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    Les orphelins de l'Apocalypse

     

    Chapitre X : Jour J -

     

    Chapitre X : Jour J - 13

     

     

    Chapitre X : Jour J -

     

           Hidden Springs avait, aux premiers jours de l'été, ouvert ses portes aux cinq enfants présumés rescapés d'un naufrage: le naufrage d'un bateau nommé l'Apocalypse.  On les avait appelés "Evy, Bertrand, Sophie, Cyril et Carl". 

     

    Chapitre X : Jour J -

     

               L'automne, à présent, en douceur étendait ses brumes à travers les vertes vallées.

     

    Chapitre X : Jour J -  

     

             Les rescapés avaient atteint l'âge fatidique de l'adolescence.  Il y eut, tout d'abord, Bertrand, Evy et Cyril qui passèrent sans encombre ce cap.

     

    Chapitre X : Jour J -  

     

          Tel qu'il était écrit, les adolescents avaient senti et apprécié dès les premiers instants de ce nouvel âge, la magie ancestrale s'écouler en eux et au travers, crépitante, encore malhabile certes, mais bien présente.

     

    Chapitre X : Jour J -

     

             Si Carl avait été effrayé d'assister à l'inéluctable, Sophie, elle, avait accueilli ces événements avec joie.

     

    Chapitre X : Jour J -  

     

            Sophie était sereine.  Elle attendait avec sérieux l'instant où le destin s'accomplirait pour elle aussi, l'instant où elle sentirait l'onde douce et chaude de la magie s'écouler en elle comme un torrent se libère du gel.

     

    Chapitre X : Jour J -

     

              Sophie, malgré les désillusions et la déchéance dont elle avait été victime de la part de ses compagnons au lendemain de l'incendie, n'avait pas failli à sa mission.  Jamais elle n'avait tenté de s'y soustraire ou d'oublier pourquoi elle était là.  En brave petit soldat, elle avait observé et recensé consciencieusement chaque situation du quotidien, assimilé la part d'humanité qu'on lui avait assignée à connaître et étudié aussi ses compagnons qui deviendraient, c'était écrit, ses adversaires.

             A force donc de travail et d'étude, elle avait cru mettre le doigt sur ce qui  manquait à son analyse:  le pourquoi, le but de la vie de tous ces gens: ... 

     

    Chapitre X : Jour J -

     

        ...l'amour, disaient-ils, c'était ainsi qu'ils le nommaient et le revendiquaient.  Cette découverte l'avait dans un premier temps ravie, trouvant ici similitude avec son monde.

        L'amour d'un père ou une mère pour son enfant.

     

    Chapitre X : Jour J -

     

        L'amour au sein d'une fratrie.

     

    Chapitre X : Jour J -  

     

        L'amour des amants.

     

    Chapitre X : Jour J -  

     

        L'amour des amis.

     

    Chapitre X : Jour J -  

           

         Sophie était très touchée par le pouvoir de l'amour, celui d'aimer et de vouloir être aimé.  Penser que  chaque mortel d'ici ressentait l'Amour l'emplissait de joie.  Tel était le sens de la vie pour eux, disaient-ils, la raison qui les faisait perdurer générations après générations.  

           Cependant, très vite, Sophie découvrit que dans ce monde, l'amour se déclinait à toutes les sauces.  Parfois et même souvent, il se parait de douleurs, de grincements de dents et de haine tant il pouvait recouvrer mille formes, tant on se sentait en droit de le déformer et le détourner.  En cela, l'amour lui-même pouvait être détestable.

            Lorsque la route de Sophie avait croisé la route de Raphaël, Sophie en fut bouleversée.  Ce jeune homme avait tant souffert de l'amour qu'il allait sur les chemins, écorché vif, boule de douleurs et de chagrin.

     

    Chapitre X : Jour J -

         

               Maltraité et violenté par son père, sous les yeux indolents de sa mère, Raphaël avait fui très tôt sa famille, traînant dans les rues sous l’œil indifférent des habitants d'Hidden Springs.  Ni une, ni deux mais dix fois, on le renvoya dans son foyer où les coups et la violence redoublèrent à l'encontre de ce beau jeune homme que personne n'écoutait,  à qui il manquait tant de doux amour que son âme s'éteignait.

              "Mon père m'aimait", dit-il à Sophie.  "Il m'aimait, mais mal.  Et moi, je l'aime, mon père, parce que je sais que lui aussi a été battu par ses parents. Ce n'était pas de sa faute, c'était sa façon de me montrer qu'il m'aimait."

     

    Chapitre X : Jour J -

     

             Et Sophie étouffait sa rage au récit de Raphaël.  Si elle avait été prêtresse de la magie à cet instant, tout le quartier aurait été ravagé par sa colère. L'amour ne valait pas toute cette douleur qu'elle lisait sur le visage de ce beau jeune homme qui au désespoir se fourvoyait de quête et d'explication à sa douleur.  Les gens d'ici salissaient tout, même ce fol sentiment d'amour qui n'aurait jamais dû revêtir ce costume noir et sang.

             Décidément, rien n'était beau dans ce monde-ci; contrairement à ce qu'on avait voulu lui faire croire.  Tout était sali, malodorant et pestilentiel!  N'y avait-il donc aucune once de grâce qui méritât d'être sauvée?

              Si le jour du combat avait dû arriver à ce moment-là, nulle incertitude ne traînait en son cœur, elle ne se serait pas battue pour ce monde-là mais contre lui, le condamnant à disparaître et pour cela, elle était prête à y perdre sa propre vie, comme il était écrit.

     

    Chapitre X : Jour J -

     

           Qu'en était-il des autres de ces compagnons?  Sophie, si elle avait été déchue de son rôle de meneuse du groupe après l'incendie, n'avait en rien perdu de sa vigilance et de sa prescience, pensait-elle.

             Il est vrai que Sophie avait compris la lutte que menait Carl, cette échappée sauvage auquel il aspirait: échapper à son destin, se battre pour lui et non pour ou contre les autres.  Elle savait qu'il avait violé les règles: il avait mis le feu au manoir.

     

    Chapitre X : Jour J -

           

          Il avait parlé à demi-mots à Harrold, le mettant en garde et sous-entendant le caractère dangereux des enfants et de leur mission.

     

    Chapitre X : Jour J -

     

           Il était à deux doigts de se confier à son amie, Holiday.

     

    Chapitre X : Jour J -

    Chapitre X : Jour J -

     

            Si Sophie avait encore été en charge du groupe, elle aurait parlé aux autres et à Carl de ce regard que la jeune enfant posait sur le petit garçon.  Elle aurait imposé le vote et Carl aurait été obligé de rompre tout contact avec Holiday.  La limite était franchie.  Aucune relation entre eux et les autres ne pouvait être permise ainsi que le laissait deviner ce doux regard posé sur la nuque de Carl.

     

    Chapitre X : Jour J -

     

        Sophie, cependant, n'était plus maître à bord et se contentait de se réjouir de la situation  Un compagnon affaibli, peu importait le camp qu'il avait choisi, lui garantissait un avantage non négligeable qui la mènerait peut-être à la victoire.  

         Quand Sophie pensait à Bertrand et Evy, ses traits se durcissaient et elle se mordait nerveusement les lèvres. 

     

    Chapitre X : Jour J -

     

                    Ces deux-là, Bertrand et Evy, partageaient bien plus qu'une grande complicité.  Il y avait un secret qui les liait l'un à l'autre.  C'était clair, comme de l'eau de roche.

     

    Chapitre X : Jour J -

     

                Sophie se faisait confiance, elle savait qu'elle découvrirait quel était ce secret.  Elle finirait par surprendre un mot puis deux et le puzzle se reconstituerait de lui-même.  C'était sûr.

             En même temps, Sophie ne voyait pas d'urgence à résoudre cette énigme.  Que Bertrand soit tant attaché à Evy lui donnait un avantage certain à nouveau. Il se pourrait même, et Sophie l'envisageait sérieusement, que Bertrand soit récusé pour cette raison au jour dernier et pourquoi pas Evy aussi?  Dès lors, peu importerait le camp qui serait le leur.

