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     San Myshuno - appartement de Cassie et Julien

     

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    "Bonjour."
    "Bonjour."

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    "Tu as bien dormi?"
    "Merveilleusement bien.  Et toi?"
    "Pareil."

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    "Pourquoi tu me regardes comme ça?"
    "Parce que je te trouve belle et que je suis trop content que tu sois là."
     

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    "Moi aussi, je te trouve beau.  Et moi aussi, je suis contente d'être là."

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    "C'est bon?"
    "Un vrai délice."

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    "Allez, zou, j'ai du boulot.  Et toi, tu vas faire quoi?"
    "Je vais aller jeter un œil à mes plantations."

    "J'ai essayé de m'en occuper au mieux, mais je crois que tu leur as beaucoup manqué, comme à moi."
    "Je te demande pardon."

    "Non, il ne faut pas.  Je comprends, Cassie.  L'important, c'est que tu sois là, que nous soyons ensemble."
    "Je t'aime, Julien."
    "Je t'aime aussi, Cassie."

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    Julien et Cassie sont tous deux affairés à un coin de l'appartement lorsque la sonnette de la porte d'entrée retentit.  C'est Julien qui se lève et va voir qui donc est là.

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     "Bonjour.  Je suis Hugo..."
    "Je sais qui vous êtes" le coupe Julien."Bonjour.  Je suis Julien Clove."
    "Oui, moi aussi, je sais qui vous êtes."

    Julien n'y va pas par quatre chemins:
    "Vous voulez quoi?"

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    Hugo décide,lui, d'y aller mollo:
    "J'aurais voulu vous parler, c'est assez important.  Enfin, si je ne vous dérange pas trop."

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    "Euh si, vous me dérangez.  Mais bon puisque vous êtes là, entrez." 

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    "Comment va Cassie?"
    "Plutôt bien en considération des événements..."
    "Je suis désolé..."
    "Pourquoi vous seriez désolé?"

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    "Je suis désolé pour tout... pour Cassie, le bébé tout ça."
    "Il ne faut pas être désolé, Monsieur."
    "Appelez-moi Hugo."
    "Hugo, il ne faut pas être désolé...  Cassie est là, elle va bien, c'est le plus important."
    "Vous avez raison."
    "Et c'est grâce à vous, je ne l'oublie pas."

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     "Je n'ai fait que ce que tout le monde aurait fait."
    "Sans doute; ce qui ne m'empêche pas de vous en remercier."
    "Et la grossesse se passe bien?"
    "C'est compliqué."
    "On m'a dit que Cassie est persuadée que cet enfant est celui de Louis?"

    Qui est "on"?

    "Oui."
    "Et vous?"
    "Je n'en sais rien.  Cassie et moi voulions un enfant.  Je ne vais pas vous bassiner les oreilles avec notre vie intime, mais avant la disparition de Cassie, nos relations étaient loin d'être chastes et il est tout aussi probable que ce soit le mien.  Si le doute n'avait pas existé, cette grossesse n'aurait jamais eu lieu."
    "Je comprends."
    "Émotionnellement, c'est difficile pour Cassie.  Elle aurait eu besoin d'un traitement anti-dépresseur mais avec cette grossesse..."

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    "On parle de moi?"

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    "Cassie!  Quel plaisir de vous revoir!"
    "Commandant, quelle surprise de vous voir ici."
    "Vous êtes resplendissante.  Votre mari ne m'a pas menti."

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    "Laissez-moi vous regarder..."

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     "Vous êtes de passage à San Myshuno,  Commandant?"
    "En fait, oui mais je voulais surtout parler à Julien."
    "Mais alors, si vous êtes de passage, il faut absolument goûter la bonne cuisine de San Myshuno."
    "Je ne sais pas si j'ai le temps..."
    "Voyons, voyons, on a toujours le temps de manger.  Il est presque midi."

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     "Moi aussi, je me ferais bien une petite pause.  Tu veux aller où, Cassie?  Quartier des épices?"
    "Oh oui... j'en rêve depuis des mois."
    "Je vais me changer et on y va."

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     "C'est bon.  On y va?"
    "On y va!"

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     "Vous vouliez parler à Julien?"
    "C'est exact.  Cela concerne Miranda Lol."
    "Miranda Lol?"
    "Ouh là, Hugo, ça fait des années que plus personne ne m'a parlé d'elle."
    "Miranda Lol?"
    "Mais oui, Cassie, tu sais, mon ex... bien avant toi, mon cœur.  J'étais encore ado."

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    Hugo sourit un peu en coin.  Ils le prennent vraiment pour un imbécile.  

    "Des années vraiment?  Pourtant lorsque l'inspecteur Hol a évoqué son nom lors de l'entretien qu'il a eu avec vous pendant votre garde à vue, suite à la disparition de Cassie, vous n'avez pas eu l'air surpris."

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    Julien, sans doute étonné par le changement de ton et la tirade de Hugo, ne dit pourtant rien.  

    "Je ne vais pas vous mentir, Julien.  Miranda bénéficie d'un programme de protection des témoins dont je suis chargé. C'est l'évocation de son nom à ce moment-là qui a déclenché une alerte et j'ai dû lui demander de quitter sa planque au plus vite.  Les personnes qui la cherchent ne plaisantent pas et nous savons qu'ils ont de yeux et des oreilles partout.  Depuis ce fameux jour, elle a disparu et je suis très inquiet, je ne vous le cache pas."

    3."..."

    "..."
    "La vie de Miranda est en danger.  Je dois la retrouver au plus vite."
    "Je suis désolé mais je ne vois pas en quoi je peux vous aider.  Je n'ai plus vu Miranda depuis très longtemps, des années.  La dernière fois c'est lorsque j'ai appris qu'elle m'avait trompé avec mon meilleur ami.  Et croyez-moi, ce n'est pas mon meilleur souvenir d'elle."

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    "C'est bizarre, mais si vous le dites, soit soit.  Cassie?"

    Cassie n'hésite pas un instant.

    "Désolée, je ne peux pas vous aider, Commandant, je ne sais rien."

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    "C'est dommage, disons que si vous aviez accepté de m'aider, j'aurais pu discuter avec les inspecteurs chargés d'enquêter sur la mort de Louis Van Laer.  Oui, l'enquête est toujours en cours, c'est rare qu'une personne se rompe la nuque en tombant.  Disons que j'aurais pu faire en sorte d'accélérer le classement de cette affaire.  Mais voilà, à présent, je me demande si je ne vous ai pas aperçu sur les lieux, Julien."
    "Moi?  Aperçu sur les lieux?"

    Julien s'étrangle.

    "Vous, oui.  D'ailleurs, la police de San Myshuno a toujours été persuadée que vous étiez dans le coup de la disparition de Cassie.  C'est laid, la jalousie. Elle peut vraiment rendre con; con au point de monter la tête à un Louis Van Laer et l'entraîner dans un kidnapping avant de lui faire porter le chapeau et l'éliminer pour être certain qu'il ne parlera pas. Et voilà qui expliquerait même pourquoi le jour de la disparition de Cassie, vous, Julien Clove, étiez avec Louis."

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    Cassie et Julien frissonnent.  Mais quel tordu, ce commandant!

    "Vous menacez Julien, Commandant?"
    "Je suis prêt à tout pour retrouver Miranda.  C'est mon job, Cassie."

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    Hugo se lève après avoir posé une carte de visite sur la table.

    "Si la mémoire vous revient, appelez-moi.  Et si vous avez l'occasion, dites à Miranda que je suis venu vous voir et qu'elle doit absolument prendre contact avec moi.  Disons que si ça se passait comme ça, je pourrais..."
    "C'est bon, on a compris!" s'énerve Cassie.

    "Portez-vous bien, Cassie.  Cela a été un plaisir de vous revoir."

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    "Tu en penses quoi?"
    "Comme toi."
    "Que tu as été sauvée par un trou du cul?"
    "Exactement.  Un trou du cul de première!"

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    "On fait quoi?"
    "Je ne sais pas."

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    "On rentre?"
    "On rentre."

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    "J'avais encore quelques doutes sur la raison qui a fait que c'est un agent spécial qui t'a trouvée..."
    "Maintenant, nous sommes sûrs que c'est Miranda qui l'a attiré là pour me trouver."

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    "Oui, c'est ce qui paraît le plus évident."
    "J'étais à l'ouest, je ne voulais pas sortir, Miranda devait trouver une personne en qui elle avait confiance pour me sortir de là."
    "C'est Hugo qu'elle a choisi."

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    "En même temps, c'était évident que Miranda ne t'aurait jamais laissé croupir dans ce trou; même si tu le lui avais demandé."
    "C'est évident."

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    "Je n'aurais jamais dû en douter.  Miranda sait à quel point je t'aime."

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    "Et pour toi, Julien, Miranda est prête à tout."
    "A tout, je ne sais pas; mais à beaucoup, ça c'est sûr."

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    "Ça va, Cassie?"
    "Oui, oui, je réfléchis, c'est tout.  Il y a quelque chose qui ne colle pas." 

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    "Je pense comme toi.  J'ai l'impression que Miranda n'a pas bêtement appelé Hugo pour le prévenir que tu étais là.  C'est comme si elle l'avait attiré sur les lieux."
    "Je pense l'avoir entendu appeler Miranda lorsqu'il est entré dans la cave."

    "C'est donc bien elle qu'il cherchait."
    "Je ne sais pas si c'est ce que nous pouvons en conclure à tous les coups."
    "Il n'empêche que si c'est Miranda qui l'appelle pour lui dire qu'elle t'a trouvée, il aurait été plus cohérent que Hugo ne se présente pas et en tout cas, pas seul sur les lieux."

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    "Tu as raison, Julien.  Surtout que d'après ce que nous comprenons, Hugo n'est pas en position de s'afficher en public, au vu de sa fonction."
    "Tout à fait.  C'est en cherchant Miranda qu'il me trouve."
    "C'est ce que je pense, Miranda a attiré Hugo sur les lieux, je ne sais pas comment mais elle a joué aux appâts pour qu'il te trouve."

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    "On peut supposer qu'elle reste sur les lieux pour vérifier que Hugo arrive.  Elle le voit effectivement mais voit aussi Louis arriver avec son père puis Louis prendre la poudre d'escampette, elle le suit, le neutralise et disparaît."
    "Ça semble cohérent, oui."

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    "La question est: pourquoi ne réapparaît-elle pas après?  Pourquoi ne donne-t-elle pas de nouvelle à Hugo?  Pourquoi renonce-t-elle au programme de protection des témoins?"

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    "Parce qu'elle n'a plus confiance en ce programme, en Hugo?"
    "C'est possible, Julien."

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    "Je reviens..."
    "Je l'espère bien."

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    "A quoi tu penses, Julien?"
    "J'espère que Miranda et sa fille vont bien.  Mia, elle s'appelle.  Elle est vraiment adorable."
    "Oui, c'est ce que tu m'as dit.  Miranda m'en a parlé aussi le jour où..."
    "Miranda m'a toujours dit qu'elle aurait une fille, un jour.  Elle la désirait tant.  Je suis heureux pour elle."

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     Cassie est émue, sent son ventre se tordre et ses dents crisser.

    "J'aurais tellement voulu que ça se passe différemment pour nous.  Tu ne peux pas savoir à quel point, je m'en veux, Julien.  C'est moi qui ai provoqué Louis.  Jamais il ne m'aurait touchée si je ne l'avais pas agressé.  Et aujourd'hui, toi et moi, nous serions tellement heureux de la venue de ce bébé.  Je m'en veux, je m'en veux tellement!"

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    "Cassie, tu t'es fait enlevée, enfermée dans une cave par un malade mental...  Au fond de toi, tu n'arrives pas à te dire que tu n'es pas coupable de tout ça?"
    "Non, je n'y arrive pas.  Je me dis que lorsque je me suis faite enlever la première fois, j'aurais dû parler mais non, il a fallu que je joue mon orgueilleuse et que je me mette en tête de me venger moi-même.  Résultat: il y a eu des morts et il y a eu Louis qui s'en est sorti pour revenir de plus belle.  Et aujourd'hui, je n'arrive pas à me pardonner de l'avoir provoqué et ..
    ."
    "Et?"
    "Et tu le sais, je suis certaine que j'aurais dû avorter, que cet enfant que je porte est celui de Louis et qu'il est le mal incarné.  Et je m'en veux encore parce que si cet enfant est le nôtre, je lui fais du mal.  Et si c'est celui de Louis, il n'a pas plus de chance d'être mauvais que le nôtre.  Tu comprends?  J'ai la sensation que j'abrite le mal en moi."

