• Chapitre VII : Sois lâche, si tu l'oses

     

           Le voyage jusque Hidden Springs en compagnie d'Elizabeth se déroule dans un silence qui n'est ni lourd ni pesant; il est juste reposant. 

     

    Chapitre VII :           

             

               J'aurais presque l'impression d'être en vacances...  en congé de ma vie, en repos de mes obligations, libre, libéré.  Les vertes vallées me happent et me font virevolter dans les airs.  

     

    Chapitre VII :

     

             Je me sens emporté au-delà des montagnes et je plane tel un aigle sur les courants humides de la vallée.  Le vertige me saisit et je m'en régale.

     

    Chapitre VII :

     

               Je me sens un géant, comme ces montagnes, les pieds dans l'eau, observant le fil du temps et l'insaisissable légèreté de l'être.

     

    Chapitre VII :

     

            Nichée dans l'écrin de verdure, la petite ville de Hidden Springs m'accueille.  

                 Comme autant de canaris colorés sur le fil tendu de mon vertige, les maisonnettes jaunes, bleues, blanches me font cortège.

     

    Chapitre VII :

     

                   Apparaît, à flan de montagne la maison d'Elizabeth, ceinturée de bois sombre, elle tente tant que peut se faire de se fondre dans le décor, tout en mettant un peu d'ordre dans cette nature si sauvage.

     

    Chapitre VII :

     

                   Je soupire.  A franchement parler, je n'ai pas envie de descendre et d'aller à la rencontre de ces gens.  Je suis fatigué des autres, las, éreinté.  

                   J'ai pourtant dormi tout le jour d'hier.  Comme en overdose d'émois, je me suis écroulé sans force et comme une pierre, j'ai coulé dans les abysses de mon inconscient.

                  Ô temps, suspends ton vol.  Laisse-moi savourer encore cette nature hostile et si belle.

     

    Chapitre VII :

                                   

                  Mais déjà notre taxi ralentit, nous sommes arrivés.  Je regrette de ne pas avoir choisi la location d'une petite maison pour ce weekend. J'aurais préféré me retrouver seul, au moins quelques heures.  Cela fait tellement longtemps que cela ne m'est plus arrivé. 

     

    Chapitre VII :  

     

               Je descends du taxi, suivi par Elizabeth.  Voici le moment de rencontrer la famille recomposée de la fillette.   J'avoue qu'une certaine curiosité m'étreint à cette idée.             

               Hier soir, à table, Elizabeth m'avait abordé sans détour.  

            "Je sais que vous êtes psy et que vous avez l'habitude de l'inhabituel, Docteur.  Malgré tout, ce serait plus sympa de ma part si je vous prévenais que mon papa ne vit pas comme tout le monde." 

     

    Chapitre VII :

     

            Habituellement, j'aurais relevé le nez de mon assiette, aurais observé Elizabeth et l'aurait encouragée à expliciter ce qu'était pour elle la normalité.  

             Mais là, j'étais trop fatigué, je n'avais pas envie de travailler.  Je voulais juste retourner au lit.  J'avais des mois de sommeil à rattraper.

             Depuis que le puzzle "Vénus Lol" s'était agencé, que j'avais saisi l'essentiel du problème et posé une explication sur ce qui m'était incompréhensible, j'avais besoin de décompresser.

         Surprise de n'avoir déclenché aucune réaction de ma part, Elizabeth m'observa un long moment.  Je sentis son regard peser lourdement sur moi, s'ajoutant à celui d’Éléonore qui se mit à brûler ma nuque et je fus à deux doigts de les envoyer toutes les deux se balader dans le jardin afin que je puisse dîner en paix.

     

    Chapitre VII :  

     

                  Elizabeth soupira et lança : 

               "Docteur, arrêtez de me faire la tête!  Oui, je sais, je n'aurais pas dû aller sur votre ordinateur et je vous demande pardon.  Je ne le ferai plus."