                 Sophie se réjouissait de la disparition d'Amarice.  Si celui-ci avait été présent, cela aurait été plus compliqué, se disait-elle, de placer Bertrand hors jeu.  En effet, l'attraction qu'Amarice exerçait sur Evy était connue de tous et aurait maintenu Bertrand à distance d'Evy.  

               Très clairement, Sophie était à mille lieues d'avoir compris qu'Amarice et Eunice, ses deux compagnons originels, avaient déserté et brisé eux aussi les codes jusque là admis, rejoignant l'ombre... par facilité?... par peur?... ou par stratégie?... 

     

    Chapitre X : Jour J -

     

               De même Sophie, comme ses autres compagnons, sous-estimait Cyril et la puissance de son intellect, autant que sa magie.  Ils le considéraient comme part négligeable au combat.  Suiveur et toujours guilleret, Cyril ne faisait peur à personne et se coulait mieux que quiconque dans la masse.

     

    Chapitre X : Jour J -  

     

     A peine était-on surpris de constater qu'il était pourtant toujours là et sa présence faisait naître un sourire d'affection,...

     

    Chapitre X : Jour J -  

     

                ...là où l'affliction aurait sans doute eu mieux sa place.  

                En effet, Cyril était un combattant, un vrai, pour lui rien ne coulait de source et il avait dû gagner, à force de courage et de ténacité, sa place parmi les sept.  Il n'était ni faible, ni suiveur, il était un vrai soldat et il aurait été plus subtil de le considérer comme tel et de le craindre à sa juste mesure.

     

    Chapitre X : Jour J -  

     

               Mais déjà, il était l'heure.  Sophie lança avec un "Hiiiii-Haaaa" tonitruant un dernier galet dans l'eau.

     

    Chapitre X : Jour J -

    Chapitre X : Jour J -  

     

                Et elle courut, volant presque vers son destin.  

     

    Chapitre X : Jour J -  

     

        Il était l'heure et bientôt son corps vibrerait de la même sorcellerie que ses compagnons de combat.  Il était l'heure, il était temps et l'urgence arracha une grimace à Sophie.  Il faudrait que tout se passe bien.  Elle respira profondément.

     

    Chapitre X : Jour J -  

     

         Le regard de Carl ne la quitta pas un instant... 

     

    Chapitre X : Jour J -  

     

         Et enfin, son tour vint.

     

    Chapitre X : Jour J -

     

              Comme les trois autres, Sophie et Carl bénéficièrent du même éveil à la magie. 

     

    Chapitre X : Jour J -

    Chapitre X : Jour J -

     

           Ailleurs, la métamorphose eut lieu aussi, bien sûr.

     

    Chapitre X : Jour J -

    Chapitre X : Jour J -

     

     L'endroit valut à Amarice et Eunice une plus belle et grande source de magie qui les ravit.

     

    Chapitre X : Jour J -

    Chapitre X : Jour J -

    Chapitre X : Jour J -

    Chapitre X : Jour J -

     

        Tout ce déferlement de magie, intra et extra-muros causa probablement - qui le sait? - les premières migraines dont se mit à souffrir atrocement Harrold.

     

    Chapitre X : Jour J -  

     

              Ah si seulement, ces douleurs avaient pu écarter Harrold du manoir!...  

     

     

    (à suivre...)

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    Les orphelins de l'Apocalypse

     

     

    Chapitre IX : Jour J -14

     

    Chapitre IX :

     

        Hidden Springs avait, aux premiers jours de l'été, ouvert ses portes, aux cinq enfants présumés rescapés d'un naufrage, le naufrage d'un bateau nommé l'Apocalypse.  On les avait appelés "Evy, Bertrand, Sophie, Cyril et Carl".

     

    Chapitre IX :  

     

        La communauté, instinctivement réticente, avait accueilli en son sein ces cinq réfugiés, surgis de nulle part et que personne, ni père, ni père, ni état ne revendiquaient. 

      L'enquête quant aux origines de ces enfants était au point mort, comme l'étaient les investigations au sujet de cette étrange embarcation "l'Apocalypse", inconnue en toutes terres et tous ports.

        Les plus sages, les plus jeunes et les plus illuminés de la ville d'Hidden Springs avaient craint que ces orphelins ne soient le présage d'un drame dépassant tout entendement.  

         De drame, il n'en avait pas été question.  A peine y avait-il eu cette pauvre assistante sociale, Alexa Bulle, victime d'un surmenage alors qu'elle était en charge des enfants.  Rien de plus, rien de notable, rien à signaler, rien qui ne vaille qu'on se saisisse de torches et de faux.

     

    Chapitre IX :

     

         Comme c'est souvent le cas, les consciences s'étaient peu à peu apaisées et les voix s'étaient tues.  Dorénavant, les plus sages, les plus jeunes et les plus illuminés de la communauté regardaient passer ces enfants dans leurs rues sans plus les voir.

          Oui, les orphelins de l'apocalypse s'étaient fondus dans le paysage et plus personne ne semblait se préoccuper d'eux.

           Et pourtant...  pourtant Harrold était nerveux.  Harrold était fatigué et nerveux.  Harrold était bougon, fatigué et nerveux.   Harrold était inquiet, bougon, fatigué et nerveux parce que clairement, il y avait quelque chose qu'il sentait,  qu'il ne comprenait pas et qui concernait ces enfants.  De tous temps, Harrold avait toujours détesté ne pas comprendre.  Toute sa vie, il s'était battu contre l'ignorance.  Et là... là... ça lui échappait, comme un poisson humide au creux de sa main, ce qui se tramait lui échappait.

     

    Chapitre IX :

     

            Rageusement, il lança plus fort un galet au loin.  Évacuer sa colère, respirer, se concentrer, trouver une solution à cette oppression qui pesait sur lui et l'empêchait de comprendre.

     

    Chapitre IX :

     

         Sans cesse, il pensait aux derniers événements, ou plutôt au non-événements.  S'il avait dû répertorier les faits qui le contrariaient, ils n'auraient pas pu clairement les énumérer.  C'était un ensemble flou, rien qui vaille la peine de se prendre la tête et pourtant... pourtant, Harrold se sentait oppressé, mal à l'aise, en suspens.

             La veille, il entretenait le potager, histoire encore de se relaxer.  Elizabeth Lol s'était jointe à sa tâche et il avait senti la pression qui pesait sur les épaules de la jeune fille.  Il n'était même pas besoin de lever les yeux sur elle pour sentir qu'elle bouillonnait d'angoisse et de peur.  Pourquoi cette peur?  Comme toujours, comme souvent, il avait attendu qu'elle vienne à lui.  Le silence est toujours le plus sûr moyen d'obtenir des informations.

     

    Chapitre IX :

     

              Effectivement, elle avait fini par venir à lui.

             -  Harrold, tu penses que je suis amoureuse de toi?

     

    Chapitre IX :  

     

           Désamorcer une angoisse, il savait comment faire.  Il sourit:

           -  Bien sûr!  Toutes les jeunes filles, les jeunes dames, dames et vieilles dames d'Hidden Springs sont amoureuses de moi.  C'est normal, tu as vu le corps que j'ai?  Je suis un homme tellement séduisant. Tu es forcément comme les autres: folle de moi.

     

    Chapitre IX :  

     

           Elizabeth Lol ne sourit pas.

          - Sérieusement, Harrold, c'est une question sérieuse que je te pose. 

           

    Chapitre IX :

     

        Harrold aurait pu rire, lui parler de Raoul, son amoureux.  Il aurait pu discuter du référent masculin qu'elle trouvait en lui, de tous ces moments douloureux et heureux qu'ils avaient traversés ensemble et qui semaient probablement la confusion dans son esprit d'adolescente.  Au lieu de cela, Harrold posa la seule question qui lui parut avoir un sens.

         -  Qu'est-ce qui te fait croire que tu es amoureuse de moi, Elizabeth?

         Et là, Elizabeth déballa tout.  Elle était montée au grenier tout à l'heure, elle s'était approchée du miroir dont Madame Alexa avait parlé, elle avait regardé au travers et avait vu une petite fille.   

     

    Chapitre IX :  

     

        C'était elle qui lui avait parlé de cet amour caché qu'Elizabeth ressentirait pour Harrold et c'était elle qui l'avait menacée de tourments si elle n'apportait pas un effet personnel appartenant à l'un des orphelins de l'Apocalypse.

        Harrold avait recueilli les confidences de la jeune fille sans coup faillir, totalement imperturbable, le cœur battant au rythme clair d'un chant d'hiver.

     

    Chapitre IX :

     

         Harrold, s'il pouvait croire en la force des rêves, ne croyait ni au paranormal, ni au surnaturel, ni aux sciences occultes, ni aux miracles, ni aux miroirs, ni aux enfants qui apparaissaient dans les miroirs.  Cependant, Harrold croyait en Elizabeth et il savait que l'adolescente ne mentait pas.  Elizabeth ne lui mentait jamais parce qu'elle avait confiance en lui.  C'était ainsi.  Il ne chercha dès lors pas à démonter l'histoire qu'elle lui avait livrée, il ne tourna pas en dérision le récit, il se contenta de lui promettre dès le lendemain de monter avec elle au grenier et d'affronter avec elle à nouveau le miroir.

     

    Chapitre IX :

     

          Ainsi fut dit et ainsi Elizabeth rentra auprès des siens. 

        Harrold ne dormit pas cette nuit-là.  En boucle, les paroles d'Elizabeth tournaient dans les airs, entremêlés aux images de son propre rêve, celui qu'il ne cessait de revivre chaque soir lorsque le sommeil l'appelait.  C'était le même rêve que faisait Elizabeth, le même hormis les mots de l'enfant, qu'elle lui avait raconté, un jour pas si lointain que cela.

            "Je suis Amarice", disait l'enfant.  

     

    Chapitre IX :

     

             "Je suis de ceux que vous appelez Carl, Cyril, Bertrand, Sophie et Evy.  Aidez-moi.  S'il vous plaît, aidez-moi."

     

             Elizabeth n'attendit pas pour réapparaître au manoir, le lendemain, elle arriva avant même le début des cours, tenant à ce que Harrold tienne sa promesse sans tarder: monter au grenier et affronter le reflet.

     

    Chapitre IX :

     

               Harrold la suivit, comme promis et s'approcha du miroir.  Le miroir ne se brouilla pas, le miroir se contenta de refléter sa propre image.

     

    Chapitre IX :

     

     Rien ne se passait, rien n'apparaissait, rien ne se brouillait.  Qu'avait donc cru voir Elizabeth?  Il n'y avait rien ici qu'un miroir ordinaire et poussiéreux.  

     

    Chapitre IX :

     

             Soudain, Harrold et Elizabeth sursautèrent...  

     

    Chapitre IX :

     

        Une voix très en colère, des sons suraigus percèrent leurs tympans:

           "Eloignez vous immédiatement de ce miroir!!!"

     

    Chapitre IX :

     

           C'était Evy, folle de rage, qui vociférait, mélangeant le simlich et d'étranges vocalises qui semblaient surgir d'un langage si ancien et si désuet qu'elles n'en paraissaient pas réelles.

     

    Chapitre IX :

     

            Face aux eaux calmes et bleues, Harrold s'énervait.  Cette crise de panique à laquelle il avait assistée impliquait qu'effectivement, il y avait un souci avec le miroir.  Mais lequel, bon sang?!

     

    Chapitre IX :

     

        Dans un élan irrationnel, il fit demi tour et remonta quatre à quatre l'escalier qui menait au grenier.  Il était seul au manoir. A nouveau, il se planta devant le miroir.  Il eut beau faire le beau diable,

     

    Chapitre IX :

    Chapitre IX :

     

            il n'attira nul démon.

     

    Chapitre IX :

     

            Un picotement entre les omoplates, un autre au creux des reins, il lui sembla qu'un nœud se resserrait autour de sa nuque, alors Harrold tourna doucement la tête.  Il n'avait pas prêté attention à ce qui l'entourait.  Il jura: un établi de jeune chimiste, un chevalet, une guitare, une longue-vue, une radio, une télévision... et une station d'alchimie.  Pourquoi une station d'alchimie?  Que faisait-elle là?  Harrold n'en avait jamais vue de pareille.  Il plissa les yeux et s'approcha.  Un livre ancien trônait sur l'établi, il se pencha et lut : "Elixir de soin puissant si vous en avez assez d'être maudit, non humain ou mort-vivant, buvez ceci".  Le nez d'Harrold se retroussa.

     

    Chapitre IX :

     

              Quel charlatan avait encore laissé son empreinte?!  Harrold frissonna, un léger dégoût lui serrant l'estomac.

     

    Chapitre IX :

     

          Cependant, ce fut plus fort que lui et Harrold doucement se mit à feuilleter les feuilles jaunies, poussiéreuses, annotées d'une main ici et là par une autre, complétées souvent, biffées parfois. Enfant, Harrold croyait dur comme fer que toutes les solutions aux problèmes se trouvaient dans les livres.  Depuis, il avait déchanté à maintes reprises mais n'avait pas tout à fait perdu son âme d'enfant.  Harrold s'oublia donc dans la lecture de ce manuscrit et le temps passa sans même qu'il en ait conscience.

     

    Chapitre IX :

     

            D'autres que lui avaient la même soif d'apprendre,

     

    Chapitre IX :  

     

          ...même si Evy n'attendait qu'une occasion, celle d'aborder Bertrand.

     

    Chapitre IX :

     

        Il fallait qu'elle lui parle de sa confrontation avec Harrold devant le miroir. Elle avait tenté de ne pas porter attention aux dires de Bertrand, d'occulter le fait que le petit garçon lui avait raconté qu'il avait vu Amarice dans le miroir. Mais lorsqu'Evy avait compris que le psy et Elizabeth montaient au grenier, son ventre s'était serré et elle les avait suivis.  Son intuition avait été juste et sans réfléchir, angoissée, elle s'était mise à hurler, craignant que leur secret ne soit dévoilé.  Qu'Alexa, l'assistante sociale soit passée pour folle, oui, mais qu'il advienne pareille mésaventure à deux autres personnes au manoir ne pouvait donner lieu qu'à de terribles conséquences pour les enfants.

          Enfin l'occasion se présenta, Evy plus ou moins discrètement attira Bertrand à l'écart. 

         

    Chapitre IX :

     

         Evy savait que Bertrand lui en voulait de son comportement des derniers jours.  Elle l'avait tout bonnement snobé et laissé macéré dans son jus après ses confidences au sujet du miroir.  Néanmoins, Evy comptait sur l'attachement que ressentait pour elle Bertrand.  Elle n'avait pas tort à ce sujet; dès qu'Evy raconta au jeune garçon l'objet de son inquiétude, celui-ci l'enlaça doucement.

     

    Chapitre IX :

     

             "Ne t'inquiète pas, il n'est pas près de comprendre ce qui se passe et il ne comprendra sans doute jamais.  L'important, c'est de rester soudés, unis."

     

    Chapitre IX :  

     

        Evy ajouta d'une voix un peu raffermie par la réaction de Bertrand.

        "Et puis, nous ne sommes pas sûrs que c'était vraiment Amarice que tu as vu dans le miroir et ce n'est pas sûr non plus que l'histoire de Madame Alexa, frappée à travers le miroir soit vraie."

     

    Chapitre IX :

     

       Bertrand se força à ne pas grimacer et se fit violence pour ne pas gifler Evy. Evidemment qu'il était sûr que c'était Amarice qu'il avait vu et évidemment que ce n'était pas une coïncidence ce qui était arrivé à Madame Alexa! Bertrand devait rassurer Evy, ne pas laisser son amour-propre et son orgueil l'emporter sur ce seul objectif.  Il ferma un moment les yeux et calma sa respiration.

     

    Chapitre IX :

     

             "Rentrons", dit Bertrand simplement.  "Ce soir est un soir important pour Cyril, toi et moi.  Ne nous laissons pas surprendre par la nuit.  Il est déjà tard."

     

    Chapitre IX :

     

        De retour à la maison, ils trouvèrent Harrold, enfermé dans sa chambre. Ils supposèrent qu'il était en train de travailler.  En fait, comme à son habitude, Harrold réunissait les informations dont il disposait pour résoudre un problème.

     

    Chapitre IX :

     

        Les enfants montèrent, sans mot dire et sans bruit, au grenier, le cœur battant.  L'instant ne tarderait plus.  Et effectivement, l'instant vint.  Tout alla très vite et le changement eut lieu tout aussi rapidement: d'abord pour Cyril, ensuite Evy et enfin Bertrand.

     

    Chapitre IX :

    Chapitre IX :

    Chapitre IX :

     

                Immédiatement le changement accompli, les trois jeunes adolescents vérifièrent que tout s'était bien déroulé, tel qu'il était écrit.

                  

    Chapitre IX :

    Chapitre IX :

    Chapitre IX :

     

              L'essai fut concluant pour les trois adolescents.  La seconde phase de l'entrainement pouvait débuter pour eux.  Quant à Sophie et Carl, il leur faudrait patienter jusqu'au lendemain.

                Ce soir-là, Carl hésita un long moment à se coucher, semblant encore sur le point de mettre le feu au manoir ou de fuir à toutes jambes.   

     

    Chapitre IX :

     

                Carl était tétanisé.  Il savait, il avait compris, lorsqu'il avait vu Bertrand jouer de son pouvoir, que tout espoir était perdu.  Il était condamné, c'était ainsi.

     

    Chapitre IX :

     

     

            Ils étaient tous condamnés, condamnés à leur destin, condamnés aux larmes et au sang.  C'était ainsi.  Il n'y avait plus rien à tenter, plus rien à espérer.  C'était la fin.

     

    (à suivre...)

     

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    Les orphelins de l'Apocalypse

     

     

     

    Chapitre VIII : Jour J - 15

     

                Après l'école, ce jour-là, Elizabeth prit prétexte de profiter d'un des derniers beaux jours de l'été, de la piscine au manoir.

     

    Chapitre VIII : Jour J - 15

     

                    A première occasion, alors que tous étaient occupés, peu attentifs à elle, Elizabeth s'éclipsa.

                    Elle monta discrètement les escaliers jusqu'au grenier.

     

    Chapitre VIII : Jour J - 15

     

                       Et doucement, Elizabeth s'approcha du miroir. 

     

    Chapitre VIII : Jour J - 15

     

                 Ce n'était évidemment pas son reflet qu'elle cherchait dans le miroir, ce qu'elle cherchait, c'était l'Enfant, celui de son rêve, avec ses lunettes rondes qui tentait chaque nuit de lui parler, lui semblait-il.

     

    Chapitre VIII : Jour J - 15 

     

                  Elizabeth soupira, mi déçue, mi rassurée.  Personne n'apparaissait.  Elle s'apprêtait à reculer lorsque son image parut plus trouble.  Elizabeth fronça les yeux, tentant d'adapter sa vision qui se brouillait.

                      

    Chapitre VIII : Jour J - 15

     

                   Lorsque le trouble devint presque douloureux, Elizabeth ferma les yeux.  Un instant plus tard,elle les rouvrit et elle la vit.  Elle vit l'enfant dont parlait Madame Alexa, Elizabeth en était sûre même si elle ne pouvait confirmer qu'elle portait bien des chaussures rouges, seul son visage lui apparaissait mais aussi clairement que si l'enfant avait été effectivement en face d'elle.

     

    Chapitre VIII : Jour J - 15 

     

                    Le décor autour de l'enfant devint plus net et Elizabeth distingua une porte derrière la petite fille. 

     

    Chapitre VIII : Jour J - 15

     

                        La petite fille se laissa détailler, sans broncher, à peine inclinant son visage d'un côté puis de l'autre.

                      Il aurait été prudent qu'Elizabeth s'éloigne du miroir, n'avait-elle donc tiré aucune leçon de ce qui était arrivé à l'assistante sociale, dans ce même grenier, face à ce même miroir?

                      Elizabeth n'avait jamais été prudente et à cet instant, sa soif de savoir était trop grande et demandait à être satisfaite immédiatement, quitte à le regretter.  Elle s'obligeait juste à ne pas poser les mains sur le miroir.  Elle se souvenait qu'Alexa, avant d'être touchée par le coup avait eu ce geste malheureux.

                     La voix qui résonna ne retentit que dans la tête d'Elizabeth.  Au dehors, le silence était juste parfait, à peine troublé par le piaillement de quelques oiseaux à l'extérieur.  

          "Je suis Eunice, je suis de ceux que tu appelles Carl, Cyril, Bertrand, Sophie et Evy.  Tu as déjà rencontré Amarice, n'est-ce pas?"

             Le regard d'Eunice se fixa à celui d'Elizabeth.

          "Je peux t'offrir ce que tu désires, ce que tu veux de toutes tes forces.  Cela, je peux te l'offrir.  Le veux-tu?" 

     

    Chapitre VIII : Jour J - 15

     

                  Le souffle d'Elizabeth se fit court, son cœur se mit à battre à la volée, la faisant trembler des pieds à la tête.

                  "Mais de quoi parles-tu?"

                   "Je te parle de ce que je peux t'offrir..."

                   Une lumière douce envahit le miroir.

                  "Vois l'avenir qui pourrait être tien, si tu le veux, ainsi que tu le veux." 

     

    Chapitre VIII : Jour J - 15 

    Chapitre VIII : Jour J - 15Chapitre VIII : Jour J - 15Chapitre VIII : Jour J - 15

     

              "Harrold ne m'aimera jamais  ainsi, Eunice."

                 "Il le fera, si je le veux."

               "..."

            "Nous sommes liées, tu es venue à moi, tu m'as appelée, j'ai répondu à ton appel.  Ton avenir sera tel que je te l'ai montré ou ainsi..." 

     

    Chapitre VIII : Jour J - 15

     

                   "Imagine le pire qui puisse arriver à tes proches et multiplie-le puissance mille." 

                Elizabeth paniqua, le corps en proie à une sensation si bizarre qu'il était compliqué de l'expliquer et même plus tard, beaucoup plus tard, elle n'y parviendrait pas.  En désespoir de cause et d'argument, elle hurla:

              "Tu n'existes pas...!  Tu n'es qu'une hallucination!"

           Elizabeth voulait se détacher du miroir, de la vision mais elle regarda l'enfant se déplacer, malgré elle.

              "Je t'attendrai ici.  Apporte-moi un objet qui appartient à l'un d'eux." 

     

    Chapitre VIII : Jour J - 15

     

                Il y eut un zig, un zag et Elizabeth se retrouva à nouveau seule, face à son reflet.

     

    Chapitre VIII : Jour J - 15

     

     (à suivre...)

     

     

     

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    Les orphelins de l'Apocalypse

     

    Chapitre VII : Jour J - 

     

    Chapitre VII: Jour J - 16

     

     

                Après l'incident qui avait eu lieu dans le grenier, il était évident que Madame Alexa, l'assistante sociale ne pouvait rester au manoir.  Attaquée par un enfant au travers un miroir, qui pouvait croire cela?  Pas les médecins, en tout cas qui l'écartèrent du manoir et la mirent en congé maladie pour "burn out", pathologie enfin reconnue mais, dans ce cas-ci, tout à fait saugrenue, Madame Alexa avait réellement été victime d'un coup porté à l'abdomen, comme en témoignait l'énorme hématome qui bariolait son bas-ventre, par une force surnaturelle, jaillie d'ailleurs.  C'était un fait.

     

    Chapitre VII : Jour J -

     

                 Parant au plus pressé, les autorités demandèrent à Harrold Denoël de s'installer au manoir en attendant qu'un remplaçant soit désigné.  Il n'était pas commun qu'une telle décision fut prise, pas plus qu'il n'était commun d'accueillir des enfants, rescapés d'un naufrage fantôme.  Personne, dès lors, ne s'en offusqua et le psychologue, au vu du caractère qu'on lui promettait temporaire de cette mission, accepta l'offre.

                    Carl tenta encore de décourager Harrold Denoël:

                    -  Vous me semblez être un homme bien, M'sieur.  Vous ne devriez pas être ici, vous devriez partir et nous oublier.

     

    Chapitre VII : Jour J -

     

                    Carl, en effet, continuait à penser que la seule solution à leur survie était l'éclatement du groupe, que les enfants soient éparpillés au quatre coin du pays.  Et le temps pressait, s'inquiétait Carl.  Bientôt, les anniversaires des uns et des autres seraient célébrés et avec eux, la deuxième phase d'apprentissage débuterait.  Sans cesse, comme une obsession, ces mots dansaient la gigue dans le cerveau en ébullition de Carl : 

    "[...] les Sept entamèrent leur combat.  Leurs larmes et leur sang se mêlèrent à l'eau des rivières, à la brume et à la bruine.  Leurs douleurs, leur détresse, leurs cris se répandirent dans la vallée,  [...]" (extrait "Trésors d'Hidden Springs" - coll. mythes et légendes)

     

    Chapitre VII : Jour J -

     

                   Que l'on ne s'y méprenne pas, Carl connaissait son destin bien avant cette lecture.  Comme les autres, Evy, Sophie, Cyril, Bertrand, Eunice et Amarice, dans leur monde, il faisait partie de la caste des sacrifiés.  Qui dit "sacrifiés" dit "sang, larmes, cris, douleurs, détresse", c'était évident!  Mais l'espoir, ce trublion, ne le quittait pas depuis que son petit corps d'enfant s'était enfoncé mollement dans l'eau froide et salée de cette mer déchaînée, depuis que des hommes forts l'avaient repêché.  Carl voyait en la disparition d'Eunice et Amarice un signe.  Si les Sept n'étaient plus que Cinq, peut-être l'histoire pouvait-elle être différente?

                     Ce que Carl ignorait bien sûr, c'était qu'Eunice et Amarice n'avaient pas disparu, que c'était l'un d'eux qui avait frappé Madame Alexa à travers le miroir.

     

    Chapitre VII : Jour J - 

     

             Eunice et Amarice avaient "juste" rallié  la cause de Dame Blanche, chef de l'opposition au pouvoir, contestataire vénérée aussi. Elle incarnait, dans le monde d'origine de Carl, le changement, l'espoir d'un renouveau au sein de la communauté et en tant que telle, elle était adulée par bon nombre d'habitants, de tous âges et castes confondus. 

     

    Chapitre VII : Jour J -

     

                 Sept, ils étaient toujours sept.  Et ces sept-là étaient toujours destinés au combat, aux larmes, au sang, aux cris et à la détresse.  Sans doute, si Carl avait su cela, aurait-il immédiatement perdu ce doux sourire rêveur lorsqu'il se pensait seul et inventait sa destinée.

     

    Chapitre VII : Jour J -

     

                        Elizabeth Lol avait entendu parler de l'histoire du miroir assassin et violent qui avait attaqué par Madame Alexa, l'assistante sociale.  Il est connu que les murs ont des oreilles et il était évident que ce bruit parviendrait jusqu'à l'adolescente.

                        Le hasard fait si bien les choses que dans certaines circonstances, on ne peut que le croire et ce fut ce que se dit Elizabeth lorsque patientant que son ami, Raoul, arrive, elle reconnut l'ancienne assistante sociale, sur le bord du chemin, à quelques pas d'elle.  Sans hésiter, Elizabeth s'approcha. Elle voulait entendre de la bouche de Madame Alexa l'histoire du miroir enchanté.

     

    Chapitre VII : Jour J -

     

                 Il n'était pas utile de tourner autour du pot, autant sauter dedans directement et ainsi fut fait:

                   - Madame Alexa, comme je suis heureuse de vous voir, il me tardait de vous rencontrer!  Racontez-moi ce qui s'est passé au manoir, j'ai entendu une histoire de miroir et d'enfant...

                     Elizabeth n'eut pas besoin d'ajouter qu'elle s'inquiétait pour Harrold qui avait pris ses quartiers au manoir; Alexa, l'assistante sociale en congé maladie, se mit à parler de façon précipitée bien que sa voix fut rendue pâteuse par les antidépresseurs que les médecins n'avaient pas hésité à lui prescrire en masse.

                   - Je leur ai dit, je leur ai raconté que le miroir m'a appelée.  Je me suis approchée et l'enfant est apparue, j'ai posé les mains sur le miroir et c'est à ce moment-là qu'elle m'a frappée, j'ai senti et vu un éclair qui me transperçait de part en part!

     

    Chapitre VII : Jour J - 

     

                     Elizabeth était troublée.  Son rêve battait en elle: elle aussi s'approchait du miroir, elle aussi voyait un enfant.

     

    Chapitre VII : Jour J -

    Chapitre VII : Jour J -

     

                    -Etes-vous certaine que c'était une fille?  N'était-ce pas un jeune garçon, plutôt, avec des lunettes?  Réfléchissez, Madame Alexa, s'il vous plait!

                      La voix d'Elizabeth s'était faite presque suppliante et en même temps, teintée d'un espoir qu'elle-même ne pouvait comprendre.

     

    Chapitre VII : Jour J - 

     

                     Un petit garçon plutôt qu'une fille?  C'était bien la première fois, depuis qu'elle contait son histoire, que c'était ce point-là qui était contesté, Alexa en aurait été plus troublée encore si son esprit n'avait été embrumé par les produits chimiques qu'à présent, elle absorbait sur les conseils et avis des médecins, persuadés, eux, qu'elle s'était elle-même infligée ce terrible coup.

                         Elle réfléchit, un moment, très court.  Elle n'avait pas besoin de se concentrer longtemps, l'image de la fillette lui apparaissait dès qu'elle fermait les yeux et parfois même sans qu'elle ait besoin de baisser les paupières.

     

    Chapitre VII : Jour J -

     

                 - Non, c'était bien une petite fille, une petite fille avec des souliers rouges.

                    Alexa se remit à trembler:

                    - Vous ne devriez plus aller au manoir, Mademoiselle Lol, plus jamais.  Ne vous approchez plus de cet endroit, je vous assure, c'est dangereux. Et sachez que chaque jour, je prie pour l'âme de votre ami, Monsieur Denoël.  Je ne suis pas mauvaise, pourtant je voudrais que ces enfants disparaissent, pour toujours.  Ils sont le Mal incarné, j'en suis certaine!

     

    Chapitre VII : Jour J - 

     

                   Elizabeth frissonna à son tour.  Elle aurait aimé avoir les mots pour apaiser Alexa, voire la serrer contre elle pour la rassurer mais elles n'étaient pas suffisamment proches l'une de l'autre pour que ce signe d'amitié soit possible. Elizabeth se contenta de saluer doucement Alexa, la remerciant de s'être confiée à elle et lui souhaitant un prompt rétablissement. 

     

    Chapitre VII : Jour J -

     

                   Madame Alexa ajouta doucement, les yeux fixés dans ceux d'Elizabeth.

                   -  Faites attention à vous, Mademoiselle Lol.  Si, comme j'ai cru le comprendre, vous avez vu, vous aussi, dans le miroir, un de ces enfants, il est peut-être déjà trop tard.  Fuyez!  Prenez tout votre argent et partez loin d'ici. 

     

    Chapitre VII : Jour J - 

     

                   Il était de notoriété qu'Elizabeth Lol était à la tête d'une immense fortune, cela l'agaça que cette dame y fasse référence mais n'eut pas le temps de riposter, Alexa s'était détournée d'un bloc d'elle et de leur conversation, sans compter Raoul, le petit ami d'Elizabeth, qui s'approchait.

                     - Qu'est-ce qu'elle te voulait, cette folle?  C'est quoi cette histoire d'enfant que tu aurais vu dans le miroir?  Tu ne vas pas t'y mettre toi aussi...?

                     Raoul n'avait même pas attendu qu'Alexa se soit suffisamment éloignée pour lancer ses propos malveillants.  Elizabeth le fixa un long moment, tentant de refréner, pour la seconde fois en trente secondes, la colère qui battait en ses tempes.  Dire que ce garçon-là avait posé ses lèvres sur les siennes, dire qu'elle l'avait espéré, cet instant où les mains de Raoul se seraient égarées sur son corps.  Il lui semblait se trouver à une éternité de ces moments-là. 

     

    Chapitre VII : Jour J -

     

                Elizabeth répondit d'une voix blanche:

               -   Pourquoi dis-tu "m'y mettre moi aussi"...? Quelqu'un d'autre a vu des enfants dans un miroir?

                Raoul prit son ton professoral et sec qu'Elizabeth détestait:

             - Il est tout particulièrement impoli, Elizabeth de répondre à une question par une autre question, je te l'ai déjà dit!

             La jeune fille soupira intérieurement et un sourire en coin se dessina sur sa bouche rosée.  

              -  Cette leçon de politesse veut sans doute dire que non, personne d'autre que Madame Alexa n'a vu d'enfant dans le miroir; ce qui est bien logique à moins d'être soi-même un enfant et de contempler son propre reflet.  Tu as juste voulu être désagréable, c'est ça, Raoul? ou as-tu peur que je parte avec toute ma fortune? 

     

    Chapitre VII : Jour J - 

     

                 Raoul s'étrangla, il avait beau être habitué au franc parler d'Elizabeth, il continuait à imaginer q'un jour, il parviendrait à l'amadouer suffisamment pour qu'elle apprenne à être un peu plus douce et lisse, au moins avec lui.  Il était évident que la fortune d'Elizabeth jouait dans l'attachement que le jeune homme ressentait pour elle, mais sa plastique de rêve était certainement l'un des atouts majeurs qui tenait Raoul en émoi lorsqu'ils étaient ensemble.

                Il voulut s'approcher d'elle, la serrer contre lui, l'embrasser mais la jeune fille s'écarta.

                -  Tu ne peux pas te comporter en père en me donnant des leçons de conduite, de politesse et ensuite vouloir m'embrasser comme un homme amoureux, Raoul!

     

    Chapitre VII : Jour J - 

     

                Elizabeth ajouta:

                -  De toute façon, je suis attendue.  On se voit demain, OK?

              Elle s'éloigna, plantant là un Raoul en rage qui maugréa :

                -  C'est ça!  Cours te réfugier dans les pantalons de ton psy...

             Elizabeth n'allait pas rejoindre Harrold, elle n'avait pas obtenu l'autorisation de séjourner au manoir, son père, s'y serait opposé de toute façon.  Non, sagement, elle rentrait à la maison à l'heure où Harrold s'installait auprès de Carl, dans les jardins du manoir.  Harrold pensait que Carl était le maillon faible du groupe, celui par qui pouvait arriver une fuite d'informations concernant les rescapés de l'Apocalypse.

     

    Chapitre VII : Jour J -

     

                - Par deux fois, Carl, tu m'as mis en garde contre vous.  Je dois avouer que je suis intrigué, pourrais-tu m'expliquer pourquoi?  Quel risque, est-ce que je cours, en restant au manoir?

                Il était évident que Carl n'avait pas plus l'intention de répondre à cette question qu'il n'en avait eue les deux fois précédentes lorsqu'il avait tenté de mettre en garde Harrold Denoël.  Il resta donc silencieux, le regard perdu vers l'horizon.  Harrold n'en fut pas surpris.

               -  Est-ce que tu as parlé avec les autres de ce qui a provoqué le départ de Madame Alexa?  Peux-tu m'en dire plus sur ce qui s'est passé dans le grenier, cet après-midi-là?

                  Carl hésita un moment; ce sujet était peut-être l'occasion à saisir?  Si la preuve était faite que l'assistante sociale avait été blessée par les enfants eux-mêmes, la décision ne serait-elle pas prise de les séparer, de les punir, de les envoyer ailleurs?  Ou alors était-ce encore un piège que tendait le psy pour obtenir des informations? 

     

    Chapitre VII : Jour J - 

                 

                  Carl se sentait frustré par toutes ces questions, par l'enjeu de la mission, par l'attachement inné au groupe qui était le sien.  Si seulement Carl n'avait pas de conscience!  Si seulement, il ne sentait pas son ventre vriller de peur et d'angoisse...  Quel monde serait le sien s'il avait le pouvoir, le Pouvoir!... Il soupira.  Était-il obligé d'aller au bout de la quête pour obtenir ce Pouvoir? ou devait-il saboter leurs chances de réussite? 

                   Carl, finalement, décida de ne pas mentir au psy.

                   - Je ne sais pas ce qui s'est passé dans ce grenier, je ne sais pas si Madame Alexa a été blessée par quelqu'un ou si elle s'est blessée elle-même.  Ce que je sais, en revanche, M'sieur, c'est que si vous ne voulez pas, vous aussi, qu'il vous arrive malheur, vous devriez quitter ce manoir.  Nous devrions tous quitter ce manoir.  C'est ce que je crois et je ne vous l'ai jamais caché et vous n'en avez rien fait.

     

    Chapitre VII : Jour J - 

     

               Carl avait raison, Harrold ne pouvait le nier.  C'était vrai, il n'avait rien fait des recommandations de Carl, ne les avait pas prises en compte, les avait négligées... et maintenant, l'histoire du miroir surgissait dans la réalité et Harrold sentait une inquiétude en son for intérieur ainsi qu'une grande excitation l'envahir.  Il avait rêvé du miroir, Elizabeth avait rêvé du miroir et c'était l’assistante sociale qui en avait été victime.  Finalement, lui, ne doutait pas contre toute raison de la version de Madame Alexa et c'était peut-être cela, le plus troublant.

                Harrold rattrapa Carl qui se dirigeait sans bruit vers l'intérieur du manoir.  Il était tard, l'enfant était fatigué.

                - Carl, je veux que tu saches que ...

     

    Chapitre VII : Jour J - 

     

                  Harrold ne put terminer sa phrase, il ne savait plus soudain, il observait ce petit garçon devant lui et ne savait plus ce qu'il voulait lui dire, ce qu'il voulait qu'il sache.  C'était lui, Harrold, qui avait besoin de savoir.  Depuis toujours, Harrold était obsédé par le savoir et ne supportait pas les questions, les pourquoi, les interrogations, les mystères.

                 Harrold s'écarta alors et laissa, sans un mot de plus, passer le petit garçon au regard acéré qui n'ajouta rien de plus, lui non plus, et alla d'un seul homme se glisser entre ses draps, il s'y endormit de suite,

     

    Chapitre VII : Jour J - 

     

                          rejoignant au pays des rêves ses compagnons, Evy,

     

    Chapitre VII : Jour J - 

     

                   Sophie,

     

    Chapitre VII : Jour J -

     

                             Cyril

     

    Chapitre VII : Jour J -

     

                         et Bertrand.

     

    Chapitre VII : Jour J -

     

                 Ce dernier avait d'ailleurs eu, beaucoup de difficultés à trouver le sommeil.  

                  Bertrand avait été vraiment très choqué d'apprendre ce qui était arrivé à l'assistante sociale dans le grenier.

     

    Chapitre VII : Jour J - 

     

            Le lien entre cet incident - Madame Alexa n'avait été que blessée - et l'appel du miroir dans lequel, il était certain d'avoir reconnu Amarice, son compagnon de toujours, disparu lors du transfert, était si évident et si interpellant et si angoissant aussi que Bertrand ne pouvait qu'en être convaincu!

     

    Chapitre VII : Jour J -

    Chapitre VII : Jour J -

     

                 Bertrand, évidemment, allègrement, reliait donc ce souvenir à la force surnaturelle dont parlait Madame Alexa qui avait surgi du miroir pour venir la frapper en plein ventre.

              Il restait à Bertrand à définir si Amarice, où qu'il se trouve, avait trouvé le moyen d'entrer en communication avec ce monde, et vérifier si tel était bien le but qu'il avait recherché en frappant l'assistante sociale...  Bertrand ne comprenait pas, il y avait quelque chose qui ne collait pas, qui clochait dans cette théorie et il ne parvenait pas à mettre le doigt dessus.  Et si ce n'était pas Amarice qui avait paru dans le miroir?  Mais alors qui?  Eunice?  Serait-elle, elle aussi vivante, quelque part?

              Toute la journée, il avait tenté d'entrer en communication avec Evy. C'était la seule à qui il avait confié sa vision d'Amarice dans le miroir.  Mais l'attitude d'Evy le rendait fou, elle ne collait pas, elle non plus. C'était comme si la fillette avait oublié sa confidence.  Il la regardait, sans cesse et elle paradait, insouciante et indifférente, telle une petite fille quelconque d'Hidden Springs, s'amusant même de la pluie.

     

    Chapitre VII : Jour J -

    Chapitre VII : Jour J - 

     

               Insouciante, Evy?  Comment était-ce donc possible, elle qui était toujours si méfiante de tous et de tout!

                     Peut-être que le lendemain, il aurait l'occasion de lui parler?  Mais Bertrand ne savait pas si cela pouvait attendre, s'ils ne devaient pas agir maintenant, le temps pressait, bientôt, les anniversaires seraient fêtés et la phase deux de leur entrainement débuterait.

                      Bertrand avait raison de s'inquiéter, sans doute aurait-il dû agir de suite, réunir les autres et forcer le débat.

                       Oui, Bertrand avait raison de s'inquiéter parce que le lendemain, après les cours, Elizabeth se rendra au manoir, sous prétexte de profiter de la piscine.

     

    Chapitre VII : Jour J -

     

                        A première occasion, elle se faufilera vers le grenier.

     

    Chapitre VII : Jour J -

     

                        Et doucement, elle s'approchera du miroir...

     

    Chapitre VII : Jour J -

     

     

    (à suivre...)

     

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    Les orphelins de l'Apocalypse

     

     

     

    Résumé des précédents épisodes

     

        Cinq rescapés d'un mystérieux naufrage, Evy, Bertrand, Sophie, Cyril et Carl, sont accueillis à Hidden Springs.  Qui sont-ils?  D'où viennent-ils?  Nul ne le sait et les enfants refusent obstinément de répondre à ces questions. 

           Le bateau qui aurait chaviré, l'Apocalypse n'a jamais été retrouvé.

        Depuis leur arrivée dans le manoir mis à leur disposition par les autorités chargées d'éclaircir le mystère, d'étranges rêves hantent les nuits du psychologue, Harrold Denoël, en mission auprès des orphelins de l'apocalypse, tel est le nom que la presse leur a assigné.  Il n'est pas la seule victime de ces cauchemars, sa protégée et amie, Elizabeth Lol, une adolescente, elle aussi, chaque nuit rêve du même enfant: Amarice.  Ces songes peu à peu grignotent la réalité et y prennent pied, déstabilisant autant l'adolescente que le psychologue.

            D'Amarice, il est encore question lors de l'aveu de Bertrand fait à Evy.  Le jeune garçon, sensé avoir succombé au naufrage tente d'entrer en contact avec lui au travers d'un miroir.

             La nuit de cette révélation, un incendie se déclare au manoir. 

            

     

     Chapitre VI : Jour J - 18

     

     

                   L'incendie du manoir fit courir bon nombre de rumeurs. L'hésitation, la maladresse du garde du corps qui s'était occupé à éteindre le foyer n'étaient pas passées inaperçues ou était-ce l'extincteur qui présentait quelque défectuosité?

     

     

     

              De même, on s'interrogeait sur le temps certain qu'il avait fallu aux pompiers pour arriver sur place bien après que le feu soit éteint.

                   Officiellement, cet incendie était qualifié d'accidentel.

                  Officieusement, on soupçonnait l'un des habitants de Hidden Spring de ce méfait.  

                  Dans les faits, c'était bien un des rescapés de l'apocalypse qui avait tenté de mettre le feu au manoir.   Dans quel but?    Ce sujet semblait tabou au sein des orphelins qui refusaient tout bonnement d'en parler entre eux, feignant qu'aucun incident n'avait eu lieu cette nuit-là.  Ils savaient pourtant, chacun d'eux savait, que l'incendie avait été initié de la main même de l'un de leurs camarades.  Carl, le premier, puisque c'était lui qui s'était glissé dans la nuit et avait éparpillé les braises sur le tapis.  Il ne regrettait pas son geste, ce qu'il regrettait c'était d'avoir échoué.

     

     

     

             Les murs du manoir étaient toujours là et eux, en étaient toujours prisonniers.  S'ils voulaient avoir une chance d'échapper à leur destin, ils devaient pourtant s'en libérer.  Carl était persuadé que c'était leur seule chance: quitter cet endroit, ce manoir, Hidden Springs, qu'on éparpille les enfants aux quatre coins du pays, ailleurs, loin les uns des autres.

                La discussion initiée par l'assistante sociale, Madame Alexa, n'avait donné lieu à aucun commentaire; pourtant, elle avait mis toutes les chances de son côté, ayant prévu pitance, espérant qu'ainsi les langues se délieraient.

     

     

     

                    Il n'en fut rien, les orphelins s'étaient murés dans un silence peu commode à supporter et très vite chacun s'était remis aux tâches qu'ils s'étaient assignées avec une belle ferveur.  

                  Le rythme des journées était cadencé par les repas, l'école, les devoirs, les tâches.  Rien de notable ne se passait, rien d'intéressant ne pouvait être relevé dans ces petites vies qui semblaient si bien huilées et organisées. Sans doute, une mère, un père aurait été surpris de ne point entendre de rires, de disputes, de cris, de pas précipités dans les escaliers mais aucun parent n'habitait en ce manoir.  Le silence était maître des lieux et il n'y avait personne pour s'en étonner.

     

     

     

     

     

                       La principale conséquence de l'incendie avait été la déchéance de Sophie de son statut de leader.  Elle n'avait pu maintenir la cohésion du groupe et cette faiblesse lui avait coûté sa place de maître à bord, sans bruit, sans discussion, en silence.  

     

     

                        Sophie passait de longs moments à contempler les poussins qui venaient de naître dans le poulailler.  Il lui avait fallu quelques heures avant d'oser saisir l'un des bébés dans sa main.  A cet instant, un sentiment d'euphorie avait éclaté au creux de sa poitrine.  Elle tenait la vie entre ses mains, elle sentait le petit cœur du volatile battre la chamade.  Sophie sourit aux anges.

     

     

     

                Il aurait suffi qu'elle referme ses doigts sur l'animal, qu'elle serre fort ou pas, longtemps ou pas. Elle se sentait la force d'écraser la petite bête, son cœur, ses organes. Combien de temps faudrait-il pour que la vie s'échappe du poussin et qu'écrabouillé, il meurt?  La vie avait-elle un sens?  A quoi bon préserver ce qui est destiné à disparaître?  Vivre vieux et le plus longtemps possible était-il un objectif louable et intéressant?  Cela en valait-il réellement la peine?  Y avait-il quelque chose à sauver ici?