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    "Je ne crois pas au mal inné.  Cassie, je sais que pour moi, c'est plus facile.  Cet enfant, je ne le réalise pas, il est abstrait pour moi; toi, tu le sens, en toi.  Il n'y a pas une minute qui passe sans que tu le sentes que tu es enceinte et forcément, tu dois repasser sans cesse le moment où... et forcément, tu l'assimiles à cet enfant à naître. "
    "J'ai tellement peur, Julien.  Tout le temps. Et j'ai peur de ne pas y arriver lorsque cet enfant sera là.  Qu'est-ce qu'on fera si, comme je le pense, cet enfant n'est pas le nôtre?  On l'abandonnera?  Est-ce que je vais oublier cette certitude qu'il est le mal, vais-je le laisser à une autre, craindre qu'il revienne pour se venger?"
    "Se venger de quoi, Cassie?  C'est toi la victime."

    Mais Cassie n'écoute pas, les mots sont lancés et elle ne parvient plus à s'arrêter.

    "Vais-je t'imposer l'enfant d'un autre?  Vais-je, chaque fois, que je le regarderai voir Louis et le détester?  Je perds l'esprit, Julien, tu le vois, non?  Je crois que je suis folle et j'ai peur."

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    "Tu n'es pas folle, Cassie."
    "Mais si je l'étais?"

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    "Viens là."

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    "Tu m'accompagnerais chez le psy à la prochaine visite, Julien?"
    "Evidemment, c'est une très bonne idée."

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    "Ensemble?"
    "Toujours, Cassie, toujours ensemble.  Toi et moi."

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    "J'ai tellement de chance que tu m'aimes, Julien."
    "C'est moi qui ai de la chance.  Je t'aime, Cassie."

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    "Allez, on va se coucher, il est tard."
    "Oui."

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    "Merci, Julien.  Bon, je passe devant, je dois encore aller au pipi room." 

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    Après leur toilette respective, le même sujet revient sans cesse.

    "On en revient toujours à la même conclusion.  Miranda ne veut pas reprendre contact avec Hugo parce qu'il représente pour elle une menace.  Elle a donc décidé de renoncer à ce fameux programme de protection."
    "Et elle sait que Hugo la cherche et Hugo sait qu'elle sait."
     

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    "Donc le message que Hugo voudrait que tu passes à Miranda, Julien, n'est pas qu'il la cherche mais c'est qu'il est venu te voir, pour te menacer."
    "Parce qu'il sait que Miranda va se repointer si elle pense que je suis menacé."
    "Ce qui est tout à fait cohérent."
    "Cohérent et malin."
    "C'est sûr."

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    "Tu comptes la contacter, Julien?  Tu as un moyen de la joindre?"
    "Je ne sais pas.  Quant au moyen, la dernière fois que j'ai essayé, c'est resté lettre morte."

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    "..."
    "Quoi?  Pourquoi tu me regardes comme ça?"
    "Pour rien.  Je me dis qu'avec un peu de chance, les menaces de Hugo étaient juste des menaces en l'air."
    "Je ne crois pas."
    "Tu crois qu'il veut vraiment t'envoyer en prison?"

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    "Il l'a dit lui-même, Cassie, il est prêt à tout pour retrouver Miranda.  Allez, viens, on a bien besoin d'une bonne nuit de sommeil.  On y verra plus clair demain."

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    "Tu es toute tendue... Je peux?"
    "Oui, avec plaisir, merci."

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     "Pourquoi est-ce que Miranda bénéficiait d'un programme de protection de témoins, tu le sais?"
    "Non."
    "Cela doit être terrible d'être traquée comme ça, à la fois par les gens qui lui en veulent et ceux qui sont sensés la protéger."
    "Je suppose mais avec Miranda, on ne peut pas savoir."

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    "Tu t'inquiètes pour elle?"
    "Oui et non."
     

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    "Allez, au lit...!" 

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    Julien et Cassie se couchent et ferment les yeux.  Mais le sommeil fuit Cassie.  Une boule de haine se forme au cœur de ses entrailles, remontent jusqu'à sa gorge et lui donne la nausée.  Elle tente de calquer sa respiration sur la respiration apaisée de Julien, déjà endormi à ses côtés, sans y parvenir.

    N'y pouvant plus, Cassie se lève.  

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    Cassie a la tête qui tourne, une colère d'une puissance inimaginable couve en son sein.

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    Personne ne touche à Julien!

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    Je vais te trouver, petit commandant de pacotille, et je vais te faire avaler ton arrogance.  Tu te crois tout permis, mais tu n'es rien et je vais te faire regretter d'être né.  Personne, je dis bien personne, ne menace Julien!  Je ne suis pas Miranda, moi, je n'ai pas besoin que tu sois coupable de quoi que ce soit pour te défoncer la tronche!

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    Julien, éveillé, par la place laissée vide à ses côtés, se lève lui aussi.

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    "Cassie, il est deux heures du matin."

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    "Laisse-moi..."

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    "Je vais aller lui défoncer la tronche."

    La voix de Cassie est rauque et calme.

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    "Cassie, s'il te plaît, reviens te coucher."

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    "Non mais c'est une blague, tu veux que j'aille me coucher?!  Alors qu'un fils de psychopathe te menace?"

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    "Je ne laisserai plus personne s'en prendre à nous.  C'est clair?"

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    "Je vais lui faire regretter d'avoir osé ne serait-ce que penser qu'il pouvait nous manipuler, nous menacer et repartir le sourire aux lèvres."

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    "Il veut mentir?  Il veut mentir?  T'accuser de m'avoir enlevée et d'avoir tué Louis?  C'est ça?  Il veut mentir?"

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    "Et bien moi aussi, je peux mentir et moi aussi, je peux l'accuser!  Je peux réduire sa fichue carrière en miettes.  Je peux raconter que c'est lui, lui qui a fomenté tout ça avec Louis, qu'il était venu pour me tuer ce soir-là et que c'est l'arrivée d'Eric qui l'a fait reculer.  Je peux dire que pendant que Monsieur Van Laer était étendu inconscient, à terre, il est remonté pour liquider Louis."

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    "Il veut jouer au plus fort?  au plus fin?  Moi aussi, je peux mentir et je peux aller chez lui aussi et défoncer sa sale tronche de traître."

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    Cette fois, Julien élève le ton:

    "Cassie!"
    "Quoi?  tu crois que je vais te laisser te faire accuser sans broncher?  Tu crois que je vais le regarder jouer sa sous merde dans ma vie?"

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    "Cassie..." 

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    Aussi vite que la colère est montée, Cassie se calme et regarde Julien.

    "Cassie...  Ça va aller, je t'assure.  Il ne faut pas avoir peur.  Personne ne peut rien contre nous. Je te le promets.  Personne ne nous séparera."

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    "Je t'aime, Cassie.  Tu as confiance en moi, n'est-ce pas?"

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    "Oui, j'ai confiance en toi, Julien."
    "Alors, ne t'inquiète pas.  Tout ira bien."
    "D'accord."

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  • Le lilas, toujours, refleurit

    2. Là où tu erres, j'erre 

     

    Léna respire doucement, les yeux mi-clos.  Elle observe Hugo, endormi à ses côtés.  Elle voit ses pupilles bouger au travers de ses paupières.  Il doit encore faire un cauchemar.  Toujours le même cauchemar, depuis des semaines, des mois, elle en est sûre, même s'il ne lui dit rien, même s'il ne lui en parle pas.

    Léna soupire et se force à ne pas emprisonner dans la sienne la main douce de Hugo, à ne pas poser ses lèvres sur sa joue rugueuse, à ne pas emmêler ses jambes dans les siennes, à ne pas presser sa poitrine contre la sienne.  Hugo est sans doute l'homme le plus fort et le plus doux qu'elle connaisse.  Il est le plus beau aussi et le plus gentil et le plus buté... et le plus désirable.  Léna sourit. Peut-être pourrait-elle juste glisser ses doigts sous t-shirt et caresser son ventre sans le réveiller, ensuite elle glisserait vers le haut de sa poitrine, caresserait chaque centimètres carrés de son torse, approcherait ses lèvres des siennes?

    "Mon amour, où tu erres, j'erre.  Ouvre-moi la porte de tes rêves."

    Douloureusement, Léna entend Hugo gémir.  Elle voit l'instant où en sursaut, il va revenir à elle.  Le temps passe et aussi surprenant que cela puisse paraître, l'amour de Léna pour Hugo qu'elle a pensé plus d'une fois être à son apogée, ne cesse de croître.

    L2. Hugo

    Dans un soupir, Léna ferme les yeux.  Juste profiter de l'instant, du désir qui grandit en elle, de Hugo, endormi à ses côtés, comme elle en a tant rêvé.  Hugo et elle, c'était toute une histoire, c'était son histoire à elle, celle qu'elle raconterait à ses petits-enfants, c'est sûr, un jour. Un sourire se dessine sur le cœur amoureux de Léna qui avec émotion, comme souvent, se plonge dans ses souvenirs. 

    Léna a rencontré Hugo, elle disait avoir seize ans, il n'en avait guère plus.

    2. Hugo

    2. Hugo

    D'amour il fut vite question plus que d'amitié.  Deux adolescents solitaires se trouvaient, s'enlaçaient, fusionnaient. C'était l'oasis au cœur du désert aride de leur destinée.

    2. Hugo

    2. Hugo

    2. Hugo

    2. Hugo

    Les premières bagarres, les premières ivresses, les premiers joints, les premières manifs, les premières fugues, les premiers larcins, ils furent les amoureux des premiers, ensemble.  Toujours ensemble.  

    2. Hugo

    Lorsque, au seuil de sa majorité, Hugo annonça à Léna qu'il entrait dans l'armée, Léna faillit le quitter.  Son ventre d'anarchiste se retourna; mais son cœur à jamais lié à Hugo prit sa priorité et piétina sans état d'âme les poings levés et les révoltes de la gamine qu'elle était pourtant encore.

    2. Hugo

    2. Hugo

    2. Hugo

     

    "Là où tu erres, j'erre"

    2. Hugo

    Léna se trouva perdue de quartier militaire en quartier militaire, ses foyers voyageant au rythme des promotions de Hugo, jusqu'à se retrouver dans le quartier d'officiers, à boire des cappuccino avec les épouses des gradés que Léna méprisait chaque jour un peu plus.  Lorsque Léna se retrouvait entourée de ces femmes, Léna, épouvantée, les écoutait discourir sur les familles royales, les grands couturiers, les derniers films à effets spéciaux ex-tr-a-or-di-nai-res qu'elles avaient vus, les people et leurs histoires d'amour et de rupture.
    Léna les regardait et ne voyait en ces femmes que des moutons, psalmodiant des tirades de philosophes ou des vers de grands poètes ou des citations de films, marchant au pas, le sourire aux lèvres, l'air ravi de marcher vers l'abattoir, leurs maris et Hugo à leurs côtés, pour servir de chair à canon à quelques nantis de cette société que Léna continuait à haïr du profond de son âme.

    Dans ces réunions, Léna se faisait violence pour ne pas se mettre debout, lever sa tasse au ciel et comme la faisait son père porter un toast :

    "A la santé des cochons payeurs! qui servilement offrent leur bras, leur sang, leur argent pour que ces quelques uns se retrouvent le cul dans le beurre et que les autres crèvent de misère!  Du pain, des jeux pour nous, pauvres cons!"

    2. Hugo

    Hugo partait, régiment d'élite oblige, dans des pays dont Léna ne connaissait ni la prononciation ni même l'orthographe.

    Elle s'éteignait loin de lui.  Comme la fée clochette, elle se vidait de toutes ses forces lorsque Hugo quittait son espace vital.  Lorsqu'il réapparaissait, elle reprenait vie pour faner sitôt son regard quittait le sien.

    Quand Hugo et Léna se sont rencontrés, Léna racontait qu'elle avait seize ans et Hugo n'en avait guère plus.  Ils s'aimèrent comme des grands, et comme des loubards, ils firent de leur couple une meute.

    Léna aima Hugo dès le premier regard et il en fut de même pour lui.

    Ils s'aimèrent et se promirent de s'aimer toujours. 

