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    The blue Velvet 

     

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    Au bar à cocktail, le blue velvet, peu importe l'heure, les bouteilles dansent, les rires et les bruits des conversations bruissent et rivalisent de paillettes, dans l'air surchauffé de cet établissement haute gamme. 

     

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    Ce soir, c'est Albert qui assure l'animation, avec ce détachement que lui donnent ses années d'expérience et cette capacité à se rendre invisible lorsque l'alcool  coule à flot et rend les clients un peu trop enclins aux confidences.

    Tout ce qui se passe, tout ce qui se dit au Blue Velvet reste au Blue Velvet.

    Ce soir, il est encore tôt et Albert pourrait être surpris à cette heure qu'un client lui adresse la parole pour autre chose qu'une commande; mais Albert, jamais ne semble surpris.  C'est sa force.
    Jeanne Lol, star parmi les stars, compositrice de talent qu'elle fut un temps le questionne, doucement, de sa voix un peu rauque.

    "On ne peut toujours pas fumer, ici, n'est-ce pas, Albert?"
    "Non, Madame."
    "J'essaye d'arrêter, vous savez; mais ce n'est pas évident."
    "Effectivement, Madame, il paraît que ce n'est pas évident."

     

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     Les glaçons cliquettent au fond du shaker.  Albert fait de son métier un art et chaque geste est composé et décomposé afin que le spectacle soit toujours parfait.

     

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    "Vous êtes vraiment le champion de cocktails, Albert."
    "Merci, Madame."

    C'est toujours Jeanne Lol qui lui parle, cette compositrice de talent qu'elle fut, que tous les plus grands interprètes s'arrachaient.  Avant.  Avant quoi?  C'est difficile à dire : l'alcool, les frasques, la mauvaise réputation, les aventures sans lendemain, un fils qui quitte le domicile pour s'engager dans la légion à même pas 18 ans?  Ce ne sont pas les raisons qui manquent.

     

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    "'y a beaucoup de monde, ce soir, Albert."
    "Oui, comme tous les soirs, Madame."
    "Ce n'est pas faux..."

     

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    Un mouvement de foule, un petit cri étouffé fait se retourner Jeanne.  Le frisson qui l'a parcourue toute entière ne l'a pas trompée, Marius est arrivé.  Comme à son habitude, il prend le temps de câliner quelques fans sur son chemin, de signer un autographe.
    Il donne sans compter, Marius, c'est ce que Jeanne aime chez lui... enfin, pas que mais surtout.

    Le fan est proche de tomber en pâmoison:

    "J'ai dévoré votre dernier ouvrage.  C'était fantastique.  Vous ressuscitez, littéralement, tous ces personnages.  C'était comme si Sonia Gothik était à nouveau dans mon salon, comme si j'allais la croiser au coin de la rue.  Quel talent!  Vos ouvrages sont plus que des biographies, ce sont de livres de vie..." 

     

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    Marius aussi a repéré Jeanne.  Du coin de l’œil, il la voit l'observer et il ne peut s'empêcher de sourire.

     

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    Un air insupportable de suffisance est apparu sur le visage de Jeanne qui fait frissonner Marius.  Avec élégance, la jeune femme saute de son tabouret et passe à ses côtés, à le frôler; point dupe, cela est certain, du trouble qu'elle continue à lui causer, peu importe le temps et les étreintes qui sont les leurs.

    "Tu es en retard, Marius, je m'en allais."

     

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    Marius déglutit imperceptiblement.  En retard?  Oui, il est en retard.  Il est toujours en retard.

    "Je pensais que tu voulais prendre un verre et  discuter un peu, Jeanne?"
    "J'ai déjà bu un verre et j'ai discuté avec Albert."

    "Albert?"
    "Le barman"
    "Ah oui, bien sûr.  Albert."

     

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    Marius danse d'un pied sur l'autre puis demande:

    "Je peux te raccompagner peut-être?"
    "D'accord."

     

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    Sans hâte les deux amants sortent du Blue Velvet et prennent le chemin de l'appartement de Jeanne.

     

     

     

    San Myshuno - Appartement de Jeanne Lol

     

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    Dès qu'ils sont seuls et à l'abri des regards, les amants de toujours s'enlacent, s'embrassent, se câlinent, les caresses pleuvent sur ces corps jamais rassasiés l'un de l'autre.  Une passion qui semble éternelle, se nourrir d'elle-même, les peaux qui se cherchent, les soupirs qui se croisent et se noient les uns dans les autres.  Les gémissements se perdent dans un silence plus puissant quand le désir se dérobe, enfle, insupportable, lorsque l'autre joue et l'un subit avant que tous deux s'abandonnent au plaisir.

     

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    L'histoire de Marius et Jeanne a débuté il y a plus de deux décennies.  Ils n'étaient encore que des enfants.  Ils étaient déjà irrésistiblement attirés l'un par l'autre, s’arque-boutant l'un sur l'autre, inséparables et infernaux comme peuvent l'être des enfants.
    Ils savaient tout l'un de l'autre, pourtant ils parlaient peu d'eux-mêmes. 
    Marius savaient l'intransigeance et la cruauté dont faisaient preuve les parents de Jeanne qui vouaient à l'excellence un culte, la rabaissant sans cesse sous prétexte qu'elle était capable de meilleur, de plus.  Consciente qu'elle ne pourrait jamais satisfaire les attentes de ceux qu'elle idolâtrait, il arrivait à Jeanne de rouer de coups le premier venu pour exprimer sa frustration, devenir l'anti-thèse de ce que ses géniteurs attendaient d'elle, de tout rater avec application.  Seule la main de Marius sur la sienne, son regard dans le sien pouvait l'apaiser et faire fuir la fureur qui coulait en ses veines.

    Quant à Jeanne, oui, elle savait l'origine des hématomes qui parsemaient, régulièrement, le corps de son ami.  Elle le consolait sans un mot, le serrant très fort contre elle, embrassait chaque blessure, chaque trace que les coups portés par ses parents maltraitants avaient laissé sur sa peau, juste avant de le repousser et de lui intimer sauvagement de ne pas les laisser gagner, de crier, en colère, qu'il valait mieux qu'eux, qu'il était fort, que les humiliations ne valaient pas, qu'il était son rempart, ses fondations et ses murailles, que s'il tombait, elle tombait aussi.  Marius avait tenu bon alors, toujours.  Un roc.  Elle avait fait de lui un roc. 

     

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    Jeanne est toutes les premières fois de Marius.  Le premier baiser, les premières caresses, la découverte des corps, des plaisirs sous tous ses formes.
    Jeanne est aussi le premier, le seul, le vrai chagrin de Marius lorsqu'elle lui annonça, à même pas 16 ans qu'elle était enceinte.  Pas de lui.  De Julian, cet incapable avec qui elle traînait,  avec qui elle partait vivre, qu'elle épouserait et qu'elle a épousé.
     

     

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    Bêtement, Marius avait cru que coucher avec Jeanne, la serrer contre lui, l'embrasser, lui tenir la main faisait d'eux un couple, qu'elle l'aimait, qu'elle lui était fidèle.  La réalité de Marius et ses espoirs n'étaient pas ceux de Jeanne, de toute évidence.  Ce jour-là, lorsqu'elle lui avait annoncé qu'elle était enceinte de Julian, que ses parents la jetaient à la rue, qu'elle partait vivre avec Julian, il ne s'était pas emporté contre elle, il avait juste hésité à se jeter du haut d'une tour.  Misérable. 
    Jeanne n'en a jamais rien su.  

     

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    L'histoire de Marius et Jeanne aurait dû s'arrêter ce jour-là, lorsqu'elle lui avait annoncé qu'elle était enceinte d'un autre, ou lorsqu'elle partit vivre avec Julian, ou lorsqu'elle avait eu ses jumeaux, ou lorsqu'elle s'était mariée, ou lorsque, à son tour, Marius s'était fiancé puis marié ou lorsqu'il devint père... Ce ne fut pas le cas.  Ce ne fut jamais le cas.   Marius et Jeanne n'ont jamais cessé d'être ces amants de toujours qui se retrouvent sans cesse, ne se quittent jamais, s'enlacent toujours, qui s'embrassent, qui se câlinent, qui partagent une même passion charnelle, crue, sans fioriture ni retenue, ni pudeur. 

     

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    Sans bruit, Jeanne quitte la chambre, laissant Marius reposer.

     Elle sourit.  Dans les bras de Marius, c'est si facile de se laisser aller; les fantasmes, l'impudeur, rien n'est embarrassant, tous les jeux sont permis et les larmes, et les mots et les rires et l'amour aussi.  Faire l'amour avec Marius, c'est presque toujours mieux qu'avec n'importe qui d'autre.  Parce que oui, il y en a d'autres.

     

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    Après une toilette sommaire mais nécessaire, Jeanne se dirige vers le bar.  Un petit verre, en attendant le réveil de Marius qui ne devrait pas tarder.  Encore profiter un instant de cette douce langueur qui est la sienne et de cette solitude que Jeanne affectionne tout particulièrement.

     

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    Déjà, une main frôle la sienne. Jeanne pour peu entendrait Marius sourire à ses côtés.

     

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    "Tu bois trop, Jeanne."
    "C'est vrai.  Je bois trop, je fume trop, je baise trop."

    Il rit.  Tous deux se laissent bercer un instant par les bruits de la ville en contrebas puis Marius revient à la réalité.

    "Je vais y aller..."
    "D'accord."

     

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    Le regard de Marius revient à Jeanne.

    "Ça va?  Tu vas bien?" 
    "Oui, bien sûr.  Je vais bien."  
    "Tu n'es pas trop triste du départ de Leila?"
    "Non, évidemment non.  J'étais impatiente de pouvoir, enfin, vivre seule.  Max, c'était réglé depuis longtemps mais Leila, j'ai bien cru qu'elle ne me lâcherait jamais.  Avoir des enfants, ce n'est pas mon truc."
    "Tu es une maman géniale, les jumeaux t'adorent."
    "N'importe quoi et de toute façon, si c'est vrai, qu'ils m'adorent de loin me va très bien."
    "Tu veux que je reste?"
    "Non, non, surtout pas.  Milou t'attend."

    Marius hésite puis soupire:

    "Oui, Milou m'attend."

     

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    Le sourire de Jeanne revient doucement tandis qu'ils rentrent et que Marius se dirige vers la salle de bain, elle lance un peu fort pour qu'il l'entende.  

    "En parlant de Milou, je la vois demain."

     

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    La voix de Marius parvient à Jeanne :

    "Milou?"
    "Oui, ta femme."
    "Je sais qui est Milou, Jeanne." 
    "Ah!  et bien, ne demande pas alors."
    "Je ne demandais pas."

     

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    "Viens par là, toi.", sourit Jeanne au Commandant qui grogne à ses pieds.
    "Qu'est-ce que tu dis?"

    "Rien.  Ce n'est plus à toi que je parle, Marius."
     

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    "Ah, ok.  Et elle te veut quoi, Milou?"
    "Bah, je suppose que c'est encore pour son assoc' de petits branleurs." 

     

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    "Ce ne sont pas des petits branleurs, Jeanne", la reprend de volée Marius et Commandant semble en faire de même dans les bras de Jeanne. 

     

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    "Oh ne commence pas comme ça, Commandant.  Tu ne m'aimes pas, je ne t'aime pas mais on est obligé de composer tous les deux.  N'oublie jamais que ce n'est pas moi qui t'ai abandonné." 
    "Oui, c'est ça, des pauvres gosses qu'on n'a pas le droit d'abandonner", lui crie encore de la salle de bain Marius, qui a entendu un mot sur deux.  Jeanne évite de répliquer qu'il y en a pourtant bien des gosses qu'on ferait mieux de laisser là où ils sont plutôt que de vouloir absolument les sauver.  Les sauver, tu parles.  Des mauvaises graines, il y en a un paquet.  Des mauvaises herbes resteront toujours des mauvaises herbes.
    "Ce n'est pas à toi que je parle", répète Jeanne en soupirant.

     

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    "Oh ça alors!  Tu as viré ta fille mais tu as gardé son chat?"
    "Non, je n'ai pas gardé son chat; mais son p'tit copain, là, le Arthur, il s'est découvert tout à coup une allergie aux poils de chat.  Ce crétin."

     

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     "Ce crétin?  Qu'est-ce qu'il t'a fait, cet Arthur?  Il a l'air sympa pourtant. "

    Jeanne ricane.

    "Sympa?  Non.  Et rien, il ne m'a fait rien mais je ne l'aime pas, c'est tout.  C'est un con."

     

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    "Tu t'inquiètes pour Leila?"
    "Non.  Je ne me suis jamais inquiétée pour mes enfants.  A dix-huit mois, ils étaient déjà bien plus malins que moi je ne le serai jamais.  Des vrais escrocs."

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    Marius semble hésiter un instant puis:

    "Bon, je vais y aller."

     

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    "Il est temps que tu y ailles, oui."  

     

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    "Tu sais que tu peux, Jeanne,  m'appeler à n'importe quel moment si tu as besoin." 

     

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    " Bien sûr et toi aussi, Marius." 

     

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    Puis se penchant doucement, la main de Jeanne se pose sur la poitrine de Marius, elle ferme les yeux doucement avant de déposer un doux baiser sur la joue rugueuse de son amant qui tressaille à son toucher.

    "Sois prudent sur le chemin de retour", lui murmure-t-elle.

     

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    Marius acquiesce et quitte l'appartement de Jeanne. 

     

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    Marius jette un dernier regard - intrigant, douloureux? -  vers les fenêtres de Jeanne, puis s'éloigne.

     

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     Quant à Jeanne, après avoir tergiversé pendant un long moment, elle finit par rejoindre son bel ami de toujours, oubliant les ombres et la nuit, jusqu'à l'aube.

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    (à suivre...) 

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    10. Coup de foudre à Windenburg

     

    Chez Lalie


    "Bon, qu'est-ce que tu m'as fichu, Lucette, à Windenburg? Hum?"

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    "Je ne vois pas de quoi tu me parles, Lalie."
    "Tu ne vois pas de quoi je te parle, Lucette?! Tu te fiches de moi, c'est ça?"

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    "Bien sûr que non, enfin, Lalie, je ne me fiche pas de toi du tout. Je ne vois pas ce que j'ai pu faire de mal?"
    Je soupire.
    "Lucette, tu étais sensée m'accompagner à Windenburg pour m'aider à obtenir des infos sur la vété, là, que je remplace... Et toi... toi...Toi! Tu joues les jolis cœurs avec le premier inconnu venu!"
    "Ah tu parles de Pascal?"
    "Oui. Lucette. Je te parle de Pascal."

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    "Ecoute, Lalie, ce n'est pas de ma faute. C'est dès que je l'ai vu, dès que nos mains se sont frôlées...

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    "Bam! C'était comme une apocalypse... Enfin, comme toi avec Khaled."
    "Cela n'a rien à voir, Lucette."
    "Et pourquoi moi, je n'aurais pas le droit d'avoir le coup de foudre, comme toi?"
    Ok, je vois où elle veut en venir. Ce n'est pas très sympathique, je trouve.

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    Et elle continue à se ficher de moi, en plus.

    "Non, mais tu as vu ses yeux?!"
    "Arrête de te moquer de moi, Lucette."
    "Je ne me moque pas, Lalie. Nous, c'était si évident. Je ne pensais plus, Lalie, qu'à obtenir son numéro de téléphone. Tu vois, c'était une question de vie ou de mort."

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    "Et oui, toi, tu l'as eu, son téléphone. Ok, Lucette, j'ai compris le message. Ecoute, nous n'allons pas nous appesantir plus avant là-dessus. Tu m'as dit qu'après Windenburg, tu partais. Donc, tu pars, maintenant."
    "Partir?"
    "Ah mais oui, tu pars! Tu rentres chez toi. Tu reprends le travail. Tu déguerpis. Tu me rends ma maison, ma vie et tu dégages."

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    "Lalie, tu ne peux pas me faire ça."

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    "Bien sûr que si, je peux faire ça."
    "Non, tu ne peux pas; j'ai dit à Pascal que j'habitais chez toi à Brindleton et je lui ai donné mon numéro de téléphone."
    "Tu lui as donné ton numéro de portable, Lucette. Ton portable fonctionne très bien ailleurs que chez moi."
    "Oui, mais non."
    "Si et si. Tu t'en vas, Lucette. C'est assez-assez. Je vais à la clinique, là, j'ai un rendez-vous et quand je rentre, tu seras partie."

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    Peu de temps plus tard, à la clinique vétérinaire de Lalie.


    "Non, mais c'est vrai, M'sieur, hein. Je sais que ce n'est pas sympa mais je n'ai pas le choix. J'en ai assez, moi, de devoir me la trimbaler toute la sainte journée, la Lucette. Vous serez d'accord avec moi, évidemment!"
    "..."

    Il me regarde d'un drôle d'air, celui-ci; à croire qu'il n'en a rien à faire de ma vie.

    "'Z'êtes M'sieur Berg?"
    "Oui. Je suis venu pour mon chat."
    "Mais oui, je sais. Je vois que vous être pressé. C'est bon, suivez-moi, je vais l'ausculter, votre chat."

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    *passe passe - ne regarde pas le renard qui passe et qui baille, j'ai déjà ma tenue de travail*


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    "Si c'était toujours Noël, je vous dirais que votre chat a trop fricoté avec le renne du Père Noël."
    "Docteur, s'il vous plaît, vous pouvez faire vot' travail, juste faire votre travail..."
    "Oui, c'est bon, je plaisante-je plaisante. Je vais vous le guérir vot' chat. Il n'empêche que vous auriez pu au moins faire l'effort de sembler intéressé quand je vous racontais ma life tout à l'heure. Non mais c'est vrai, quoi, il y a un cœur qui bat sous cette blouse de vétérinaire. Je suis un être humain, flûte alors. Alors, mon minou, tu n'es pas bien, viens là, Lalie chou va te soigner."

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    Une fois le client mal élevé reparti, je traîne un peu sur l'ordi. Je n'ai pas envie de rentrer et de découvrir que Lucette, évidemment, n'a pas déguerpi, dégagé le plancher...

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    Chez Lalie


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    Ah qu'est-ce que je disais? Evidemment, qu'elle est encore là!

    "Tu fais la tête, Lalie?"
    "..."

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    "Je pars dès que j'ai reçu l'appel de Pascal, promis, juré, craché, cochon qui s'en dédit."

    Mais qu'elle me laisse en paix avec son Pascal. Je n'y crois plus à ses promesses.

    "Tu ne veux vraiment pas rentrer avec moi, reprendre le boulot, gentiment?"
    "Non. "
    "Allez, Lalie, si tu devenais raisonnable, hum? Tu reviens avec moi, tu reprends le boulot. Et voilà."
    "Je vais courir avec Opie. J'ai besoin d'air, tu me bouffes tout mon oxygène, Lucette."

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    Au phare



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    Reprendre le boulot? C'est la seule solution pour me débarrasser de Lucette; mais je ne veux pas renoncer à ma nouvelle vie, à tous mes rêves. Pourquoi est-ce si difficile de changer de vie, d'enterrer le passé, de tout recommencer à zéro?

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    Ce matin, à Windenburg, chez les parents de la vétérinaire que je remplace, Bianca Stall. J'ai eu cette étrange sensation, en discutant avec ses parents, qu'elle et moi, finalement, nous n'étions pas si éloignées.

    "Bianca voulait recommencer une nouvelle vie à Brindleton Bay. Elle disait que cette ville lui inspirait l'amour. Elle était certaine d'y trouver son âme sœur. "

    L'amour? L'a-t-elle trouvé, l'amour?

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    "Elle avait rencontré un gars là-bas; mais nous n'en savons pas plus, n'est-ce pas, Béate?"
    "En effet, Ruben. Elle devait venir rechercher sa fille dès que possible. Mouais, du vent, tout ça. C'est toujours le même refrain depuis que la petite est née."
    "Sa fille?"
    "Oui, Ludivine. La petite qui joue avec votre chien. Et c'est son père, là, qui parle avec votre amie. Un garçon charmant mais son boulot ne lui laisse pas beaucoup de temps pour voir sa fille. Il est sportif de haut niveau."

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    Et si au final, toute cette histoire de disparition n'en était pas une?

    "Bah, disparue, comme vous y allez. Comme d'hab, notre fille a voulu fuir ses engagements. Elle ne tardera pas à nous rappeler... quand elle aura vidé le compte en banque de son nouvel amoureux, probablement."

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    Peut-être que toute cette histoire, je l'ai inventée de toute pièce, réminiscence de mon passé et de mon job d'antan? Et si Bianca avait juste décidé de prendre l'air, qu'il n'y avait aucun mystère là-dessous?
    Je soupire. A nouveau, je n'ai pas envie de rentrer.
    Je m'en veux de ne jamais avoir demandé son numéro de portable à Khaled. C'est Lucette qui a raison, j'aurais dû au moins lui demander son numéro de téléphone. J'ai tellement envie de l'entendre, de le voir. Je misais sur le hasard.
    Qui mise sur le hasard?
    Moi. Résultat: je suis seule. Désespérée seule. Comme toujours, comme je l'ai toujours été.

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    Peut-être si je ferme les yeux, si je les serre très fort? Si je pense à lui, très fort? Peut-être va-t-il apparaître?

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    Non, évidemment, non.

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    *vvvrrr vvrrrr*


    Si c'est mon boss, je fais un malheur. Un numéro inconnu?

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    "Allo?"
    "Lalie Lol?"
    "Oui, c'est bien moi."
    "Bonsoir, c'est moi. C'est Khaled, je ne sais pas si vous vous souvenez de moi? J'ai téléphoné à la clinique, vous m'aviez dit que vous y travailliez. Vous avez laissé votre numéro de portable sur le répondeur et ... demain, je suis de passage à Brindleton. "

    Mon cœur se soulève dans ma poitrine, un souffle chaud me parcourt toute entière. C'est lui! C'est Khaled. Je l'entends prendre une profonde inspiration.

    "... et je me demandais si cela vous dirait que nous allions boire un verre ensemble, demain, donc."
    "Je ne suis pas sûre d'avoir bien entendu, Khaled. Vous me proposez d'aller boire un verre avec vous?"

    Je n'y crois pas! Je rêve encore ou quoi?

    "C'est cela oui."
    "J'aimerais beaucoup, Khaled. Avec plaisir."

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    "Alors, on dit 21 heures au bar de la piscine?"
    "Oui, c'est d'accord."
    "A demain, Lalie."
    "A demain, Khaled."

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  •  

    9. Lalie s'enlise
     


    "Ah mais oui, tu grognes et tu râles et tu grommelles, mon Opie, mais c'est de ta faute quand même. Si tu ne l'avais pas laissé entrer,.."

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    "A moi aussi, elle m' tape sur les nerfs. Je me retiens de ne pas l'éparpiller, par p'tits bouts, façon puzzle dans toute la ville *."

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    Mais je l'ai expliqué dix fois à Opie, je n'ai plus le permis de tuer. C'est comme ça. Changer de vie c'est accepter aussi de se plier à d'autres règles.

    *Ding Dong*

    Ah! Un peu de distraction, ça va être plaisant.

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    "Cela alors, copine! Tu bois même en pleine journée, toi, maintenant! Qu'est-ce qu'il t'arrive donc comme malheur?"

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    "Ce sont les fêtes de fin d'année, Lalie."
    "Oh, c'est mignon, ne t'inquiète pas. C'est fini mais l'année prochaine, tu pourras recommencer..."
    "Non, tu ne comprends pas, c'est à cette période que je me sens vraiment encore plus seule."
    "Ah mais oui, je vois, c'est sûr que des chats, on a beau dire, et tu avais beau le crier sur tous les toits, c'est sûr, ça ne peut pas remplacer une famille."

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    "..."
    "Je comprends. Tu souffres, c'est sûr, ce n'est pas facile de se lever tous les jours, seule, d'aller se coucher tous les jours seule, de manger, de se laver, d'aller promener, d'aller faire ses courses, toujours seule, sans personne à qui parler, sauf des chats, rien que des chats qui sont malades tout le temps... Evidemment que tu as des raisons de boire et d'être malheureuse, surtout que franchement, ce n'est pas l'espoir qui peut te faire vivre. Tous les mecs que t'as connus, z'étaient tous des enflures; ça ne donne pas envie."

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    *glou glou glou*

    "Je n'aurais peut-être pas dû venir, Lalie."

    *glou glou glou*

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    "Meuh si, sotte. Je suis la personne idéale à venir trouver quand on a une baisse de moral. Tu veux t'asseoir deux minutes?"
    "Je ne sais pas."
    "Meuh si, tu veux t'asseoir! Viens."

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    A peine installées sur le divan, Catarina s'écrie:

    "Oh, mais tu as de la visite, Lalie. Je ne voulais pas... je ne savais pas..."

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    "Oh non, il n'y a pas de dérangement, c'est Lucette, ma copine."
    "Ah oui, Lucette, ta copine?"
    "Oui, enfin, c'est plus une ex."
    "Ah oui? Une ex?"
    "Oui, une ex-copine, une ex-copine de ma vie d'avant."

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    "Et c'est fini, maintenant entre vous?"
    "Bah oui et non, elle habite ici pour le moment. Elle refuse de partir, tu vois? Elle s'accroche comme une moule à son rocher, impossible de la faire décrocher. J'essaye pourtant..."
    "Ah oui, je vois..."

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    "En plus, ce n'est pas facile, il n'y a qu'une chambre ici."
    "Ah oui, je vois, je te dis. Ecoute, je vais vous laisser entre vous."
    "Mais non, Cat', reste, voyons. Lucette, je te présente Catarina, ma copine."

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    "Euh copine, copine, il faut le dire vite", s'empourpre Catarina. Mais qu'est-ce qui lui prend?
    "Bonjour, Catarina. Lalie m'a beaucoup parlé de vous."
    "Ah oui...?"
    "Je suis ravie de vous rencontrer. C'est vous qui habitez seule avec des chats, c'est ça? à quelques pas d'ici?"

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    Je souris aux anges, avec un peu de chance, Catarina va inviter Lucette à voir sa maison et hop, j'en profite et je fais changer les serrures.

    "Tu pourrais peut-être inviter Lucette un de ces soirs, Cat', pour lui montrer ta maison?"
    "..."
    "Je t'en prie, Lalie, tu gènes ta copine, là."

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    "Euh je ne suis pas vraiment sa copine-copine, voyez, Madame Lucette."
    "C'est-à-dire?"

