• I. Cassie, le retour

     

    Même le lilas blanc a une ombre

    Cassie, le retour

     

                  "Tes parents vont arriver, Cassie."

    Les deux inspecteurs lui sourient gentiment. 

                 "Mais avant... Est-ce que tu veux bien nous expliquer? Dis-nous ce qu'il s'est passé, Cassie? Où étais-tu?"

                   

     

     

    Cassie ne répond rien, un peu voûtée sur le bord du lit.  La pièce est éclairée de lourds néons blancs qui rendent les peaux blafardes.

     

     

    Le médecin l'a auscultée avec soin et des infirmières se sont chargées de désinfecter toutes les plaies qui recouvraient le corps de Cassie.  Elle s'en sort bien, Cassie: deux côtes cassées,  une grosse bosse à l'arrière du crâne, de multiples écorchures, hématomes et une sévère déshydratation.  

    Les inspecteurs insistent:            

                  "Tu as disparu trois jours, Cassie.  Où étais-tu?" 

    Où était-elle?  Quelques heures plus tôt, Cassie était entrée dans ce commissariat de police avoir marché beaucoup-beaucoup et hésité tout autant.  

    Elle avait fini par entrer, s'était avancée à l'accueil et avait dit :

                   "Je suis Cassie Holporth."

     

     

     

    A l'accueil, l'inspecteur ne l'avait pas reconnue, avait froncé les sourcils.  Cassie était en sueur, dégoulinante de saleté de la tête aux pieds.  Cassie a désigné une photo épinglée sur le mur, à l'arrière du poste de garde et répété:

                   "Je suis Cassie Holporth."

     

     

     

     Le policier a tourné la tête, aperçut l'avis de recherche et sa bouche a formé un o fermé et inaudible.  Il a décroché son téléphone...

     

     

     ... et ne l'a reposé que lorsque Cassie s'est retrouvée assise dans une voiture de police, direction le centre médico-légal.  

    C'est la procédure, Cassie" lui a soufflé l'agente assise à ses côtés, qui visiblement hésitait à lui prendre la main.  Cassie aurait préféré qu'il fasse nuit pour traverser la ville mais il faisait jour.  Un soleil timide réchauffait la joue qu'elle tenait au plus proche de la vitre.  Les gens déambulaient, parlaient à leur téléphone portable, marchaient vite ou lentement, allaient on ne sait où.  Cassie détesta n'avoir pas choisi la nuit pour entrer dans ce commissariat.

    Derrière la porte, Cassie entend des voix.  Ce sont ses parents qui viennent d'arriver.  Les deux inspecteurs sortent de la pièce, pour les accueillir alors que  la mère de Cassie s'impatiente déjà.  Cassie tressaille en l'entendant.

                    "Je voudrais voir ma fille..."

    Cassie serre les lèvres.  A la place de sa mère, c'est un homme qui entre.  Il lui sourit lui aussi.

     

     

     

                      "Bonjour, Cassie.  Je suis Harrold Denoël, psychologue."

    Il tend la main vers elle mais Cassie ne bouge pas d'un poil pour s'en saisir.  Avec beaucoup d'effort, parce que sa gorge est douloureuse, l'adolescente articule:

                      "Mes parents sont là?"

    Il sourit encore, en tirant une chaise près du lit.  

                      "Oui, ils viennent d'arriver.  Ils sont très impatients de te voir."

     

     

    L'un des inspecteurs est revenu et s'est posté devant la porte, un calepin entre les mains.

                    "Il paraît que tu n'as pas dit grand'chose depuis que tu t'es présentée au commissariat, Cassie."

    Le ton est doux, dénué de tout reproche et le regard bleu du psy est brillant, presque gai.

                     "Beaucoup de monde s'est mobilisé pour te retrouver, Cassie.  Et ces personnes se demandent ce qui a bien pu t'arriver pendant ces trois jours."

    Cassie relève la tête.  Evidemment, personne ne la laissera retourner chez elle sans une explication.  De nervosité, elle claque la langue contre son palais.  

                       "Le médecin préconise de te garder en observation au moins jusqu'à demain."

                        "Je préfère rentrer chez moi.  Et je voudrais voir mes parents, M'sieur, s'il vous plait."

    Cassie, de ses mots, espèrent couper court à tout questionnement concernant la responsabilité de ses parents dans sa disparition.

    Le psy l'observe, longuement.  Un silence pesant s'installe.  L'inspecteur se tortille d'une jambe sur l'autre dans un froissement de papier.

                         "Avant de laisser vos parents entrer, Cassie, nous voudrions votre version de  l'histoire.  Que s'est-il passé ce vendredi soir?  Vous comprenez bien sûr que s'il nous faut clôturer votre dossier, nous avons besoin de réponses."

    Le regard gris bleu de Cassie se pose sur l'inspecteur.  Comment dire ce que son esprit ne parvient pas à formuler?  Comment dire qu'elle ne répondra pas à leurs questions, qu'elle en est incapable?  Cassie a pesé le pour et le contre des heures durant, elle a vécu et revécu cent fois son enlèvement dans le parc, son angoisse lorsqu'elle s'est retrouvée ballottée dans ce qui semblait être un coffre de voiture, sa trouille lorsque, à terre, ils la frappaient sans qu'elle ne puisse ni bouger, ni se défendre, ni voir, ni respirer, lorsqu'ils l'avaient relevée et attachée à une chaise, l'attente et enfin ce sentiment d'euphorie lorsque Cassie avait senti les liens qui la tenaient prisonnière se desserrer.

                         "Je suis allée courir et je me suis perdue."

                         "Pendant trois jours?...  Allons, Cassie, dites-nous:  vous vous êtes enfuie de chez vous?  Une peine de cœur?  De mauvais résultats à l'école?"

    Harrold Denoël n'a pas quitté la gamine des yeux, intensément, il la regarde.

                        "Rien ne presse, n'est-ce pas, inspecteur?  Si Cassie veut rentrer chez elle, nous lui parlerons plus tard.  Cette petite a besoin de se reposer, c'est évident.  Et vous aussi."

     

     

    Le ton du psy est toujours aussi bienveillant qu'au départ.  Pourtant, l'inspecteur rougit et acquiesce comme s'il venait de recevoir une réprimande.  Harry se lève et ouvre la porte à la volée :

                        "Cassie vous attend."

    Le ventre de Cassie se tord, sa gorge se fait plus douloureuse et son regard se brouille.  Comme ils avaient dû être inquiets!  La maman de Cassie semble toute menue, la taille tout contre la hanche de son mari.  Tous les deux sont blêmes et se serrent l'un contre l'autre, les yeux rouges et le menton tremblant. Impressionnés par l'endroit, par le monde autour d'eux, ils bouffent du regard leur enfant sans oser bouger. Ils doivent avoir tant de questions eux aussi.

    Sans grimacer, Cassie se laisse glisser sur le sol et s'approche, doucement, avant de se couler avec tendresse dans l'étreinte de ses parents, abasourdis, tremblants, muets.  Presque désespérément leurs bras se referment sur elle.  Une plainte silencieuse les unit et un chuchotement, enfin:

                        "Je vais bien.  Ne vous inquiétez plus."

     

    « PrologueII. Louis, le fils parfait »
    Pin It

  • Commentaires

    1
    Pythonroux
    Dimanche 26 Juin 2016 à 09:20

    Ouf, elle a réussit à rejoindre une ville saine et sauve. Par contre, je ne suis pas certain que les flics la laissent tranquille bien longtemps :(

    La pauvre petite, elle sera obligée de tout revivre encore une fois :(

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :