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    Jeanne est arrivée en avance au rendez-vous fixé par Milou.  Ce n'est pas tant qu'elle est impatiente de revoir son amie, mais le bar où Milou lui a donné rendez-vous, en plus d'être situé au sommet d'une des plus hautes tours du quartier des affaires et jouit par là même d'une des vues les plus fantastiques sur la baie, possède un narguilé.  Pour Jeanne, il s'agit là d'un atout sans commune mesure avec tout le reste.  Depuis que Milou lui a fixé ce rendez-vous, Jeanne n'a pas cessé d'y penser et s'est précipitée chez l'un de ses revendeurs habituels et d'exception qui lui a préparé un petit mélange "spécial" qu'elle ne pourra qu'adorer. Jeanne est aux anges même si elle tente d'avoir l'air tout à fait naturelle.

     

     

    3. La femme de l'amant

     

     Refrénant son impatience, Jeanne s'est installée sur un des fauteuils confortables autour du narguilé, qui signe du destin, est libre.  Après avoir vérifié que le vase à chicha n'est pas trop rempli d'eau - éviter que l'eau remonte dans la pipe, c'est la base - Jeanne dispose le tabac qu'elle a choisi, en l'aérant convenablement dans le foyer.  En prenant son temps, toujours, elle allume le système de chauffe, patiente tranquillement.  Les préliminaires, c'est toujours le moment le plus excitant et Jeanne aime profiter de ces moments-là, lorsque l'envie et le désir monte.

    Toujours sans hâte, Jeanne porte le bout de la pipe à ses lèvres, tire doucement plusieurs fois puis enfin, Jeanne soupire d'aise tout à sa dégustation.

     

     

    3. La femme de l'amant

     

     Milou, elle, est arrivée à l'heure exacte du rendez-vous qu'elle a fixé elle-même à Jeanne.  Si elle a choisi ce bar pour ce faire, c'est qu'elle sait que Jeanne ne résiste jamais à ce genre d'endroit: boisson, musique et narguilé.  Il était donc certain que Milou la trouve déjà attablée au bar ou affalée dans un fauteuil autour de la machine à fumette.  Et comme prévu, c'est bien là que Milou la trouve, sous l’œil ravi des paparazzis, et ne peut s'empêcher de râler pourtant:

    "Je croyais que tu voulais arrêter de fumer? Cela ne t'embête pas les photographes, tout ça?"

    Jeanne en profite afin de tirer un gros coup sur la chicha.  Elle aurait dû arriver beaucoup plus tôt.  Zut!  Mauvais timing.

     

    3. La femme de l'amant

     

    Jeanne hausse les épaules et d'un ton irrité répond:

    "Non, je n'ai jamais dit que je voulais arrêter de fumer.  Et là, je ne fume pas, je fais des bulles.  Et ne t'occupe pas des photographes, ils ne font que leur boulot.  Et bonjour, Milou, ravie de te voir."

     

    3. La femme de l'amant

     

    "Oui, bonjour, Jeanne", baragouine Milou,  tout en soupirant après avoir essuyé le nez de son mioche et lui avoir tendu un jouet.  Le petit se laisse tomber sur son derrière, lui aussi et en roucoulant se met à jouer.  Milou s'installe aux côtés de Jeanne, toujours en soupirant.

    "La baby sit' m'a fait faux bond.  Désolée...", sourit enfin Milou.

    Jeanne fronce les sourcils:

    "Marius bosse à la maison, il ne pouvait pas garder le petit?"
    "Non, l'éditeur de Marius le harcèle, il devait rendre un chapitre de son prochain bouquin pour le 15 et on est déjà le 22."

     

     

    3. La femme de l'amant

     

     

     

    3. La femme de l'amant

     

     

     

    3. L'amie

     

      

     

    Jeanne se mord l'intérieur des joues : 

    "Tout va bien entre Marius et le petit?"

    Milou fronce les sourcils:

    "Oui, bien sûr.  Pourquoi ça n'irait pas entre le petit et Marius?"

     

     

    3. La femme de l'amant

     

     

    Jeanne balaie l'air de la main, qu'elles sont belles, ces bu-bulles... toutes ron-rondes, toutes bri-brillantes...

     

     

    3. La femme de l'amant

      

     

    Prudente, Jeanne repose l’embout du narguilé.

     

     

    3. La femme de l'amant

     

    Et elle sourit:

    "Tu veux un verre, Milou?"

    Milou regarde machinalement en direction du bar, qu'elle ne peut pas apercevoir depuis son siège et insiste:

    "Pourquoi tu me demandes si tout va bien entre le petit et Marius.  Marius t'a dit quelque chose, hier?"

    Jeanne secoue la tête.

    "Non, non, il ne m'a rien dit.  Laisse tomber, Milou.  Ce sont les bulles qui me font tourner la tête."

    Milou râle un peu:

    "Toi et Marius, vous êtes bien les mêmes, à force de vous inquiéter sans arrêt l'un pour l'autre, vous parvenez à angoisser tout le monde."

     

    3. La femme de l'amant

     

    Jeanne sourit béatement, tentée de reprendre finalement une p'tite taf de tabac amélioré qui dort, à présent et pour personne, dans le ventre du narguilé.

    "Tu devrais essayer les bulles, Milou, ça détend."
    "Je n'ai pas besoin de me détendre."

    Jeanne se retient de pouffer. 
    Milou respire profondément et se lance, autant entrer direct dans le vif du sujet:

    "Si j'ai demandé à te voir, ma chère Jeanne, c'est qu'on organise la semaine prochaine un petit spectacle au centre.  C'est un petit concours de jeunes talents."

    Jeanne a le nez qui frise.  Mince, Milou va lui demander de faire partie des jurés, c'est ça?  Dans la tête de Jeanne tourne mille excuses toutes prêtes et des mea culpa à n'en plus finir qui pourraient convenir à pareille situation jusqu'à ce que l'image de Leila vienne s'imprimer sur sa rétine et remplacer tous les mots qu'elle s'apprêtait à énoncer sur un ton chagriné.  Et merde!

     

     

    3. L'amie

     

     

    "C'est une super idée, ça!"

    Milou s'enthousiasme:

    "Oui, il y en a qui font de la magie, du violon, il y en a même qui ont préparé des sketchs et des petits scénettes.  Adèle, une de nos résidentes, n'a même pas dix ans et elle a écrit, incroyable!  elle-même une scène géniale.  Et c'est une petite qui va mettre en scène et puis, il y a les costumes aussi.  Cela va être un magnifique spectacle."

    Bof, Jeanne a des doutes.  Un spectacle d'enfant, ça reste un spectacle d'enfants avec pléthore d'entre eux bloqués sur scène, incapables de dire un mot et se contentant, benêts de regarder le public à la recherche d'une tête connue avant d'agiter le bras comme un moulin à vent.  Dire qu'il y en a pour trouver ça mignon.

    "Oh oui, dis donc, raconté comme ça, ça a l'air vraiment encore plus super", tente Jeanne qui vraiment met tout son cœur à tenter d'être enthousiaste.

    Jeanne tente alors un désespéré:

    "Tu as besoin de subsides pour les costumes ou la location de la salle?"

    Milou saute sur l'aubaine comme une puce sur le dos d'un chien:

    "Evidemment, ce n'est jamais de refus, comme c'est gentil de ta part.  Mais ce n'est pas cela que je voulais te demander."

    Et re-merde.

     

    3. L'amie

     

     

    "C'était pourquoi alors?  Je ne sais pas quand est ton concours mais je ne sais pas si je pourrais faire un juré acceptable.  Tu sais, je ne raffole pas des gosses."

    Et comme l'image de Leila s'impose à nouveau à l'esprit de Jeanne, celle-ci reprend:

    "Mais bon, évidemment, pour toi, juste pour toi, je pourrais faire un effort."

    Milou sourit:

    "Tu es toujours tellement adorable.  En fait, je voulais te demander un service plus que de participer à notre spectacle.  Mais c'est gentil, je vais y réfléchir; c'est vrai que les gens continuent à t'adorer.  Ta présence nous ferait une belle publicité; même si je me dois d'insister, cela serait mieux si tu pouvais arriver sobre."

    Et Milou de continuer sur le même ton badin et blessant:

    "C'est dingue quand même que les gens continuent à t'adorer alors que tu n'as plus rien fichu depuis des lustres.  C'est à croire que plus que ta musique ce sont tes frasques qui leur plaisaient et continuent à leur plaire."

     

     

    3. L'amie

     

     

    Jeanne se retient de soupirer, tous feux braqués vers son objectif premier: garder son calme; parce que si Jeanne adore Milou, celle-ci a quand même l'art et la manière, toujours, de la pousser dans ses retranchements avec son franc-parler et ses jugements à l'emporte-pièce.

    "Si tu en venais au fait, Milou?"

    Milou acquiesce:

    "Voilà, j'ai un petit jeune qui vient d'arriver.  Il est choupinou tout plein et je ne voudrais pas qu'il se sente mis à l'écart.  Son père..."

    Jeanne secoue la tête:

    "Aux faits, viens aux faits.  Je ne veux pas savoir pour son père, sa mère ou son hamster, sauf si ça a de l'importance pour la suite de l'histoire."

     

    3. L'amie

     

     

    Milou continue, sur un ton plus dur:

    "Je te disais donc que son père est en détention préventive, la mère..."
    "Milou...", geint Jeanne.
    "Je t'explique juste que ce gamin sera encore là lors de la soirée et il est un peu tard pour lui donner un rôle ou ... Bref, tu pourrais lui apprendre un petit air qu'il pourrait jouer sur scène comme ça, il se sentira intégré et..."

    Jeanne lève les yeux au ciel:

    "Il sait jouer d'un instrument?"
    "Non."
    "Il sait chanter?"
    "Je ne crois pas non."

    Jeanne s'exaspère:

    "Comment veux-tu qu'en dix jours ce gamin soit capable de sortir une note potable d'un instrument?"
    "C'est dans une semaine, le spectacle, pas dix jours."

     

    3. L'amie

     


    "Je ne suis pas prof de musique, Milou."
    "Tu seras parfaite."
    "Je ne sais pas, Milou.  Je ..."

    La mine de Milou se chagrine:

    "Tu ne veux pas, c'est ça?"

    Jeanne est prise comme un rat.  Elle est incapable de refuser quoi que ce soit à Milou.  C'est toujours le même cérémonial qui se termine toujours de la même façon.  En plus, cette fois, Jeanne a quelque chose à demander aussi.  

    "Je n'ai pas dit ça."
    "Oh c'est super!  Tu es super, Jeanne."

    Jeanne voit le moment où Milou va sauter sur ses pieds et l'embrasser avant de filer à l'anglaise, son gamin sous le bras.

    "Je te l'amène demain après l'école."
    "D'accord... mais attends, Milou, je voulais te demander..."

     

    3. L'amie

     

    Milou penche la tête sur le côté:

    "Tu voulais me demander...?"

    Jeanne respire un grand coup, mentalement, puis:

    "Est-ce que la place d'éducateur qui était vacante au centre a été pourvue?"

    Milou sourit, bienveillante.

    "Non, ce n'est pas facile de trouver des gens motivés.  Pourquoi tu me demandes ça?"

    Jeanne secoue la main:

    "Je te demande ça, c'est pour Leila."

     

    3. L'amie

     


    "Leila?"
    "Oui, Leila, elle cherche du travail et tu l'avais appréciée quand elle avait fait son stage et ..."
    "Et elle n'a pas terminé ni sa formation ni ses études, il lui reste deux ans.  Leila n'a pas obtenu son diplôme.  Tu l'as laissée s'installer avec son amoureux sans rien terminer.  Alors c'est facile, on fait n'importe quoi avec ses gosses et puis on nous demande de tout réparer.  C'est un peu facile quand même."

    Jeanne s'empourpre mais Milou ne s'en aperçoit pas et continue sur sa lancée. 

     

     

    3. L'amie

     

     

    Il faut dire que c'est son quotidien à Milou: les parents démissionnaires et les enfants à moitié cassés, non éduqués, non scolarisés, délinquants et mal dans leur peau et non intégrés à la société. 
    Jeanne écoute en silence.  Il n'y a rien d'autre à faire de toute façon.  Elle regarde son amie et pense que cela doit être vraiment apaisant de savoir tout ce qu'il faut faire en matière d'éducation avec ses enfants, comment les élever, comment leur donner le meilleur bagage pour l'avenir, comment les aimer, comment le leur dire...  Cela paraît simple quand on écoute Milou; Milou, au bout d'un moment qui reprend son souffle et s'empourpre à son tour:

    "Pardon, Jeanne, je me suis laissée emporter."

    Jeanne secoue la tête.

    "Il n'y a pas de mal; mais si tu ne veux pas de Leila pour bosser avec toi, tu peux juste me le dire sans dresser la liste de toutes les conneries que j'ai faites avec mes jumeaux et de toutes celles que je ferai encore."

     

     

    3. L'amie

     


    "Non, mais je ne te juge pas, Jeanne.  Tu as eu tes enfants très tôt, à peine seize ans et..."

    Jeanne se retient de rire:

    "Arrête, Milou, tu vas me parler de modèle que je ne peux pas être pour mes enfants, de maturité et tout le tralala.  Je connais ton avis là-dessus."

    Milou serre les lèvres, apparemment, elle aurait bien voulu en ajouter une couche mais finit par y renoncer:

    "D'accord, je prends Leila à l'essai. Je trouverai bien un moyen de l'intégrer dans l'équipe.  Si elle convient, en échange, elle promet d'intégrer à la rentrée prochaine un programme afin d'obtenir son diplôme et régulariser sa situation.  Qu'elle vienne au centre lundi, à 08h30 précises."

    Jeanne sourit:

    "Elle y sera."

    Et Jeanne ajoute:

    "Merci, Milou.  C'est adorable de ta part."
    "Je t'en prie, c'est normal de s'entre-aider. 
    Et dis-moi, tes amours?"

    Jeanne rit doucement.

    "Elles ont déjà été nombreuses et je les apprécie courtes, je ne suis pas certaine qu'il me reste du rab."

    Milou secoue ses jolies boucles:

    "Ne dis pas de bêtise.  J'ai un ami..."

     

    3. L'amie



    Jeanne rigole et secoue la tête:

    "Ah non, je n'en veux plus de tes plans foireux, Milou.  Le dernier que tu m'as présenté, il a même réussi à me faire pleurer en me parlant de ses hémorroïdes."

    Milou rigole aussi:

    "Ah oui, Gaspard.  Il est adorable pourtant.  Il vient de se marier d'ailleurs."
    "Oh la pauvre..."
    "Jeanne..." rigole de plus belle Milou.

    Jeanne commence à avoir des fourmis dans les jambes.

    "Cela te dit un petit karaoké?"
    "Maintenant?"

    Milou jette un regard nerveux à son fils.

    "D'accord."

    Milou déplie son corps gracieux.  Lorsque Jeanne la regarde, elle est toujours admirative, si elle devait ressembler à quelqu'un, ce serait à Milou.  Cette femme est juste parfaite.  Un moment, elle est jalouse de Marius.  

    Milou, se sentant observée, regarde Jeanne.

    "Quoi?  Pourquoi tu me regardes comme ça?"

     

    3. L'amie

     

     

    Jeanne hausse les épaules:

    "Je te trouve toujours trop belle."
    "Ne dis pas de bêtises."
    "Marius a vraiment beaucoup de chance."

    Milou rit de plus belle.

    "Cela faisait longtemps que tu ne me l'as plus jouée, cette scène-là."
    "Gnagnagna..."  

    Milou reprend son fils en roucoulant:

    "Viens, mon Pilou, on va plus loin."

     

    3. L'amie

     

    Milou, Pilou, Jeanne en a la tête qui tourne.

    "Tu l'as appelé Pilou, ton fils?  Je pensais que c'était Lucas."
    "Jeanne!  Ce n'est pas drôle.  Lucas c'est notre fils aîné à Marius et moi.  Et Pilou c'est le petit nom pour Pierre. "
    "Ah oui, c'est vrai.  Bof, moi, tu sais, les gosses..."
    "Oui, je sais, les gosses ce n'est pas ton truc; mais bon, là, ce sont les miens quand même."

    Jeanne claque la langue.

    "Oui et bien ça peut arriver d'oublier.  D'ailleurs, toi, tu sais comment s'appellent les miens?"
    "Evidemment, Jeanne.  Leila et Li."

    Jeanne râle:

    "Leila, c'était facile, je viens juste de t'en parler."
    "Tu devrais arrêter la fumette, tu sais, il paraît que ça brûle les neurones."
    "Oui, maman" se moque Jeanne.

    Milou soupire, finalement, ce n'est pas son problème si Jeanne continue à se comporter comme une ado de 15 ans.

    "Bon, on se le fait ce karaoké?"
    "Je t'attends, je te signale" râle Jeanne, le micro à la main.

     

     

    3. L'amie

     

     

    Non seulement Jeanne a l'oreille absolue mais en plus, elle a une voix merveilleuse, scintillante, pétillante.  Milou frissonne à ses côtés parce que chanter avec Jeanne, c'est toujours un vrai bonheur, tant elle peut être généreuse avec son partenaire. 

     

     

    3. L'amie

     

     

    3. L'amie

     

    3. L'amie

     

     

    3. L'amie

      

     

    Jeanne finit rapidement par se lasser et se dirige vers le bar. 

    "Je vous prépare ma spécialité, Mademoiselle Lol?"
    "Oh oui, Edouard, avec plaisir."

     

     

    3. L'amie

     

    Mais avant, bien sûr, Jeanne sourit à une jeune femme qui s'est approchée, intimidée.

    "Oh mais Jeanne Lol, je n'en crois pas mes yeux.  Vous pouvez me signer un autographe...? s'il v'plait... s'il v'plait... 'z' êtes trop belle en vrai..."

     

    3. L'amie

     

     Evidemment que Jeanne va donner un autographe; elle ne refuse jamais.  Ni les autographes, ni les selfies, ni les câlins.  Il faut dire que ses fans sont toujours si bienveillants avec elle.  

     

    3. L'amie

     

     

    3. L'amie

     

     

    Milou ne comprend décidément pas cet engouement qui saisit les gens lorsque paraît Jeanne.  Un brin agacée, elle s'assoit au bar et attend que Jeanne la rejoigne.

    Milou jette un regard distrait autour d'elle puis soupire: 

    "Tu sais, quand tu m'as présenté Marius, je pensais que vous étiez ensemble, tous les deux."

     

     

    3. L'amie

     

    Jeanne le sait, il arrive toujours lors de leur rendez-vous que Milou évoque ce fait.  Et comme toujours Jeanne hausse les épaules:

    "Ce qui ne t'a pas empêchée de lui faire du rentre dedans de folie."

    Jeanne pouffe et Milou aussi:

    "Pas de quartier en amour, tu le sais.  Amour, j'oublie tout..."

     

     

    3. L'amie

     

     

    La Milou d'aujourd'hui n'a plus grand'chose à voir avec la Milou d'antan.

    Le temps passe et les gens grandissent, changent, évoluent.  Qui aurait pu prévoir ce que deviendrait Milou?  Une femme mariée, mère de deux enfants, sérieuse, investie dans son boulot.

    Plus que le temps, c'est l'amour qui touche les gens et les modèle à sa guise.  D'ailleurs, cela fait combien d'années que Milou n'a plus fixé de rendez-vous à Jeanne juste pour la voir, prendre de ses nouvelles et s'amuser?  Derrière chaque rencart, à présent, il y a une demande: de l'argent, une présence à une festivité.  La rançon de la gloire.

     

     

    3. L'amie

     

    Jeanne se souvient comme si c'était hier de ce jour où Marius lui a avoué que lui et Milou étaient officiellement en couple.  L'aube se levait, Jeanne était serrée contre lui, les lèvres de Marius ont chatouillé son oreille, un frisson l'a parcourue toute entière.  
    Jeanne a juste serré les paupières et son menton est venu cueillir la chaleur du torse nu de son amant avant que ses lèvres ne disent:

    "Promets-moi, Marius, que tu ne lui feras jamais de mal."

    Marius avait grogné et retourné violemment Jeanne sur le côté, faisant se percuter le crane de la jeune femme sur le bord de la table de chevet.  Jeanne avait fermé les yeux, comme si cela avait pu amortir le coup.

    "Pourquoi tu dis ça?" avait grogné Marius.

    Jeanne avait desserré les dents entre lesquelles elle tenait sa lèvre supérieure.

    "Parce que j'aime Milou et que je ne veux pas que tu lui fasses du mal."

    Les mains de Marius s'étaient resserrées plus fort sur les épaules fragiles de Jeanne, la faisant grimacer.  Dans une secousse agacée, la tête de Jeanne avait encore percuté le bord de la table de chevet; cette fois, c'est à sang qu'elle se mordit la lèvre.

    "Je ne ferai jamais de mal à Milou, je l'aime."

    Les larmes aux yeux, Jeanne avait alors accueilli le baiser bestial et furieux de Marius, se surprenant, en silence, à espérer que Marius, effectivement, aime Milou à jamais.

    "Jeanne..." 

    La voix de Milou ramène Jeanne à la réalité.

    "Tu rêves, Jeanne."

    Jeanne secoue la tête.

    "Non, non."

     

    3. L'amie

     


    "Si, si.  Je te disais que je dois y aller."
    "D'accord", sourit Jeanne.
    "Je t'amène le petit vers quelle heure demain?  Seize heures?  Tu seras là, hein?"
    "Oui, oui.  A demain, Milou."
    "A demain, Jeanne."

     

    3. L'amie

     

     

    3. L'amie

     

    Milou disparaît.

     

    3. L'amie

     

     

    Jeanne sourit, s'isole et envoie  un message à sa fille, Leila:

    "Milou est d'accord de te prendre à l'essai.  Signature de ton contrat d'embauche lundi 08h30.  Sois à l'heure.  Bisous."

     

    3. L'amie

     

     

    Le regard de Jeanne s'égare dans l'assistance.  Il est encore tôt. 
    Elle lui sourit, à lui, son ami de toujours.  Il a l'air de l'appeler.  D'ailleurs, il l'appelle.

     

     

    3. L'amie

     

     A quoi bon résister?  Jeanne se lève.

     

    3. L'amie

     

     

     

    3. L'amie

     

     

     

    3. L'amie

     

     

    3. L'amie

     

     Que va jouer Jeanne?  La partition de la sonate au clair de lune est posée sur le pupitre.  Pourquoi pas?

     

     

    3. L'amie

     

     

     

    3. L'amie

     

     

     

    3. L'amie

     

    Comme souvent, Jeanne se lasse au milieu de la partition et se lève.  Elle n'a plus envie de jouer, d'être là. 
    Elle va rentrer, son appartement lui manque.  Etre chez elle, le seul luxe dont elle ne se lasse jamais. 

     

     

    3. L'amie

     

    En arrivant chez elle, Jeanne a la surprise de voir Commandant sur le palier.

    "Comment es-tu sorti de l'appartement, fripon?"

     

    3. L'amie

     

    "C'est une fugue que tu me préparais, là?  J'ai eu du nez de rentrer à ce moment.  Non, non, non, tu n'as pas le droit de fuguer, mon ami."

     

    3. L'amie

     

     "Je sais que ce n'est pas très drôle de vivre avec moi.  Mais tu n'as pas le choix, Camarade."

    Jeanne se penche et avec délicatesse, tout en se méfiant des griffes de son félin, le soulève de terre et le prend contre elle.  Cette fois, l'animal ne se rebiffe pas, se contentant de lui jeter un petit coup d’œil narquois.

     

    3. L'amie

     

    "Tu sais que je te crains, n'est-ce pas, Commandant?  Avoue que ça te ravit."

     

    3. L'amie

     

    Jeanne rentre avec précaution, tentant de ne pas trop secouer l'animal en marchant et dépose Commandant à même le sol:

    "Disons que j'accepte que tu étendes ton territoire jusqu'au palier de cet immeuble, Commandant."

    Le chat semble remercier d'une révérence la décision de Jeanne qui sourit doucement.

     

     

     

    3. L'amie

     

     Et afin de sceller leur nouvel accord, Jeanne remplit la gamelle du Commandant d'une bonne rasade de croquettes en discutant tranquillement:

    "Mais oui je comprends que tu aies besoin de plus d'espace.  Il n'empêche, j'aimerais bien savoir comment tu es sorti.  Et sois prudent, il ne faudrait pas que tu te retrouves coincé dans l'ascenseur.  Ce n'est pas que je m'inquiète pour toi mais bon quand même."

     

    3. L'amie

     

     "C'est bon?  Pourquoi tu rechignes?  Mais non, je n'essaye pas de t'empoisonner.  Tu sais, Commandant, il faudrait que tu prennes un peu sur toi, cette parano va finir par avoir ta peau pour de bon."

     

    3. L'amie

     

    Il faudrait bien que Jeanne se décide à manger un petit bout, elle aussi.  Elle ouvre la porte du frigo, grimace et le referme sans avoir rien choisi.  Bof, elle mangera demain. 

     

    3. L'amie

     

    Jeanne décide d'effectuer une petite toilette d'elle-même et revêtir une tenue plus confortable afin de profiter au mieux de sa soirée.

     

     

    3. L'amie

     

     Jeanne choisit un livre dans sa bibliothèque dans sa pile "livres à lire" et soupirant d'aise s'installe confortablement.

     

     

     

    3. L'amie

     

     

    3. L'amie

     

    3. L'amie

     

    3. L'amie

     

     

    Jeanne dispose avec soin un marque-page dans son livre et se lève.  C'est un bon bouquin, il faut en garder un peu pour demain.   

     

    3. L'amie

     

     Et puis, Jeanne, comme toujours, a décidé de passer à autre chose.

    "Allez, Commandant, assois-toi.  J'ai une idée."

     

    3. L'amie

     

     

     

    3. L'amie

     

     

    "Hé, ce n'est pas si mal.  On te reconnaîtrait presque, Commandant!"

     

     

    3. L'amie

     

    Quoi de mieux pour terminer une soirée parfaite qu'un petit concerto de Mozart pour violon?

     

    3. L'amie

     

    3. L'amie

     

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    3. L'amie

     

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    3. L'amie

     

     

    3. L'amie

     

    Le marchand de sable est passé pour Commandant et ne va plus tarder pour Jeanne.  Sans hâte, celle-ci regagne son lit dans lequel elle se couche, en soupirant de bonheur.

    Quelle belle journée, espérons que sa nuit soit douce.

     

    3. L'amie

     

     

    3. L'amie

     

     

     

    3. L'amie

     

     

     (à suivre...)

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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    Jeanne habite un appartement à San Myshuno dans un immeuble cossu du quartier des arts, dans lequel elle se sent bien, et surtout plus en sécurité et au calme que nulle part ailleurs.

     

    2. La fille

     

    Ce matin, le gardien de l'immeuble, Tom Louf, tout affairé à sa toilette matinale n'a point vu la jeune fille qui passait dans le hall d'entrée et sûre d'elle empruntait l'ascenseur, après avoir déverrouillé le code, jusqu'à l'appartement de Jeanne dans lequel, sans hésitation et sans prévenir, elle a pénétré.

    Le Commandant l'a peut-être reconnue, mais il n'a pas accouru auprès d'elle.   Il a plutôt tenté de réveiller Jeanne, avec tout l'amour et la délicatesse dont il est capable, des trémolos dans les miaulements.

     

    2. La fille

     

    Mais Jeanne a, en outre, pour particularité d'avoir le sommeil lourd et profond.  C'est ainsi que la nature l'a fait, elle n'y peut rien.  Donc, c'est tranquillement que ladite intruse peut entrer dans l'appartement de Jeanne, faire grincer le vieux plancher, siffloter même si l'envie lui prenait sans que cela ne gêne en rien l'heureuse endormie. 

     

    2. La fille

     

     

    2. La fille

     

     

    2. La fille

     

     

    2. La fille

     

    Ce n'est que lorsque le frigo s'ouvre, que les bouteilles en verre s'entrechoquent que Jeanne sursaute.  

     

    2. La fille

     

    Mais oui, mais oui, il y a bien quelqu'un qui s'est introduit dans l'appartement alors que Jeanne dormait. 

     

    2. La fille

     

    Sur la pointe des pieds, Jeanne s'avance jusqu'à avoir vue sur la cuisine.  Courageuse mais pas intrépide, notre Jeanne.

      

    2. La fille

     

     

    2. La fille

     

     Un soupir long précéde le : "Et oui, c'est bien elle", chuchoté de Jeanne à l'adresse du Commandant, qui stressé emmêle ses petites pattes toutes mignonnes et se retrouve en équilibre bien précaire, aux pieds de sa maîtresse.

     

    2. La fille

     

    Soupirant toujours, Jeanne s'avance.

     

    2. La fille

     

    2. La fille

     

    Elle est accueillie par la voix gracile de Leila. 

    "Salut, maman, tu prendras le petit déjeuner avec moi?"
    "Euh non, Leila, je me suis couchée tard et je n'ai pas encore faim, là."

     

     

    2. La fille

     

    "Le petit déjeuner, c'est le repas le plus important de la journée, maman." 

     

    2. La fille


    Jeanne grince moqueuse, en écartant les bras:

    "Et il a fallu que tu quittes la maison pour avoir envie de nous préparer un petit déjeuner et bien dis donc si je m'attendais à ça..."

       

    2. La fille

     

    "Il n'est jamais trop tard pour bien faire!" s'exclame Leila en faisant tournoyer les épices au-dessus de ses œufs. "Regarde ça, comme je suis douée.  On dirait un vrai chef, pas vrai?"
     

     

    2. La fille

     

    Jeanne observe avec attention sa fille.  C'est clair, il y a quelque chose qui ne tourne pas rond chez Leila.

     

    2. La fille


    "Allez, c'est bon, accouche, Leila.  Qu'est-ce qui te prend?  Pourquoi tu débarques à l'aube pour nous préparer des œufs?"

    Et là, Leila, qui n'attendait que cela, implose:

    "Je n'en peux plus des soupes aux potirons, des salades au radis, des tomates fraîchement cueillies et des patates au four!  Je vais craquer, je vais décéder, j'ai besoin de manger, manger vraiment.  Des œufs, de la viande, du fromage, du poulet, des steaks, ..."

     

    2. La fille

     

     

     Jeanne se retient de pouffer.

    "Tu savais qu'Arthur était végétarien non?  Avant d'emménager avec lui?"
    "Végane, maman, végane.  Arthur est végane.  Et évidemment, que je le savais en emménageant; ce que je ne savais pas c'est que moi, je ne suis pas du tout végane.  Tout mon organisme hurle à la mort en voyant toutes ces verdures, en imaginant les petits cakes au beurre que je pourrais dévorer,... même le poisson - pourtant, On m'est témoin que je déteste ça - j'en ai envie.  Je suis au bout de ma vie, maman.  Cela fait trois jours que je vis avec Arthur et je n'en peux plus."
    "Tu as essayé de lui en parler?"

    Dès la question formulée, Leila "bugge".  Elle reste un très long moment, oubliant de respirer, les yeux fixés au plafond.

     

     

    2. La fille

     

    Jeanne déduit de ce manque de réaction que non, Leila n'en a pas parlé à son compagnon.

    "Okay", dit-elle.  "Et puis-je te demander pourquoi tu n'en as pas parlé à Arthur?"
    "Oui, bien sûr, maman, tu peux demander..."  sourit bêtement Leila en serrant ses bras contre elle.
    "C'est ce que je fais, Leila, je te demande pourquoi tu n'en as pas parlé avec Arthur. Quelqu'un comme Arthur, végane, si respectueux de tout ce qui vit doit être l'interlocuteur parfait?  Ton bonheur, ton bien être, ça doit être important pour lui."

    Ces quelques mots griffent au sang l'intérieur des joues de Jeanne, qui ne supporte pas le compagnon de Leila depuis la première seconde où ses yeux se sont posés sur lui.

    "Hé héééé..." se contente de répondre Leila, les bras toujours serrés contre son ventre. 

     

    2. La fille

     

     "Hé héééé quoi, Leila?  Tu dois lui en parler, voyons."
    "Mais maman, je ne peux pas.  C'est lui qui a raison.  Pour la planète, pour ces pauvres bêtes... ce serait comme piétiner ses convictions."

     

     

    2. La fille


    "Offre-lui un verre de vin."
    "Pardon?"
    "Offre-lui un verre de vin."
    "Euh, maman, tout le monde n'est pas comme toi à être prête à vendre père, mère, enfant et violon d’Ingres pour un verre de vinasse."
    "Ce n'est pas faux mais ce que je te suggérais, c'était de créer une ambiance feutrée prompte à accueillir confession."
    "Hein?"
    "Tu crées une ambiance détendue et tu lui expliques que tu as été carnivore toute ta vie et que c'est un peu compliqué pour toi de t'adapter à ce nouveau régime alimentaire.  Tu sais, avec un peu de chance, il pourra partager avec toi quelques trucs.  Lui non plus n'est pas né végane."
    "Bof."
    "Arthur est ton compagnon, Leila.  Il t'a choisie, tu l'as choisi.  Il n'est pas ton ennemi, tu dois lui faire confiance."
    "Bof", répète encore Leila.

     

     

    2. La fille

     

     Jeanne soupire et Leila embraye:

    "Je pensais plutôt venir me préparer un bon petit plat ici quand je craque, quand c'est trop dur, tu vois."
    "Je vois, oui."
    "Avec un peu de chance, je vais m'habituer petit à petit à ce régime alimentaire."
    "D'accord."
    "D'accord?"
    "Bah oui, si tu veux mentir ton compagnon, tu mens à ton compagnon.  Même si je pense que ce n'est pas le meilleur moyen de débuter une vie de couple."
    "Comme si tu étais un modèle en matière de couple."

    Jeanne ricane.

    "Ce n'est pas parce que tu es ma fille que tu es obligée de reproduire toutes les conneries que j'ai pu faire dans ma vie, ma chérie."

     

     

    2. La fille

     

     

    Jeanne frissonne.  Elle devrait penser à monter un peu le chauffage.  Le fond de l'air est souvent cru.  Leila se penche sur son portable et fait la moue.

    "C'est Arthur?"
    "Non, c'est Tatie.  Elle me propose une séance shopping cette après-midi."

    Jeanne sourit.

    "C'est sympa, ça."

    Leila est songeuse.

    "Je ne sais pas.  Je suppose qu'elle veut encore me déguiser.  Mamie nous invite à prendre le thé demain, chez elle."

    Jeanne essaye de sourire mais ça ressemble plus à une grimace.

    "Tu en as de la chance." 

     

     

    2. La fille

     

    "Depuis que je me suis installée avec Arthur, elles n'arrêtent pas de m'appeler.  Elles aiment bien Arthur, je crois."

     

    2. La fille

     


    "Tu m'étonnes, Arthur n'est pas n'importe qui.  Un "de" de  la haute, fraîchement élu à la tête du ô combien convoité mouvement "ensemble", tu imagines à quel point il redore le blason de la famille."
     

    Jeanne se racle la gorge immédiatement, tentant de faire disparaître le sarcasme du ton de sa voix.  Parler de ses parents ou de sa sœur, ça lui fait toujours cet effet-là.

     

    2. La fille

     

    Jeanne se lève afin de s'occuper les mains et pouvoir tout à souhait ronchonner intérieurement sans que cela ne se voie trop.

     

    2. La fille

     

    Il faut dire que le pardon ne fait pas vraiment partie des options dont dispose Jeanne.

     

    2. La fille

     

     On lui avait dit que lorsqu'elle serait mère, elle comprendrait.

     

    2. La fille

     

     

    En fait, non, même en devenant mère, elle n'a pas compris le pourquoi du comment ses parents s'étaient comportés avec elle ainsi.

     

      

    2. La fille

     

    Cela étant dit, Jeanne ne pouvait pas prétendre avoir été une bonne fille.  Clairement, elle se serait même plutôt qualifié de rebelle, insolente, irrespectueuse, bête et émotionnellement instable.
    Oui, elle aurait  dit cela.  Difficile, dès lors, d'être de bons parents, avec une fille comme elle.  Jeanne sourit, amusée.  Les excuses sont là pour s'en servir, non?  

     

     

    2. La fille

     

     

     Jeanne soupire.  Le matin, ce n'est jamais le bon moment pour analyser ses états d'âme et refaire le monde. Elle entend Leila qui s'affaire à décoller ses œufs de sa poêle avec la palette en métal - Jeanne préfère qu'on utilise celle en bois qui risque moins de rayer le téflon - tout en lançant:

    "Bof, je ne sais pas si j'ai vraiment envie de voir Tatie.  Le shopping, de toutes les façons, pour moi, c'est bon deux fois par an, la surconsommation, c'est mal et j'ai tout ce qu'il me faut pour me fringuer."

     

    2. La fille

     

    Jeanne ne répond rien.

    "Tu as des nouvelles de Li?"
    "Les dernières remontent à dix jours, bien avant ton départ, je t'en ai parlé, je crois.  Son unité était sur le départ, je crois, qu'il était question de sécurisation de la jungle à Selvadorada.  Il y a toujours des troubles là-bas.  Enfin, ça, c'est l'info officielle qu'il pouvait me donner."

    Leila acquiesce:

    "Ah oui, tu me l'avais dit, je m'en souviens.  Mmmh... toujours en vadrouille, mon frangin.  Il me tarde qu'il ait une permission.  Cela fait des mois, j'ai l'impression, que je ne l'ai plus vu."

     

     

    2. La fille

     

     

    Jeanne sourit.

    "Et toi, le boulot?"
    "Bof.  Tu sais, Arthur voudrait que je raccroche, que je trouve quelque chose de plus "sérieux" comme boulot, plus sérieux que Simtubeuse ou influenceuse, tu vois."

     

    2. La fille

     

    Leila ajoute précipitamment avant que Jeanne ne réplique:

    "Il n'a pas tort, je ne vais pas faire de vidéos toute ma vie.  A treize ans, c'était mignon, maintenant, c'est un peu bizarre."

    Jeanne se retient de soupirer:

    "C'est dommage tu as un thème tout trouvé pour lancer un nouveau cycle: comment devenir végane ... et pourquoi?   Je suis certaine que cela pourrait toucher un certain public.  C'est intéressant comme cheminement et ça pourrait t'aider.  Les gens te suivent depuis que tu es toute jeune, je suis certaine aussi que ça les intéresserait de savoir comment se passe ta vie de couple."
    "Arthur dit que ce n'est pas sain de se livrer comme ça aux gens."