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    "C'est-à-dire que vous n'avez pas de raison d'être jalouse."
    "Ah mais je ne suis pas jalouse..."
    Jalouse? Pourquoi Lucette serait-elle jalouse, je m'insurge:

    "Mais enfin, Cat', j'ai le droit d'avoir toutes les copines que je veux. Qu'est-ce que tu racontes?"

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    Catarina rit un peu nerveusement et, l'air de rien, change de sujet.

    "Tu sais, Lalie, j'ai eu au téléphone le proprio de ma vété..."
    "La vétérinaire que Lalie remplace, c'est ça? Un peu grâce à vous si j'ai bien compris?"
    "Oui, Madame Lucette, c'est grâce à moi."

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    Vite, il faut que je réagisse avant que Lucette ne s'énerve. Celle-ci, en effet, est persuadée que j'aurais cédé plus facilement à sa demande de retour au bureau si je m'étais retrouvée oisive, à errer sans but tout au long de la journée dans ma maison vide.

    "Et qu'est-ce qu'il t'a dit, le proprio?"
    "Il m'a dit que Bianca, donc, en quittant Brindleton, lui a laissé une sacrée ardoise! Plus de six mois de loyer! Alors, il a téléphoné aux parents de Bianca qui l'ont autorisé à vendre ses affaires pour se rembourser. Il leur a renvoyé quelques petits bricoles qu'il ne parvenait pas à écouler."
    "Super! Il t'a donné l'adresse?"
    "Oui, les parents de Bianca habitent à Windenburg."

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    A Windenburg? J'ai toujours rêvé de visiter cette ville et n'en ai jamais eu le temps. Voilà une opportunité merveilleuse qui m'est offerte; en plus, ça permettra de patienter agréablement jusqu'à revoir Khaled, ce week-end. Oh! J'espère qu'il sera au bar... Il me manque tellement.

    "Et bien j'irai à Windenburg! Et pendant ce temps, tu pourrais peut-être faire visiter Brindleton à Lucette et lui faire déguster tes délicieux sandwichs au fromage fondu, Cat'! "
    "Désolée, Lalie, mais..."
    "Mais quoi? C'est toi qui te plaignais d'être seule, il y a moins d'un quart d'heure."
    "Oui, mais..."
    "Mais quoi, à la fin?"

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    Je vois Catarina déglutir avec peine.

    "Ce n'est pas que vous n'êtes pas séduisante, Madame Lucette, mais disons que vous n'êtes pas tout à fait mon type, enfin ma femme, enfin, voyez quoi."
    "Oui, je vois."
    "Ah tant mieux!"

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    "Bon et bien, je vais vous laisser. Au revoir, Lalie. Au revoir, Madame Lucette."

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    A peine Catarina a quitté la pièce que Lucette me saute dessus:

    "Pourquoi tu ne m'as parlé de la vété disparue? De ton enquête?... Tu as honte de moi ou quoi? Je pourrais faire des recherches pour toi, si tu veux..."
    "Il n'y a pas d'enquête, Lucette."
    "Oh allez, Lalie... Au moins, je peux venir avec toi à Windenburg? Hein dis oui. S'il te plaît, s'il te plaît... Rien ne pourrait me faire plus plaisir. Je t'en prie, Lalie."

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    "Et après tu rentreras chez toi?"
    "Mais oui, bien sûr."

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    "Alors, d'accord. Tu pourras m'accompagner."
    "Il faudra que tu me mettes au jus, avant, d'accord? Je serai le gentil flic, cette fois-ci... dis, tu veux bien que pour une fois ce soit moi, le gentil flic?"
    "D'accord, d'accord, Lucette."
    "Oh merci merci. Tu es tellement gentille, Lalie."

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  •  

    8. Lucette s'incruste


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    "Bon, on y va?"

    Je m'impatiente, ça fait au moins dix minutes que nous sommes plantées au sommet du phare.

    "Il n'y a pas le feu au lac", me répond Lucette d'une voix douce.

    Le lac? Il n'y a pas de lac ici. C'est la mer, enfin!
    Un ange passe, enfin une mouette... plutôt deux.

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    "Tu m'as dit que tu voulais voir de tes yeux que j'allais bien, tu l'as vu. Tu m'as dit que tu voulais voir le phare. Voilà, tu l'as vu, maintenant tu peux rentrer tranquillement chez toi."

    Mais Lucette ne semble pas m'entendre.

    "C'est incroyable. Si tu savais tout ce que j'ai lu sur ce phare."
    "Oui, je sais, tu lis beaucoup. C'est bon, maintenant, on peut y aller, Lucette."
    "Pourquoi tu es si nerveuse?"
    "Les gens d'ici n'aiment pas qu'on monte au sommet du phare."

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    Et je fais partie de ces gens-là, maintenant. J'ai l'impression d'avoir avalé le dernier chocolat et que toute la famille va me tomber dessus à bras raccourcis si je ne referme pas ce satané pot de sucreries dans la seconde et que je ne me sauve pas à Wakinaboubou.

    "Tu sais, pendant longtemps, on a cru qu'un magicien était caché dans le phare et que la lumière y émise était magique."
    "C'est tout à fait possible."
    "Quoi?"
    "Qu'il y ait eu de la magie dans ce phare."
    "Tu es sérieuse?"
    "Evidemment."

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    Lucette sourit, comme toujours, avec ce brin de tendresse qu'une mère adresserait à son enfant. Puis la voilà qui part dans le récit de Brindleton Bay. Elle raconte trop bien les histoires, je suis scotchée.

    "Par une nuit noire, faisait cap vers quelque pays inconnu, un bateau, pour le moins imposant, le saint Bernard fit naufrage face à la baie de Brindleton. Il coula à pic. Impossible de lui porter secours, les flots étaient déchaînés. On crut tout l'équipage trépassé. Pourtant, à l'aube, des canots de sauvetage accostèrent. Les habitants de Brindleton durent de longues minutes se frotter les yeux avec vigueur. L'équipage du Saint Bernard qui avait pris place dans les canots était bien incongru. Des animaux, Lalie! Aucun homme, que des bêtes!"

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    Ouaaaah... Que des bêtes!

    "Oui, tu m'as bien entendue, des chiens et des chats, serrés les uns contre les autres, transis de froid, trempés jusqu'aux os. Les animaux sautèrent des canots, s'égayèrent sur le sable, s'agitèrent entre les habitants médusés de Brindleton descendus en masse apercevoir cet étrange cortège de survivants. Ils secouaient leur pelage, aspergeant les hommes et les femmes attroupés autour d'eux, les faisant rire aux éclats, les bousculant un peu, les surprenant de leurs aboiements joyeux. Ils jappaient comme jamais et les habitants de Brindleton tombèrent en amour de cette étrange cargaison que le destin leur amenait. Jamais un chien ni un chat - le crois-tu, Lalie? n'avait posé une patte sur cette petite île. "

    Je suis à fond dedans et je ne peux m'empêcher de demander:

    "C'était la cargaison ou l'équipage? Oh Lucette, tu imagines des petits chiens et des petits chats moussaillons en train de laver le pont, avec leurs petites pa-pattes, comme ça, en glissant? C'est trop mignon."

