• Une promesse est une promesse

     

    Une promesse est une promesse 

     

     

     

    "Tu as bien tout fermé?"
    "Evidemment."
    "Tu es sûre?"
    "Mais arrête avec tes histoires de dame blanche!"

    Une promesse est une promesse

    "Ce ne sont pas des histoires, Louise!  La dame en blanc rode.  Elle rode toujours le trente et un octobre auprès des maisons où dorment de jeunes enfants."
    "Mais c'est que tu finirais par me faire vraiment peur!  Arrête." 

    Une promesse est une promesse

    Une promesse est une promesse

    Louise et Harry rient et s'embrassent, oublient la dame en blanc qui rode.

    Et pourtant... 

    Lorsque vient le crépuscule, lorsque les portes, les fenêtres se ferment, lorsque le vent, lugubre et froid, frappe les carreaux, Camélia est là, perdue à la travée de chemins qui ne mènent nulle part, les yeux baissés sur sa propre tombe.

    Des images lui reviennent, la réchauffent un instant. 

    Une promesse est une promesse

    Elle se souvient, lui semble-t-il.  Oui, elle se souvient.  

    Mais le froid, la colère, la haine gagnent déjà; le désespoir la plie, lui fait perdre l'équilibre.  Camélia est à genoux.  Et en elle, un cri, une déchirure, comme une braise sous la peau qui la brûle et la consume.

     "Tu ne peux pas venir avec maman, ma chérie, mon amour.  C'est trop dangereux.  Mais je te promets que je reviendrai te chercher, mon cœur.  Je te le promets.  Ne pleure pas, je t'en supplie.  Je reviendrai.  Je te promets que je reviendrai te chercher."

    Une promesse est une promesse

    Et Camélia, toujours, se relève d'entre les morts.  Elle revient parmi nous.  Elle veut retrouver sa fille.  Chaque trente et un octobre, lorsque le crépuscule devient ombre, lorsque le vent, lugubre, frappe les carreaux et les portes closes, Camélia se met en route.

    Que le monde a changé depuis le dernier soupir de sa vie d'antan; mais c'est comme si Camélia l'ignorait, comme si elle ne le voyait pas, entraînée par un murmure, un éclat, un souffle d'enfant endormi.  Il suffit d'une porte, une fenêtre mal fermée, un soupirail, un trou de souris et Camélia entre. 

    Une promesse est une promesse

    Une promesse est une promesse

    Une promesse est une promesse

    Elle entre, attirée par le souffle léger d'un enfant endormi.  

    Une promesse est une promesse

    Une promesse est une promesse 

    Une promesse est une promesse

    Elle se penche sur l'enfant, regarde son visage, son souffle froid caresse la joue chaude de l'enfant.  Camélia tremble.  Elle est venue chercher sa fille et l'emmener avec elle.

    Une promesse est une promesse

    Une promesse est une promesse

    Une promesse est une promesse

    Une promesse est une promesse

    Est-ce elle?
    Evidemment, non.  Mais il est déjà trop tard, il est impossible d'échapper à la mort qui vous étreint, comme il est impossible à Camélia de ne point étreindre un enfant qui aurait pu être sa fille.
    Camélia est la mort qui étreint, la mère venue chercher son enfant et qui emporte avec elle, dans l'au-delà, ceux qui auraient pu être sa fille, sans douleur, dans un souffle, à peine, sans peur.

    Une promesse est une promesse

    Une promesse est une promesse

    Et toute la nuit durant, Camélia  errera de maison en maison, de porte en porte, attirée par un autre murmure, un autre souffle d'enfant profondément endormi, profitant d'une porte, d'une fenêtre mal fermée, un soupirail, un trou de souris; elle étreindra chaque enfant qu'elle réveillera d'une souffle glacé, laissant un nouveau tombeau à pleurer, à fleurir aux parents éplorés, lorsque viendra le jour. 

    Une promesse est une promesse

    Une promesse est une promesse

    Camélia errera, tout la nuit,jusqu'au jour levant, jusqu'au moment où elle rejoindra sa propre tombe.