     

     

    2. La fille

     

     

    Jeanne hausse les épaules, évite de faire remarquer que ça l'arrangeait bien, le Arthur, de profiter de la notoriété de sa compagne au début de sa relation:

    "Si Arthur le dit..."
    "Maman..." râle Leila.  "Il faut admettre que mon boulot, c'est devenu plus de la vidéo réalité qu'aut' chose.  Le gaming est vraiment passé au second plan."

     

     

    2. La fille

     

    A nouveau, Jeanne évite de demander si Arthur, en vrai, ne craindrait pas plutôt que Leila "détériore" son image d'homme parfait, si nécessaire à l'homme politique, en parlant de lui dans ses vidéos.


    "Oui et bien, ça gagne bien."
    "Il n'y a pas que le pognon dans la vie, maman."
    "Certes, mais ça aide quand même."

    Leila fronce les sourcils.

    "Tu as encore signé pour un contrat de pub foireux, c'est ça?"
    "C'est possible."
    "Maman!"

     

    2. La fille


    "Quoi?  Tu sais combien ça m'a coûté ton petit emménagement avec Arthur?  Une sacrée dot, ma fille.  Une sacrée dot."

    Leila rit:

    "Tu as voulu faire ta maline avec Arthur, je ne vais sûrement pas te plaindre.  Qui fait le malin, tombe dans le ravin."

    "Oui et bien, je me suis peut-être un peu emportée mais il m'a vexée quand il m'a prise pour une pauvrette ..."

     

    2. La fille

     

    Leila rit encore:

    "Je sais, je sais, j'étais là.  Bref, j'ai un peu d'argent de côté si tu veux."
    "Surement pas!"
    "Et pourquoi tu n'essayes pas de te remettre à composer?"

    Jeanne sourit, gentiment.

    "J'ai quelque chose sur le feu."
    "Oh arrête, maman, ça fait trois ans que tu me réponds toujours la même chose."
    "Oui et bien, c'est toujours vrai.  Et crois-moi, ça va être une œuvre majeure!  Une œuvre qui ne pourra laisser personne indifférent."
    "Oh maman, c'est bon, tu me l'as déjà faite l'histoire du silence."

    Jeanne glousse comme une petite fille, les lèvres cachées derrière sa main lisse et douce.

     

    2. La fille

     

     

    "Dis, maman, ça ne t'ennuie pas si je profite de ta baignoire après mon petit déjeuner?"
    "Bien sûr que non, ça ne m'ennuie pas, vas-y.  Je suppose que notre Arthur trouve les douches plus écologiques et hygiéniques."

     

     

    2. La fille

     

     

    "Il n'a pas tort."
    "Il a toujours raison, dirais-je", acquiesce Jeanne.
    "Maman!"
    "Quoi?  Qu'est-ce que j'ai dit encore?"
    "Rien, tu n'as rien dit", sourit Leila qui sans plus de façon s'enroule tout autour de sa maman et ajoute:

    "Je t'aime, maman."

     

    2. La fille

     

    Jeanne gesticule.

    "C'est plutôt ma cuisinière et ma baignoire que tu aimes, ma fille", rigole Jeanne.

     

    2. La fille

     

    Leila observe sa maman doucement.

    "On va dire ça."

    Les deux femmes se sourient et Leila s'enfuit dans la salle de bains.  

     

     

    2. La fille

     

     

    2. La fille

     

     

     

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    2. La fille

     

     

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    "Et bien, Commandant, tu veux un câlin, toi aussi?"

     

    2. La fille

     

    2. La fille

     

     

    2. La fille

     

     

    2. La fille

     

     

    Jeanne se passe une main lasse devant les yeux, décidément, les nuits blanches, ce n'est plus trop son truc. 

    "Ça se passe bien, on dirait, entre Commandant et toi?"
    "Bof, il me déteste, je crois.  A tout moment, il est capable de me rentrer ses griffes ou ses crocs dans la main, dans les mollets... Il faut toujours être en alerte quand il approche."
    "N'importe quoi.  C'est une vraie peluche, le Commandant."
    "Je me demande si je ne préfère pas les chiens quand même, eux au moins, ils grognent avant de mordre."

     

    2. La fille

     

    Leila, s'assoit, caresse son chat doucement puis suspend son geste lorsque Jeanne demande:

    "Je vois Milou tout à l'heure, tu veux que je lui demande si la place d'éducateur est pourvue dans son centre?  Pour ton boulot plus "sérieux" que tu voudrais.  Quand elle m'en a parlé, je ne savais pas que ça pourrait t'intéresser.  Elle t'avait beaucoup appréciée lors de ton stage chez eux."

     

    2. La fille

     

     

    Leila hésite.  Jeanne voit ce moment où sa fille s'interroge sur ce que dirait Arthur à ce sujet, ne devrait-elle pas d'abord le joindre avant de...?  Puis s'agace et lance:

    "D'accord."

     

     

    2. La fille

     

    Le portable de Leila crépite à nouveau:

    "C'est encore ma sœur?" questionne badine Jeanne.
    "Non, c'est Arthur.  Je crois que je vais devoir aller à cette séance shopping, Tatie l'a appelé comme elle n'avait pas encore eu de réponse de moi et Arthur trouve que ça serait une bonne idée."

    Jeanne, à nouveau, ne commente pas.

     

     

    2. La fille

     

     

    2. La fille

     

     "Je sais ce que tu penses, maman."
    "Je ne crois pas non", sourit doucement Jeanne.

     

    2. La fille

     

    Puis balayant l'air de la main et sautant sur ses pieds, Jeanne rigole:

    "Si tu arrives à trainer ta tante dans le magasin sur la quinzième qui fait du commerce équitable, comme tu l'aimes, j'y ai vu, justement, la tenue parfaite pour un thé avec Mamie.  Tu veux la voir?"

    Intriguée, Leila se penche sur la page internet que Jeanne a ouverte sur son smartphone.

    "Alors, t'en penses quoi?" questionne Jeanne, très sérieusement.  Leila est un moment médusée devant l'ensemble que lui montre sa maman.

     

    2. La fille

     

     Puis Leila se met à rire.

    "Mamie va avoir une attaque si je m'amène comme ça à sa petite sauterie."

    Jeanne rigole un peu:

    "C'est un peu le but."
    "T'es dingue."
    "C'est ce qui se raconte, oui."

     

    2. La fille

     

    "Bon, je dois y aller, maman."
    "D'accord."
    "Merci, maman."
    "C'est toujours avec plaisir, ma chérie."

     

    2. La fille

     

    Leila quitte l'appartement de sa mère, un sourire sur les lèvres.  Décidément, sa maman, c'est vraiment quelqu'un.

     

    2. La fille

     

    Le jour s'est levé à San Myshuno, mais c'est à peine si ses habitants peuvent s'en rendre compte.  Le temps est pluvieux et le ciel chargé de nuages.

     

    2. La fille

     

    2. La fille

     

    Après le départ de sa fille, Jeanne est restée un long moment à se regarder dans le miroir.  Le temps passe si vite.

     

    2. La fille

     

    Jeanne pourrait décider de retourner au lit et y terminer sa nuit, au lieu de quoi, elle s'installe sur son tapis de yoga.  Son esprit se met à vagabonder, malgré elle.

    Il parait que lorsque deux personnes tombent en amour l'une de l'autre, l'océan se met à chanter.

     

    2. La fille

     

    Lorsque Leila, pour la première fois, a parlé d'Arthur, à Jeanne, elle est certaine que, oui, l'océan, chantait ce jour-là.

     

    2. La fille

     

    Et le cœur de Jeanne, ce jour-là, s'est serré, priant le temps, meurtrier, de suspendre sa course, que  le sourire dans les yeux de sa fille, que l'amour y avait allumé, y brille toujours, comme un phare dans la nuit.

     

    2. La fille

     

     

     

    (à suivre...) 

     

     

     

     

     

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    The blue Velvet 

     

    1.

     

    Au bar à cocktail, le blue velvet, peu importe l'heure, les bouteilles dansent, les rires et les bruits des conversations bruissent et rivalisent de paillettes, dans l'air surchauffé de cet établissement haute gamme. 

     

    1.

     

     

    1.

     

    Ce soir, c'est Albert qui assure l'animation, avec ce détachement que lui donnent ses années d'expérience et cette capacité à se rendre invisible lorsque l'alcool  coule à flot et rend les clients un peu trop enclins aux confidences.

    Tout ce qui se passe, tout ce qui se dit au Blue Velvet reste au Blue Velvet.

    Ce soir, il est encore tôt et Albert pourrait être surpris à cette heure qu'un client lui adresse la parole pour autre chose qu'une commande; mais Albert, jamais ne semble surpris.  C'est sa force.
    Jeanne Lol, star parmi les stars, compositrice de talent qu'elle fut un temps le questionne, doucement, de sa voix un peu rauque.

    "On ne peut toujours pas fumer, ici, n'est-ce pas, Albert?"
    "Non, Madame."
    "J'essaye d'arrêter, vous savez; mais ce n'est pas évident."
    "Effectivement, Madame, il paraît que ce n'est pas évident."

     

    1.

     

     Les glaçons cliquettent au fond du shaker.  Albert fait de son métier un art et chaque geste est composé et décomposé afin que le spectacle soit toujours parfait.

     

    1.

     

    "Vous êtes vraiment le champion de cocktails, Albert."
    "Merci, Madame."