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    Lucette ne répond pas, mais reprend de plus belle:

    "On raconte que le capitaine du Saint Bernard, ce bateau si imposant qui coula au large de Brindleton, erre dans la ville, la nuit. Il veille, dit-on, à présent sur la descendance des animaux qui ont survécu au naufrage, vérifie qu'ils ont un bon foyer où ils sont bien traités et prend à soin de leur assurer à tous, de passer leur neuf vies confortablement sur l’île des herbes mortes."
    "Waaaah... trop bien. Un sacrément bon capitaine, ce Whitaker."

    Je souris.

    "Bon, ce n'est pas tout ça, mais tu as de la route, hein Lucette? On y va?"

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    "Je ne sais pas, Lalie. J'ai bien envie d'aller faire un tour au cimetière avant."

    Heink?

    "Au cimetière... euh ce n'est pas très drôle comme pèlerinage. Moi, je n'ai pas envie. C'est nul, les cimetières."

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    "On se le fait à pierre, feuille, ciseaux?"

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    Je suis nulle à pierre-feuille-ciseaux.

    "Bataille, plutôt. Si je gagne, on n'y va pas. Si tu gagnes, on y va dans ce triste cimetière où sont enterrés les pauvres petites bêtes..."
    "D'accord."
    "Bien, on descend parce qu'ici, ça craint pour une bataille."

    Cette fois, bingo! Lucette me suit et nous redescendons du phare. J'espère que personne ne nous a vues.
    Dès le pied posé sur la terre ferme, je me mets en position de la grue qui défie son ennemi.

    "En garde, Lucette!"

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    Et je lui tombe littéralement dessus, mes coups volent, je ne les retiens pas. Il serait temps qu'elle progresse un peu, Lucette, en combat.

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    Et hop, je l'achève de mon petit taquet final; ce n'est pas bien méchant.

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    "Alors, t'as eu ton compte, Lucette? Tu vas rentrer chez toi, oui?!"

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    "C'est que j'aurais vraiment aimé voir ce lieu mythique, Lalie." chouine Lucette.
    "Bah, tu reviendras et on y ira."
    "Cela m'étonnerait que le boss m'accorde une nouvelle permission alors que je viens de foirer ma mission."
    "Ta mission?"

    Ah ah! Je savais qu'elle m'avait menti et que le boss était derrière tout ça, qu'il m'avait envoyé Lucette pour me récupérer. Raté, bougre d'imbécile! Quand Lalie dit non, elle dit non. Hé! Hé!

    "Oh ça va, Lalie... tu le savais."
    "Oui, je me doutais que ce n'était pas juste pour mes beaux yeux que tu avais fait tout ce chemin."

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    Je hausse les épaules.

    "Allez, fais risette, Lucette, ce n'est pas grave. Allez viens, allons voir ce fichu cimetière; ça va te remonter le moral de voir toutes les stèles de ces pauvres petites bêtes mortes."
    "Tu es un ange, Lalie."
    "Je le sais."

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    Nous y allons en courant. Plus vite c'est fait, plus vite Lucette sera repartie.

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    Comme prévu, cet endroit est nul. Des tombes d'animaux morts partout, des vieilles, des neuves, de chiens, de chats... Pff. Cela me file le bourdon à moi. Un bruit, un chouinement dans les buissons font se dresser mes cheveux sur ma nuque. Pour me rassurer, je me raconte que ce doit être une mouffette dans les taillis et prends bien garde à ne pas y aller mettre le museau. Je n'ai pas envie de sentir mauvais pendant des jours et des jours. Une fois, c'est arrivé à Opie... quelle infection!

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    "Dis, Lucette, tu as entendu parler de l'histoire de Monsieur Amical, l'ancien gardien du phare qui l'avait laissé s''éteindre et provoquer un naufrage dans la baie? Ou peut-être tu as lu quelque chose à ce sujet, au sujet d'un méchant chien fantôme qui crierait à la mort au sommet du phare, chaque nuit depuis ce terrible drame?"

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    "J'en ai vaguement entendu parler, oui. Il parait même qu'il y a des accidents et des disparitions étranges aux alentours du phare qu'on relie à cette ridicule histoire de fantôme: des fadaises, si tu veux mon avis. De toute façon, comme tu le sais, nous ne sommes pas là pour régler ce genre de problème; ça, c'est le travail de la police."
    "Bien sûr. On y va?"
    "Je me prendrais bien un petit verre avant. Il n'y a pas une cafétéria dans ce musée?"

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    Oh! Qu'elle me gonfle!

    "Non, ni cafétariat ni aubergiste... à peine une machine à thé mais tu n'aimes pas le thé, Lucette."
    "Ah si, en fait, maintenant j'aime bien."

    Oh quelle plaie, je n'y crois pas!

    "Allez, Lalie, s'il te plaît. Ce n'est pas comme si j'avais souvent l'occasion de jouer les touristes. Je suis toute la sainte journée enfermée dans mon bureau à..."
    "D'accord, d'accord, c'est bon. Un thé et tu y vas."
    "Voilà, un thé."

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    Et c'est reparti, mon kiki, toujours en courant. Plus vite c'est fait, plus vite Lucette sera repartie.

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    C'est en arrivant à proximité du musée que mon cœur de battre s'arrête. Il est là! C'est luiiiiii...

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    Respire, Lalie. Respire. Je sens malaise arriver, je vois double, déjà. Ce serait trop bête de tomber là. Je ne veux pas finir au cimetière des animaux.

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    Khaled n'est pas seul, il parle à une femme. Ce n'est rien, Lalie, ce n'est rien. La femme d'ailleurs n'a pas l'air très heureuse de ce que mon amoureux lui raconte.

    "Non, je t'ai dit que je ne t'accompagnais, je ne t'accompagne pas. C'est tout."

    J'inspire, je souris. Il faut y aller.

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    "Le bonjour, Khaled... Madame... Madame...?"
    "Madame, madame personne.. j'y allais de toute façon. Au revoir, Khaled."

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    "Comme je suis contente de vous revoir, Khaled."

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    Je vois bien qu'il est ému aussi de me revoir. Ni une ni deux, j'en ai tellement rêvé. Oh que c'est bon d'être dans ses bras. Il m'a tellement manqué!

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    "Pardon, mademoiselle... mais nous nous connaissons?"

    Sot, va.

    "C'est moi, c'est Lalie."