     

    Chapitre VII :  

     

             "Evidemment, tu ne le feras plus puisque tu as vu que ce qui t'intéressait ne s'y trouvait pas."

              Éléonore fronça les sourcils.

              "Tu as piraté l'ordinateur de mon mari?"

     

    Chapitre VII :  

     

                 Elizabeth haussa les épaules.

                 "Oui et non.  Je suis juste entrée dedans."

                 Éléonore sembla éberluée.

               "Mais cet ordinateur est protégé par un mot de passe que tu ne peux pas connaître."

                  Elizabeth l'observa un quart de seconde:

                 "Mon père est un as de l'informatique, il m'a montré quelques tours pour contourner ce genre de détail.

                   Docteur, c'est de mon père que je voudrais vous parler."

     

    Chapitre VII :  

     

              Éléonore secoua sa longue chevelure.

           "Et bien, vas-y, Elizabeth.  Dis ce que tu as à dire.  Harrold t'écoute... n'est-ce pas Harrold?"

             Avais-je le choix de toute façon?  D'un mouvement nerveux de la cuillère, j'invitai Elizabeth à vider son sac.

            "Mon père, disais-je, ne vit pas comme tout le monde.  Il est marié à Eve et vit avec elle."

     

    Chapitre VII :  

     

              "Il vit également avec  Jessica, une autre amoureuse."

     

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              "Et Cassidy partage son toit aussi et il l'aime tout autant." 

     

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            "J'ai pour l'instant 3 demi-frère et sœurs.  Il y Adam, Alizée et Cassandra.

             Adam est le fils d'Eve et papa."

     

    Chapitre VII :  

     

                "Cassandra est la fille de Cassidy et de papa."

     

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                 "Et Alizée est la fille de Jessica et papa."

     

    Chapitre VII :  

     

                 Éléonore émit un petit rire flûté et moqueur:

                 "Et bien, dis donc, j'aurais presque envie de le rencontrer ton père."

                  Elizabeth l'observa un long moment, le regard indéchiffrable.

     

    Chapitre VII :  

     

              Puis d'une voix sans timbre, elle déclara:

           "Imaginez, Éléonore, que du jour au lendemain, vous voyez partir votre mari que vous aimez pourtant de tout votre cœur, sans l'avoir vu venir, alors que la veille encore vous faisiez des projets ensemble.  

              Il vous quitte sans un mot d'explication, sans une dispute, pour rien, pour personne d'autre, juste comme ça: du jour au lendemain.  Alors peut-être perdrez-vous votre sourire moqueur et ferez-vous comme mon père.  Il essaye inconsciemment de multiplier ses chances de ne plus jamais ressentir ce sentiment d'abandon et de solitude qui a été le sien le jour où ma mère l'a quitté, sans un mot, sans une dispute, pour rien, comme ça, juste comme ça."

             Éléonore ouvrit la bouche et le venin en sortit:

            "Ce n'est pas juste comme ça que ta mère est partie; c'est parce qu'elle ne te supportait pas!"

     

    Chapitre VII :  

                       

        Elizabeth ne tressaillit même pas, son visage resta fixe et attaché à Éléonore.

            "Éléonore, grandissez un peu!  Ce n'est jamais la faute des enfants.

            Ce n'est pas à cause de ses enfants que votre père buvait et vous battait, votre mère, votre frère et vous.  

          Quand comprendrez-vous que votre mère vous mentait?  Apprenez qu'une victime peut être meilleur bourreau que le bourreau lui-même."

          Éléonore, elle, se mit à trembler de la tête aux pieds et je vis le moment où elle perdrait tout contrôle.  Je décidai d'intervenir. 

           Éléonore, ne réponds pas.  

           Elizabeth, au lit.  Demain, nous partons tôt."

          Je fus presque surpris de les voir obtempérer toutes les deux sans moufter. 

         Tout ce qui venait d'être dit n'était pas tout à fait faux même si cela relevait plus de la psychologie de comptoir.

