•  Prologue

     

    Dans certaines contrées, lorsque la nuit tombe, des failles spatio-temporelles apparaissent soudainement.  De ces failles, des êtres, aux crocs extraordinairement aiguisés, surgissent, férus de tendres cous délicieux et moelleux.  Ce sont là  des êtres blêmes aux canines aiguisées, amateurs de plasma rouge, chaud et gluant, que les profanes appellent "vampires".  

     

     


    Artémis premier du nom le sait, il l'a lu. Et il a repéré une faille spatio-temporelle à quelque lieue de son habitat! 

     

     

     

     

    Sacrebleu et sacripant de serpent au sang froid!  Il lui faut agir, Artémis n'a pas le choix, sans quoi, il servira de casse-croûte, pense-t-il,  - et si ce n'est lui ce sera sa petite sœur ou son père ou sa mère -  à ces immondes créatures.  

    Ni une ni deux, Artémis prend son courage à deux mains, revêt comme il se doit tenue adéquate à telle rencontre et se glisse au dehors par cette jolie nuit étoilée et douce.

     

     

    Si le savoir d’Artémis est grand, il n'en est pas moins qu'il n'est encore qu'un enfant.  Comme n'importe quel enfant un peu turbulent et courageux, Artémis s'est rué dans la faille sans avoir pris soin de déterminer méthodiquement quel était son plan.  L'idée, pas aussi saugrenue que cela, était d'avertir les vampires qu'il leur interdisait de passer à nouveau cette faille.  C'était bien malingre idée lorsque, malheureux, il n'avait aucune monnaie à présenter en échange.  Artémis se trouve donc bien dépourvu lorsqu'au pied de Vladislaus Straud, il voit venir à lui, non une, mais quatre de ces monstruosités si redoutées.

     

     

     

     

     

    Si le savoir d’Artémis est grand, il n'en est pas moins erroné.  Ces quatre-là, membres du clan redouté "des canines pointues à haut potentiel magique", l'attendaient depuis deux ou trois lunes déjà, s'impatientant quelques fois du temps qu'il fallut à Artémis à repérer le passage ouvert à son bénéfice et y pénétrer.

      "Si ça se trouve, c'est un parfait crétin."
    "Un crétin portant la marque, en tous points, parfaite, cela m'étonnerait beaucoup."
    "Même un crétin, portant la marque, en tous points, parfaite ne peut qu'être attiré par la faille.  C'est connu."
    "De là à y entrer, c'est moins sûr.  Nous aurions dû aller le chercher nous-mêmes, nous aurions gagné du temps, plutôt que de miser sur sa curiosité."

     


    "Pauvre crétin, toi-même, tu sais qu'aucun de nous ne peut faire passer la faille à un humain sans risquer de le tuer."
    "Ah oui, c'est vrai, j'avais oublié."
    "Oublié?  Oublié!  Mais  t'oublies tout, tout le temps.  A force, on finirait par croire que tu es le seul vampire atteint d'alzheimer connu.  Non, mais regarde comme tu as laissé dépérir notre dernier marqueur?  C'est lui qui était sensé aller le cueillir, not' crétin."
    "Oh là, je t'arrête tout de suite.  C'est un malheureux concours de circonstance, je te l'ai déjà dit, je n'y suis pour rien.  Comment voulais-tu que j'imagine qu'il irait admirer les éclairs au plein milieu de nulle part?"

     


    "Anticiper, tu aurais dû anticiper."
    "Gnagnagna."
    "Et celui avant?  Hum?"
    "Oui et bien, ce n'est pas de ma faute non plus... "
    "C'est cela, oui.  Il est mort de froid quand même.  Puis, l'autre, tu l'as empoisonné."
    "Oh ça va, une intoxication alimentaire, c'est difficile à prévoir."
    "Il faut dire que c'est tellement fragile, ces petits humains."
    "C'est vrai, il faut bien l'avouer. Ils sont trop fragiles et ils peuvent mourir de mille façons.  C'est agaçant."
    "Oui, parce que, si le clan des canines recourbées se rend compte que nous n'avons plus de marqueurs, ils ne vont pas tarder à débouler toute magie dehors et nous serons bien marris de répondre à leur attaque."
    "'parle pas de malheur, Albert."

     

     

     En effet, au nom de l'équilibre universel des forces claires et obscures, si les êtres de l'ombre que sont les vampires se nourrissent du sang des humains, ils ont aussi besoin de  ceux-ci, marqués, pour assurer leur existence et puiser en leur énergie vitale la magie ancestrale dont ils sont pourvus, leur permettant de passant d'un monde à un autre et assurer ainsi leur subsistance.  Cela peut sembler compliqué mais il n'y a rien de plus simple, en vérité.  Plus un clan possède de marqueur, plus sa puissance est grande et son pouvoir de passer dans le monde des vivants afin d'y trouver pitance.

    Cette première règle essentielle n'entre pas dans les champs du savoir - immense pourtant - de notre jeune Artémis.  Quel dommage!  C'est sa venue - paradoxe quand tu nous tiens - qui permettra la survie du clan pour quelque temps de plus; et sur ses épaules, seules, dans un premier temps, que reposera la charge de maintenir en vie le clan redouté des canines pointues à haut potentiel magique. 

     

     "Viens-tu à nous libre et consentant, Artémis, premier du nom?"

    Les voix jointes et unies résonnent aux oreilles du petit garçon comme une craie que l'on fait crisser sur un tableau noir.

    "Pardon?" s'inquiète Artémis.
    "On te demande si tu viens à nous libre et consentant, Artémis premier du nom."
    "Euh oui...", hésite Artémis.

    Nos quatre compères aux canines acérées sourient.  Il a dit oui.  Ainsi soit-il!   Tous quatre foncent sur l'enfant et l'esprit de celui-ci ainsi que son petit corps tremblant, soudain, est envahi et recouvert tous entiers d'un frisson de terreur, à tel point qu'il n'entend point cette tirade qui scelle à jamais son destin.

    "Artémis premier du nom, tu appartiens corps et âme au clan redouté des canines pointues à haut potentiel magique; malédiction à quiconque tenterait de t'enlever à lui."

     

     

     (à suivre...)

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