• XVII. Duos croisés

     

     

    Même le lilas blanc a une ombre

     XVII.  Duos croisés

     

     

    Laurine et Julien

                 "Tu ne vas pas retourner au lycée tout de suite, hein?!  Allez, allons manger, ce n'est pas tous les jours qu'on a l'occasion de se retrouver tous les deux!" avait lancé Laurine en sortant du commissariat. 

                   De très bonne grâce, donc, Julien se retrouve attablé dans un des meilleurs restaurants de la ville, en face de sa tante qui sourit doucement.

                  Il a beau réfléchir et tourner le problème dans tous les sens, dans sa petite caboche, Julien ne parvient pas à comprendre comment Justine peut à ce point porter rancune à sa mère.  La conversation s'engage naturellement.

                    "Je l'ai trouvé bizarre, l'inspecteur Hol, pas toi?"

                     "Si."

                     "Tu l'aimes bien, non?"

                    "Bah, je ne sais pas si on peut aimer un flic.  En tout cas, sa dame prépare le meilleur cappuccino de toute la ville.  Je te la présenterai un jour, ma tante.  Je suis sûr qu'elle te plaira."

                      Laurine rit, peut-être un peu trop fort.  Julien lui sourit.  Il la sent tendue.  C'est normal après avoir passé la matinée dans un des bureaux du commissariat.

                      "Je vais bien, ma tante, vraiment.  Il faut que t'arrêtes de t'inquiéter pour moi.  Si j'avais un problème, je te jure, croix de bois..., je t'en parlerais.  Promis."

                  "C'est que tu vois, Ju',...  je ne sais pas, parfois, ... je me dis que je ne suis pas à la hauteur... "

                         Une telle sincérité surprend Julien.

                        "Si tu te dis ça, c'est parce que tu es fatiguée..."

                   Et là, Julien se frapperait les cuisses de joie, une idée de génie: il vient d'avoir une idée de génie!

                          "Ce serait sympa si un week-end, vous partiez à Granite Falls, Justine et toi.  Ça vous permettrait d'être un peu seules, toutes les deux, sans m'avoir dans les pattes... "

                       "Je ne crois pas que Justine ait envie de passer deux jours entiers à camper avec sa mère en pleine nature."

                            "Et pourquoi pas?"

                             "Elle m'égorgerait après deux heures...  Enfin!  Ne me dis pas que tu ne l'as pas remarqué."

                              "Bah, justement.  Vous en avez sûrement besoin.  Vous pourriez parler un peu toutes les deux, justement.  Enfin, bien sûr, ça ne me regarde pas mais je me dis que si maman était là, j'adorerais ça, moi, qu'elle me raconte encore comment elle a rencontré papa, comment je suis né... enfin, des trucs de mère, quoi, tu vois.  Et Justine pourrait te dire ce qu'elle a sur le cœur..."

                            Bon, là, tout de suite, Laurine n'a pas l'air de capter mais Julien ne peut pas non plus lui balancer tout ce que Justine lui a confié et il trouve son approche plutôt délicate.

                            Tout à coup, Laurine s'exclame:

                             "Ca y est, j'ai compris!  Tu veux la maison pour toi tout seul, pour voir Cassie...!  Julien.. tsss tss tss... Tu sais, j'ai eu dix-sept ans moi aussi.  Si tu veux quelque chose, demande-moi directement.  Enfin!" 

                            Julien en est sûr, il est devenu écarlate et les yeux lui sont sortis des orbites.

                             "Je vais y réfléchir", conclut une Laurine taquine qui est bien loin d'avoir deviné ce que tramait son neveu.

     

     

    "Allez, vas-y, je suppose que c'est elle qui t'appelle, n'est-ce pas?"

    Oui, c'était bien Cassie qui sortait des cours.

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    Cassie et Yann

             Normalement, Cassie ne l'aurait pas approché, serait restée en retrait, la tête basse, à tenter de réprimer les battements de son cœur, les tremblements de ses membres, à rejeter le souvenir de Yann, dans cette cabane, juste avant qu'ils n'y mettent le feu.  Mais là, Cassie s'était conditionnée.  Il était important d'agir. Maintenant.  Tant que le fer était encore rouge.  Elle respira profondément.  Il n'y a pas de petites victoires.  Toute la journée, elle l'avait observé, la tête rentrée dans les épaules, tentant de se rendre sourd aux chuchotements qui le précédaient et le suivaient.  Ah!  Un "article" du corbeau, ça vous rendait célèbre, c'est sûr.  