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    "Euh? Ah oui, nous nous sommes rencontrés au bar, l'autre soir. C'est ça? Bonjour, Lalie. Vous pourriez peut-être me laisser respirer un peu? vous me serrez fort, là... arrrggh..."

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    "Pardon, je ne mesure pas toujours ma force, surtout quand je suis émue. Alors, vous êtes revenu plus tôt, finalement? Je... Brindleton vous manquait déjà."
    "En fait, c'était prévu."
    "Ah oui? Prévu? Vous m'en direz tant!"

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    Misère, j'aperçois Lucette qui arrive. Elle va faire tout capoter, vite, je me penche vers Khaled.

    "Cachez-moi, vite, il ne faut pas qu'elle me voie."
    "Qui ça? Où?"

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    "La fille, là, la blonde. C'est presque bon, elle est passée. Hi hi."

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    Zut, raté, elle a dû m'entendre rire.

    "Lalie, qu'est-ce que tu fais? Ça va?"

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    Mais oui, ça va. Enfin, ça allait jusqu'à ce qu'elle débarque. Quelles sont ces forces étranges et maléfiques qui nous empêchent, mon homme et moi, d'avoir quelque moment d'intimité? Zut de zut.

    "Lucette, je te présente Khaled. Khaled, je vous présente Lucette."
    "Bonjour, Lucette. Je suis ravi de vous rencontrer."

    *force de la pensée - force de la pensée on*

    Dégage, Lucette. Dégage.

    *force de la pensée - force de la pensée off*

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    "Et bien dites, Khaled, je suis vraiment ravie de vous rencontrer moi aussi."

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    "Lalie m'a beaucoup parlé de vous."
    "Ah bon?"

    Il fait l'étonné, le galopin.

    "Lucette, pssiiitt..."

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    "Qu'est-ce qu'il y a, Lalie?"
    "Tu pourrais nous laisser seuls, s'il te plaît."

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    "Je dérange?"

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    Mais qu'elle est gourde, qu'elle est lourde, un vrai boulet, je vous jure.

    "Tu voulais un thé, non?"
    "Ah oui, oui, bien sûr. Pardon, j'avais complètement zappé l'histoire du thé. J'y vais, oui bien sûr, j'y vais."

    Ah enfin, seuls!

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    "C'était prévu donc que vous reveniez plus tôt à Brindleton? Pourquoi m'avoir dit que vous ne reveniez que les week-ends?"
    "Pardon? Ecoutez, Lalie, je..."

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    "Je n'aime pas quand on me ment, moi, Khaled. Je préfère que les choses soient claires, dès le départ. La confiance, c'est la base."
    "Je vois. Ecoutez, Lalie, je..."

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    "Bien, c'est bien si vous êtes d'accord avec moi. J'accepte vos excuses. Nous dirons que c'était un oubli de votre part et moi, j'efface l'ardoise."

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    Et soudain, me surprenant, Khaled se met à rire.

    "Vous êtes vraiment quelqu'un de très spécial, Lalie."
    "C'est vrai. Vous avez remarqué?"
    "Un peu, oui."
    "Vous me flattez!"
    "Je dois encore être bien loin de la réalité en disant cela."

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    Après avoir ri longuement, il me regarde tout gentiment. Oh je fonds.

    "Je serais bien resté plus longtemps à papoter avec vous mais je suis attendu."
    "Attendu?"
    "Oui, attendu, ailleurs. Et ce n'est pas un mensonge."
    " Ouf. J'apprécie votre franchise, Khaled."
    "Me voilà bien soulagé."

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    "Au revoir, Lalie."
    "Au revoir, Khaled. A bientôt."
    "A bientôt, oui."

    Je m'efforce de ne pas le regarder partir, sinon, je vais me mettre à pleurer, il me manque déjà. Ah! L'amour!

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    7. Qui cherche trouve


    *mode ninja enclenché*

    Ni une ni deux, je saute sur le fieffé dormeur, le saisit par les oreilles, le fait bourlinguer à travers toute la pièce.

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    Lorsque j'entends une voix, affleurer à ma conscience enragée.

    "Lalie... Lalie... *sacré**** de*****, nom de ******, sale ****** c'est moi."

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    Oh je sais que c'est elle, je l'ai reconnue dès que je l'ai tirée par les oreilles. Et alors?

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    "Personne n'entre chez moi sans y avoir été invité, bon sang ne saurait mentir, tu le sais ça! Tu le sais ça! Tu le sais ça! Dis que tu le sais ça, graine d'idiote!"
    "Oui bblll blll ... m****** Lalie! Pitié!"

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    *mode ninja doucement s'assoupit*

    "Plus jamais, jamais, tu n'entres chez moi sans autorisation! Dis-le."
    "Je le dis, je le dis, f****** de *******, Lalie!"

    Allez, une petite dernière, un petit taquet derrière la tête; ce n'est pas bien méchant.

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    Inspiration, soupir, on ouvre ses bronches à l'air, on récupère.

    "Tu n'as jamais été à la hauteur en combat, ma pauvre Lucette. Je te l'ai dit cent fois. T'es une vraie brêle."

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    "Pardon?"
    "Ouiais, tu peux bien demander pardon. C'est une véritable injure de se battre contre toi, à se demander comment tu as pu obtenir tes galons d'agent spécial."
    "T'es vraiment une pourriture, Lol."

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    "Oui, c'est vrai."

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    "Hé! Arrête de rire ce n'est pas drôle!"
    "D'accord. Fini de rire. Qu'est-ce que tu fais ici? Qu'est-ce que tu veux? "

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    "Je voulais juste savoir comment tu allais."
    "Tu pouvais téléphoner..."
    "Je ne voulais pas te laisser toute seule pour Noël."
    "J'ai toujours passé Noël seule, Lucette."

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    C'est une dure à cuire, Lucette. Au bureau, sa réputation n'est plus à faire et je n'ai pas envie de perdre mon temps à lui tirer les vers du nez. Ce temps-là est révolu. Je sais de toute façon que c'est mon crétin d'ex boss qui l'a envoyée aux nouvelles. L'important c'est qu'elle rentre chez elle et qu'elle me fiche la paix.

    "Ce n'est pas lui qui m'envoie, Lalie. Tu n'as rien à craindre. Je voulais vraiment juste... enfin, tu vois. Je m'inquiétais pour toi."
    "..."

    C'est cela, oui. En plus, elle me prend pour un lapin de six semaines.

    "Tu ne veux pas savoir comme il a pris ton départ?"
    "Non."

    Je sais comment le boss a pris mon départ puisque je l'ai eu au téléphone plus d'une fois depuis.