    2. Hugo  

    2. Hugo

    2. Hugo

    2. Hugo

    2. Hugo

    Lorsque Hugo annonça à Léna, que l'armée, c'était terminé pour lui, le cœur de Léna manqua un battement et elle voulut y croire.  Léna pensa que le moment tant attendu était arrivé et que Hugo, plus jamais, ne la laisserait seule à la maison pour partir en mission, que plus jamais elle ne tremblerait à l'idée qu'il ne revienne pas.

    2. Hugo  

    Léna se jeta au cou de Hugo et la passion de son baiser n'eut d'égal que tout cet espoir qu'elle mettait en sa nouvelle vie.

    2. Hugo

    Mais le regard de Léna se troubla vite lorsqu'elle comprit que même si Hugo ne partait plus dans des pays dont elle ne connaissait ni la prononciation, ni même l'orthographe, Hugo malgré tout, affecté à la sécurité intérieure participerait encore à des missions dont elle ne saurait rien et qui mettrait en danger son aimé.

    2. Hugo

    2. Hugo

    "Avec ma prime de départ, nous allons enfin avoir cette maison dont tu rêves, Léna.  Et mon salaire couvrira largement toutes les dépenses.  Nous pourrons même partir en vacances.  Toi, moi, Amaury.  Ensemble, toujours ensemble." 

    Léna hésita, faillit refuser tout net et poser un ultimatum à Hugo:

    "Ou tu quittes définitivement et réellement l'armée, ne me prends pas pour une idiote, ou je pars."

    Mais le cœur de Léna, à jamais lié à celui de Hugo se révolta et hurla et piétina l'instinct de cette mère et épouse qu'elle était alors et voulait protéger sa famille.

    2. Hugo

    2. Hugo  

    2. Hugo

    "Arrête de regarder mon fils comme ça, je vais finir par être jaloux..."

    2. Hugo

    2. Hugo

    2. Hugo

    Le jour où Hugo annonça à Léna qu'il quittait son commandement pour une autre affectation, Léna faillit perdre Hugo à jamais, elle le sait.  Mais son cœur à jamais lié à celui de Hugo se révolta, hurla et piétina ses instincts de mère qui lui disait de protéger sa famille.

    Amaury avait à peine deux ans.

    Léna murmura à Hugo, serré contre elle:

    "Là où tu erres, j'erre."

    Et leur amour en cascade exulta.

    2. Hugo

    Comme prévu, Léna changea d'écrin mais l'attente revint et l'angoisse aussi que Hugo, définitivement, lui soit enlevé.

    2. Hugo

    2. Hugo

    Et le temps passa, Amaury grandit, Erwen s'annonça et l'angoisse resta.

    2. Hugo

    2. Hugo

    2. Hugo

    2. Hugo

    Lorsque Léna rencontra Hugo, elle racontait avoir seize ans et Hugo n'en avait guère plus.  S'ils s'étaient jurés de s'aimer toujours, c'est parce qu'ils le croyaient, tout comme ils pensaient qu'ils feraient toujours tout ensemble et n'auraient jamais à s'attendre.

    2. Hugo

    Lorsque Léna rencontra Hugo, elle racontait avoir seize ans et Hugo n'en avait guère plus.  Ils n'étaient encore que des enfants.

    2. Hugo

    2. Hugo

    2. Hugo

    Aujourd'hui, encore, Léna attend Hugo avec angoisse, chaque jour, chaque soir.  

    2. Hugo

    Aujourd'hui, alors que Léna n'est plus une enfant depuis longtemps, elle continue à aimer Hugo de tout son cœur, de toute son âme.

    2. Hugo

    2. Hugo

    "Là où tu erres, j'erre."

    2. Hugo

     "Dis-moi quels sont tes tourments, mon amour.  Cette peur nouvelle qui ne fait que grandir, cette haine que je ressens et  qui te ressemble si peu."

    2. Hugo

     "Parle-moi."

    2. Hugo

     En soupirant, Léna glisse les jambes hors du lit.  Elle a entendu du bruit au rez de chaussée.  Cela doit être sa marmaille, sans aucun doute.  Léna aime tellement ses fils, Amaury et Erwen, ses petits princes.

    "Tu es déjà levé, ma petite bouille d'amour?"

    2. Hugo

    2. Hugo

    Léna serre fort son fils contre elle, écoute Erwen lui raconter le vilain cauchemar qui l'a tiré par la pieds, oui, oui, hors du lit et file à la cuisine pour préparer le petit déjeuner lorsqu'elle voit son fils aîné, Amaury sortir en trombe de sa chambre.

    "Bonjour, mon amour, tu as bien dormi?"
    "Oui, super.  Et toi, maman?"
    "Comme une pierre, j'ai dormi comme une pierre."

    Ils rient tous les deux.  Amaury aime le rire de sa maman, sa voix toute douce et sa façon bien à elle de le regarder comme s'il était le petit garçon le plus précieux du monde.

    2. Hugo

    "Salut, frangin!"
    "Bonjou', Mau-mau."
    "On dit A-mau-ry, têtard, pas Mau-mau."
    "Oui, Mau-mau."

    2. Là où tu erres, j'erre

    "Amaury, je n'aime pas quand tu ennuies et insultes ton petit frère."

    La voix de Léna parvient à travers la porte de la salle de bains, un gargouillis lui répond. 

    2. Là où tu erres, j'erre

    Le gargouillis devient audible lorsque le petit garçon apparaît à l'entrée de la cuisine.

    "C'est vrai, je n'aurais pas dû le traiter de têtard, mais imagine qu'il se mette à m'appeler Mau-mau devant mes potes.  C'tteuh gêne, maman, t'imagines?"
    "Euh oui, j'imagine.  Dis, Amaury, à ce propos, j'aimerais bien rencontrer tes amis puisqu'on en parle."

    2. Là où tu erres, j'erre

    "Ouiep, t'inquiète, je sais, un jour p'têt bien."
    "Ce n'est pas toujours toi qui dois aller chez les gens, Amaury.  De temps en temps, ce serait bien que tu rendes la pareille, tu vois."
    "Ouiep, je te dis."

    2. Là où tu erres, j'erre

    "J'y vais, maman.  Passe une belle journée."
    "Toi aussi, mon amour.  Merci.  Mais oh, attends!  Tu n'as pas pris ton petit déjeuner, Amaury."
    "T'inquiète, maman, je mangerai en chemin."

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    "Mais où tu files comme ça, mon fils? Tu ne manges pas non plus avec maman, c'est ça?" 

    2. Là où tu erres, j'erre  

    "Bon, alors, c'est moi qui viens à toi.  On se fait les télésims, mon cœur?"
    "Lala..." s'écrie le bambin, se hissant dans le fauteuil.

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    "Pfff... E'wen veut danser comme Lalla."
    "Mais tu danses déjà dix fois mieux que Lala, mon chéri."
    "Ah oui?"
    "Oh oui!  Oh dis, j'ai une idée... et si on s'inventait un petite chorégraphie, toi et moi?"

    2. Là où tu erres, j'erre

    "E'wen pas comp'is..."
    "Une petite danse.  Toi et moi, ça te dit?"

    Erwen frappe dans ses mains et un oui chantant résonne dans la pièce.

    Léna allume la radio et Erwen, qui ne fait jamais les choses à moitié, se met à se déhancher très concentré et appliqué en rythme, avec en écho le rire doux de sa maman qui l'accompagne. 

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    "Oh mais que vois-je?  Qu'entends-je ici?  Ambiance boîte de nuit à huit heure trente du matin, dis donc!"

    Léna rit doucement, en entendant la voix et les pas de Hugo dans l'escalier.

    2. Là où tu erres, j'erre

    "Tu nous rejoins?"

    2. Là où tu erres, j'erre

     Mais Hugo n'a pas le temps de répondre, le petit Erwen, telle une fusée lancée plein pot s'est jeté sur son papa, qui a juste le temps de le réceptionner au travers de ses babillages d'enfant.  Erwen lui raconte aussi le vilain cauchemar qui l'a tiré par les pieds, oui, oui, du lit, ce matin.  

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    "Oh mon petit cœur, papa est tellement fier de toi.  Comme tu as été courageux avec ce vilain cauchemar!  T'es un vrai petit soldat, toi.  Tu sais dompter ta peur."
     "S'il te plaît, Hugo, ne dis pas ça à mon fils..."

    Hugo ne relève pas mais Erwen se plante droit comme i, piqué au vif, tout contre son père, s'agrippant à la jambe de pyjama de ce dernier et pleurniche:

    "Si!  E'wen est soldat comme papa!  E'wen sè't et p'otège comme papa!"

    2. Là où tu erres, j'erre

     "Hugo!  Dis à ton fils que tu n'es plus soldat.  Dis à ton fils ce que c'est la guerre!  Dis-lui ce qu'est un soldat!"
    "E'wen, soldat.  Quoi p'oblème?"
    "Non, Erwen!... Tu ne seras pas soldat!"

    Hugo soupire très fort, entendant claquer le déshabillé de soie de Léna comme un fouet sous les coups des frissons qui l'agitent.

    2. Là où tu erres, j'erre

    "Ne le prends pas à cœur comme ça, Léna.  Le petit dit ça comme ça."
    "Comme ça?  Il dit ça comme ça?  Tu connais beaucoup de petit garçon de deux ans qui racontent qu'ils sont nés pour mourir?"
    "Ce n'est pas ce qu'il dit, Léna."
    "Je sais qu'on naît tous pour mourir mais pas pour servir de chair à canon. Mon fils ne sera pas soldat...!"
    "Léna, arrête, tu fais peur au petit."

    Léna se tourne vers son fils, installé sur son trône:

    "Erwen, c'est vrai, maman te fait peur?"

    Le petit, concentré sur sa petite affaire, grogne comme un petit phoque:

    "Non, E'wen pas peu' de maman."

    2. Là où tu erres, j'erre

     Déjà Hugo a contourné la petite table, saisit la main de Léna et accroché son regard:

    "Cela fait dix minutes, mademoiselle, que je vous observe depuis le fond de la pièce et je me disais que vous pourriez faire de moi, le plus heureux des hommes.  Mademoiselle, accepteriez-vous de valser avec l'humble soldat de l'amour que voilà?"

    Erwen continue à grogner.

    "C'est E'wen qui danse! C'est Ewen, le soldat de l'amou'!"

    Léna se détend, sourit même.  Hugo a raison, Erwen est bien trop petit pour comprendre tout ce qu'il dit.

    "Monsieur, je ne sais si..."

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    "C'est ainsi que vous valsez, Monsieur?"
    "C'est ainsi que valse un soldat de l'amour, mademoiselle, oui."

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    Hugo inspire, calme les battements de son cœur affolé.

    "Je pars dans un quart d'heure, si tu veux aller prendre ta douche, profites-en maintenant."

    Léna sourit:

    "C'est une façon bien délicate de me dire que je ne sens pas la rose."

    Hugo rigole.

    "Ce n'est une façon très délicate de te dire que tu devrais arrêter de te pavaner à la maison en déshabillé, si tu ne veux pas que je te saute dessus."

    Léna glousse:

    "C'est plutôt toi qui aurais besoin d'une bonne douche froide, il me semble.  C'est c'lui qui dit qui est!"

    "File", rigole de plus belle Hugo.

    Et Léna obéit, file à la salle d'eau. 

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    "Léna, ça va?"
    "Oui-oui."

    2. Là où tu erres, j'erre  

    "Tu vas me manquer, Hugo."
    "Toi aussi...
    Je dois y aller, Léna.  Il faut encore que je me change."
    "Oui, oui, bien sûr."
    "Je t'ai dit comme je te trouvais belle dans cette petite robe?"

    Lénit sourit encore.

    "Dépêche-toi, tu vas vraiment finir par être en retard."

    Hugo serre très-très fort Léna contre lui.  Trop fort peut-être?  Mais ça fait du bien.

    2. Là où tu erres, j'erre

    "J'y vais.  Je ne rentre pas tard aujourd'hui.  Je devrais être là en même temps qu'Amaury."

    Léna acquiesce.  

    "N'ouvre à personne que tu ne connais pas, ok?  Tu ne dois pas sortir aujourd'hui, n'est-ce pas?"
    "Non, ne t'inquiète pas.  A tout à l'heure, mon amour.  Je t'aime."
    "Je t'aime aussi.  Et ferme bien la porte derrière moi."

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre  

    "Ne t'inquiète pas"? Bien sûr que Hugo s'inquiète.  Léna le sent et ne comprend pas.  Cela fait environ cinq ou six mois que ça dure, en même temps que les cauchemars de son compagnon sont apparus.

