soulève l'écran de mon portable, place délicatement la clé dans la fente.  Au moment de cliquer sur "ouvrir", je reste un moment suspendu au fil de la boîte de Pandore.  Un clignement de paupière plus tard, j'en découvre le contenu.

     

    Chapitre VI :

     

              Je reste dubitatif devant ce que je découvre.  Selon toute vraisemblance, il s'agit de la copie de la boîte mail - messages envoyés - de Vénus Lol, comprenant donc les courriers électroniques qu'elle auraient envoyés les derniers dix-huit mois, environ, avant sa disparition.

                      Comme Elizabeth me l'avait expliqué en ce qui concerne son journal, les envois ne sont pas classés par ordre chronologique mais par destinataires.

                      En faisant défiler la liste, j'ai un mouvement de recul en lisant mon nom "Harrold Denoël".  Vénus et moi n'avons jamais échangé de messages par voie électronique.  Pourtant, selon toute vraisemblance, au vu de l'intitulé de la boîte, ce mot m'a bien été envoyé environ dix jours avant sa disparition.

                      Un froid intense enserre ma poitrine.  

                     La vision brouillée, j'ouvre ce message et il me faut un temps infini avant de parvenir à donner un sens aux mots et phrases qui apparaissent à l'écran.

     

    Chapitre VI :

     

                  Et soudain, comme un vol d'hirondelles, une myriade d'images défilent derrière mes paupières closes.

     

     

             C'est une nuée de souvenirs qui me submergent mais ne m'appartiendront jamais puisque, je le sais, je n'ai jamais ni reçu, ni lu, ni ouvert ce message.

     

                             

        (à suivre...) 

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  • Commentaires

    10
    Samedi 15 Mars 2014 à 22:58

    Ah là là que de rebondissement. J'ai frissonné en regardant la vidéo en plus j'adore cette chanson trop triste. Eleonor et de plus en plus la coupable parfaite si c'est elle qui a intercepté ce mail... Mais je me plait à penser que Venus n'est pas morte j'adorerais la revoir et que son amour pour harrold se concrétise, mon côté fleure bleue <3

    J'adore trop!

    9
    Vendredi 7 Mars 2014 à 11:47

    Merci pour le lien ♥

    8
    Vendredi 7 Mars 2014 à 10:15

    Moi non plus, je n'ai pas les mots pour vous dire à quel point je suis touchée que vous me suiviez.  Merci sincèrement pour tous vos commentaires qui me font tellement plaisir.  

    Je préfère ne pas trop en dire quant au fond de l'histoire pour ne pas dévoiler le fil; néanmoins, je dirais que  certaines d'entre vous ont deviné certaines choses. smile

    Marie, pour la petite robe d'Elizabeth, je l'ai trouvée dans le set-Saint-Valentin de The Sims Resource : c'est une création de Lillka.  Voici le lien.  

    7
    Vendredi 7 Mars 2014 à 00:05
    whaouuuu, le message et la vidéo m'ont donné des frissons tant c'est beau et émouvant, j'adore♥ mais qui a donc pu ouvrir ce message?
    que d'émotion dans ce chapitre, on est partagé entre aimé ou détesté les personnage! en tout cas, le docteur et la petite Elisabeth se rapprochent de plus en plus, on pourrait même croire que c'est lui son papa, qui sait? lol
    Deplus en plus cuiruese de savoir ce qu'il y a dans ce journal.
    En tout cas bravo à toi ♥
    ps: j'aime beaucoup la robe d'Elisabeth^^
    6
    Jeudi 6 Mars 2014 à 13:02

    Et bien je ne sais même plus quoi dire. Tu viens ajouter la vidéo et la musique à un épisode plus que prenant.... en plus une chanson que j'apprécie particulièrement....

     

    Bravo et vivement la suite !

    5
    Jeudi 6 Mars 2014 à 07:57

    hé ben quel episode :) tu as du talent pour écrire les histoires. J'adore :)

    vivement la suite ^^

    4
    Jeudi 6 Mars 2014 à 07:52

    Toujours prenant et bien écrit, toujours intimiste et profond. Pauvre Dr Denoël ! Rencontrer Vénus aura transformé sa vie.

     

    Comme kaon, je pense qu'il est possible que Vénus soit toujours en vie. Que le Dr soit la victime d'une gigantesque machination...

     

    J'attends la suite !

    3
    Jeudi 6 Mars 2014 à 01:02

    Pareil, tu manies bien tes personnages, l'histoire est génial et je trouve très intéressant cette tournure que prend l'histoire^^

    Et pareil, ça ne m'étonnerait pas qu'Eleonore ait fait disparaître le message. 

     

    Plus ça va, en revanche, et plus j'ai l'impression que Venus ne s'est pas vraiment suicidé, qu'elle va revenir^^ 

    2
    Mercredi 5 Mars 2014 à 22:44

    Angie,  tes commentaires me motivent  et me font tellement plaisir.

    Merci-merci! Bisous aussi! 

    1
    Mercredi 5 Mars 2014 à 20:55

    Comme toujours je suis captivée, décidément les cousines de belles pestes! Je suis bien contente de les voir partir. Mais je me demande si elles n'ont rien à voir avec la mort de Vénus Comme le message est triste, mais je me demande pourquoi il ne la pas reçu ? Quelqu'un l'a-t-il lu avant ? Eleonor ? Ralalala vite la suite. J'ai adoré Bisous

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