            Je m'encourage à présent: 

            "Allez, Harrold, un peu de cran..."

            Et je me faufile, Elizabeth sur les talons, entre les haies de cette jolie et immense bâtisse.

                          

    Chapitre VII :

     

                 De pensive, Elizabeth s'égaye tout à coup, elle se met à courir et me passe pour ainsi dire entre les jambes.

                     "Docteur... Docteur, venez vite, il y a des poussins!!!!"

     

    Chapitre VII :

     

              "Effectivement, Elizabeth, il y a des poussins, j'en vois au moins sept."

               Elle se met à rire puis se met à jacasser:

             "Papa a encore dû oublier de venir récolter les œufs. Sacré papa... Il a toujours la tête ailleurs... Vous savez que si on s'occupe bien des poussins, et bien, vous ne me croirez jamais mais l'impossible devient possible et ils finissent par s'envoler.  Mais je veux dire qu'ils s'envolent vraiment!  Normalement, les poules ne volent que sur quelques mètres, pour atteindre un perchoir.  Mais là, pour de vrais, les poussins devenus poules s'envolent comme des moineaux ou des pies ou..."

                Elle s'interrompt.

               "Cela ne vous intéresse pas ce que je dis, hein?!  D'accord, allons voir s'il y a quelqu'un dans c'tte baraque!"

                 En pénétrant dans le hall d'entrée, je me fige.

                 "C'est maman..." 

     

    Chapitre VII :

     

                   Elizabeth a murmuré dans mon dos et je sursaute.  Oui, c'est Vénus.  Vénus et Nicholas, en photo, sur le mur du salon.

     

    Chapitre VII :

     

              Je respire un grand coup et tente de calmer le vertige qui me reprend.

              "Monsieur Denoël, bonjour!  Je suis ravie de vous rencontrer.

               Eli, si tu veux, Cassidy est dans la cuisine et Adam n'attend que toi pour un énorme câlin!"

               Je sursaute encore: Décidément, c'est une manie dans cette famille de parler au dos des gens!

     

    Chapitre VII :  

     

              Tandis que je salue poliment Jessica, Elizabeth court embrasser son petit frère, Adam, et rejoint Cassidy dans la cuisine.  Je l'entends même rire et une douce chaleur se répand doucement depuis mon cœur jusqu'au bout de mes orteils. 

     

    Chapitre VII :  

     

                Ici, parmi les siens, cette enfant est bien.  C'est ici qu'est sa place.  Je ne comprends pas ce qu'elle est venue chercher chez moi.  C'est ici qu'elle peut trouver son équilibre, pas auprès de moi, pas auprès d’Éléonore.

               Je dois en parler à son père, je dois lui dire... mais où est-il celui-là?

             J'entends une voix d'homme qui se mêle à la voix guillerette d'Elizabeth.  Apparemment, le père est dans la cuisine, lieu de rencontre de la famille.

     

    Chapitre VII :

     

             Je m'en vais le saluer, ce brave homme à qui je dois de voir toute ma vie chamboulée!  Deviendrais-je grincheux?  Pas du tout,  amer, dirais-je plutôt.

              En entrant dans la cuisine, je suis presque surpris et en tout cas touché par le regard d'adoration que jette Elizabeth à son père.  Elle le mange littéralement des yeux.

              Nicholas me serre la main mais sans plus tarder, il revient à sa fille avec bonne humeur:

              "J'ai promis à tout le monde qu'on irait au festival d'été aujourd'hui : C'est le grand jour:  Tu vas enfin apprendre à faire du patin, ma chérie."

               Elizabeth n'est pas très emballée.

              "Tu ne préfères pas faire connaissance avec le Docteur, parler avec lui.  Comme ça, je pourrais jouer avec les poussins."

              Nicholas prend un air dépité:

              "Reviens vivre à la maison et là, tu pourras jouer avec les poussins autant que tu le voudras..."

           Le regard d'Elizabeth se voile, elle perd toute expression joyeuse et souffle.