    Bien sûr que Hugo s'inquiète et Léna ne comprend pas pourquoi.  Sans doute cela a-t-il à voir avec son travail?  Cela ne peut avoir à faire qu'avec son travail parce que Hugo sait que Léna n'aime que lui, qu'elle n'a jamais regardé un autre homme que lui, qu'il est sa moitié, son tout, que loin de lui elle s'éteint et se fane.

    Léna soupire.

    "Dis donc, mon petit nageur, tu as décidé de jouer les fontaines aujourd'hui?"
    "Tempête!..." rigole Erwen en aspergeant de mousse sa maman.
    "Rooh... mon fils est le dieu éole?  Gare à vous les humains, il souffle et tempête, le dieu Eole."
    "Non, E'wen pas éole!  'ptune."
    "Oula...  Neptune!  Gare à ton trident, Neptune!  C'est Zeus qui te parle..."rugit Léna, faisant rire aux larmes le petit et remuer l'eau dix fois plus.
     

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre  

    "Ne t'inquiète pas"?  Bien sûr que Hugo s'inquiète et Léna ne comprend pas.  Elle ne comprend pas pourquoi Hugo s'inquiète pour elle.  
    Cela ne peut avoir affaire qu'avec son travail, Léna en est sûre.  Mais quelle affaire?
    Léna n'a pas beaucoup d'informations sur le boulot de Hugo.  Elle sait qu'il est chargé de la protection de personnes. Pourquoi?  Comment?  Elle n'en sait rien.  Elle sait juste qu'il dirige une équipe et veille au bien-être des personnes qu'il a sous sa surveillance pour une période plus ou moins longue.  En filigrane, elle a compris qu'il assurait le transport aussi de certains témoins ou condamnés; ce sont les missions les plus courtes qu'il ait.

    "Ne t'inquiète pas"?  Bien sûr que Hugo s'inquiète et Léna se sent triste de ne pouvoir mettre des mots sur cette inquiétude.  Nul qu'elle ne sait mieux à quel point c'est douloureux de s'inquiéter pour la personne qu'on aime.

    "Allez, Neptune, il est temps de sortir du bain...  Waaah!  T'es beau comme un dieu, mon fils, c'est vrai."
    "Maman, belle..."

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    "E'wen veut un jus."
    "On ne dit pas "je veux", Erwen.  On dit "je voudrais" et on ajoute la petite formule magique "s'il te plaît".

    Erwen, pas contrariant pour un sou, obéit gentiment la tête fourrée contre le bras de sa maman:

    "'voud'ait un jus, s'i' plaît, maman."
    "Bonne idée, mon loulou.  Moi, aussi, je me boirais bien un petit jus!"

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    "'aconte histoi'e du c'apaud t'op beau, maman, plaît."
    "Tu veux l'histoire du crapaud trop beau?  D'accord... Où en étais-je?"
    "'a'ive à la clai'iè'"

    2. Là où tu erres, j'erre

     "Ah oui, c'est cela.  Notre crapaud trop beau, après avoir bondi pendant des heures et des heures pour échapper au bec du vilain perroquet trop laid, caché par le couvert des arbres de la forêt touffue d'animaucity, arrive à la plus belle clairière qu'il n'a jamais vue.  Des milliers de moustiques s'ébattent dans les airs et... mais oui, mais oui, c'est un petit étang recouvert de nénuphars qu'il voit là-bas et lui tend les bras.  "Ici, je n'aurai jamais faim" s'écrie de sa grosse voix de crapaud trop beau, notre ami, et en sautillant gaiement parce qu'il lui reste des forces dans ses petites pattes, il bondit jusqu'à l'étang et s'étend, sur une feuille de nénuphar, les pattes toute étendues, la bouche ouverte vers le ciel.  Il n'a qu'à ouvrir la bouche, les moustiques s'y glissent et notre gros crapaud trop beau, très vite, ne sent plus la faim qui quelques minutes plus tôt encore lui tordait son petit ventre dodu."
    "c'apaud tout beau doit se méfier!"

    Léna gonfle les joues et avec la voix du crapaud s'écrie:"

    "Comment?  Erven?  Je devrais me méfier?  Pourquoi devrais-je me méfier?"

    Erwen, comme il est coutume, rentre dans le jeu et répond très sérieusement au crapaud.

    "Tu dois te méfier, c'apaud t'op beau.  S'il y a plein moustiques, il y a pas d'autres c'apauds ici.  Pou'quoi?"
    "Ouiii, pourquoi, petit homme?"
    "Pa'ce que clai'iè'e intè'dite..."
    "Tut tut..."reprend, Léna, les joues toutes gonflées d'air, "petit humain, aucune clairière ne peut être interdite aux crapauds!  Nous, crapauds, nous bondissons, nous dormons, nous rêvons partout où on veut.  Rien n'est interdit aux crapauds, petit d'homme."
    "Si!"  s'écrie Erwen. "'tention!"
     

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    Léna sait que Erwen, contrairement à Amaury au même âge, aime bien quand les choses sont compliquées pour le petit crapaud; alors prenant sa voix sculpturale, elle fait sursauter le petit:

    "C'est alors qu'une voix résonne dans la clairière, rebondit contre les bords, comme surgie du ciel :"Qui trouble mon repos?"
    "Vite, 'apaud!  Fuis!"

    Léna obéit:

    "Notre gros crapaud tout beau, au son de cette voix, sursaute et son courage légendaire se déploie au plus profond de sa poitrine.  N'écoutant que lui, notre ami, notre crapaud tout beau saute dans l'eau..."

    Léna ménage le suspens puis reprend un octave en-dessous.

    "Tout est noir sous l'eau, bizarrement celle-ci s'accroche à notre gros crapaud trop beau, comme si c'était plus de l'huile que de l'eau.  Une huile si graisseuse et grossière que notre crapaud tout beau se sent attiré vers les fonds."

    Erwen applaudit, le regard brillant.

    "Et alo's, maman?"

    Léna sourit, un rien taquine, elle tend les mains tout autour d'elle.

    "Et c'est là, Erwen, que tout au fond, droit devant lui, notre gros crapaud tout beau aperçoit une lumière, une lumière d'abord faible mais au fur et à mesure que crapaud trop beau s'approche, cette lumière devient plus vive, un peu bleu ... ou orange?  oh non, jaune plutôt."

    Léna se frappe le front du plat de la main.

    "Tu ne devineras jamais, Erwen, ce qui se cache dans cette eau noire, huileuse, crasseuse..."

    Erwen, effectivement, secoue sa petite tête, la bouche ouverte.

    "Crapaud tout beau n'en revient pas lui non plus, plus il s'approche plus il se sent curieux et amusé... Un arc'en-ciel, Erwen!  Le plus beau de tous les arcs en ciels, posé là.  Oui, c'est le bien le pied d'un arc en ciel que voit notre crapaud tout beau!"

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    "Enco', maman!"
    "Demain, mon trésor.  Je dois préparer le goûter pour Mau-mau."

    Erwen cache sa petite bouche en pouffant:

    "Pas Mau-mau, maman!"

    Léna exagère la prononciation du prénom de son fils aîné.

    "Amaury... oui, tu as raison, Erwen!   Tu ne lui diras pas hein?"
    "Ah mais non, maman!  Evidemment!"

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre "

    "Maman!  Tu n'avais pas fermé la porte derrière papa.  Il ne serait pas content, papa, s'il s'en rend compte."
    "..."
    "Maman, tu dois fermer la porte derrière le dernier qui sort, tu le sais, ça!  N'importe qui pourrait entrer sinon."
    "..."
    "Ce n'est pas prudent, maman, papa te l'a dit."
    "..."
    "Maman!  Oh oh tu m'entends?"
    "..."

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    Amaury fronce les sourcils, soupire et lâche l'affaire.

    "Ok, pardon, maman.  Bonjour, maman."
    "Oh bonjour, mon fils!  Ta journée s'est bien passée?  Tu as bien travaillé?... oh mais attends, que vois-je?... Ne bouge pas surtout!" 

    2. Là où tu erres, j'erre

    "Ah mais oui... là, derrière l'oreille...  Une pièce de monnaie dis donc!  Je le savais, je le savais que tu étais mon petit coq aux œufs d'or, si précieux."
    "Maman!  Arrête, les coqs ne pondent pas des œufs.  Et tu sais comment elle a fini la petite poule aux oeufs d'or?"
    "Ah mais non, Amaury!  Dans mon histoire, il n'arrive rien à mon petit coq.  Il vit encore, très heureux, d'ailleurs, aujourd'hui, au bord de sa rivière, allant à petit train aux côtés de sa petite poule, petite aile dans petite aile se promener le long de la rivière." 

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre 2. Là où tu erres, j'erre

     Amaury rigole.

    "Ok, ok, maman.  Il rentre à quelle heure, papa?"
    "Il ne devrait plus tarder.  Il m'a dit qu'il ne rentrerait pas tard."
    "Cool, j'ai un projet en sciences pour demain et je suis nul en sciences."
    "Tu n'es pas nul en sciences, Amaury, tu sais que les coqs ne pondent pas des oeufs."
    "Mouiais..."
    "Et tu l'as depuis quand ton projet de sciences?"
    "Évitons les sujets qui fâchent, maman."

    Léna soupire.

    "Amaury... Ce n'est pas sérieux."
    "Oui, je sais.  Je ne le ferai plus, maman."
    "C'est ce que tu me dis à chaque fois, Amaury.  Je vais devoir faire comme lorsque tu avais six ans et vérifier tous les soirs ton journal de classe, ton cahier de correspondance?  C'est ça?"
    "Maman, s'il te plaît.  Je suis désolé.  J'ai plein de trucs en tête."
    "Et bien, tu ferais bien d'organiser un peu mieux tout ça, Amaury, si tu ne veux pas que je le fasse."
    "D'accord.  Promis."

    2. Là où tu erres, j'erre

    "T'es pas fâchée, hein, maman?"
    "Pas trop trop... Viens là, mon fils." 

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    "Ah voilà, papa!"
    "Papa, papa, il faut que je te demande quelque chose!"
    "Les toilettes sont par là, fils, ça a l'air urgent."

    2. Là où tu erres, j'erre

    "Non, non, papa, ce n'est pas ça.  Enfin, si ... mais je voulais te demander si tu voulais bien m'aider pour mon projet en sciences, je dois faire une volcan."
    "C'est pour quand?"
    "Demain."

    La voix de Hugo grogne.

    "Amaury, ne me dis pas que Madame t'a donné ce travail aujourd'hui."
    "Non, évidemment non, je ne vais pas te dire ça.  Alors, c'est oui, tu veux bien m'aider?  Je n'y arriverai jamais seul."

    2. Là où tu erres, j'erre

    "Papa, mon petit papa, s'il te plaît..."

    2. Là où tu erres, j'erre

    "Papa, mon petit papa, je te promets que je rangerai ma chambre ce week-end, si tu m'aides."

    2. Là où tu erres, j'erre

    "Dis oui, dis oui, mon petit papa..."
    "D'accord.  Mais file aux toilettes, d'abord, tu vas finir par uriner sur le tapis."
    "Oui- oui , trop bien, merci, papa."

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    "Tu as l'air fatiguée, Léna."
    "Non, ça va bien."
    "Tu n'avais pas fermé, la porte, Léna.  Je voudrais que tu le fasses, s'il te plaît.  C'est important.  Quand je pars, tu fermes derrière moi, tu tires le verrou et tu laisses les clés sur la porte, s'il te plait, Léna."

    2. Là où tu erres, j'erre

     "Hugo, ce n'est pas comme ça que je vis.  Si quelqu'un a besoin de rentrer chez nous, il doit pouvoir entrer."
    "Léna, c'est rare les gens qui ont besoin d'entrer quelque part..."
    "Justement, tu comprends dans quelle urgence ces gens pourraient être?"
    "Léna, c'est rarement par besoin que les gens veulent entrer.  Ceux qui veulent entrer..."

    Léna le coupe, agacée:

    "Hugo, tu sais comme moi que quelqu'un de malveillant qui veut entrer, entrera, ce n'est pas une porte fermée qui l'en empêchera."
    "Léna, il ne s'agit pas que de toi.  Il y a les enfants aussi..."
    "Ah non, Hugo.  Ne m'inclus pas, ne m'implique pas et surtout n'inclus pas et n'implique pas les enfants dans ta paranoïa.  Cette conversation est close, Hugo."