    C'est toujours Jeanne Lol qui lui parle, cette compositrice de talent qu'elle fut, que tous les plus grands interprètes s'arrachaient.  Avant.  Avant quoi?  C'est difficile à dire : l'alcool, les frasques, la mauvaise réputation, les aventures sans lendemain, un fils qui quitte le domicile pour s'engager dans la légion à même pas 18 ans?  Ce ne sont pas les raisons qui manquent.

     

    1.

     

    "'y a beaucoup de monde, ce soir, Albert."
    "Oui, comme tous les soirs, Madame."
    "Ce n'est pas faux..."

     

    1.

     

    Un mouvement de foule, un petit cri étouffé fait se retourner Jeanne.  Le frisson qui l'a parcourue toute entière ne l'a pas trompée, Marius est arrivé.  Comme à son habitude, il prend le temps de câliner quelques fans sur son chemin, de signer un autographe.
    Il donne sans compter, Marius, c'est ce que Jeanne aime chez lui... enfin, pas que mais surtout.

    Le fan est proche de tomber en pâmoison:

    "J'ai dévoré votre dernier ouvrage.  C'était fantastique.  Vous ressuscitez, littéralement, tous ces personnages.  C'était comme si Sonia Gothik était à nouveau dans mon salon, comme si j'allais la croiser au coin de la rue.  Quel talent!  Vos ouvrages sont plus que des biographies, ce sont de livres de vie..." 

     

    1.

     

     

    Marius aussi a repéré Jeanne.  Du coin de l’œil, il la voit l'observer et il ne peut s'empêcher de sourire.

     

    1.

     

     

    Un air insupportable de suffisance est apparu sur le visage de Jeanne qui fait frissonner Marius.  Avec élégance, la jeune femme saute de son tabouret et passe à ses côtés, à le frôler; point dupe, cela est certain, du trouble qu'elle continue à lui causer, peu importe le temps et les étreintes qui sont les leurs.

    "Tu es en retard, Marius, je m'en allais."

     

    1.

     

    Marius déglutit imperceptiblement.  En retard?  Oui, il est en retard.  Il est toujours en retard.

    "Je pensais que tu voulais prendre un verre et  discuter un peu, Jeanne?"
    "J'ai déjà bu un verre et j'ai discuté avec Albert."

    "Albert?"
    "Le barman"
    "Ah oui, bien sûr.  Albert."

     

    1.

     

    Marius danse d'un pied sur l'autre puis demande:

    "Je peux te raccompagner peut-être?"
    "D'accord."

     

    1.

     

    Sans hâte les deux amants sortent du Blue Velvet et prennent le chemin de l'appartement de Jeanne.

     

     

     

    San Myshuno - Appartement de Jeanne Lol

     

    1.

     

    Dès qu'ils sont seuls et à l'abri des regards, les amants de toujours s'enlacent, s'embrassent, se câlinent, les caresses pleuvent sur ces corps jamais rassasiés l'un de l'autre.  Une passion qui semble éternelle, se nourrir d'elle-même, les peaux qui se cherchent, les soupirs qui se croisent et se noient les uns dans les autres.  Les gémissements se perdent dans un silence plus puissant quand le désir se dérobe, enfle, insupportable, lorsque l'autre joue et l'un subit avant que tous deux s'abandonnent au plaisir.

     

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    1.

     

    L'histoire de Marius et Jeanne a débuté il y a plus de deux décennies.  Ils n'étaient encore que des enfants.  Ils étaient déjà irrésistiblement attirés l'un par l'autre, s’arque-boutant l'un sur l'autre, inséparables et infernaux comme peuvent l'être des enfants.
    Ils savaient tout l'un de l'autre, pourtant ils parlaient peu d'eux-mêmes. 
    Marius savaient l'intransigeance et la cruauté dont faisaient preuve les parents de Jeanne qui vouaient à l'excellence un culte, la rabaissant sans cesse sous prétexte qu'elle était capable de meilleur, de plus.  Consciente qu'elle ne pourrait jamais satisfaire les attentes de ceux qu'elle idolâtrait, il arrivait à Jeanne de rouer de coups le premier venu pour exprimer sa frustration, devenir l'anti-thèse de ce que ses géniteurs attendaient d'elle, de tout rater avec application.  Seule la main de Marius sur la sienne, son regard dans le sien pouvait l'apaiser et faire fuir la fureur qui coulait en ses veines.

    Quant à Jeanne, oui, elle savait l'origine des hématomes qui parsemaient, régulièrement, le corps de son ami.  Elle le consolait sans un mot, le serrant très fort contre elle, embrassait chaque blessure, chaque trace que les coups portés par ses parents maltraitants avaient laissé sur sa peau, juste avant de le repousser et de lui intimer sauvagement de ne pas les laisser gagner, de crier, en colère, qu'il valait mieux qu'eux, qu'il était fort, que les humiliations ne valaient pas, qu'il était son rempart, ses fondations et ses murailles, que s'il tombait, elle tombait aussi.  Marius avait tenu bon alors, toujours.  Un roc.  Elle avait fait de lui un roc. 

     

    1.


    Jeanne est toutes les premières fois de Marius.  Le premier baiser, les premières caresses, la découverte des corps, des plaisirs sous tous ses formes.
    Jeanne est aussi le premier, le seul, le vrai chagrin de Marius lorsqu'elle lui annonça, à même pas 16 ans qu'elle était enceinte.  Pas de lui.  De Julian, cet incapable avec qui elle traînait,  avec qui elle partait vivre, qu'elle épouserait et qu'elle a épousé.
     

     

    1.

     

    Bêtement, Marius avait cru que coucher avec Jeanne, la serrer contre lui, l'embrasser, lui tenir la main faisait d'eux un couple, qu'elle l'aimait, qu'elle lui était fidèle.  La réalité de Marius et ses espoirs n'étaient pas ceux de Jeanne, de toute évidence.  Ce jour-là, lorsqu'elle lui avait annoncé qu'elle était enceinte de Julian, que ses parents la jetaient à la rue, qu'elle partait vivre avec Julian, il ne s'était pas emporté contre elle, il avait juste hésité à se jeter du haut d'une tour.  Misérable. 
    Jeanne n'en a jamais rien su.  

     

    1.

     

     

    1.

     

    L'histoire de Marius et Jeanne aurait dû s'arrêter ce jour-là, lorsqu'elle lui avait annoncé qu'elle était enceinte d'un autre, ou lorsqu'elle partit vivre avec Julian, ou lorsqu'elle avait eu ses jumeaux, ou lorsqu'elle s'était mariée, ou lorsque, à son tour, Marius s'était fiancé puis marié ou lorsqu'il devint père... Ce ne fut pas le cas.  Ce ne fut jamais le cas.   Marius et Jeanne n'ont jamais cessé d'être ces amants de toujours qui se retrouvent sans cesse, ne se quittent jamais, s'enlacent toujours, qui s'embrassent, qui se câlinent, qui partagent une même passion charnelle, crue, sans fioriture ni retenue, ni pudeur. 

     

    1.

     

    Sans bruit, Jeanne quitte la chambre, laissant Marius reposer.

     Elle sourit.  Dans les bras de Marius, c'est si facile de se laisser aller; les fantasmes, l'impudeur, rien n'est embarrassant, tous les jeux sont permis et les larmes, et les mots et les rires et l'amour aussi.  Faire l'amour avec Marius, c'est presque toujours mieux qu'avec n'importe qui d'autre.  Parce que oui, il y en a d'autres.

     

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    1.

     

    Après une toilette sommaire mais nécessaire, Jeanne se dirige vers le bar.  Un petit verre, en attendant le réveil de Marius qui ne devrait pas tarder.  Encore profiter un instant de cette douce langueur qui est la sienne et de cette solitude que Jeanne affectionne tout particulièrement.

     

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    Déjà, une main frôle la sienne. Jeanne pour peu entendrait Marius sourire à ses côtés.

     

    1.

     

    "Tu bois trop, Jeanne."
    "C'est vrai.  Je bois trop, je fume trop, je baise trop."

    Il rit.  Tous deux se laissent bercer un instant par les bruits de la ville en contrebas puis Marius revient à la réalité.

    "Je vais y aller..."
    "D'accord."

     

    1.

     


    Le regard de Marius revient à Jeanne.

    "Ça va?  Tu vas bien?" 
    "Oui, bien sûr.  Je vais bien."  
    "Tu n'es pas trop triste du départ de Leila?"
    "Non, évidemment non.  J'étais impatiente de pouvoir, enfin, vivre seule.  Max, c'était réglé depuis longtemps mais Leila, j'ai bien cru qu'elle ne me lâcherait jamais.  Avoir des enfants, ce n'est pas mon truc."
    "Tu es une maman géniale, les jumeaux t'adorent."
    "N'importe quoi et de toute façon, si c'est vrai, qu'ils m'adorent de loin me va très bien."
    "Tu veux que je reste?"
    "Non, non, surtout pas.  Milou t'attend."

    Marius hésite puis soupire:

    "Oui, Milou m'attend."

     

    1.

     

     

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    1.

     

    Le sourire de Jeanne revient doucement tandis qu'ils rentrent et que Marius se dirige vers la salle de bain, elle lance un peu fort pour qu'il l'entende.  

    "En parlant de Milou, je la vois demain."

     

    1.

     

    La voix de Marius parvient à Jeanne :

    "Milou?"
    "Oui, ta femme."
    "Je sais qui est Milou, Jeanne." 
    "Ah!  et bien, ne demande pas alors."
    "Je ne demandais pas."

     

    1.

     

    "Viens par là, toi.", sourit Jeanne au Commandant qui grogne à ses pieds.
    "Qu'est-ce que tu dis?"

    "Rien.  Ce n'est plus à toi que je parle, Marius."
     

    1.

     

    "Ah, ok.  Et elle te veut quoi, Milou?"
    "Bah, je suppose que c'est encore pour son assoc' de petits branleurs." 

     

    1.