          "Papa... On en a déjà parlé...  Arrête!  Je ne suis pas vraiment partie et je vais revenir, tu le sais bien."

     

    Chapitre VII :  

     

                  Il le sait peut-être, mais ce n'est pas ce que m'indique sa petite mine d'enfant perdu.  Pauvre Nicholas, j'aurais presque de la peine pour lui.

                  Bon.. enfin... d'accord... c'est vrai, j'ai réellement de la peine pour lui.

     

    Chapitre VII :

                       

             Mais trêve de blabla... Apparemment, le maître de ces lieux a décidé que tout le monde devait s'amuser au festival d'été et moi qui rêve de solitude, de tête dans les nuages et de pieds posés au sommet d'une montagne, je me retrouve à l'entrée d'un parc bruyant, un bébé qui boude dans les bras.  

     

    Chapitre VII :

     

             Je dois avouer que finalement, cette petite sortie au parc se passe plutôt agréablement.

     

    Chapitre VII :

     

                Au final, Bébé boudeur-Alizée- et moi-même passons une très joyeuse après-midi.

                Et voilà que je découvre que mettre un peu de légèreté dans sa vie, rend décidément l'existence elle-même plus légère!

     

    Chapitre VII :

     

              Et c'est franchement surpris que je vois le soir doucement envelopper le jour de sa cape sombre.  

              Et c'est étonné que j'entends Nicholas hésiter à cause de l'heure tardive à accepter que sa fille se prépare une granita. 

               En fait, moi aussi, je me laisserais bien tenter par une granita. 

     

    Chapitre VII :

     

              La meilleure façon de résister à la tentation n'est-elle pas d'y céder*?

    [*d'après Oscar Wilde]

     

    Chapitre VII :

     

               Alors que je termine mon cône glacé, Nicholas invite son épouse, Eve à danser.  Cet homme m'intrigue.

     

    Chapitre VII :

                       

             De retour à la maison, je m'occupe de mettre au lit Cassandra, celle que j'appelle dorénavant "le bébé intrigué" tant ses yeux vous dévorent et semblent avides de vous comprendre.

     

    Chapitre VII :  

     

               Je me sens apaisé.  J'entends les rires d'Adam, le frère d'Elizabeth, et la voix douce et amusée de cette dernière.  Oui, je suis apaisé, comme je l'ai rarement été. 

                                  

    Chapitre VII :  

     

              A nouveau, j'aimerais prier le temps de suspendre son vol.  Je souris. 

     

    Chapitre VII :  

     

                 Je souris à mon grand-père qui n'est plus depuis longtemps mais dont la caresse douce dans mes cheveux d'enfant me revient encore.

                 Et son regard bleu pétillant se perdait vers la lune rosée qui nappait de sucre glace les paysages.  Et sa main caleuse glissait doucement dans mes cheveux.  Ces moments-là valent bien plus que tous les trésors du monde.

     

    Chapitre VII :

                    

              Evidemment, c'est l'instant que choisit Nicholas pour discuter avec moi.

         "Alors, dites-moi, Monsieur Denoël, comment cela se passe-t-il chez vous avec Elizabeth?  Pensez-vous qu'Elizabeth souffre du même syndrome que sa mère?"

              Il claque la langue, fronce le nez et grommelle d'un air dégoûté:

              "Le machin schizoïde là..."

                    

    Chapitre VII :  

     

           Je fronce les sourcils, le problème de Vénus ne se résumait pas au syndrome schizoïde.  C'est une erreur de dire cela.

           "Est-ce Madame Lol, votre ex-épouse qui vous a parlé du trouble schizoïde?"

              Nicholas ricane.

             "Si je vous dis non, est-ce que ça change votre réponse?"

             Je souris intérieurement.  

            "Tout ce que je veux savoir c'est si ma fille a un pète au casque ou non."

             Je répète bêtement:

             "Un pète au casque..."

           Je me retiens de pouffer parce que franchement, je ne me sens qu'à moitié sécurisé par les pectoraux qui s'étendent à l'infini devant mon nez. 