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

     Hugo regarde Léna monter à l'étage.  Sans aucun doute, Léna est allée se calmer à l'étage.  Il sait que quand elle est énervée, elle a besoin de s'isoler pour laisser retomber la pression.

    "Ça va, mon fils?  C'est bon?" 

    Erwen répond, la bouche pleine:

    "Délicieux!  Plus ta'd, E'wen se'a cuisinier."
    "C'est une bonne idée, ça."

    2. Là où tu erres, j'erre  

    "E"wen a plein bonnes idées. Et ta jou'née, mon petit papa, s'est bien passée?"
    "Oui.  Et toi?"
    "C'apaud tout beau a t'ouvé un pied a'c en ciel."
    "Un pied arc-en-ciel?  C'est super!"

    Amaury, sorti des toilettes, jette un œil sur l'écran et lance un:

    "Papa, tu viens?"

    2. Là où tu erres, j'erre

     "Papa!"
    "Deux secondes, Amaury, je parle avec ton frère."

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    "Amaury, évite de mettre les doigts en bouche après avoir manipulé des produits chimiques, tu me feras plaisir."
    "Hein?  Quoi?"

    2. Là où tu erres, j'erre  

    "Dis-moi, Amaury, est-ce que je pourrais te demander quelque chose?"
    "Oui, papa, bien sûr."
    "Lorsque tu rentres de l'école, si maman n'a pas fermé la porte à clé et mis le verrou, tu pourrais le faire?"
    "Je le fais déjà, papa.  Mais maman repasse derrière moi et rouvre."
    "..."
    "Bah, tu sais, elle a peur qu'il y ait un accident, quelque chose, que quelqu'un ait besoin de se réfugier chez nous.  So-li-da-ri-té!  Tu vois quoi."
    "Oui, je vois."
    "Tu sais, c'est parce que maman doit s'occuper de nous sinon, elle passerait son temps à la soupe populaire, je suis sûr que notre maison ressemblerait à un refuge pour sans domicile fixe.  Tu vois ce que je veux dire?"
     

    2. Là où tu erres, j'erre

    Hugo acquiesce.  Il fait plus qu'imaginer, il se souvient de l'époque où il était convoqué régulièrement pas son chef de corps, lorsqu'ils habitaient encore dans le quartier militaire, et que lui était fait reproche "des gens qui traînaient dans le quartier", que Léna ramenait surtout.

    "Tenez votre femme, Sergent."

    Tenir Léna?  Léna est aussi intenable qu'indomptable.  C'est sans doute ce qui peut le plus agacer Hugo et aussi la raison pour laquelle il l'aime à en mourir.

    "C'est pour ça que tu ne ramènes jamais d'amis chez nous?  Tu as peur qu'elle ait pitié d'eux et décide de les adopter tous?"

    Amaury aurait dû rire, Hugo, lui, s'était trouvé très drôle mais le petit garçon se tortille et hop, son doigt retourne à la bouche.

    2. Là où tu erres, j'erre

    "Euh non, ça, c'est peut-être à cause de ce que j'ai raconté."
    "Ah oui?  Et qu'as-tu raconté?"

    Amaury se tortille d'une fesse sur l'autre.

    "J'ai peut-être raconté que tu étais capable de dévisser la tête de n'importe lequel de mes amis si l'envie te prenait.  Ouiep, je crois que c'est à cause de toi qu'ils ne veulent pas venir."

    2. Là où tu erres, j'erre

    "Dévisser la tête de tes camarades de classe.  Mais enfin, Amaury, pourquoi tu as raconté ça?"

    2. Là où tu erres, j'erre

    Hugo est mort de rire.

    2. Là où tu erres, j'erre

    "Bah, je ne sais pas, ça m'est venu comme ça.  Sur le moment, je n'ai pas réfléchi.  Puis c'est vrai, non?"
    "Enfin, Amaury, tu as vraiment de drôles d'idées!"
    "Mais tu pourrais le faire, hein papa?"
    "Oui, techniquement, sans doute ...mais..."
    "Ah tu vois, je n'ai pas menti et mes amis ont raison de se méfier."
    "Mais je ne ferais jamais ça, Amaury!"
     

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    "Jamais quoi?"

    Hugo et Amaury sursautent de concert et répondent d'une même voix:

    "Rien-rien."
    "Rien-rien?  Vraiment?"

    "Non, rien-rien, sauf qu'on papotait chimie, hein papa?"
    "Tout à fait, mon fils."
    "Je peux vous donner un coup de main, peut-être?" 
    "Avec plaisir, hein, papa."

    "Bien sûr."

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    "Attention, magiiiie!"

    2. Là où tu erres, j'erre  

    Mais la petite famille n'a pas le temps de se réjouir, le téléphone portable de Hugo vibre.

    "Ah papa a un appel."

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

     "Je vais devoir m'absenter."
    "Tu en as pour longtemps?"
    "Normalement non."

    Léna soupire.

    "Je te garderai une assiette..."
    "D'accord, à tout à l'heure."

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    "Mmmh, maman, ça sent drôlement bon.  On va se régaler!"
    "Je l'espère, mon chéri."

    2. Là où tu erres, j'erre

     

      Hugo est arrivé très rapidement sur les lieux de son rendez-vous.  Après vérification d'usage, il s'est installé sur un petit banc, ses pensées, toutes tournées et uniques, vers sa mission, la mission qui l'occupait depuis presque six mois, maintenant: retrouver Miranda Lol et sa fille.

    Ce soir, si les choses se goupillaient à son vœu, cette mission allait prendre un tournant que Hugo jugeait décisif.

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    Philibert Foy, le chef de la section de Hugo au ministère de la défense, arrive lui aussi sur le lieu de rendez-vous et repère rapidement Hugo assis, à l'attendre.

    "Bonjour, Hugo."
    "Monsieur..."
    "Répétez-moi, Hugo, où vous en êtes."
    "Nulle part, Monsieur, je vous l'ai dit et tant que je n'aurai pas l'autorisation que j'ai demandée il y a déjà plus de trois mois, je ne pourrai pas accomplir ce à quoi je me suis engagé.  Si la réponse est non, je préfère, Monsieur, être honnête avec vous, nous n'arriverons à rien.  Miranda Lol est planquée, elle ne sortira pas de son trou et elle ne nous laissera pas la trouver."
    "Voyons, Hugo, vous surestimez cette femme, son niveau de vigilance ne peut que diminuer avec le temps qui passe.  Elle va relever sa garde et vous la chopperez pile à ce moment."

    Hugo sent ses joues picoter et à grande peine, il refoule le fou-rire qui lui monte aux lèvres.

    "Non, monsieur.  Le niveau de vigilance de Miranda Lol ne baissera pas avec le temps."

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    "Mon cher Philibert, bonsoir.  Commandant, bonjour... Restez assis, je vous en prie.  Je suis ravi de vous rencontrer enfin,... Hugo... Me permettez-vous de vous appelez Hugo?"
    "Commandant, ça ira très bien, Monsieur de LaHauteVolée."
    "Soit, Commandant, donc.  Alors, dites-moi, vous et votre équipe n'avez toujours pas mis la main sur cette Miranda Lol, dois-je vous décharger de vos autres dossiers afin que vous y mettiez plus de cœur, dites-moi."
    "Monsieur, pardon d'intervenir, mais il est impossible de confier les autres dossiers à une autre équipe: le manque de moyen d'abord, ensuite moins les données confidentielles sont partagées, moins elles ont de chance de nous échapper.  Puis Miranda Lol, officiellement, il s'agit juste, dirais-je, d'une brebis égarée.  Elle ne peut devenir prioritaire officiellement, sous peine de..."
    "C'est bon, Philibert, j'ai compris."

    Hugo ajoute:

    "Ce n'est pas de temps à dégager à mon équipe, Monsieur, qu'il me manque.  C'est comme je l'ai dit un moyen supplémentaire dont j'ai besoin.  Il me faut un accord ferme et définitif concernant ce civil dont j'ai parlé à Monsieur Foy."

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre  

    "Il n'y a donc, selon vous, pas d'autres manières de neutraliser Madame Lol?"
    "Je connais Miranda, Monsieur.  Si elle pense qu'il est menacé, elle se montrera."
    "Pourquoi?  Dites-moi, Commandant, pourquoi?  L'amour?"

    Hugo fronce les sourcils.  Est-ce que ce gars-là, tout droit sorti de la cuisse de jupiter peut comprendre comment fonctionne Miranda?  Il faut un dixième de seconde à Hugo pour répondre à cette question.  Non, évidemment non, Monsieur de LaHauteVolée, tout frais moulu de son argent, de ses manières, de sa famille d'aristocrates, ne peut pas comprendre comment fonctionne Miranda.

    2. Là où tu erres, j'erre

    "Le pourquoi n'est pas important, Monsieur de LaHauteVolée.  C'est comme ça, c'est tout."
    "D'accord, d'accord, Commandant.  Ne croyez pas que je remette en cause vos qualités même si nous avouons que le temps qu'il vous faut à neutraliser une simple jeune femme et sa fillette ne joue pas en votre faveur."

    Hugo prend l'insulte pour ce qu'elle est et se contente de sourire, comme il convient.

    2. Là où tu erres, j'erre

     Avec grâce, l'homme en blanc fait quelques pas, se pose avec majesté sur le bord de la fontaine, ne quittant pas des yeux Hugo.
    "C'est d'accord, Commandant, vous avez notre feu vert.  Quoi qu'il arrive à Julien Clove, nous vous couvrirons."
    "Parfait."

    "Inutile de faire de rapport, Hugo."
    "Bien sûr, Monsieur." 

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

    2. Là où tu erres, j'erre

     

     

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  • Le lilas, toujours, refleurit

    1. Cassie - retour au bercail

     

    San Myshuno - Appartement de Cassie et Julien 

     

    Prends-moi dans tes bras

    "Madame Clove, c'est un plaisir de vous revoir ici.  Cela doit faire des mois que vous n'êtes pas revenue.   C'est Monsieur qui va être content."
    "Bonsoir, Monsieur Rasoya.  Madame votre mère va bien?"

    "Oui, oui.  Merci pour elle. "

    Cassie sourit doucement à l'homme.

    "Vous avez sonné, Madame?  Vous n'avez pas vos clefs?"
    "Non, j'ai perdu, mes clefs."
    "Nous avons vu à la télévision ce qu'il vous est arrivé, Madame Clove.  Maman n'en a pas mangé pendant trois jours."
    "Votre maman est une femme si sensible, je ne suis pas étonnée", répond gentiment Cassie.  "Vous l'embrasserez pour moi?"
    "Je n'y manquerai pas."
     

    Prends-moi dans tes bras


    "Et vous la rassurerez aussi?  Vous lui direz que je vais beaucoup mieux.  Je passerai boire un petit café chez vous à l'occasion, si cela lui dit."

    "Cela lui fera plaisir, Madame Clove."

    Mais la porte s'ouvre et un souffle chaud s'engouffre sur le palier, faisant pourtant frissonner Cassie.

    "Cassie?  Cassie!"

    Ne pas bouger, comme à un deux trois soleil si tu bouges, si tu trembles, tu perds.   

    Prends-moi dans tes bras

     "Cassie..."

    Prends-moi dans tes bras

    "Viens vite... Entre."

    Vite.

    Oui, vite.

    Prends-moi dans tes bras

    Prends-moi dans tes bras

    "Je me préparais des sandwichs au fromage fondu.  Tu en veux?"

    "Avec plaisir, oui."

    Prends-moi dans tes bras

    Prends-moi dans tes bras

    Prends-moi dans tes bras 

    Prends-moi dans tes bras

     "Mmmh, ça sent drôlement bon..." 

    Prends-moi dans tes bras

     "Oui, ça sent bon.  Enfin, ça sent le fromage fondu, quoi."

    Prends-moi dans tes bras

    "Tu as pris le train pour venir?"
    "Oui."

    "Le voyage s'est bien passé?  Tu n'es pas trop fatiguée?"
    "Non, ça va."
    "Tu aurais dû prévenir, je serais venu te chercher à la gare et je t'aurais préparé autre chose, des pâtes, tu adores les pâtes."
    "C'est parfait comme ça, Julien, je t'assure.  Mais c'est vrai, j'aurais dû te prévenir et c'est vrai aussi, j'adore les pâtes."