     

     

     

               L'intérêt de nourrir le poussin et d'en prendre soin était d'en espérer qu'il soit un jour une belle poule, qui donne des œufs pour permettre à d'autres vivants, tels les humains, de manger, donc de vivre... vivre vieux et le plus longtemps possible avant que la mort ne se charge de leur cas, inéluctablement, de toute façon et quoi qu'il advienne.  De ce que Sophie avait constaté, tout tendait, ici, vers le même but, le seul: faire reculer le moment ultime du décès de chacun, une quête sans but, vaine, finalement.  Si l'expérience s'était terminée ici, Sophie n'aurait sans doute pas hésité longtemps à choisir son camp. Qu'en était-il des autres?  Parfois, Sophie se posait la question, pas longtemps parce que son côté intègre refusait d'être influencé par l'un ou l'autre.  Le choix devait être son choix, point! Et elle se tiendrait à cette seule option parce que c'était ainsi, parce que Sophie était Sophie.

     

     

               Lorqu'Evy tenait un poussin au creux de sa paume, le sentiment de toute puissance ne l'emplissait pas.  Elle ne se sentait pas dépositaire et décideuse de le vie et de la mort.  Elle s'enthousiasmait des couleurs du volatile et son esprit s'égarait vers son pays, sa vie d'avant, sa communauté, son village.

     

     

              Si Evy avait eu le choix, elle aurait été éleveuse de dragons, elle les aurait domptés et chevauchés et instruits à la bataille.  Mais sa naissance, sa caste en avait décidé autrement.  Elle était une sacrifiée.  C'était ainsi.  Les règles étaient établies et on ne pouvait y déroger.  Elle posa doucement ses lèvres sur l'animal, il ne serait jamais un fier destrier mais qu'importe, il avait pour le moins le don de transporter Evy dans son histoire à elle et lui apprenait le rêve.

     

     

     

              Si elle choisissait le bon camp, peut-être aurait-elle l'opportunité de se nommer maîtresse-dragon?  Rien que pour cet espoir-là, elle remerciait l'animal et en prenait soin ainsi que de ses congénères adultes avec douceur et plaisir.

     

     

     

                 Bertrand, lui, prenait soin des poussins parce que ces bêtes-là semblaient compter pour Evy.  Il se présentait en armure aux abords du poulailler, jamais certain de l'accueil que lui feraient les volatiles.

     

     

          Bertrand n'aimait pas les animaux, il en avait peur.  C'était peut-être ridicule mais une peur reste une peur, sans quoi elle ne s’appellerait pas ainsi.    Bertrand aimait Evy, c'était la réalité et celle-ci était incompatible avec sa mission.  Alors, Bertrand bataillait, chaque jour, depuis si longtemps afin de se défaire de cette affection pour laquelle il aurait dû être exclu du groupe et qu'il avait toujours réussi à dissimuler.

                        Carl et Cyril, eux, ne savaient même pas que les poussins étaient nés, peu intéressés qu'ils étaient par cette forme de vie et trop concentrés sur eux-mêmes.  

                        Ayant conversé avec l'assistante sociale, Harrold décida, le week-end venant, de sortir les orphelins, trop encrés dans leur routine et isolés du monde extérieur.

     

     

                        Il les convia au festival d'été qui venait d'ouvrir ses portes au parc municipal.  Il y voyait l'opportunité pour les enfants de créer des liens avec les habitants, en dehors des salles des cours et des cours de récréation.

                           Harrold ne put que déchanter, les rescapés de l'Apocalypse n'attiraient personne et ils n'étaient attirés que par eux-mêmes, toujours préoccupés à s'affronter les uns les autres, sans qu'il n'y paraisse jamais.

     

     

                               La seule victoire de la sortie résida finalement dans le constat que pour une raison qu'Harrold ignorait, Sophie était mise à l'écart du clan.  Était-ce là une répudiation définitive ou un exil temporaire?  Il tenta bien, en offrant à Sophie de quoi nourrir sa soif de compétition, de poser quelques questions, mais nulle réponse ne vint.

     

     

                      C'était bien mal connaître Harrold que d'imaginer qu'il en resterait là et dès le lendemain, il organisa une après-midi récréative au manoir à laquelle il convia les camarades de classe d'Evy, Bertrand, Sophie, Cyril et Carl.

     

     

                       Les enfants avaient compris la manoeuvre du psy et avaient décidé d'un commun accord de lui donner ce qu'il souhaitait, sans quoi, ils se seraient condamnés sans cesse à reproduire le même genre de festivité qui mettait en péril leur entraînement.  Ce fut donc avec une apparente joie et bonne composition qu'ils allèrent vers les autres invités cette après-midi-là.

     

     

     

             Elizabeth Lol était de la fête elle aussi.

     

              

             A première occasion, elle avait quitté la partie de ping pong qu'elle menait contre Harrold.  Elle tentait de prendre un peu de repos, ses nuits étaient tellement agitées.  Au matin, elle s'éveillait plus épuisée encore qu'au coucher.  

     

     

     

                   Elizabeth était perdue, elle ne comprenait pas ce qu'elle ressentait, elle s'en voulait de se sentir si différente de celle qu'elle était si peu de temps avant; c'était comme si soudain, elle avait perdu son innocence et sa naïveté. En son cœur battaient de sentiments si forts et si douloureux.  Tout lui était si pénible, chaque geste si encombrant...

     

     

                       Le plus difficile pour elle était de se comporter comme si tout allait bien avec son petit ami, Raoul, si dévoué toujours, si parfait à chaque fois.  Elle le regardait et son cœur sonnait froid, ses entrailles se tordaient et elle devait se faire violence pour ne point le tourmenter et le rejeter.  

     

     

                    Elizabeth était consciente que si elle ne parvenait pas à comprendre le mal qui la rongeait, elle ne parviendrait plus à contenir son âme et son corps en colère, Raoul en serait la première victime.  Alors elle se concentrait, elle tentait de se concentrer sur avant, elle partait en elle-même et se refusait le droit de céder à la tentation. 

     

     

                    Une pluie battante mit fin à l'après-midi de jeux des enfants.

     

     

     

                   Ce soir-là, par la voix de Cyril, la mise en quarantaine de Sophie prit fin.

                    "Tu m’entraînerais un peu au ballon?  J'ai besoin d'un peu d'exercice."

     

     

                     "Avec plaisir..."

     

     

                   Ce soir-là, aussi, Madame Alexa, l'assistante sociale monta au grenier. Poussée par la curiosité, elle était bien décidée à trouver un indice, une piste qui aiderait à découvrir qui étaient ses enfants et comment les rendre à leur famille s'ils en avaient encore.

               Immédiatement, elle se sentit attirée par le miroir.  Sans réfléchir, elle s'en approcha.

     

     

     

            Alexa aimait son nouveau look, ses nouveaux vêtements, sa nouvelle coupe de cheveux. Elle aimait à présent se regarder, s'observer bouger. Une espèce de narcissisme était né en elle sans qu'elle ne sache d'où lui venait cette nouvelle passion pour elle-même.

     

     

     

                Derrière son image, soudain, une fêlure, une lumière intense apparurent en même temps.

                  Alexa écarquilla les yeux, posa les mains sur le miroir,

     

     

     

               ...une enfant la regardait.

     

     

                      Mais qui était donc cette belle enfant qui semblait la regarder avec tant de douceur?  Et comment son reflet apparaissait-il, là?

                    Il ne fallut pas un quart de seconde à Eunice pour diriger toute sa hargne dans la faille.  Alexa ne sentit pas le coup venir, elle se plia sous l'effet de la douleur.  La frappe avait déchiré l'intérieur de ses entrailles.  Elle s'écroula à même le sol dans un hurlement et un bruit sourds.

                   Eunice jubila, lança à Amarice un regard de triomphe.  A n'en pas douter, elle était déjà beaucoup plus forte que lui, elle avait réussi à passer de l'autre côté.  Dame Blanche avait raison, la haine et la colère étaient la meilleure façon de progresser, Eunice ne manquait ni de l'une ni de l'autre. 

     

     

                  Amarice ne baissa pas les yeux, lâche un jour ne voulait pas dire lâche toujours.

     

     

     

     

     

     

    (à suivre...)

     

     

     

     

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