             "Hey!  Yann!"

            "Qu'est-ce que tu me veux, Holporth?"

            "Papoter?"

            

     

                          Cassie a souri un bref instant et son regard s'est durci.

                     "Savoir comment, toi,  tu supportes les coups et le harcèlement."

                     "Qu'est-ce que tu veux dire par là, Cassie?"

                     Sur le prénom "Cassie", les dents de Yann avaient crissé.  

                           "Je te parle du corbeau, quoi d'autre?  Voyons, Yann..."

                       "Ce n'est pas évident de supporter tout ce stress...  Je te sens tout perdu, Yann.  Si tu veux en parler, n'hésite pas surtout.  Pareil si ça te tente de me raconter tes rêves... enfin tes cauchemars, je veux dire, je suis là pour toi, sache-le.  Je ne te lâcherai pas.  Je suis près de toi, Yann."

                 Yann fronce les sourcils, renifle de façon méprisante.  Est-ce un jeu?  Ou Cassie sait-elle très exactement que lui est un de ceux planqués derrière ces mêmes mots qui lui ont été adressés, jour après jour, après son évasion et son retour parmi eux?  Peut-être.  Sans doute.  Il s'en fiche, en fait.

                   Décidément, il aurait dû frapper plus fort, Yann.  Il aurait dû la démolir quand il en avait eu l'occasion.

                Et Cassie se tient devant lui, le défiant du regard: "Même pas peur", semble-t-elle lui dire.  Lui non plus n'a pas peur.  Il ne connaît pas la peur, Yann.

     

                        Un déplacement d'air, un corps s'interpose.  Julien Clove.  Encore une raclure que porte le monde et dont il devrait se débarrasser.

                       "Hey, Clove!  Qu'est-ce que tu fiches ici?  Les flics n't'ont pas gardé?"

               

                      Le regard de Yann se ferme après être passé de Cassie à Julien, de Julien à Cassie.

                        "J'ignorais que vous vous voyiez tous les deux.  Je suis certain qu'il y en a quelques uns que ça pourrait intéresser."

                        Yann sourit aux anges.  Louis sera ravi d'apprendre que Cassie, sa blondasse, fréquente ce petit imbécile.  Et Julia va en bouffer des ronds de chapeau que son Julien Clove, son futur ange, traîne avec celle-là.  Pour sûr, le prochain conseil risque d'être animé.  Yann se voit déjà annoncer tout ça, avec emphase et théâtralité.  Cette idée l'amuse tellement qu'il se retient de pouffer.

    Après un regard flippant que Julien ne voit pas mais que Cassie ne manque pas, elle, Yann s'éloigne.

     

       ... sur un"Salut, Cassie, à bientôt" grinçant et rauque qui vrille les nerfs de Cassie.

           Et en se serrant fort contre Julien, peut-être trop fort, elle murmure sur un ton de reproche:

           "On devait se voir chez moi..."        

           "J'étais tout près, au restaurant avec ma tante.  Je me suis dit que ce serait chouette de faire la route ensemble." 

     

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     Carine et Walter

                           "Tu rentres tôt!"

                         Carine se précipite dans les bras de son mari, Walter Hol, policier de son état, qu'elle n'a plus vu depuis qu'il l'a quittée la veille, en face de leur restaurant favori.

                              Mais qu'il a l'air fatigué, éreinté, son homme.

     

                                   Carine voudrait, d'une caresse, d'un baiser, effacer sur ce visage qu'elle aime tant toutes ces marques de langueur et de déception.  Chasser d'une étreinte toute cette pression qui fait courber les épaules de cet homme qu'elle aime tant.  Et lui la regarde et il ne sait plus pourquoi il la quitte chaque matin, pourquoi son esprit s'envole ailleurs alors que c'est auprès d'elle, dans ses bras qu'il se sent si bien.

                      Ils s'embrassent un long moment, savourant le désir et le plaisir que leur procurent toujours leurs étreintes.  Malgré le temps.  Malgré les épreuves.  Malgré l'absence.  N'être qu'un, ce qu'ils sont tous les deux, depuis que leurs mains se sont frôlées, la première fois, que leurs regards se sont joints et que les mots sont devenus dérisoires, futiles.  Walter et Carine, une évidence.  Un miracle.  Un pari délicieux que fit le destin pour eux, un jour de mars, ils s'en souviennent comme si c'était hier.

                         Le temps s'étire, les corps s'aiment, les âmes s'envolent et beaucoup plus tard, Carine racontera à Walter sa journée, en riant doucement.  Elle racontera cette rencontre qu'elle fit milieu de journée avec Lola Blooth, la fille des industriels, qui au lieu d'être en cours traînait dans les rues de la ville.

     

     

                         Elle lui racontera qu'elle avait été touchée par le désœuvrement et la tristesse qu'elle sentait chez cette jeune fille...

                             ... à tel point qu'elle lui avait proposé de venir boire un cappuccino à la maison.

                               Walter s'impatientera que Carine ne devrait pas prendre l'habitude de ramener chez eux des gens quand il n'était pas là. 

                                    Et elle rira encore, Carine, en racontant que lorsque la jeune fille s'était rendue compte qu'elle était la femme de l'inspecteur Hol, la gamine s'était enfuie à toutes jambes. 

                      Alors, Walter sourira doucement et promettra de passer chez la jeune fille, le lendemain ou un autre jour mais promis, il le ferait.

     

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    Dana et Eric

                      Ailleurs, chez les Van Laer, d'autres promesses étaient scellées.

                      "Je t'assure, Eric, vraiment, il faut que tu parles à Louis...  C'est de pis en pis.  Il y a quelque chose qui ne va pas et je n'arrive pas à savoir quoi."  

     

                   "Louis s'enferme pendant des heures dans la salle de sport ou dans sa chambre.  Sa chambre d'ailleurs qu'il a décidé de tenir fermée.  Je ne sais même plus y accéder pour faire le ménage.  Il dit que c'est pour empêcher sa petite soeur de le déranger.  Mais je sens qu'il y a autre chose..."

                         Eric soupire:

                          "Je t'ai promis de lui parler, je vais lui parler; arrête avec ça!..."

                          "Oui, mais fais-le vraiment... Eric, je m'inquiète pour lui."

                           "Il va avoir dix-sept ans, Dana!"

     

                     "Oui, bien sûr, c'est sûr, c'est un ado.  Tu dois avoir raison..."

                               "J'ai toujours raison..."

     

                             Dana a ri doucement et Eric l'a embrassée pour ne pas avoir à se demander pourquoi il n'ose pas aller trouver son fils et lui parler?  Lui parler vraiment.  Peut-être parce qu'il ne l'a jamais fait? 

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    Cassie et Julien

                            "Qu'est-ce que tu regardes?"

                            "Ta tête quand tu étais petite.  T'étais toute mignonne.  C'est Ludo et Sarah, non?  Vous vous connaissez depuis toujours, donc?"

    Duos croisés

     

            "Oui."

            "Mais vous ne vous voyez plus beaucoup, ces temps-ci."

             "Non, on ne se voit plus beaucoup, ces temps-ci."

             "Et moi, à part chez toi, tu n'aimes pas trop qu'on se voie tous les deux."

              "Qu'est-ce que tu cherches, Julien?  Dis ce que t'as à dire et ne te tourne pas autour du pot, s'il te plait."

              La voix de Cassie est bien moins dure que ne le laisse pressentir cette phrase et sa tournure.

    Duos croisés

                     "Rien, rien, je ne veux rien dire.  Je constate, c'est tout.  Je constate aussi que tu ne m'as rien demandé sur ma visite au poste de ce matin."

                       Cassie fronce le nez, joliment et Julien se retient de la prendre dans ses bras, de la couvrir de baisers et oublier cette conversation.  Est-ce qu'elle n'a que l'ombre d'une idée de ce qu'elle lui fait, Cassie?  Il soupire.

                        Il soupire et Cassie ne sait si ce soupir lui est adressé ou non.

                        "Ecoute, si tu veux me parler de ce matin, vas-y."

                      "Tu préfères que je te parle de ce matin plutôt que de Ludo et Sarah, c'est ça?!"

                        Cassie se force à ne pas rire.

                    "Arrête, Julien, tu me stresses.  Je ne sais pas ce que tu veux que je te dise."

                   "Ok, pardon...  La vérité, c'est que c'est moi qui dois te dire quelque chose d'important et ce n'est pas facile."

    Duos croisés             

                     "Assieds-toi"

                     Cassie s'assoit donc.

                      "Voilà, tu m'as demandé plusieurs fois, lors de notre premier rendez-vous pourquoi je m'intéressais à toi à ce moment-là, soudainement...  C'est parce que tu me plaisais, ça c'est sûr mais aussi..."

    Duos croisés

                         Et là, Julien déballe tout: les attaques violentes sur animaux puis sur personnes qu'il a recensées au parc d'Oasis et alentours.  Ces attaques ou passages à tabac avaient pour cible des personnes "faibles" aux yeux de la loi: des clochards, des junkies, des ivrognes...  Bref, rien qui apparemment n'avait fait mouche au commissariat mais qui, pour Julien, avait un dénominateur commun: d'après ce qu'il avait pu retirer des victimes, quatre ados au moins étaient les auteurs de ces violences gratuites. 

                                 "Lorsque tu as disparu, j'ai imaginé que le modus operandi de ces jeunes avaient changé, qu'ils t'avaient prise, toi, comme cible; et que peut-être quelque chose avait foiré..."                          

    Duos croisés

                            "Mais tu es reparue et tout le monde a parlé de fugue.  Alors, je me suis dit que je me plantais, que je n'avais pas la bonne vision.  En parlant avec une des victimes, ..."

                                 Julien rit un peu bêtement; mais continue malgré tout, vidant sa dernière théorie en date qui avait voulu que Cassie fasse partie du gang.                              

                                    Un long silence s'ensuit que Julien finit par briser:

                                      "  Et aujourd'hui, il y a la disparition d'Emilieet l'apparition de ce curieux corbeau dont le principal sujet est l'explication des "disparitions"..."

                                   Julien a utilisé les guillemets autour de "disparitions" et il attend.  Il attend mais rien ne vient.  Cassie n'a prononcé aucun mot durant toute la discussion et elle reste là, muette, à continuer à le regarder, de la même façon, à respirer doucement : inspirer, expirer.

    Duos croisés

                               "Cassie, tu peux me faire confiance...  Je te promets que ça restera entre nous.  Dis-moi..."

                                    Il déglutit, tente de maîtriser les tremblements de sa voix.

                                    "Dis-moi ce qui s'est passé, qui t'a frappée.  J'ai vu les traces de coups ce premier jour quand on s'est vu aux ruines et qu'on s'est baigné tous les deux.  Cassie, Emilie est peut-être en danger, elle attend  peut-être que quelqu'un vienne la sauver.  Si je ne suis pas complètement à l'Ouest, il est possible que..."

                                    Sauver Emilie?  Cassie manque de vomir sur la carpette.

    Duos croisés

                   "Julien, je vais te dire ce que j'ai répété mille fois à mille personnes différentes et écoute-moi bien parce que je ne le répéterai plus jamais: je me suis perdue ce jour-là et les traces que tu as pu voir sur moi, n'était que le résultat de ma maladresse et de ma fatigue: je suis tombée, je me suis écorchée.  Il n'y a rien de plus à savoir."

    Duos croisés

                       Julien frissonne.  A-t-il pu se tromper?  Voir ce qu'il voulait voir: des traces de liens, des griffures sur les mains, des hématomes sur les reins, sur le ventre?  

                             "Je te le dis, Julien, je me fiche d'Emilie comme je m'en fichais d'elle avant qu'elle ne disparaisse. Cette disparition ne fait pas d'elle une bonne personne."

    Duos croisés

     

                          Une bonne personne?  Pourquoi Cassie précise-t-elle cela?

                         "Et pour te répondre, non, je ne vois plus beaucoup Ludo et Sarah, d'abord parce que je m'ennuie à jouer la chandelle ou l'arbitre de leurs histoires de cœur ou de jalousie; et ensuite parce que je préfère passer mon temps libre avec toi.  C'est vrai, chez moi,  parce que j'aime ça et que je préfère être seule avec toi qu'avec les autres.   Je n'aime pas les autres."

                                Le cœur de Julien s'emballe: est-ce que Cassie est en train de lui avouer qu'elle l'aime?  qu'elle l'aime, lui?  Est-ce qu'il comprend bien ce qu'elle lui dit?  Qu'elle l'aime?  Lui?  Julien Clove?

    Duos croisés

                                 "Et si tu tiens à moi, ne serait-ce qu'un tout petit peu, laisse tomber cette histoire d'ados, de corbeau, d'Emilie...  Laisse tomber, Julien.  Si tu as raison, c'est trop dangereux.  Si tu as raison, je suis certaine que d'autres s'en occupent déjà ou s'en occuperont."

                                  S'il tient à elle.  S'il tient à elle?  S'il tient à elle!  Mais qu'il ait été si honnête, qu'il ait voulu mettre les choses à plat, lui raconter toute l'histoire de leur rencontre, qu'il n'ait pas voulu laisser planer un doute sur le pourquoi du comment, qu'il n'ait pas pensé à mentir n'était-ce pas la preuve ultime?

    Duos croisés

                        Lorsque Julien prend ses mains dans les siennes, le ventre de Cassie se serre.  Elle aurait dû rompre, elle aurait dû s'emporter sur ce qu'il lui disait, elle aurait dû le mettre à l'abri.  Elle aurait dû faire plus que lui demander de ne pas s'occuper de cette affaire.  Aimer une personne, c'est une force mais c'est surtout une faiblesse.  Une terrible faiblesse.

                           "Si je tiens à toi, Cassie?..."

    Duos croisés 

                                "Bon sang!  Bien plus que tu ne peux l'imaginer..."

    Duos croisés

                      C'est bien pour ça que Cassie a bien fait de ne rien lui dire, de lui mentir.  Qui sait ce que Julien aurait été capable de faire s'il avait su ce que Cassie avait souffert et surtout avait eu connaissance des noms des coupables?  Le protéger de lui-même était plus urgent que de le protéger des autres.  Oui, le protéger, comme elle avait protégé son père, comme elle avait protégé sa mère, comme elle avait protégé tous ceux qui l'aiment du tourment, de l'idée des douleurs que ceux-là lui avaient infligées, de cette certitude qu'elle avait ressentie qu'elle allait mourir que personne n'aurait pu apaiser.  Personne et nulle condamnation.

    Duos croisés 

              Alors, oui, Cassie le serre et l'embrasse, se promettant, lui promettant en silence d'en finir au plus tôt avec toute cette histoire.  Encore un peu de patience et tous auront payé ce qu'ils lui doivent.

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     Julien et Monsieur Luigi

                Julien a quitté tard de chez Cassie.  Sans doute un peu trop tard, il s'en veut.  Dans quel état va-t-il retrouver son ami?  L'avait-il attendu?

    Duos croisés

                 D'une certaine façon, oui, il l'attendait. 

    Duos croisés

                     Julien s'installe un instant aux côtés du vieillard, sans mot dire, écoutant la respiration apaisée de son ami et réfléchissant aux événements du jour.

    Duos croisés

                    Monsieur Luigi finit par sentir la présence de ce jeune homme assis à côté de lui.  Doucement, il se relève, étirant son corps vieux et courabaturé, tentant de freiner sa gorge qui réclame alcool et oubli.

    Duos croisés

                           "Alors... t'es venu, mon garçon."

    Duos croisés

                     Comme toujours, Julien glisse un billet dans la main de l'homme et glisse à ses pieds une bouteille de gnôle que le vieux fait disparaître prestement.  Et Julien lui parle, il lui dit qu'il a tout dit à Cassie mais qu'elle ne l'a pas cru.

          "Qui peut croire un vieil homme comme moi, Julien?  Qui?"

          "Moi, Monsieur Luigi, moi, je vous crois.  Et je crois ceux que vous m'avez fait rencontrer."

            "Mais toi, t'es un bon gars, Gamin.  Et t'as bien fait de lui dire à ta fiancée.  C'est bien quand on aime de tout dire.  C'est mieux, on se sent plus léger.  N'est-ce pas que t'es plus léger?  Le mensonge, ça alourdit, la vérité, elle, pppffuuu... fait de toi une plume."

    Duos croisés

             Julien sourit.  C'est pour des moments comme celui-ci qu'il aime venir écouter Monsieur Luigi.  Même s'il sait, lui, Julien, que le mensonge est souvent un vêtement bien confortable auquel il n'est pas prêt à renoncer.  Mais il ne contrariera pas son ami, ce soir et lui parle plutôt d'Emilie, lui montre sa photo.

    Duos croisés

                              "Je l'ai vue, cette gamine.  Peut-être la semaine dernière ou hier ou...

    Duos croisés

                                       ... pas."

                              Monsieur Luigi n'est pas sûr de lui.  L'alcool lui brûle les neurones et fausse ses souvenirs.  Était-ce elle?  Était-ce la semaine dernière ou une autre et il y a un an?  Pourtant, il croit qu'il l'a vue entrer dans la mine désaffectée.  Il pense qu'il y en avait d'autres avec elle.  Au moins une femme plus âgée, avec un foulard autour du cou.  Oui, un foulard, il s'en souvient, il s'était dit que la nuit, sous sa tête, cela aurait été correct.  Puis il y en avait d'autres.  Ou pas.  Il n'est plus sûr.  Même plus sûre qu'elle y soit entrée ou ressortie.

                               "Je ne t'aide pas, mon petit."

                        Et ses yeux sont tristes soudain et toute la misère de sa condition lui fait honte.  Il voudrait demander pardon mais il n'y parvient pas.  Il voudrait jurer qu'il ne boira plus; mais c'est faux.  Alors il ne baisse pas le regard et attend.

    Duos croisés

                       "Je vais aller voir, Monsieur Luigi."

                        "C'est dangereux, mon petit, là-dedans.  Enfin, il y a souvent des gens, tu sais... qui fuient quelque chose."

                         Julien voit bien ce que son ami veut lui dire.  La municipalité ne cesse d'obstruer le passage mais très vite, celui-ci se déblaie et une faune de malfrats en reprend possession.  Mais ce soir, la nuit est chaude et peu de chance qu'ils y traînent.

                           Et puis si Emilie est là-dedans, il n'est pas question que Julien rentre chez lui tranquillement sans s'en être assuré.

    Duos croisés

                          Malgré lui, il l'appelle:

                         "Emilie"

                          Mais la grotte est vide.  Totalement vide.

    XVII.  Duos croisés

                            Bizarrement vide, d'ailleurs.

                            "Je jetterai un œil sur la grotte.  S'ils reviennent, je te préviens, mon gars."

                            Julien a sursauté et regarde son ami avec douceur.  Bien sûr, il ne le fera pas mais ce n'est pas grave.  Il lui sourit, comme s'il lui faisait confiance.

    XVII.  Duos croisés

                         "Tu sais, c'est possible que je me trompe.  Je n'ai plus les idées très claires avec... l'âge."

                         "Bien sûr", dit Julien et il serre fort son ami contre lui.

                          "Je dois y aller, Monsieur Luigi.  Prenez soin de vous."

    XVII.  Duos croisés

                          "Promis, mon gars.  File..."

                           Et Julien file.  Il est temps de rentrer.  Sa tante doit s'inquiéter.

    XVII.  Duos croisés

     

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    Julien et Julien

                 En rentrant, Julien s'est assis face à son ordinateur.  L'adresse du mail d'envoi à Emilie était le même, bien sûr, que celui que tous les abonnés à la feu-newsletter de la gazette avait reçu au sujet de Yann et son ami.

    XVII.  Duos croisés

                  Cette adresse ne disait qu'une chose, le corbeau était abonné à un serveur à l'étranger.  Julien savait que cet endroit du web était le no man's land.  Il n'existait pas réellement et personne n'y existait vraiment.  Ce serveur-là offrait l'anonymat dont tous ceux qui ont quelque chose à cacher rêvent.  Dans ce serveur-là, surtout, Julien savait que lui, ne pourrait pas y entrer; même s'il y mettait toute son énergie.  Il lui manquait trop de données et surtout les contacts nécessaires.

    XVII.  Duos croisés

                             Jusqu'où était-il prêt à aller, Julien, pour vérifier sa théorie du lien entre le corbeau et la disparition d'Emilie?  Était-ce important de savoir qui avait voulu salir la réputation de sa petite amie?  Et si oui, jusqu'à quel point l'était-ce?  Que le corbeau ait pris tant de précaution à se cacher titillait la curiosité de Julien.  Ce n'était pas un petit imbécile qui mène campagne, là, non.  C'était un gars qui voulait nuire, dans l'ombre et savait se protéger.  C'était fort quand même pour lancer deux, trois rumeurs dans un lycée.  C'était comme utiliser une massue pour écraser une mouche.

                            Julien respire profondément.  Sa décision est prise.  Il crée sur son ordinateur un dossier "montagne", y jette quelques images au hasard, annule le mode veille de son ordinateur, entre dans le forum "psycho" Simsdoc', et sans respirer, à la rubrique "espace détente - citations", sous le pseudo "Lul7521" écrit ce message à la suite des centaines d'autres : " Le scorpion pique celui qui l'aide à sortir du feu" [proverbe indien]

                               Cela fait sourire Julien, il sait qu'elle appréciera.

    XVII.  Duos croisés

                                      Puis doucement, se lève, le ventre noué, essayant de refouler tous les sentiments qui l'agitent, tentant de se convaincre qu'il devait agir ainsi; même si soudain, le poids du passé pèse sur ses épaules.

    XVII.  Duos croisés 

    Il se couche avec paresse, sachant pertinemment que le sommeil ne viendra pas, pas tout de suite.  Et c'est tant pis, et c'est tant mieux parce qu'il sait que cette nuit, ses rêves seront agités.

    XVII.  Duos croisés

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  • Commentaires

    9
    Lundi 6 Mars à 01:11

    J'ai l'impression que Louis veut s'approprié Cassie, comme une espèce de chose. Et la garce manipulatrice psycopathe veut elle s'approprié Julien. Bon ils sont pas dans la merde.

     

    Par contre je trouve ça injuste pour Julien, il se confie mais elle reste de marbre, enfin pas de marbre mais elle ne dit rien. Elle aurait pu raconter, bien que je sais qu'elle veuille le protéger, se terrer dans le silence comme elle le fait n'est pas bon, et ça va ralentir Julien dans son enquête. Alors que la il aurait pu allait tout dire à l'inspecteur

    8
    Vendredi 16 Septembre 2016 à 19:10

    Comme toujours tu nous emménes dans ton histoire, et nous prenons fait et cause pour Julien et Cassie

     belle idée de nous faire avancer les couples

    l'intrigue est captivante et qui va faire la première erreur?

    j'aime tes dialogues riches, 

    Très belle histoire qui mériterait une publication ♥

      • Samedi 17 Septembre 2016 à 10:34

        Oh quel compliment ...  ♥♥  Merci beaucoup.  Je suis vraiment touchée, Mich ♥

    7
    Pythonroux
    Samedi 27 Août 2016 à 11:35

    Coucou Eulaline, encore un bien beau chapitre que tu nous serres là.

    J'ai adoré le découpage par "couple" de celui-ci. Et l'intrigue ne faiblit pas bien au contraire elle s'intensifie et se complexifie un peu ;) c'est génial

    Vivement la suite ^^

      • Dimanche 28 Août 2016 à 09:41

        Merci beaucoup, Pythonroux.  Chacun de tes commentaires me touche tellement.  Je suis heureuse que l'intrigue te plaise, vraiment.  La suite, promis, très bientôt.  :)

    6
    Vendredi 26 Août 2016 à 19:31

    Franchement, depuis que j'ai commencé à lire cette histoire, il y a toujours ce truc... qui fait que... "C'est quand la suite ?". Tu sais tenir les gens en haleine, je ne sais pas comment tu fais, mais j'ai hâte de lire la suite *-*

      • Vendredi 26 Août 2016 à 19:55

        Oh merci beaucoup, je suis très touchée, Léo-Sims ♥♥  La suite bientôt, promis :)

    5
    Vendredi 26 Août 2016 à 14:46

    Bravo ! Quel chapitre !


    Mais, je crois qu'avec ce chapitre, on arrive à un point de non-retour : les actions des uns et des autres commencent à remuer pas mal de choses, comme une spirale, où les cercles sont de plus en plus courts, tu arrives bientôt au centre et BAM ! ( je ne sais pas si je suis très claire, là^^).


    Bref, j'ai beaucoup, beaucoup aimé. Cassie joue de plus en plus avec le feu, Julien continue son petit bonhomme de chemin assez dangereux lui aussi et les adultes ne savent pas vraiment ce qu'il se passe (en adulte, je ne parle pas de Julia, hein..).


    Et quel travail cela a dû être derrière (sachant que les sims ne sont pas toujours coopératifs arf). Mais quel plaisir de te lire ♥♥♥

      • Vendredi 26 Août 2016 à 15:21

        Je suis contente, à te lire, j'ai l'impression que je suis arrivée à faire passer tout ce que je voulais dans ce chapitre morcelé. Merci merci à toi, vraiment, Agathe ♥♥

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