     

     

    Une promesse est une promesse

    Une promesse est une promesse

    Et Camélia, oui, poussée par son impossible quête, prisonnière de sa promesse, cherchant en vain son enfant, reviendra, encore et encore, année après année, chaque trente et un octobre, lorsque viendra le crépuscule, lorsque les portes, les fenêtres se fermeront, lorsque le vent, lugubre et froid, frappera les carreaux, Camélia sera là, de retour, perdue à la travée de chemins qui ne mènent nulle part, les yeux baissés sur sa propre tombe.  Et il y aura toujours une porte, une fenêtre mal fermée, un soupirail, un trou de souris, le souffle d'un enfant endormi et le lendemain des parents orphelins, anéantis, parce que Camélia cherche sa fille, parce que comme un écho, à chaque seconde résonne dans son sommeil mortel, le cri de son enfant adorée, qui l'appelle pour l'éternité, les bras tendus:

    "Maman, non!  Ils ne t'ont pas eue.  Non!  Tu n'es pas morte.  Viens me chercher, je t'attends.  Je t'attendrai toujours, ma petite maman.  Je sais que tu viendras, maman.  Tu as promis."  



     

    Loin du froid de décembre, anastasia 

     

     

    « 10. La fin de l'histoire
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  • Commentaires

    10
    Jeudi 16 Novembre à 12:43

    Voilà une histoire superbement contée et illustrée !!

    Tu as su rendre tangible le désespoir glaçant de ce fantôme qui refuse la mort de son enfant et qui sème à son tour le désespoir dans le coeur d'autres parents, faisant revivre sans cesse son propre drame à d'autres... La peur est montée crescendo sans échappatoire possible...

    9
    Ptitemu
    Lundi 30 Octobre à 23:55

    Que j'aime tes histoires, Eulaline ! Même quand elles sont déchirantes, comme celle ci, atroce, injuste, désespérée...

      • Mardi 31 Octobre à 10:14

        Ptitemu,

        Oh je suis touchée :)  Merci merci ♥♥♥

    8
    Ggo
    Lundi 30 Octobre à 20:12
    Ah oui et superbes screens encore! Bravo!
      • Mardi 31 Octobre à 10:13

        Oh et merci aussi.  J'avoue que j'y ai beaucoup travaillé et je suis contente si le rendu n'est pas trop mal ♥♥

    7
    Ggo
    Lundi 30 Octobre à 20:11
    Bouhouhou je pleure... moi j'aime pas ça les histoires tristes avec des petits... mais bon c'est bien parce que c'est toi... Je suis contente de voir que tu ne nous oublies pas ^^

    Quoi quoi Agathe? C'est joyeux Noel, hein ? Hein? Ils le disent dans la chanson c'est que c'est vrai...

    Penses bien à nous, hein, parce que nous on pense bien à toi :*
      • Mardi 31 Octobre à 10:12

        Ggo,

        Oh je sais que tu n'aimes pas les histoires tristes avec les petits :(

        La prochaine fois, j'en ferai une gaie - enfin, je vais essayer :o  et oui, peut-être pour Noël :D

        Merci merci de me lire ♥♥♥

    6
    Vendredi 27 Octobre à 14:13

    Oh merci, Agathe, tu ne peux pas savoir comme ton message me touche ♥♥

    Et pour Noël, ne t'inquiète pas trop :D  A priori, il ne devrait rien y avoir d'aussi tragique :D s'il y a quelque chose, évidemment :o

      • Mardi 31 Octobre à 10:17

        Je crois bien que tu es attendue au tournant pour Noël wink2.

        Allez, tu peux le faire, tu peux faire une histoire joyeuse. On est avec toi he.

        Et sinon des bises et douce journée à toi ♥♥♥

         

        PS : et sinon, le choix de la musique est très bien adapté. J'avoue, je pleure toujours quand je l'entends.

    5
    Vendredi 27 Octobre à 13:57

    Ahwwwww *soupir d'aise*... Que c'est bon de retrouver ta plume. Même quand il s'agit encore d'une histoire d'amour tragique^^

    C'est délicieusement glaçant et infiniment triste. Triste pour la petite fille qui a perdu sa maman et qui ne l'aura jamais retrouvé et triste pour Camélia qui est condamnée à réitérer encore et toujours les mêmes actions dans l'espoir de tenir sa promesse auprès de sa fille.

    Et glaçant pour tous les parents qui ont perdu leurs enfants à cause de cette "Dame Blanche".

    En tout cas, c'était parfait pour fêter Halloween. happy

    ... Par contre, j'ai un peu peur de ce que tu peux nous concocter pour Noël. Lol.

    (et sinon, c'est une histoire qui m'émeut profondément. Le lien mère/ fille ♥♥♥)

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