    Prends-moi dans tes bras

    "C'est prêt.  Fais attention, c'est chaud."
    "Tu n'en prends pas?"

    "Je n'ai pas très faim, finalement."

    Prends-moi dans tes bras

    Prends-moi dans tes bras 

    Prends-moi dans tes bras

    Prends-moi dans tes bras

     

    "Tu ne goûtes pas?  Ça doit être moins chaud, maintenant..."
    "Si, si, bien sûr, je goûte."

     

    Prends-moi dans tes bras

    "C'est délicieux.  Merci, Julien."
    "Je t'en prie, ça me fait plaisir, si ça te plaît."
    "..."
    "Tu as prévenu tes parents que tu étais ici?"
    "Oui, bien sûr, c'est Mamie qui m'a mise dans la train."
    "Il faudra que je pense à la remercier, alors."
    "..." 

    Prends-moi dans tes bras

    "Cassie, je..."

    Prends-moi dans tes bras

    "Non, rien.  Mange avant que ce ne soit froid." 

    Prends-moi dans tes bras

    Prends-moi dans tes bras

    "Je peux rester, cette nuit?"
    "Evidemment.  Tu es ici chez toi.  Tu as de la chance, je viens justement de changer les draps du lit."
     

    Prends-moi dans tes bras

    "Mais ne t'inquiète pas, moi, je dormirai sur le divan.  Il est très confortable, notre divan."
    "Je ne m'inquiète pas."

    Prends-moi dans tes bras

    "Julien?"
    "Oui?"
    "Je..."
    "Tu...?"
    "Non, rien."

    Prends-moi dans tes bras

    "Ça va, Cassie?"
    "Oui, oui."

    "Si tu dois vomir..."
    "Non, non..." 

    Prends-moi dans tes bras

    Oups!

    "Oh zut, je suis désolée."
    "Ce n'est pas grave, je vais nettoyer."
    "Oh mais tu en as même sur ton pantalon.  C'est vraiment pénible. "
    "Ce n'est pas grave, je te dis."
    "..."
    "Ah et oui, dis donc, j'en ai partout.  Quand tu fais un truc, c'est jamais à moitié."
    "Pardon."
    "Pardon? Je rêve ou Cassie Holporth s'est excusée?  Vite pince-moi!  Un miracle, un miracle vient d'avoir lieu."
    "C'est faux, totalement faux, je n'ai pas vraiment présenter des excuses.  Non, non, non.  Arrête de rire, le miraculé."
    "File sous la douche, vilaine troupe, pendant que je nettoie."

    Prends-moi dans tes bras

    Prends-moi dans tes bras

    Prends-moi dans tes bras

    Prends-moi dans tes bras

    Prends-moi dans tes bras

    ♣♣♣ 

    "Cassie?  Tu es visible?"
    "Oui, entre, j'ai fait couler l'eau de ton bain."
    "Merci, c'est adorable."

    Prends-moi dans tes bras

    Prends-moi dans tes bras

    Prends-moi dans tes bras

    Prends-moi dans tes bras

    Prends-moi dans tes bras

    "Bonne nuit, Cassie."

    Prends-moi dans tes bras

    Prends-moi dans tes bras

    ♣♣♣  

    Prends-moi dans tes bras

    Prends-moi dans tes bras

    Prends-moi dans tes bras

    Prends-moi dans tes bras

    "Tu ne dors pas?  Tu as besoin de quelque chose, Cassie?"

    Prends-moi dans tes bras

    Prends-moi dans tes bras"

    "Je voudrais que tu viennes près de moi."
    "Je suis là."

    Toujours là.

    Prends-moi dans tes bras 

    Prends-moi dans tes bras  

    Prends-moi dans tes bras

    Prends-moi dans tes bras

    Prends-moi dans tes bras

    Prends-moi dans tes bras

    "Allez, au dodo, madame."
    "Tu restes avec moi?"

    Toujours.

    "Bien sûr."

    Prends-moi dans tes bras

    Prends-moi dans tes bras

    Prends-moi dans tes bras

    "Julien?  Tu dors?"
    "Oui."

    Prends-moi dans tes bras

    La main de Cassie remonte doucement jusqu'à la joue du jeune homme qu'elle couvre d'une caresse.  Quelques larmes s'échappent des paupières closes de Julien.  Cassie gémit, veut retirer sa main.  Mais avec force, les doigts de Julien se posent sur ceux de Cassie et les serrent très fort contre sa joue, avant de les effleurer du bout des lèvres et les poser avec tendresse tout contre sa poitrine.  Un soupir, un sanglot lui répondent.

    Parfois, certaines larmes, certains gémissements, certains sanglots sont justes des larmes, des gémissements, des sanglots de joie.

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  • A l'ombre du lilas

    26. La boucle est bouclée

     

    Parc d'Oasis

    Quelque temps plus tard

     Justine médite.  Elle vient souvent là, sur ce banc.  Elle se sent plus proche de Monsieur Luigi comme ça.  Elle a l'impression qu'elle va le voir arriver, depuis le bout du chemin là, qu'il va s’asseoir à ses côtés et grogner.

    "Qu'est-ce que tu me veux encore, gamine?"

    Quelque temps plus tard

    Justine ne passe pas un jour, une nuit sans penser à Monsieur Luigi.  

    Sans cesse passent et repassent toutes leurs discussions, sur la musique, sur la vie, sur l'amour, sur les orages, sur la pluie, sur la solitude.  Puis, il y a leurs disputes aussi, mémorables et sanglantes à coup de bons mots et de sarcasmes.

    Cassie a accepté de raconter à Justine les derniers instants de Monsieur Luigi.  Bien sûr, c'est dur de l'imaginer, de savoir qu'il a eu peur ... mais en même temps, Justine avait tellement besoin de savoir.

    "Lou-Anne" est le dernier mot que Cassie a entendu de la bouche de Monsieur Luigi.  Un prénom.  Justine voudrait retrouver Lou-Anne, lui parler de son père ou de son mari ou de son frère, lui dire comme il a été courageux, qu'il était son ami, qu'il voulait la protéger et que c'est pour ça qu'il est mort; en héros.  Mais Justine ne sait pas trop où chercher.  Au final, elle ne connaissait vraiment rien de la vie d'avant de Monsieur Luigi; tout comme lui ne savait rien de la vie d'avant de Justine.  Ils étaient nés tous les deux au regard de l'autre le jour où Justine avait décidé d'empoisonner sa mère et elle-même et Julien aussi.  C'était ainsi, c'était un accord tacite entre eux que ni l'un ni l'autre n'avaient cherché à rompre.

    Quelque temps plus tard

    Soudain, Justine soupire trop profondément, agacée.  Sa mère vient de la rejoindre et de s'installer à ses côtés.

    Quelque temps plus tard

    Quelque temps plus tard

    "Il faut que tu prennes sur toi, Justine, aller de l'avant.  Je sais que c'est dur d'apprendre la disparition d'un ami, mais il faut que tu te bouges.  Ça fait des semaines que tu te traînes."

    "Laisse-moi, maman."

    "Justine... il faut que tu arrêtes.  Monsieur Luigi, n'était pas un homme bien."

    Monsieur Luigi n'était pas un homme bien?  Ça veut dire quoi "un homme bien"?  Laurine a vite oublié que c'est grâce à lui qu'elle a la vie sauve aujourd'hui.  Si Monsieur Luigi n'était intervenu, c'est sûr, Justine aurait versé le poison que lui avait remis Julia Foison dans son verre.  Ça ne fait pas de pli, de doute.  Si aujourd'hui Laurine est vivante, si aujourd'hui, elle est assise à côté de Justine, c'est grâce à Monsieur Luigi.

    "Monsieur Luigi n'était pas un homme bien?  Et qu'est-ce que tu en sais, toi, maman?"

    Quelque temps plus tard

    "C'était un alcoolique, qui avait probablement abandonné toute sa famille, qui profitait des gens, Justine."

    Justine grimace et tend la main tel un paravent pour se protéger de ces mots-là.

    "Tais-toi!  Je ne veux pas entendre ça, maman."

    Quelque temps plus tard

    "Tu dois regarder la réalité en face, Justine."

    Quelque temps plus tard

    "La réalité?  Monsieur Luigi était comme mon père, voilà la réalité."

    Quelque temps plus tard

    "Comme ton père?  Pas trop, j'espère."

    Sitôt cette parole prononcée, Laurine se décompose et Justine accuse le coup.

    Quelque temps plus tard

    Laurine voudrait ravaler ses mots, refoule les larmes qui perlent à ses paupières.

    "Pardon, excuse-moi, Justine.  Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire."

    Quelque temps plus tard

    "Tu es immonde, maman.  Tu te rends compte de ce que tu as dit?  Chaque nuit, je rêve de ce que m'a fait ce monstre.  Chaque nuit, je t'entends me dire que tout ça n'est pas grave, que je dois oublier, qu'il est parti.  Il parti!  Mais cette bonne blague, maman!  Tu t'en es débarrassée, tu lui as offert une nouvelle vie et moi... moi, maman!  "

    "Je voulais te protéger, Justine.  Je ne voulais pas que les gens sachent ce que ton père t'avait fait..."

    Justine est au bord du malaise.

    "Tu ne voulais pas que les gens sachent?  Mais moi, je voulais que tout le monde sache ce qu'il m'a fait, ce salopard qui était mon père!  J'avais besoin de sentir que ce n'était pas moi la coupable mais lui!...  Tu me dégoûtes, maman."

    Quelque temps plus tard

    Et sans se retourner, Justine court à en perdre haleine.  Cette fois, c'est terminé.  C'est la dispute ultime, la dernière, celle de trop.  Justine fait son sac et s'en va.  Partir et ne jamais revenir.

    "Justine, je t'en prie, reviens..."

    Quelque temps plus tard

     

    ♣♣♣♣ 

     Windenburg - Chez les Van Laer

     

    "Oh papa...  je suis si contente."

    Après plusieurs semaines d'hospitalisation et le double en revalidation, Eric a regagné son foyer.

    Diane se serre très fort contre la poitrine de son père.  Elle a eu tellement peur de le perdre.

    "Tout va bien.  Tout ira bien, maintenant, papa."

    "Oui, ma toute belle."

    Dana serre les paupières, très fort.  Si seulement, ça pouvait être vrai et aussi simple que cela, qu'il suffise qu'Eric réapparaisse, rejoigne le foyer pour que tout s'apaise.

    Il faudrait déjà que Dana touche un mot ou deux à Eric, au sujet des nouveaux "amis" que fréquente Diane, qui défilent à la maison, ces derniers temps.  Il lui semble qu'il doit y en avoir encore l'un ou l'autre affalé dans leur salon.

     Encore faudrait-il que Eric sorte de son mutisme...?  Lui en veut-il d'avoir aidé Louis à sortir de l'HP?  Pourquoi ne lui parle-t-il pas?  Même lui hurler dessus lui irait.  Mais non, il se tait sur tout ce qui est essentiel, il ne répond à aucune de ses questions qu'en discourant sur la météo.  

    Dana en a marre d'entendre parler des températures moyennes du mois de juillet, des records de pluviosité à Dragon Valley, de la dernière secousse sismique de Sixam.

    Et franchement, Dana, elle n'en a rien à secouer de savoir que le plus vieux bonhomme du monde habite à Oasis et qu'il a dépassé les 120 ans et qu'il se nourrit exclusivement de pruneaux.

    Oui, vraiment, tout part à vau l'eau, plus rien n'a de sens.  Partir, voilà ce qu'ils devraient, tous, faire.  Partir, recommencer tout, ailleurs, loin de Louis et de son fantôme qui doit traîner quelque part, ici, c'est sûr.  Souvent, Dana sent son parfum, sent son souffle dans son dos.  Devient-elle folle, elle aussi, comme la première femme d'Eric? 

     De toute façon c'est à se demander - et Dana se le demande trois fois tous les jours - si tout le monde n'est pas fou dans cette famille, dans cette ville, dans ce monde d'abrutis.  Ouiep, il n'y a pas vraiment de doute, la dégénérescence de la race, c'est aujourd'hui et maintenant.

    ♣♣♣♣

    Granite Falls

     "Walter, c'étaient les meilleures vacances de toute ma vie.  Merci merci."

    26.  Quand 'y en a plus, y'en a encore

    "Moi aussi, j'ai adoré."

    Walter a hésité.  Carine lui a souri doucement.

    "C'est lundi que tu prends ton affectation à San Myshuno?"