     

    "Ce ne sont pas des petits branleurs, Jeanne", la reprend de volée Marius et Commandant semble en faire de même dans les bras de Jeanne. 

     

    1.


    "Oh ne commence pas comme ça, Commandant.  Tu ne m'aimes pas, je ne t'aime pas mais on est obligé de composer tous les deux.  N'oublie jamais que ce n'est pas moi qui t'ai abandonné." 
    "Oui, c'est ça, des pauvres gosses qu'on n'a pas le droit d'abandonner", lui crie encore de la salle de bain Marius, qui a entendu un mot sur deux.  Jeanne évite de répliquer qu'il y en a pourtant bien des gosses qu'on ferait mieux de laisser là où ils sont plutôt que de vouloir absolument les sauver.  Les sauver, tu parles.  Des mauvaises graines, il y en a un paquet.  Des mauvaises herbes resteront toujours des mauvaises herbes.
    "Ce n'est pas à toi que je parle", répète Jeanne en soupirant.

     

    1.

     

    "Oh ça alors!  Tu as viré ta fille mais tu as gardé son chat?"
    "Non, je n'ai pas gardé son chat; mais son p'tit copain, là, le Arthur, il s'est découvert tout à coup une allergie aux poils de chat.  Ce crétin."

     

    1.

     

     "Ce crétin?  Qu'est-ce qu'il t'a fait, cet Arthur?  Il a l'air sympa pourtant. "

    Jeanne ricane.

    "Sympa?  Non.  Et rien, il ne m'a fait rien mais je ne l'aime pas, c'est tout.  C'est un con."

     

    1.

     

    "Tu t'inquiètes pour Leila?"
    "Non.  Je ne me suis jamais inquiétée pour mes enfants.  A dix-huit mois, ils étaient déjà bien plus malins que moi je ne le serai jamais.  Des vrais escrocs."

    1.

     

    Marius semble hésiter un instant puis:

    "Bon, je vais y aller."

     

    1.

     

    "Il est temps que tu y ailles, oui."  

     

    1.

     

    "Tu sais que tu peux, Jeanne,  m'appeler à n'importe quel moment si tu as besoin." 

     

    1.

     

    " Bien sûr et toi aussi, Marius." 

     

    1.


    Puis se penchant doucement, la main de Jeanne se pose sur la poitrine de Marius, elle ferme les yeux doucement avant de déposer un doux baiser sur la joue rugueuse de son amant qui tressaille à son toucher.

    "Sois prudent sur le chemin de retour", lui murmure-t-elle.

     

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    Marius acquiesce et quitte l'appartement de Jeanne. 

     

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    Marius jette un dernier regard - intrigant, douloureux? -  vers les fenêtres de Jeanne, puis s'éloigne.

     

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     Quant à Jeanne, après avoir tergiversé pendant un long moment, elle finit par rejoindre son bel ami de toujours, oubliant les ombres et la nuit, jusqu'à l'aube.

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    (à suivre...) 

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    10. Coup de foudre à Windenburg

     

    Chez Lalie


    "Bon, qu'est-ce que tu m'as fichu, Lucette, à Windenburg? Hum?"

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    "Je ne vois pas de quoi tu me parles, Lalie."
    "Tu ne vois pas de quoi je te parle, Lucette?! Tu te fiches de moi, c'est ça?"

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    "Bien sûr que non, enfin, Lalie, je ne me fiche pas de toi du tout. Je ne vois pas ce que j'ai pu faire de mal?"
    Je soupire.
    "Lucette, tu étais sensée m'accompagner à Windenburg pour m'aider à obtenir des infos sur la vété, là, que je remplace... Et toi... toi...Toi! Tu joues les jolis cœurs avec le premier inconnu venu!"
    "Ah tu parles de Pascal?"
    "Oui. Lucette. Je te parle de Pascal."

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    "Ecoute, Lalie, ce n'est pas de ma faute. C'est dès que je l'ai vu, dès que nos mains se sont frôlées...

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    "Bam! C'était comme une apocalypse... Enfin, comme toi avec Khaled."
    "Cela n'a rien à voir, Lucette."
    "Et pourquoi moi, je n'aurais pas le droit d'avoir le coup de foudre, comme toi?"
    Ok, je vois où elle veut en venir. Ce n'est pas très sympathique, je trouve.

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    Et elle continue à se ficher de moi, en plus.

    "Non, mais tu as vu ses yeux?!"
    "Arrête de te moquer de moi, Lucette."
    "Je ne me moque pas, Lalie. Nous, c'était si évident. Je ne pensais plus, Lalie, qu'à obtenir son numéro de téléphone. Tu vois, c'était une question de vie ou de mort."

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    "Et oui, toi, tu l'as eu, son téléphone. Ok, Lucette, j'ai compris le message. Ecoute, nous n'allons pas nous appesantir plus avant là-dessus. Tu m'as dit qu'après Windenburg, tu partais. Donc, tu pars, maintenant."
    "Partir?"
    "Ah mais oui, tu pars! Tu rentres chez toi. Tu reprends le travail. Tu déguerpis. Tu me rends ma maison, ma vie et tu dégages."

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    "Lalie, tu ne peux pas me faire ça."

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    "Bien sûr que si, je peux faire ça."
    "Non, tu ne peux pas; j'ai dit à Pascal que j'habitais chez toi à Brindleton et je lui ai donné mon numéro de téléphone."
    "Tu lui as donné ton numéro de portable, Lucette. Ton portable fonctionne très bien ailleurs que chez moi."
    "Oui, mais non."
    "Si et si. Tu t'en vas, Lucette. C'est assez-assez. Je vais à la clinique, là, j'ai un rendez-vous et quand je rentre, tu seras partie."

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    Peu de temps plus tard, à la clinique vétérinaire de Lalie.


    "Non, mais c'est vrai, M'sieur, hein. Je sais que ce n'est pas sympa mais je n'ai pas le choix. J'en ai assez, moi, de devoir me la trimbaler toute la sainte journée, la Lucette. Vous serez d'accord avec moi, évidemment!"
    "..."

    Il me regarde d'un drôle d'air, celui-ci; à croire qu'il n'en a rien à faire de ma vie.

    "'Z'êtes M'sieur Berg?"
    "Oui. Je suis venu pour mon chat."
    "Mais oui, je sais. Je vois que vous être pressé. C'est bon, suivez-moi, je vais l'ausculter, votre chat."

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    *passe passe - ne regarde pas le renard qui passe et qui baille, j'ai déjà ma tenue de travail*


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    "Si c'était toujours Noël, je vous dirais que votre chat a trop fricoté avec le renne du Père Noël."
    "Docteur, s'il vous plaît, vous pouvez faire vot' travail, juste faire votre travail..."
    "Oui, c'est bon, je plaisante-je plaisante. Je vais vous le guérir vot' chat. Il n'empêche que vous auriez pu au moins faire l'effort de sembler intéressé quand je vous racontais ma life tout à l'heure. Non mais c'est vrai, quoi, il y a un cœur qui bat sous cette blouse de vétérinaire. Je suis un être humain, flûte alors. Alors, mon minou, tu n'es pas bien, viens là, Lalie chou va te soigner."

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    Une fois le client mal élevé reparti, je traîne un peu sur l'ordi. Je n'ai pas envie de rentrer et de découvrir que Lucette, évidemment, n'a pas déguerpi, dégagé le plancher...

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    Chez Lalie


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    Ah qu'est-ce que je disais? Evidemment, qu'elle est encore là!

    "Tu fais la tête, Lalie?"
    "..."

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    "Je pars dès que j'ai reçu l'appel de Pascal, promis, juré, craché, cochon qui s'en dédit."

    Mais qu'elle me laisse en paix avec son Pascal. Je n'y crois plus à ses promesses.

    "Tu ne veux vraiment pas rentrer avec moi, reprendre le boulot, gentiment?"
    "Non. "
    "Allez, Lalie, si tu devenais raisonnable, hum? Tu reviens avec moi, tu reprends le boulot. Et voilà."
    "Je vais courir avec Opie. J'ai besoin d'air, tu me bouffes tout mon oxygène, Lucette."

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    Au phare



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    Reprendre le boulot? C'est la seule solution pour me débarrasser de Lucette; mais je ne veux pas renoncer à ma nouvelle vie, à tous mes rêves. Pourquoi est-ce si difficile de changer de vie, d'enterrer le passé, de tout recommencer à zéro?

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    Ce matin, à Windenburg, chez les parents de la vétérinaire que je remplace, Bianca Stall. J'ai eu cette étrange sensation, en discutant avec ses parents, qu'elle et moi, finalement, nous n'étions pas si éloignées.

    "Bianca voulait recommencer une nouvelle vie à Brindleton Bay. Elle disait que cette ville lui inspirait l'amour. Elle était certaine d'y trouver son âme sœur. "

    L'amour? L'a-t-elle trouvé, l'amour?

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    "Elle avait rencontré un gars là-bas; mais nous n'en savons pas plus, n'est-ce pas, Béate?"
    "En effet, Ruben. Elle devait venir rechercher sa fille dès que possible. Mouais, du vent, tout ça. C'est toujours le même refrain depuis que la petite est née."
    "Sa fille?"
    "Oui, Ludivine. La petite qui joue avec votre chien. Et c'est son père, là, qui parle avec votre amie. Un garçon charmant mais son boulot ne lui laisse pas beaucoup de temps pour voir sa fille. Il est sportif de haut niveau."

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    Et si au final, toute cette histoire de disparition n'en était pas une?

    "Bah, disparue, comme vous y allez. Comme d'hab, notre fille a voulu fuir ses engagements. Elle ne tardera pas à nous rappeler... quand elle aura vidé le compte en banque de son nouvel amoureux, probablement."