     

    Chapitre VII :

     

           Je semble hésiter un instant mais en fait, la réponse est tellement évidente :

         "Non, Elizabeth va bien, elle ne présente aucun trouble réel du comportement ou de la personnalité.  Je suis intimement persuadé que le souci qu'elle présente aujourd'hui a plus à voir avec une attitude mimétique lui permettant de démystifier sa mère.  

               C'est sa façon de gérer sa frustration, sa peine d'avoir perdu sa mère et de se rapprocher de vous."

     

    Chapitre VII :  

     

             Nicholas plisse les yeux, ce doit être sa manière de se concentrer :

            "J'imagine que tout votre baratin-là signifie que ma fille veut être comme sa mère.  C'est ça?"

     

    Chapitre VII :

     

               J'acquiesce et vois venir le moment où je vais enfin pouvoir ramener le loup à sa meute et retourner à ma bergerie.

               "Lorsqu'elle est chez moi, elle est déjà ce petit clone de sa mère.  Chez vous, il suffit de la regarder, elle est Elizabeth.  Elle vit, elle rit, elle s'enthousiasme, elle s'intéresse à vous, aux femmes qui vivent ici, à ses frère et sœurs.  Elle ressent les gens et les choses."

                J'assène le dernier coup.

          "Je pense que c'était une erreur de me l'envoyer et qu'il faudrait qu'Elizabeth ne revienne pas avec moi, demain."                        

                  "Je suis d'accord avec vous, Monsieur Denoël.  Je voudrais aussi que ma fille arrête de ressasser sans cesse les histoires de sa mère.  Vénus est devenue une obsession pour elle.  

            Je savais que ce serait dur d'élever une petite fille que sa mère a abandonnée, je pensais que cela serait plus simple pour Elizabeth une fois Vénus morte mais ça n'a pas été le cas.  Il a fallu que le notaire chargé de la succession de Vénus envoie à Elizabeth les objets personnels de Vénus pour que tout se complique...  Même morte, Vénus nous pourrit la vie."

     

    Chapitre VII :

     

                 Nicholas respire fort, tente probablement de calmer les battements de son cœur.

               "Vous savez que Vénus m'a appelé quelques jours avant sa disparition..."

                Euh non, je l'ignorais.

               "Elle voulait me parler.  Je suis allé sur le lieu du rendez-vous.  Je n'avais pas le choix.  Je n'avais plus de nouvelles d'elle depuis qu'elle avait quitté le domicile et là, elle appelait et j'accourais comme un bon chien-chien-à-sa-mè-mère."

                Il secoue la tête, perdu dans le film de ses souvenirs.

               "Elle était là, elle m'attendait.  C'était un des derniers jours de l'automne, encore doux pourtant.  Je suis arrivé en courant, j'étais presque heureux de la revoir."

     

    Chapitre VII :

     

              "Ce qu'elle voulait?  Voir Elizabeth! Elle ne pouvait plus vivre sans la connaître.  Je n'en croyais pas mes oreilles.

                 J'ai dit non, simplement non.  Je ne voulais pas qu'elle s'approche de ma fille."  

                    

    Chapitre VII :

     

                 "Et là, elle me fait ses yeux de chaton suppliant emplis de pitié. Elle me sort le grand couplet des remords, me racontant qu'elle est désolée de m'avoir fait souffrir, qu'elle me demande pardon."                   

     

    Chapitre VII :

               

               "Pardon?!!!  Elle me demande pardon!!!  Vous vous rendez compte?  Après tout ce qu'elle m'a fait?  Pardon?!!!"

               Nicholas lève le ton, il se met à trembler.  Il y est encore.  Il est encore fou, fou de rage, fou de colère et fou de tristesse.  Son cœur se brise à nouveau, je peux presque l'entendre dans sa poitrine s'émietter en mille morceaux.              

     

    Chapitre VII :  

     

             Il inspire profondément et son ton redevient juste dur.