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    J'inspire encore et:

    "Il faut que je trouve Opie. Toi, tu t'habilles et tu t'en vas. La prochaine fois, si tu veux savoir comment je vais, tu fais comme tout le monde, tu donnes un coup de fil et tu te demandes. Pareil si tu veux me voir. On est d'accord, Lucette? Je ne fais plus partie de la maison, Lucette. Je suis libre, libérée de toute obligation. Je n'ai plus à accepter tout ça. Je ne veux plus de cette vie-là."

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    "Espion un jour, espion toujours, Lalie."

    Je fais comme si je n'avais rien entendu.

    "Et bien dis donc, Opie, je t'avais dit d'aller très loin de la maison et je te retrouve en bas des escaliers, c'est quoi, ça?"

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    "Bon, pour cette fois, je passe l'éponge mais que je ne t'y reprenne plus. Allez, mon gamin, au bain."

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    "Tarte aux pommes, mon Opie, si tu veux mon avis. Ouiep, je pense que c'est ce qu'elle va nous préparer.
    Que tu es beau, mon loulou."

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    "Je sens que ça ne va pas être évident de nous débarrasser d'elle, zut. J'aurais dû l'assommer et l'emmener dans une ruelle sombre du côté de San Myshuno, hein, Opie?! Nous aurions eu le paix comme ça. Avec un peu de chance, elle tombait sur un gang de malabars et on ne la revoyait plus jamais."

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    "Je peux encore décider de la découper en morceaux et de te donner les bouts dans ta gamelle... Ah! cette idée t'amuse, hein, mon chien?! Un ragoût de Lucette comme repas de Noël ce serait top, hein?"

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    Comme je l'ai deviné, Lucette s'est habillée mais n'a pas vidé le lieux. Elle a préparé une tarte aux pommes - Hé! Hé! -, un thé glacé et remplit le lave-vaisselle. Je me demande si Lucette n'est pas passée à côté de sa vocation: majordome lui aurait mieux convenu.

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    "Je pensais que tu serais contente de me voir, Lalie."

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    Sérieux?

    "Je pensais que je te manquais autant que tu me manques."

    Sérieux?

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    "En partant, tu as tiré un trait sur ta vie passée, c'est ça? Et sur notre amitié aussi, c'est ça? Et sur les autres aussi, n'est-ce pas? Tu ne nous as même pas dit au revoir, Lalie."

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    Encore deux réflexions de ce type et je sens que je vais me rouler par terre en demandant pardon. C'est qu'elle arriverait à me donner mauvaise conscience, dis donc.

    "Lucette, arrête, tu me donnes mal au bide. J'ai juste démissionné et déménagé à Brindleton Bay, comme vous le savez tous. Mon numéro de téléphone n'a pas changé et si vous voulez de mes nouvelles, vous m'appelez, tranquille. Je vous aime tous, tu le sais."

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    "Et toi pourquoi tu ne l'as pas fait? Pourquoi tu ne nous as pas appelés?"
    "Vous êtes des espions, Lucette. On ne dérange pas un espion. Moi, on peut me déranger, je ne suis plus un espion."
    "Espion un jour, espion toujours!"

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    "Arrête avec ça, Lucette, si tu ne veux pas que je te démolisse ta petite trogne. Je te le dis en toute amitié."

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    "OK"

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    "Dis, Lalie, je pourrais rester un peu chez toi? J'ai dit au boss que..."
    "Ah non, désolée, mais je ne crois pas que ça va être possible. Tu vois, mon amoureux est à un deux doigts d'emménager avec moi et tu serais un obstacle."
    "Ton amoureux?"
    "Oui, c'est dingue, hein. Cela m'est tombé dessus, comme ça. Pffiou.. Bang! Le coup de foudre, dès que je l'ai vu... Incroyable!"

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    Je ne me fais pas prier, je raconte toute l'histoire - qui est assez courte, en fait - à Lucette.

    "Tu veux dire que ce gars, tu l'as vu qu'une seule fois, que tu connais juste son nom..."
    "Son prénom, Lucette. Tu écoutes ou pas quand je te parle?"
    "... juste son prénom, même pas son nom donc... Et tu m'annonces il y a trente secondes que tu es à deux doigts d'emménager avec lui?"
    "Tout à fait."

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    "Mais tu es complètement à l'Ouest, ma pauvre Lalie."
    "Meuh pas du tout. Je ne vois pas pourquoi tu dis ça."
    "Laliiiiie..."

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    Un chirurgien avec une crête d'iroquois, Lalie! Enfin, tu vois, c'est ridicule. Et il en fait quoi de sa crête quand il opère? Comment tu veux, avec une telle crête, porter un calot de chirurgien pour opérer?"
    "Ben, il n'en met pas, c'est tout. Moi, je ne mets pas de calot pour opérer."
    "Tu n'es pas chirugien, Lalie."
    "Je suis vétérinaire, c'est presque pareil. C'est lui qui l'a dit..."
    "Lalie...."
    "Arrête ça, je te vois, Lucette."
    "Arrêter quoi?"
    "Ton portable. Laisse-le dans ta poche."
    "Mais... et si le barman avait raison? Une petite recherche sur notre base de données et on saura. Dips' sera discret, tu le sais."
    "Non, je ne veux pas, Lucette."
    "Mais Laliiie... comme ça, tu sauras ... au moins, s'il existe un Khaled chirurgien et on pourra comparer avec sa fiche d'identité et tu auras son nom et son adresse et..."
    "Arrête! Lucette! Je te dis que je ne veux pas."
    "Mais pourquoi? Pourquoi, Lalie?"

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    Pourquoi? Parce que je ne veux pas connaître son nom, son plat, sa couleur préférée, l'endroit où il a grandi, s'il a des frères, des sœurs, s'il aime la mer autant que moi, ses rêves, ses envies avant que lui ne m'en parle. Ce sont ses mots que je veux, son regard lorsqu'il me racontera.

    Pourquoi? Parce que je sais, viscéralement, je sais qu'il ne m'a pas menti, qu'il est qui il a dit être. Je l'ai lu dans ses yeux. Bon sang, ses yeux! Un puits de douceur, de joie de vivre, les yeux d'un homme qui en a vu tant et qui pourtant garde foi en l'humanité.

    "Et imagine, Lalie, si tu ne le revois plus jamais?"
    "Ne sois pas sotte, nous, c'est une évidence. Bien sûr, que je vais le revoir."

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    "Tu sais, Lalie, je me demande, tu voulais tellement tomber amoureuse, peut-être que tu te jettes sur le premier homme que tu croises et que tu crois que tu es amoureuse... mais en fait, non. Tu vois ce que je veux dire? Tout cela me semble un brin précipité, non?"

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    Je ne crois pas, non. Je suis sûre que non. Je sais que non. Qui cherche trouve, j'ai trouvé, voilà tout, l'amour avec un grand A. Le reste n'est que détails. Je le sais, n'en déplaise à Lucette.

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