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    Peut-être que toute cette histoire, je l'ai inventée de toute pièce, réminiscence de mon passé et de mon job d'antan? Et si Bianca avait juste décidé de prendre l'air, qu'il n'y avait aucun mystère là-dessous?
    Je soupire. A nouveau, je n'ai pas envie de rentrer.
    Je m'en veux de ne jamais avoir demandé son numéro de portable à Khaled. C'est Lucette qui a raison, j'aurais dû au moins lui demander son numéro de téléphone. J'ai tellement envie de l'entendre, de le voir. Je misais sur le hasard.
    Qui mise sur le hasard?
    Moi. Résultat: je suis seule. Désespérée seule. Comme toujours, comme je l'ai toujours été.

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    Peut-être si je ferme les yeux, si je les serre très fort? Si je pense à lui, très fort? Peut-être va-t-il apparaître?

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    Non, évidemment, non.

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    *vvvrrr vvrrrr*


    Si c'est mon boss, je fais un malheur. Un numéro inconnu?

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    "Allo?"
    "Lalie Lol?"
    "Oui, c'est bien moi."
    "Bonsoir, c'est moi. C'est Khaled, je ne sais pas si vous vous souvenez de moi? J'ai téléphoné à la clinique, vous m'aviez dit que vous y travailliez. Vous avez laissé votre numéro de portable sur le répondeur et ... demain, je suis de passage à Brindleton. "

    Mon cœur se soulève dans ma poitrine, un souffle chaud me parcourt toute entière. C'est lui! C'est Khaled. Je l'entends prendre une profonde inspiration.

    "... et je me demandais si cela vous dirait que nous allions boire un verre ensemble, demain, donc."
    "Je ne suis pas sûre d'avoir bien entendu, Khaled. Vous me proposez d'aller boire un verre avec vous?"

    Je n'y crois pas! Je rêve encore ou quoi?

    "C'est cela oui."
    "J'aimerais beaucoup, Khaled. Avec plaisir."

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    "Alors, on dit 21 heures au bar de la piscine?"
    "Oui, c'est d'accord."
    "A demain, Lalie."
    "A demain, Khaled."

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    9. Lalie s'enlise
     


    "Ah mais oui, tu grognes et tu râles et tu grommelles, mon Opie, mais c'est de ta faute quand même. Si tu ne l'avais pas laissé entrer,.."

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    "A moi aussi, elle m' tape sur les nerfs. Je me retiens de ne pas l'éparpiller, par p'tits bouts, façon puzzle dans toute la ville *."

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    Mais je l'ai expliqué dix fois à Opie, je n'ai plus le permis de tuer. C'est comme ça. Changer de vie c'est accepter aussi de se plier à d'autres règles.

    *Ding Dong*

    Ah! Un peu de distraction, ça va être plaisant.

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    "Cela alors, copine! Tu bois même en pleine journée, toi, maintenant! Qu'est-ce qu'il t'arrive donc comme malheur?"

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    "Ce sont les fêtes de fin d'année, Lalie."
    "Oh, c'est mignon, ne t'inquiète pas. C'est fini mais l'année prochaine, tu pourras recommencer..."
    "Non, tu ne comprends pas, c'est à cette période que je me sens vraiment encore plus seule."
    "Ah mais oui, je vois, c'est sûr que des chats, on a beau dire, et tu avais beau le crier sur tous les toits, c'est sûr, ça ne peut pas remplacer une famille."

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    "..."
    "Je comprends. Tu souffres, c'est sûr, ce n'est pas facile de se lever tous les jours, seule, d'aller se coucher tous les jours seule, de manger, de se laver, d'aller promener, d'aller faire ses courses, toujours seule, sans personne à qui parler, sauf des chats, rien que des chats qui sont malades tout le temps... Evidemment que tu as des raisons de boire et d'être malheureuse, surtout que franchement, ce n'est pas l'espoir qui peut te faire vivre. Tous les mecs que t'as connus, z'étaient tous des enflures; ça ne donne pas envie."

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    *glou glou glou*

    "Je n'aurais peut-être pas dû venir, Lalie."

    *glou glou glou*

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    "Meuh si, sotte. Je suis la personne idéale à venir trouver quand on a une baisse de moral. Tu veux t'asseoir deux minutes?"
    "Je ne sais pas."
    "Meuh si, tu veux t'asseoir! Viens."

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    A peine installées sur le divan, Catarina s'écrie:

    "Oh, mais tu as de la visite, Lalie. Je ne voulais pas... je ne savais pas..."

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    "Oh non, il n'y a pas de dérangement, c'est Lucette, ma copine."
    "Ah oui, Lucette, ta copine?"
    "Oui, enfin, c'est plus une ex."
    "Ah oui? Une ex?"
    "Oui, une ex-copine, une ex-copine de ma vie d'avant."

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    "Et c'est fini, maintenant entre vous?"
    "Bah oui et non, elle habite ici pour le moment. Elle refuse de partir, tu vois? Elle s'accroche comme une moule à son rocher, impossible de la faire décrocher. J'essaye pourtant..."
    "Ah oui, je vois..."

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    "En plus, ce n'est pas facile, il n'y a qu'une chambre ici."
    "Ah oui, je vois, je te dis. Ecoute, je vais vous laisser entre vous."
    "Mais non, Cat', reste, voyons. Lucette, je te présente Catarina, ma copine."

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    "Euh copine, copine, il faut le dire vite", s'empourpre Catarina. Mais qu'est-ce qui lui prend?
    "Bonjour, Catarina. Lalie m'a beaucoup parlé de vous."
    "Ah oui...?"
    "Je suis ravie de vous rencontrer. C'est vous qui habitez seule avec des chats, c'est ça? à quelques pas d'ici?"

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    Je souris aux anges, avec un peu de chance, Catarina va inviter Lucette à voir sa maison et hop, j'en profite et je fais changer les serrures.

    "Tu pourrais peut-être inviter Lucette un de ces soirs, Cat', pour lui montrer ta maison?"
    "..."
    "Je t'en prie, Lalie, tu gènes ta copine, là."

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    "Euh je ne suis pas vraiment sa copine-copine, voyez, Madame Lucette."
    "C'est-à-dire?"

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    "C'est-à-dire que vous n'avez pas de raison d'être jalouse."
    "Ah mais je ne suis pas jalouse..."
    Jalouse? Pourquoi Lucette serait-elle jalouse, je m'insurge:

    "Mais enfin, Cat', j'ai le droit d'avoir toutes les copines que je veux. Qu'est-ce que tu racontes?"

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    Catarina rit un peu nerveusement et, l'air de rien, change de sujet.

    "Tu sais, Lalie, j'ai eu au téléphone le proprio de ma vété..."
    "La vétérinaire que Lalie remplace, c'est ça? Un peu grâce à vous si j'ai bien compris?"
    "Oui, Madame Lucette, c'est grâce à moi."

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    Vite, il faut que je réagisse avant que Lucette ne s'énerve. Celle-ci, en effet, est persuadée que j'aurais cédé plus facilement à sa demande de retour au bureau si je m'étais retrouvée oisive, à errer sans but tout au long de la journée dans ma maison vide.

    "Et qu'est-ce qu'il t'a dit, le proprio?"
    "Il m'a dit que Bianca, donc, en quittant Brindleton, lui a laissé une sacrée ardoise! Plus de six mois de loyer! Alors, il a téléphoné aux parents de Bianca qui l'ont autorisé à vendre ses affaires pour se rembourser. Il leur a renvoyé quelques petits bricoles qu'il ne parvenait pas à écouler."
    "Super! Il t'a donné l'adresse?"
    "Oui, les parents de Bianca habitent à Windenburg."

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    A Windenburg? J'ai toujours rêvé de visiter cette ville et n'en ai jamais eu le temps. Voilà une opportunité merveilleuse qui m'est offerte; en plus, ça permettra de patienter agréablement jusqu'à revoir Khaled, ce week-end. Oh! J'espère qu'il sera au bar... Il me manque tellement.

    "Et bien j'irai à Windenburg! Et pendant ce temps, tu pourrais peut-être faire visiter Brindleton à Lucette et lui faire déguster tes délicieux sandwichs au fromage fondu, Cat'! "
    "Désolée, Lalie, mais..."
    "Mais quoi? C'est toi qui te plaignais d'être seule, il y a moins d'un quart d'heure."
    "Oui, mais..."
    "Mais quoi, à la fin?"

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    Je vois Catarina déglutir avec peine.

    "Ce n'est pas que vous n'êtes pas séduisante, Madame Lucette, mais disons que vous n'êtes pas tout à fait mon type, enfin ma femme, enfin, voyez quoi."
    "Oui, je vois."
    "Ah tant mieux!"

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    "Bon et bien, je vais vous laisser. Au revoir, Lalie. Au revoir, Madame Lucette."

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    A peine Catarina a quitté la pièce que Lucette me saute dessus:

    "Pourquoi tu ne m'as parlé de la vété disparue? De ton enquête?... Tu as honte de moi ou quoi? Je pourrais faire des recherches pour toi, si tu veux..."
    "Il n'y a pas d'enquête, Lucette."
    "Oh allez, Lalie... Au moins, je peux venir avec toi à Windenburg? Hein dis oui. S'il te plaît, s'il te plaît... Rien ne pourrait me faire plus plaisir. Je t'en prie, Lalie."

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    "Et après tu rentreras chez toi?"
    "Mais oui, bien sûr."

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    "Alors, d'accord. Tu pourras m'accompagner."
    "Il faudra que tu me mettes au jus, avant, d'accord? Je serai le gentil flic, cette fois-ci... dis, tu veux bien que pour une fois ce soit moi, le gentil flic?"
    "D'accord, d'accord, Lucette."
    "Oh merci merci. Tu es tellement gentille, Lalie."

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