    "Oui."

    "Tu reviendras de temps en temps?"

    "J'ai vendu la maison."

    Carine ferme les yeux, un instant, semble hésiter.

    26.  Quand 'y en a plus, y'en a encore

    Walter en profite, il s'éclaircit la gorge, Carine relève les paupières.

    "Ces dernières semaines ont été un enchantement.  Carine, je voudrais te dire tant de choses mais je ne sais pas dire toutes ces choses-là.  Alors... "

    Walter pose un genou à terre.

    "Je sais que je n'ai pas été un bon mari.  Je sais que je suis trop flic, trop jaloux, trop peu cultivé, trop fier, trop orgueilleux pour une femme comme toi."

    "Walter..."

    "Mais je sais aussi que je ne peux pas vivre avec toi, que je me sens vide sans toi, nul, triste."

    26.  La boucle est bouclée

    "J'ai fini par comprendre pourquoi tu es partie la première fois.  Tu es partie parce que je voulais changer pour toi alors que tout ce que tu voulais, c'était moi.  Tu ne voulais pas que je change parce que tu m'aimes comme je suis: trop flic, trop jaloux, trop peu cultivé, trop fier, trop orgueilleux ."

    Walter a souri.

    "Je devrais pouvoir ne rien changer à tout ça."

    Puis levant la main, tremblant un peu:

    "Carine, accepterais-tu de m'accompagner à San Myshuno?"

    26.  La boucle est bouclée

    "Carine, veux-tu m'épouser?"

    Le silence qui suit est oppressant.

    "Non, Walter, je suis désolée..."

    Et d'un geste, Carine repousse les mains de Walter.

    26.  La boucle est bouclée

     Walter est comme foudroyé sur place.

    26.  La boucle est bouclée

     "Comment ça?  Non?" est tout ce que Walter arrive à dire.

    26.  La boucle est bouclée

     "Non, parce que non, Walter."

    26.  La boucle est bouclée

     

    "Non parce que la dernière fois, j'ai dit oui et ça ne s'est pas bien fini.  Non parce que je refuse que tu gâches ce moment que j'attends depuis cinq ans..."

    A son tour, Carine se racle la gorge.

    "Hum hum..."

    26.  La boucle est bouclée

    Et là, contre toute attente, c'est Carine qui pose le genou à terre.

    "Walter, je voudrais te dire tant de choses mais je ne sais pas dire toutes ces choses-là moi non plus.  Alors, je serai brève..."

    26.  La boucle est bouclée

    "Walter, accepterais-tu de faire de moi la femme la plus heureuse de simcity, du monde tout entier, de l'univers?  Walter accepterais-tu cet anneau, symbole de mon amour?  Walter Hol, je t'aime et je veux passer le restant de mes jours à tes côtés.  Walter Hol, me reprendrais-tu? Me pardonnerais-tu?  M'aimerais-tu assez pour lier à jamais ton destin au mien?"

    26.  La boucle est bouclée

    Walter ne peut retenir ses larmes.

    "Oh Carine, oui, oui, oui, oui, oui..."

    En tremblant, Walter passe l'anneau à son doigt et Carine se jette dans ses bras.

    26.  La boucle est bouclée

     

    ♣♣♣♣ 

    San Myshuno - Palais des exposition

    "Cette exposition est une vraie réussite."

    Olga serre sa fille dans ses bras.  

    "Je suis vraiment heureuse pour toi, Sarah."

    Sarah sourit, elle resplendit.  Les invités sont ravis, les journalistes sont élogieux, les acheteurs sont nombreux, les commandes remplissent le carnet de Sarah de la première à la dernière page.  C'est vrai que c'est un succès!  Sarah est aux anges.   Le bonheur, finalement, ne tient qu'à un fil - enfin, plutôt à un pinceau - jamais elle n'en a été plus sûre et plus convaincue.  C'est ce que lui a appris la disparition de Louis.  Plus jamais, elle l'a juré, elle ne se laissera guider par ses pulsions ailleurs que dans son art.

    "C'est magnifique, dis donc.   Je ne regrette pas d'être passé."

    Une voix douce et suave, reconnaissable entre cent fait se retourner la jeune fille et lorsque son regard croise les yeux de Ludo, son cœur se met à battre à cent pulsations à la minute. 

     

    "Oh Ludo.  Je suis si contente que tu sois venu!  Vraiment, ça me touche."

    ♣♣♣

    Newcrest - chez Hugo et Léna

    "Qu'est-ce que tu fais chez moi?"

    26.  Quand 'y en a plus, y'en a encore

    "J'ai eu ton message, Hugo."

    "J'imaginais que tu serais suffisamment intelligente pour partir loin, très loin, Miranda."

    26.  Quand 'y en a plus, y'en a encore

    "Je ne peux pas passer ma vie à regarder dans le rétroviseur si tu y es, Hugo."

    Hugo s'est penché en avant, très sérieux, froid, distant.

    "Miranda, ce n'est pas personnel.  Ce sont les ordres.  Tu n'aurais pas dû venir."

    26.  Quand 'y en a plus, y'en a encore

    Miranda pince les lèvres.

    "Je te l'ai dit, Hugo, je ne vais pas passer ma vie à regarder derrière moi si tu y es.  Je sais pertinemment que tu me trouveras.  Alors me voilà."

    26.  Quand 'y en a plus, y'en a encore

    "C'est ça que tu veux, Miranda?"

    Miranda secoue la tête.

    "Non, mais je n'ai pas le choix.  Et quitte à mourir, je préfère que ce soit de ta main, Hugo.  "

    Hugo jette un œil à Mia qui se tient éloignée de sa maman, occupée avec son jouet.

    "Miranda, tu me proposes un combat à mort, ici, devant chez moi, devant ta gosse?"

    Miranda rit.

    "Je sais que je gâche ton plaisir de chasseur en faisant cela.  Mais oui."

    Miranda soupire:

    "Hugo, je n'ai pas peur de mourir.  Une vie pour une vie, c'est juste; et moi, j'en ai tellement à mon passif que tu ferais amende honorable à beaucoup de monde en exécutant les ordres, je ne veux pas te mentir."

    26.  Quand 'y en a plus, y'en a encore

    "Mais Mia, Hugo, est innocente.  C'est un bébé.  Un tout petit bébé."

    Miranda sourit, s'approche.  Hugo ne se recule pas.

    "Personne ne s'en prend à ma fille, Hugo."

    Et c'est à cet instant que Hugo sent sa poitrine se déchirer, qu'il se traite d'idiot et entend ce murmure:

    "Tu es un soldat, pas un assassin, Hugo."

    26.  Quand 'y en a plus, y'en a encore

    26.  Quand 'y en a plus, y'en a encore

    La douleur est atroce ... si atroce qu'à chaque fois, Hugo s'éveille, le cœur battant, comme aujourd'hui, encore.

    Trempé de sueur, Hugo se lève.  

    Miranda Hugo

    C'est toujours le même cauchemar qui le hante, le réveille en sueur.  Il n'arrive pas à oublier que Miranda lui a parlé de sa femme et de ses enfants.  Il rêve sans cesse qu'elle l'attend, devant chez lui et lui ouvre la poitrine, là, à quelques mètres de Léna, ses enfants.  

    Miranda Hugo

     Toute la journée, il sait qu'il va entendre cette phrase, cette unique phrase:

    "Tu es un soldat, pas un assassin, Hugo."

    Et toujours, c'est l'image de Mia qui va s'imprimer à cet instant dans son cerveau. 

    Miranda Hugo

    L'enquête d'Hugo piétine.  

    Miranda Hugo

    Les jours passent, inexorablement.  

    Miranda Hugo

    Aucune trace, aucune piste.  Miranda s'est littéralement volatilisée.   Hugo pensait que le problème principal de Miranda résiderait dans l'argent qu'elle devait récupérer pour sa fuite; mais apparemment, ce problème-là avait été réglé.  Malgré les gardes devant la banque, son coffre était vide lorsque Hugo a obtenu qu'on le lui ouvre.

    Miranda Hugo

     Aucune trace, aucune piste.  Sur aucune image qu'on lui a transmise il n'a reconnu Miranda.  Ce n'était pas elle ni à la garde Windenburg, ni à la banque de Willow, ni au centre commercial de Newcrest.  Hugo reconnaîtrait Miranda entre mille, même si elle se teignait les cheveux ou se rasait la tête, mettait des lentilles de contact ou se grimait comme un clown.  Quand Hugo voit Miranda, quand Miranda est dans les parages de Hugo, il a les poils qui se dressent, tout son corps est parcouru d'électricité, son cœur s'emballe et il se met à transpirer.  La dernière foisque cela lui était arrivé, c'était à Forgotten Hollow .  Il est sûr qu'elle était toute proche de lui ce jour-là; mais il a loupé le coche et l'a laissée filer.

    "Léna, je voudrais qu'on déménage."

    Hugo a lancé ça, entre deux bouchées de sandwich au fromage fondu que son fils avale avec appétit. 

    Miranda Hugo

     

    "Déménager?  Mais pourquoi?"

    Miranda Hugo

     

    "Enfin, oui, Hugo, si tu veux...  Tu vas changer d'affectation?"

    "Non."

    Comment Hugo pourrait-il dire " J'ai la trouille, Léna.  J'ai peur qu'elle vienne.  Sa fille, c'est toute sa vie.  Pour Mia, Miranda est prête à toutes les lâchetés.  Et j'ai la trouille." ?

    Miranda Hugo 

    "Ça va, Hugo?  Je te trouve bizarre depuis quelque temps."

    "Non, oublie, c'était une idée en l'air, le déménagement.  Tu l'aimes, cette maison."

    De toute façon, même s'ils déménageaient, Miranda les retrouverait, si elle le voulait.

    Miranda Hugo

     

    Le veut-elle?  Miranda veut-elle les retrouver?

    Finalement, c'est Hugo qui voudrait se retrouver face à Miranda et lui dire:

    "Je ne peux pas passer ma vie à regarder dans le rétroviseur si tu y es, Miranda."

    Miranda Hugo

     Hugo est fatigué.  

    Miranda Hugo

    Le manque de sommeil, les cauchemars.

    "Je t'aime, Hugo."

    "Moi aussi, Léna."

    Miranda Hugo

    Hugo se sent piégé, traqué.  Oui, pour la première fois de sa vie, il a peur, vraiment peur.

    Et s'il laissait tout tomber?  La boule au ventre, il se sépare de son épouse, fait quelques pas, sur le point de sortir, il se retourne, l'embrasse encore du regard.  Il a tellement peur que ce soit la dernière fois.

    "A ce soir, Léna."

    "A ce soir, Hugo."

     

     

    ♣♣♣♣ 

     San Myshuno - Appartement de Ludo

    Justine avait bouclé sa valise en dix minutes et était partie avant même que sa mère ne rentre d'Oasis.

    Sans réfléchir, elle a  pris un billet pour San Myshuno.  A présent qu'elle avait pris sa décision, tout lui semblait simple.  Tout n'était qu'évidence.  Elle allait retrouver Ludo, se jeter dans ses bras, lui dire qu'elle se fichait de tout sauf de lui, qu'elle l'aimait et voulait de lui s'il voulait toujours d'elle.

    Justine a respiré un grand coup avant de frapper à la porte de l'appartement de Ludo.  Ses genoux jouaient des castagnettes et son coeur du tambour.  Le rose aux joues, le sourire aux lèvres, elle se réjouissait de le voir apparaître, de se jeter dans ses bras et de lui dire toutes ces choses qu'elle s'était jusqu'alors refusées à dire. 

    Quelque temps plus tard

    Quelque temps plus tard

    "Oh Justine!  Viens entre vite.  Tu es toute tremblante."

    Quelque temps plus tard

    "J'ai quitté Windenburg, définitivement et je me disais, tu vois, Ludo, toi et moi on s'entend bien et..."

    Mais soudain, Justine se tait.  Sarah lui apparaît en aussi petite tenue que Ludo.  Un frisson glacé de haine lui remonte des pieds jusqu'au sommet du crâne.

    "C'est quoi, ça?  C'est une blague..."

    Quelque temps plus tard

    "Justine, attends, ne tire pas de conclusion... ce n'est pas ce que tu crois..." 

    26.  Quand 'y en a plus, y'en a encore

    Mais Justine, le cœur brisé, s'arrête un instant au pied de l'immeuble de Ludo.  Non, ce n'est possible, ce n'est pas vrai.  C'est impossible.   Ludo n'a pas pu lui faire ça... 