            "Contre toute attente, au lieu d'entrer en bagarre avec moi, elle me supplie de la laisser voir sa fille.  

          La froide, la grande, la redoutée Vénus Lol me supplie, moi!  Vous vous rendez compte?!  

              Je l'entends encore me dire..."

          Il prend un ton moqueur et joint les mains en une pose railleuse de supplique :

            "Je t'en supplie, Nicholas, à genoux...   Je ne veux pas te la prendre, je te le jure, juste lui parler, la serrer contre moi... Je t'en supplie, Nicholas, laisse-moi voir Elizabeth... en ta présence, avec toi si tu veux, je t'en supplie, laisse-moi voir ma fille."

               

    Chapitre VII :

               

                Il recouvre son ton dur et froid.

            "Je sais que c'est Vénus Lol que j'ai en face de moi, je suis persuadé que contrairement à ce qu'elle dit, elle veut me prendre ma fille.  Elle me ment encore, elle m'a toujours menti. Je dois absolument lui faire croire que je me laisse amadouer si je veux gagner du temps.

              Je lui dis que je vais y réfléchir et que je l'appellerai dès que possible afin que nous organisions une rencontre.

          Elle me joue alors la prisonnière d'une mine de charbon qui regagne la surface et peut enfin respirer librement.

            Je ne pense qu'à une chose, à ce moment-là, je dois trouver le moyen de protéger Elizabeth de sa folle de mère."          

     

    Chapitre VII :  

     

               Je termine l'histoire pour Nicholas.

            "Quelques jours plus tard, les journaux annoncent sa disparition et trois jours après, elle est retrouvée morte.  Vénus Lol s'est suicidée."

             "C'est cela", me répond-il étrangement calme tout à coup, le regard aussi indéchiffrable que peut l'être celui de sa fille.

     

    Chapitre VII :

     

                Il ajoute tout aussi calmement:

                "Et comme vous le suggériez tout à l'heure, ce qui serait vraiment bien pour tout le monde, c'est que vous partiez cette nuit-même, sans tarder.  

                Il faut que ce cauchemar s'arrête.  Je vois bien que vous n'êtes pas capable d'aider Elizabeth.  Je me débrouillerai, je suis son père.  Vous n'entendrez plus jamais parler d'elle."  

     

     

    Chapitre VI :

               

     

               Quelque temps plus tard,  je pousse doucement la porte de la chambre d'Elizabeth, afin de vérifier qu'elle va bien.

               Elle dort comme un bébé, le petit poing serré.  

               Je reste un long moment dans l'embrasure de la porte à la regarder.

     

    Chapitre VII :

                  

             Je peux décider de me glisser dans la nuit comme un voleur, rentrer chez moi, reprendre ma vie d'avant, refermer définitivement la parenthèse Lol.

            Je peux faire confiance à Nicholas, me dire que je n'entendrai plus parler d'Elizabeth, de Vénus, de son journal...  Je serai alors à l'abri, dans mon petit cocon si confortable.

            Je peux continuer à me figurer que l'état émotionnel - comme en témoignent l'e-mail qu'elle m'avait envoyé et sa conversation avec Nicholas - dans lequel s'est trouvée Vénus peut expliquer sa disparition.

       Je peux continuer à imaginer que j'ai supprimé, sans l'ouvrir, machinalement, par mégarde, le fameux message électronique de Vénus, faisant fi du fait que je me sais particulièrement méticuleux et consciencieux envers mes patients.

             Je peux être lâche, je peux abandonner cette petite fille.

             Le puis-je vraiment?

            Tout doucement, je referme la porte de la chambre d'Elizabeth et à pas de loup, je m'éloigne.

     

     

    (à suivre...)

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  • Commentaires

    7
    Samedi 15 Mars 2014 à 23:22

    Non il ne va pas l'abandonner je pense.