    26.  Quand 'y en a plus, y'en a encore

    26.  Quand 'y en a plus, y'en a encore

    "Mais te faire quoi, ma pauvre Justine?  Des mois que tu le balades, ton Ludo.  C'est bien fait pour ta tronche."

    Justine ravale ses larmes.  

    Tout est fini, oui elle a cette impression atroce que toute sa vie a freiné brutalement et qu'elle se retrouve les quatre fers en l'air, incapable de respirer.

    Un banc, sa guitare, la solitude.  Finalement, c'était Monsieur Luigi qui avait raison.  Rien, ni personne ne vaut la peine qu'on se donne. 

    26.  Quand 'y en a plus, y'en a encore

     ♣♣♣♣ 

     

     "Bonjour, c'est Julien.  Excusez-moi, Marguerite.  J'ai essayé de joindre Cassie, mais elle ne me répond pas."

    26.  Quand 'y en a plus, y'en a encore

    "Il n'y a pas de problème, Julien.  Je suis toujours heureuse de t'entendre.  Comment vas-tu?"

    "Ça va, ça va.  Et Cassie?  Comment va Cassie?"

    Marguerite se force à sourire:

    "Elle a mangé aujourd'hui.  Elle est en train de méditer sur la plage.  C'est sûrement pour ça qu'elle n'a pas décroché."

    26.  Quand 'y en a plus, y'en a encore

    "Je vous en prie, Marguerite, nous savons tous les deux que ça n'a rien à voir."

    26.  Quand 'y en a plus, y'en a encore

    Le ton de Julien est si triste, c'est toujours une vraie torture de l'avoir en ligne ainsi.

    "Vous pensez que je pourrais passer ce week-end?"

    26.  Quand 'y en a plus, y'en a encore

    "Je ne crois pas que ce soit une bonne idée, Julien."

    26.  Quand 'y en a plus, y'en a encore

    Marguerite a hésité puis ajouté:

    "Loin de moi l'idée de me mêler de ce qui ne me regarde pas, Julien, mais tu devrais essayer de t'amuser un peu, de te changer les idées."

    "Oui, bien sûr.  Ne vous inquiétez pas pour moi, Marguerite."

    "Je m'inquiète quand même un peu, mon garçon."

    26.  Quand 'y en a plus, y'en a encore

    "Je dois vous laisser, Marguerite."

    26.  Quand 'y en a plus, y'en a encore

    "Au revoir, Julien."

     "Au revoir."

    26.  Quand 'y en a plus, y'en a encore

    26.  Quand 'y en a plus, y'en a encore

    26.  Quand 'y en a plus, y'en a encore

    26.  Quand 'y en a plus, y'en a encore

     ♣♣♣♣ 

     

    "Cassie, il faut que tu arrêtes.  Ce n'est plus possible.  Ce pauvre Julien appelle tous les jours, Cassie."

    "Laisse-moi, Mamie, s'il te plaît."

    "Cassie, ce jeune homme t'aime.  Tu ne peux pas le traiter comme ça.  L'amour est rare, Cassie, quand il se présente avec une telle force, il faut être totalement stupide pour le refuser."

    "Et bien, disons que je suis stupide."

    "Cassie!"

    "Mamie, est-ce que je dois encore te rappeler que je suis enceinte? que je porte l'enfant d'un autre?  L'enfant d'un taré qui m'a enlevée, séquestrée, violée.  Et toi, tu veux que j'impose ça à Julien.  Mais vous n'êtes pas bien, tous!"

    "Cassie...  ce costume de martyr ne te va pas du tout.  Julien t'a répété sur tous les tons qu'il était là pour toi, qu'il voulait être là, pendant ta grossesse, après..."

    "Laisse-moi, Mamie.  S'il te plaît."

    "Je m'en vais, Cassie.  Mais je suis déçue, vraiment déçue.  Je n'aurais jamais pensé que tu laisserais Louis gagner, te séparer de Julien et faire de toi une morte-vivante.  Tu le laisses gagner, Cassie."

    Mais qu'on la laisse en paix!  Est-ce que quelqu'un peut comprendre que Cassie doit rester seule?  Est-ce que quelqu'un peut comprendre que le mal est en elle, qu'il la bouffe, la saccage de l'intérieur.  Louis ne s'est pas contenté de lui transmettre sa semence, Louis lui a transmis le mal.  Le mal tout puissant qui déjà ronge ses entrailles.  Il est là, il grandit en elle, elle le sent, il la bouffe, la dégrade...  Il est là, le mal est en elle.  Elle ne pourra pas lui résister éternellement, elle ne pourra pas toujours le contrer.  Déjà, il l'avilit.    

    Respirer, inspirer, expirer.  Doucement.

    Le démon en elle la juge déjà.  Il veut lui faire mal.  Il la frappe de l'intérieur.  Il est en colère.  Cassie a mal, Cassie souffre, le souffle court, les larmes taries.  Personne ne peut comprendre.  Louis a cherché Cassie, Louis a trouvé Cassie.  Pour le pire.  Comme il se doit et sans que personne n'y puisse rien.  Et Cassie sait, la peur la ronge, elle sait que personne ne pourra rien contre le mal qui grandit en elle, contre le mal qui naîtra, contre le mal engendré dans la colère, la douleur et la haine.  Personne ne peut sauver le monde de son enfant.  Personne.  Sauf, elle, Cassie, ... peut-être le pourra-t-elle?  Le pourra-t-elle vraiment?  Y arrivera-t-elle?  Et quel sera le prix à payer, cette fois?

     

    Fin

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    A l'ombre du lilas

    25. Au revoir, Walter

     

    Windenburg - chez Walter Hol

     

    Il a fallu une bonne heure à Miranda avant d'arriver à bon port et constater que la garde rapprochée de Walter n'était plus devant la maison.

    25. La rivière des chagrins

    La jeune femme n'a pris la peine ni de frapper, ni de sonner, ni de saluer Walter.  Le cœur de Miranda danse dans sa poitrine, léger comme une plume.  Seul compte retrouver Mia.

    "Où est Mia?"

    "Dans la chambre, elle dort."

    "Super!  Je vais la chercher."

    25. La rivière des chagrins

    Miranda, littéralement, rayonne.

    "Miranda, on peut parler deux minutes?"

    "Parler?  Bah non. Il n'y a rien à dire, Walter Hol."

    "Rien à dire?  Miranda, je viens d'avoir Sandra en ligne, la commissaire de San Myshuno.  Je la cherchais parce que je ne parvenais pas à joindre mon ami Eric... et elle m'a dit..."

    "Elle vous a dit que tout était réglé.  C'est parfait, Walter Hol.  Je viens donc rechercher ma fille, comme prévu."

    25. La rivière des chagrins

     "Miranda..."

    "Oui, je sais, finalement, vous n'avez pas eu besoin de moi.  Souvenez-vous en, Walter Hol. Je n'ai rien à voir avec le sauvetage de Cassie Holporth."

    25. La rivière des chagrins

    Walter pince les lèvres.  Il n'est pas idiot, il sait que c'est faux, il acquiesce cependant:

    "D'accord, mais sans doute tu seras contente de savoir que Cassie, en état de choc, a été transportée à l'hôpital."

    "L'important, c'est qu'elle soit en vie."

    "La police a bouclé le quartier.  En établissant le périmètre, ils ont trouvé le corps de Louis Van Laer."

    "Aaarrrfff... sans doute une mauvaise chute. Ça arrive quand on est trop pressé.  Il faut toujours être prudent."

    "C'est Louis qui a enlevé Cassie et la séquestrait, ça ne fait aucun doute.  Il y avait les restes d'un homme dans la cellule de Cassie, qu'il a probablement tué aussi.  Son identification est en cours."

    "Dites donc, ils ont fait vite pour tirer toutes ces conclusions.  Evidemment, c'est plus facile après coup, il n'y a plus qu'à déduire l'évidence."

    "Puis, il y a Eric qui est à l'hosto.  Louis l'a poignardé, c'est pour ça que je n'arrivais plus à le joindre.   C'est l'agent spécial qui lui donné les premiers soins.  C'est une blessure assez vilaine, il est sur la table d'op' là."

    "Ne vous inquiétez pas, Walter.  Je pars tout de suite, vous pourrez aller à l'hôpital prendre des nouvelles de votre ami."

    25. La rivière des chagrins

    Miranda bouscule un peu Walter et se dirige vers la chambre.

    "Mon amour, c'est maman."

    25. La rivière des chagrins

    25. La rivière des chagrins

    "Mam'..."

    25. La rivière des chagrins

    "Mia va dans sa maison?"

    25. La rivière des chagrins

     "Mia, nous ne pouvons pas rentrer tout de suite à la maison."

    "Pou'quoi?"

    25. La rivière des chagrins

     Le cœur de Miranda arrête de danser dans sa poitrine et se fige.  Comment expliquer à son petit bébé qu'un grand danger les guette?  A cause d'elle.

    "Viens là, ma beauté..."

    25. La rivière des chagrins

    25. La rivière des chagrins

    25. La rivière des chagrins

    "On va aller dire au revoir à Walter, Mia, puis maman devra régler un tout petit problème et ensuite, nous irons chercher une nouvelle maison.  Encore plus belle.  Pour toi et moi, Mia. Ensemble."

    "Oui, mam'."

    25. La rivière des chagrins

    25. La rivière des chagrins

     "Nous allons y aller, Walter."

    Walter hésite puis:

    "C'est quand même bizarre que ce soit un agent spécial qui ait retrouvé Cassie.  Cet homme a déclaré être sur une enquête sans rapport avec l'enlèvement de Cassie et être tombé par hasard sur Cassie."

    25. La rivière des chagrins

    Le sourire de Miranda est un peu las, soudain.  Hugo.  Une petite tristesse tiraille le cœur de Miranda à présent.  Elle l'aimait beaucoup, Hugo.  Elle aimait avoir confiance en lui.

    "L'important c'est que Cassie soit saine et sauve et Louis hors d'état de nuire, Walter Hol.  Ne vous prenez pas la tête avec des histoires qui ne vous concernent pas."

    Mais Walter tente encore:

    "Miranda, si tu as besoin de quelque chose, si je peux faire quelque chose pour toi..."

    "Oubliez-moi, Walter.  C'est tout ce que vous pouvez faire pour moi."

    Miranda pose Mia sur le sol.

    "Dis au revoir, Mia."

    25. La rivière des chagrins

    25. La rivière des chagrins

    "Miranda, cet homme, tu le connais? " 

    25. La rivière des chagrins

    "Walter, je ne veux pas vous manquer de respect, mais vous m'ennuyez et je suis très pressée."

    25. La rivière des chagrins

     "Miranda...?"

    "..."

    "Merci."

    25. La rivière des chagrins

     "Au revoir, Walter Hol.  Prenez soin de vous et... occupez-vous bien de Julien pour moi.  Il va avoir besoin de soutien et de beaucoup d'amour."

    25. La rivière des chagrins

     ♣♣♣♣

    "Mam', où tu cou's?"

    "Avant de régler le problème, maman doit jeter un chagrin à la rivière, ma douce."

    "Moi aussi, j'ai un chag'in à jeter."

    "Alors, vite.  Nous le jetterons ensemble ce vilain chagrin."

    25. La rivière des chagrins

    Et Miranda se met à fredonner ♪♫♪

     *

     

    "Alors, il est où ce vilain chagrin?  Quel est son nom?"

    25. La rivière des chagrins

    "Il s'appelle maison pe'due...  Il fait mal à Mia."

    25. La rivière des chagrins

    "Oh mais oui, dis donc, attends, je le vois, ce chagrin, ne bouge pas, je vais l'attraper..."

    25. La rivière des chagrins

    "Ouiiii, je l'ai!  Oula, c'est qu'il gigote, celui-là.  Il est vraiment costaud, ce chagrin!"

    25. La rivière des chagrins

    "Voilà, on n'a plus qu'à le jeter, ce vilain chagrin." 

    25. La rivière des chagrins 

    "' a va mieux.  Me'ci, Mam'. Mia aime mam''"

    "Moi aussi, mon amour, je t'aime."

    25. La rivière des chagrins 

    "Allez zou, canaille, on va régler son compte au problème de maman, maintenant." 

    25. La rivière des chagrins

     

     

     ---

     

    * Stéphanie Crayencour - Bye bye

     

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