    Le papa ne s'embete pas lol mais son comportement me dérange, c vrai que être abandonner par sa femme avec un bébé sur les bras pas facile de pardonner mais venus n'étais pas folle et elle voulait tellement rencontrer sa petite fille :(

    Je me demande ce que tu nous réserve pour la suite! vivement :)

    6
    Samedi 15 Mars 2014 à 18:17

    Je ne pense pas qu'il abandonnera Elisabeth, car à mon avis, il y est plus attaché qu'il veut bien le laisser entendre.... même s'il est vrai que la petite semble plus épanouie auprès de sa (trop) nombreuse famille...il ne s'embête pas le papa en tout cas lol, il a de quoi faire ^^

    Les enfants sont tous très beaux....

    ça m'a fait rire, lorsqu'ils sont au festival, pauvre docteur, venu pour parler d'Elisabeth et se retrouvant a faire une balade en famille, une petite fille, boudeuse en plus, dans les bras loool..en même temps ça lui a fait grand bien donc c'est parfait....

    Maintenant, il y a toujolurs autant de suspense j'adore! ta façon de raconter est vraiment très belle, j'aimerais vivre a Hidden Spring lol. et les photos du paysage, juste sublime ♥

    5
    Samedi 15 Mars 2014 à 17:22

    Toujours aussi bien écrits, je suis contente de retrouver les personnages tout comme admirative sur les photos de paysages, j'adore cette ville. Je pense sincèrement que Vénus était une victime et pas aussi folle qu'il le prétend. Le père de Elisabeth ne s'ennuit pas dit donc ^^ ses enfants sont tous à croquer. Je me demande si Nicolas n'en sait pas plus qu'il le prétend, il ferait un bon coupable. Mais ça serait trop simple. En tout cas j'espère que Harold ne laissera pas la petite . Bisous bravo pour ta suite que j'adore.

    4
    Samedi 15 Mars 2014 à 09:06

    Bien trop facile, et l'histoire s'arrêterait là... Non non il ne partira pas. Ah les superbes paysages d'Hidden Spring...

    Voilà, une fois de plus j'attends la suite avec impatience. Et je bloque mes neurones afin qu'ils n'essaient même pas d'imaginer ce que tu nous réserves... Je suis certaine qu'avec le machiavélisme qui habite cette histoire, je tomberai complètementà côté.

    3
    Samedi 15 Mars 2014 à 01:58

    Alizée est trop mignonne *o*

    Nicolas fait très suspect. Je ne l'aime pas trop. Il me semble un peu trop bête pour avoir supprimé toutes les preuves d'un meurtre de Vénus Lol. Donc à moins qu'il se soit allié aux soeurs Lol pour la buter... Mais vu qu'ils ont le même but de "posséder" Elisabeth, il aurait pas rempli sa part du contrat et, à ce moment là, il va pas vivre longtemps surtout s'il l'a sous son toit x) 

    Ma position reste tout de même sur le fait que Vénus a mis en scène son suicide. Je pense qu'elles se sont vus quand même, malgré le père qui veillait et c'est pour ça qu'elle a changé son testament pour lui donner des affaires et faire en sorte qu'Elisabeth aille voir le docteur. Comme ça, elle reviendrait lorsque Elisabeth n'aurait plus d'amitié pour son père et elle se mariera avec le docteur et ils auront beaucoup d'enfants! o/ (Et Eléonore rejoindrait le harem de Nicholas et tout est bien qui fini bien

    Faut vraiment que j'arrête de partir si loin. 

    J'adore toujours autant ton histoire et je suis sûre que le dossier lol est loin d'être fini *o*

    2
    Vendredi 14 Mars 2014 à 20:49

    Hé bien, quel épisode! tout simplement à couper le souffle.

    J'adore la mine boudeuse de la petite, elle est trop mignonne :D

     

    vivement la suite :)

    1
    Vendredi 14 Mars 2014 à 20:31

    Non, il ne le peut pas ! Elisabeth a déjà été abandonnée, il est intolérable qu'elle le soit à nouveau !

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